‹ Leçons d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 126 sur 174 · C. Dans les gastéropodes · texte numérisé non relu

C. Dans les gastéropodes

Les organes de la locomotion des gastéropodes résident dans celte partie inférieure de leur corps sur laquelle ils se traînent et qu’on nomme leur pied [et dans l’enveloppe générale, ou le pannicule, qui détermine leur forme]. Le pied est une masse charnue formée de fibres qui se croisent, en plusieurs sens , et qui peuvent lui faire prendre toutes les figures possibles. Le plus ordinairement, elle a celle d’un ovale plus pointu par derrière; mais par les contractions variées dont ces fibres sont susceptibles, elles l’étendent ou la contractent en tout ou en partie, de manière à produire ce mouvement progressif si lent que tout le monde connaît dans la limace.

[Ce tissu du pied est comparable au muscle propre de la langue de l’homme.]

On aperçoit très-facilement les fibres musculaires transverses du pied*de la limace , quand elle est ouverte par le dos. Elles viennent des bords du pied, et se rendent à deux lignes tendineuses, moyennes et longitudinales. Au-dessous de ces fibres, on en rencontre d’autres dans une direction contraire, mais elles sont tellement entrelacées, qu’il est difficile d’en distinguer les plans.

[L’enveloppe générale de la limace est une tunique complète, à peine plus épaisse au pied que *sur le dos ; elle est mince sur la tête , et se divise en trois plans à l’endroit de la cavité pulmonaire : un inférieur qui forme le diaphragme, un moyen et un supérieur qui embrassent la coquille. Ces trois plans se réunissent pour former le bord antérieur du manteau qui reprend toute l’épaisseur du reste de l’enveloppe; les fibres extérieures sont longitudinales , les internes sont transversales.]

Dans la scyllce, le pied n’est qu’un sillon longitudinal tracé dans la longueur du ventre de l’animal, C’est h l’aide de ce sillon qu’il embrasse les tiges de fucus sur lesquelles il se traîne. Au reste, l’organisation de ce pied est à peu près la même que dans la limace.

Dans la patelle, le plan le plus inférieur est

formé par des fibres transversales qui , sur les bords, sont entrelacées d’un grand nombre d’autres fibres musculaires. Le plan supérieur est un muscle composé de deux rangées de fibres, qui forment un angle aigu par leur rencontre sur une ligne moyenne qui répond au long diamètre du pied; il a aussi sur son bord quelques fibres circulaires.

Le plan inférieur, par ses contractions, allonge l’ellipse du pied en même temps qu’il le rétrécit, tandis que le supérieur le raccourcit en l’élargissant. Voilà le mécanisme qui produit la marche. Enfin, les fibres circulaires diminuent en tout sens sa surface, la font se bomber en dessous, et produisent par là un vide qui attache avec force l’animal sur le plan qui le supporte.

Les mollusques qui marchent sur le ventre, et dont le corps est recouvert par une ou plusieurs coquilles et qu’on nomme tcstacés, ont, de plus que les gastéropodes nus, des muscles destinés à faire rentrer leur corps dans la coquille, ou à l’en faire sortir.

[Dans les colimaçons, par exemple, dont le pied est tout à fait comparable à une langue, les fibres du dos remontent en partie dans le collier, se conlournent sur son bord postérieur, et se fixent à la columelle de la coquille. C’est par elles que la partie postérieure du pied est retirée en dedans. Les fibres extérieures des parties latérales de l’enveloppe et celles de la tête vont se fixer au collier lui-même, en dedans de son bourrelet charnu; il y a, vers cette partie, des fibres transversales circulaires et parallèles au bourrelet, dont l’action, en contractant toutes les parties extérieures et les forçant à s’allonger, commence à les faire sortir de la coquille. Le bourrelet contient aussi des fibres, et peut être considéré comme une espèce de sphincter qui aide à la sortie du pied et de la tête , une fois que celte sortie a été commencée paj les fibres dont nous venons de parler.

Les muscles qui retirent le pied en dedans ont leurattache fixe à la columelle, au-dessus de l'attache des muscles du dos. Ils forment deux faisceaux;et après avoir passé au-devant du bord postérieur du bourrelet sous tous les viscères daus la partie antérieure de la grande cavité, celle qui n’est point toujours enfermée dans la coquille, ils se divisent en un grand nombre de languettes qui pénètrent les unes à droite, les autres à gauche, en s’entre-croisant inLimementavec les fibres propres du pied , comme une partie des muscles extrinsèques de la langue finit par se perdre dans le muscle lingual*. ]

Dans les patelles, le pied est retenu autour de la coquille par une rangée de fibres qui s’attachent

* Cuvier, Anal, de la limace et du colimaçon, p. i3.

SIXIÈME LEÇON, — MOUVEMENT

ciroulairemcnt autour de cette coquille, et vont, après avoir percé le manteau, s’insérer sur les bords du pied en s’entrelaçant avec scs fibres circulaires. Elles laissent un espace libre pour le passage de la tête. Ce muscle, par scs contractions, rapproche la coquille du pied et comprime le corps; eu se relâchant , il la laisse soulever par l’élasticité du corps.

[Les muscles du pied des autres gastéropodes sont à peu près les mêmes, mais il n’est pas toujours aussi facile d’en voir les fibres. Les muscles qui retirent l’animal dans sa coquille, et ceux qui l’en fonL sortir , varient également très-peu ; mais outre leur pied, quelques gastéropodes, qui ne se bornent pas à ramper sur les fonds, mais qui nagent dans la haute mer, sont pourvus d’organes de mouvemens accessoires, ou d’espèces de nageoires. Dans les théthys , on trouve autour de la bouche une large membrane formée de deux plans de muscles, l’un à fibres rayonnantes et l’autre à fibres concentriques. Dans les aplysics, le manteau forme supérieurement deux grands lobes qui se croisent dans l’état de repos, et qui, dans l’état de mouvement, frappent l’eau de chaque côté de l’animal. Pour cet effet, la peau est garnie en dedans d’innombrables faisceaux de muscles qui se croisent en tout sens. Dans les scy liées et les ylaucus , ce sont les expansions branchifères, étdndues horizontalement de chaque côté; dans les gastroptères , c’est le pied avec ses bords en larges ailes, qui servent à la natation, laquelle chez ces derniers se fait le dos en bas. Dans les jantliines , outre deux petites membranes latérales qui tiennent lieu de nageoires, le pied est pourvu, à sa partie postérieure, d’un appendice vésiculeux demi-cartilagineux, au moyen duquel l’animal reste suspendu à la surface des eaux.

Dans l’ordre des hétéropodes, la natation ne se fait plus par des organes accessoires seulement, mais par une modification même d*i pied, qui, au lieu de former un disque horizontal, est comprimé en une lame verticale arrondie et musculeuse, au bord de laquelle se trouve, dans les -proies et les carinaires , une dilatation en forme de cône creux, représentant le disque des autres ordres, et qui sert de ventouse pour se fixer aux corps flottants. Cette nageoire est pourvue à chacune de ses faces d’un plan de muscles à fibres rayonnantes dont la contraction alternative produit un mouvement de droite et de gauche qui suffit pour transporter l’animal, le plus souvent le dos en bas, avec une vitesse assez grande. Le corps lui-même, allongé et terminé par une queue plate, est enveloppé de fibres musculaires nombreuses et croisées qui lui impriment un mouvement propre. ]

D. Dans les acéphales.

La membrane contractile qui revêt tout le corps

DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES

des mollusques acéphales est un véritable muscle qui présente beaucoup de variétés. Tantôt, et c’est dans le plus grand nombre, il est ouvert par devant dans le sens des valves : telles sont les huîtres , les moulus , etc. Tantôt, comme dans les coquilles dont les deux bouts restent toujours ouverts, telles que les solens , les myes , les pliolatles, etc., il est percé aux deux extrémités. Troisièmement enfin, le manteau, enveloppant tout le corps de l’animal comme un sac, n’a d’ouverture qu’à l’une de ses extrémités. C’est ce qu’on remarque dans les ascidies.

Le manteau de l’ huître est formé de deux pièces de même forme que la coquille. Elles se collent au corps par derrière ou du côté de la charnière, et s’étendent jusqu’aux bords des valves. Leur substance eslmolle, demi-transparente, parcourue par un grand nombre de bandes musculeuses. Elles sont percées par le muscle qui ferme les écailles. L’extrémité libre de ce manteau est double. L’un des bords est plissé comme un falbala et festonné; l’autre est garni de petits tentacules coniques et contractiles.

Le manteau des autres acéphales diffère par la forme générale que nous avons fait connaître plus haut.; par les tentacules dont le bord est garni; par les différents tuyaux qui en sont des prolongements; enfin par les muscles qui le percent.

L’ouverture qui sert de sortie aux excréments, et celle qui est destinée à l’entrée de l’eau et des aliments, se prolongent quelquefois en des espèces de tuyaux qui sont la continuation du manteau. C’est ce que l’on nomme trompes. Les huîtres , les moules j les mulettes ou unio , les anodonles , n’ont qu’une seule de ces^uvertures, l’anus. L’eau entre simplement par la large fente du manteau. Dans les lucardes , chacun de ces deux trous s’allonge de quelques lignes. Celui de la respiration est plus long et plus gros. Ils sont plus allongés encore et plus inégaux dans les ténus , tellines} madrés et quelques autres genres. Les solens en ont aussi deux ; mais dans les pholades les deux tuyaux sont réunis en une seule trompe charnue très- épaisse, qu’ils traversent dans sa longueur* sans se réunir.

Les tentacules, qui, dans les acéphales à manteau ouvert en devant, sont placés au bord du manteau, surtout vers l’anus, sont situés à l’ori- * ficc des trompes, dans les espèces à tuyaux. Ils sont branchas dans la moule commune (mytilus eduliSj Linn.).

Comme les valves des coquilles tendent continuellement à s’ouvrir par l’effet du ligament élastique placé du côté de la charnière et qui fait l’office de muscle, il fallait que l’animal qu’elles recèlent eût la faculté de les fermer à volonté. Aussi, selon les genres, y a-t-il toujours un ou deux muscles destinés à cette fonction.

ARTICLE DEUXIÈME. -

Daus les huîtres, il n’y en a qu’un seul situé à peu pies au centre de la coquille, derrière le foie et au milieu du manteau. Il s’attache 5 l’une et l’autre valve; et, par sa contraction, il les serre l’une contre l’autre avec une force étonnante. Il en est de même dans les pentes , les arondes, les spondyles.

Il y a deux muscles pour fermer la coquille dans les moules , solens , vénus , madrés , bucardes , etc. Ils sont toujours éloignés l’un de l’autre vers les extrémités des coquilles longues, et généralement rapprochés du bord où est la charnière, aûn qu’un très-petit relâchement de leur part produise une ouverture d’un plus grand arc au bord opposé.

Un grand nombre de mollusques acéphales ont la faculté de transporter leur demeure tcstacée d’un lieu dans un autre, à l’aide d’un appendice musculeux qu’ils font rentrer et sortir à volonté, et avec lequel ils s’accrochent et se traînent sur le sable et les rochers. On a nommé cet appendice le pied de l’animal.

L'huitre , les spondyles, plusieurs peignes, les anomies, et en général presque toutes les coquilles inéquivalves, n’ont aucun pied, et sont dépourvues de la faculté de changer de lieu à volonté, [au moins par ce moyen].

Un des pieds les plus simples est celui de Yanodonte des étangs ( mytilus analinus, Linu.). Il est placé au-devant du corps, vers le bord des coquilles. Sa forme est oblougue, comprimée. On remarque à chaque côté et extérieurement une couche de fibres venant du fond de la coquille. Il y a intérieurement d’autres fibres, dont les unes croisent les premières à angle droit, et d’autres unissent les deux couches extérieures en s’y attachant circulaircment. Par cette disposition, on conçoit facilement que l’animal doit pouvoir changer à son gré les trois dimensions de ce pied ou de l’une de ses parties. Il parvient par son moyen à placer de champ sa coquille, et il rampe alors avec son pied, comme le limaçon avec le sien.

On retrouve ce pied simple dans la pholade : sa forme est presque sphérique, tronquée par une surface plate. La partie que Linné a reconnue dans le solen, et qu’il a comparée à un gland dans son prépuce, est le pied à l’aide duquel cet animal s’enfonce dans le sable et s’élève à sa surface. Le pied sort dans ces deux genres par l’ouverture de la coquille opposée à celle d’où sortent les tubes.

Le pied des bucardes est un peu plus composé, lia un appendice triangulaire qui peut se recourber, saisir de sa pointe la matière glutineuse qui forme les fils et la tirer en longueur. Mais c’est le pied de la moule commune ( mytilus edulis) qui est le mieux organisé de toys. 11 ressemble à une petite langue marquée d’un sillon longitudinal, susceptible de s’allonger beaucoup en se rétrécissant, et de se raccourcir jusqu’à avoir la forme d’un

ANIMAUX ARTICULÉS. 20Ô

cœur. Cinq muscles de chaque côté meuvent cet organe : deux viennent des extrémités de la coquille, auprès de ceux qui servent à la fermer ; les trois autres viennent de son fond et du creux des vates. Tous entrent dans le pied et s’y entrelacent avec scs fibres propres, comme les muscles extrinsèques de la langue de l’homme se joignent au lingual. La totalité de l’organe est enveloppée d’une gaine formée de fibres transversales et circulaires, d’une couleur pourpre obscure. Ce pied sert également à filer et à ramper. Ce dernier office se remplit comme dans tous les bivalves ; le premier se fait en saisissant par la pointe le gluten que fournit une glande située sous sa base, et en le tirant en longueur dans le sillon décrit plus haut.

Nous ferons connaître ailleurs la glande qui sécrète cette humeur propre à former le fil.

[ Dans les biphores, parmi les acéphales sans coquilles, le manteau recouvert, comme nous l’avonsdit, d’une enveloppe transparente, élastique et cartilagineuse, est ouvert aux deux bouts; du côté de l’anus, l’ouverture est large, transverse et munie d’une valvule qui permet seulement l’entrée de l’eau ; du côté de la bouche elle est tubuleuse. C’est par cette ouverture que l’eau qui a traversé le corps est chassée au dehors par l’action des bandes musculaires qui embrassent le manteau. Ces bandes sont daus quelques espèces tout à fait trausverses, mais dans d’autres elles sont plus ou moins obliques et disposées parfois de telle sorte qu’il en résulte des figures approchant de celles de certains caractères. chinois. L’élasticité naturelle suffit pour rendre au corps sa forme ordinaire, lorsque les bandes musculaires cessent d’agir.

Dans les ascidies qui sont fixées aux rochers, les bandes musculaires, disposées en écharpe, se croisent presque à angle droit et n’ont d’autre usage que de contracter l’enveloppe de temps à autre pour chasser l’eau qu’elle contient. ]

ARTICLE II

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