ARTICLE PREMIER. — FONCTIONS ORGANIQUES
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chercher des lumières sur la vraie nature «les forces qui les animent, que dans l’examen de la composition de ces corps, c’est-à-dire de leur tissu et du mélange de leurs éléments : car, quoiqu’il soit vrai de dire que ce tissu et ce mélange sont en quelque façon le résultat de l’action des lorces vitales qui leur ont donné l’étre et qui les ont maintenus, il est clair aussi que ces forces ne peuvent avoir que là leur source et Leur fondement; etsi la première réunion de ces éléments mécaniques et chimiques d’un corps vivant quelconque a été effectuée par la force vitale du corps duquel il descend, on doit trouver en lui une force semblable et les causes de celte force, puisqu’il exercera une action pareille en faveur des corps qui doivent descendre de lui.
Mais cette composition des corps vivants nous est trop imparfaitement connue, pour que nous puissions en déduire clairement les effets qu’ils nous présentent. Nous voyons qu’en général ils sont composés de fibres, de lamelles, ou de globules qui, diversement combinés, font la base de tous leurs tissus, tant de ceux qui ont de l’épaisseur en tout sens, que de ceux qui représentent eux-mêmes des lames et des filaments. Nous avons décomposé jusqu’à un certain pointées tissus dans leurs éléments organiques; nous connaissons les formes, la consistance, la position des solides qui en sont formés, les ramifications les plus considérables des vaisseaux qui les parcourent, la direction des fluides que ces vaisseaux contiennent; nous en suivons les branches les plus délicates; mais leurs dernières terminaisons échappentà nos instruments. De même, nous connaissons les caractères chimiques des fluides les plus apparents, ainsi que des substances concrètes; nous en avons fait bien des analyses; mais, non-seulement ces analyses sont très-imparfaites, puisque nous ne pouvons recomposer les substances qui en sont l’objet; les phénomènes nous démontrent encore qu’il doit exister plusieurs fluides qu’il nous est jusqu’à présent impossible de saisir; et les découvertes les plus récentes sur l’électricité galvanique sont bien loin de satisfaire à toutes les questions de la science.
On aurait donc tort de s’appuyer sur l’inutilité des efforts que les physiciens ont faits jusqu’ici, pour lier les phénomènes des corps vivants aux lois généralesde la nature, et d’en conclure que ces phénomènes sont absolument d’un ordre diffèrent.
Mais, d’un autrecôlé, il serait téméraire d’entreprendre de nouveau celte tâche : tant que nous n aurons que des connaissances si bornées des coi ps dans lesquels ces phénomènes se manifestent, nous ne pourrons en donner qu’une exposition empirique, et non un système raisonné; et tous nos ti avaux sur l’économie organique se réduiront à en faire l’histoire.
Cependant, si nos connaissances sur la composition des corps vivantsnesuflisent pas pour l’explication des faits qu’ils nous présentent, nous pouvons du moins les employer pour reconnaître ces corps, même hors de leur aclion, et pour en distinguer les débris longtemps après leur mort; car nous ne trouvons dans aucun des corps bruts ce tissu fibreux ou cellulaire, ni cette multiplicité d’éléments volatils qui forment les caractères de l’organisation et des corps organisés, soit qu’ils vivent actuellement, soit qu’ils aienL vécu.
Ainsi, tandis que les solides bruts ne se composent que de molécules polyèdres qui s’attirent par leurs facettes et ne s’écartent que pour se séparer, qu’ils ne se résolvent qu’en un nombre très-borné de substances élémentaires pour nos instruments, qu’ils ne se forment que de la combinaison de ces substances et de l’aggrégation de ces molécules, qu’ils ne croissent que par la juxta-position de molécules nouvelles qui viennent envelopper par leurs couches la masse des premières, et qu’ils ne se détruisent que lorsque quelque agent mécanique vient en séparer les parties, ou que quelque agent chimique vient en altérer les combinaisons; les corps organisés tissus de fibres, de lames et de globules dont les intervalles sont remplis de fluides, se résolvent presque entièrement en substances volatiles, ne naissent que suides corps semblables à eux, et ne s’en séparent que lorsqu’ils sont assez développés pour agir parleurs propres forces, altèrent continuellement les substances étrangères, et en exhalant une partie, s’assimilant l’autre, l’intercalant entre leurs propres molécules, croissent par une force intérieure et périssent enfin par l’action continuée de cette force, par l’effet même de leur vie.
L’origine par génération, l’accroissement par nutrition, la fin par une véritable mort, tels sont donc les caractères généraux et communs à tous les corps organisés : mais si plusieurs de ces corps n’exercent que ces fonctions-là et celles qui en sont les accessoires, et n’ont que les organes nécessaires à leur exercice, il en est un grand nombre d’autres qui remplissent des fonctions particulières, lesquelles non-seulement exigent des organes qui leur soient appropriés, mais encore modifient nécessairement la manière dont les fonctions générales sont exercées et les organes qui sont propres à ces fonctions.
De toutes ces facultés moins générales, qui supposent l’organisation, mais qui n’en sont pas des suites nécessaires, la faculté de sentir et celle de se mpuvoir à volonté, en tout ou en partie, sont les plus remarquables, et celles qui ont la plus grande influence dans la détermination des autres fonctions.
Nous avons la conscience que ces facultés existent en nous, et nous les attribuons, par ana-
PREMIÈRE LEÇON. — ÉCONOMIE ANIMALE
lofjie et d’après les apparences, à un grand nombre d’autres êtres cpie nous nommons à cause de cela, les êtres animés , ou, d’un seul mot, les animaux.
Ces deux facultés paraissent être nécessairement liées. D’abord, l’idée même de mouvement volontaire contient en elle celle de sensibilité; car on ne conçoit point de volonté sans désir et sans sentiment de plaisir ou depeinc.il peut bien exister des corps qui, quoique inanimés, manifestent à l’extérieur des mouvements produits par un principe interne; mais ces mouvements sont de même nature que tous ceux qui constituent les fonctions essentielles de la vie, et ne peuvent mériLer le nom de volontaires.
D’un autre côté, la bonté avec laquelle la nature a traité toutes ses productions, ne nous permet guère de croire qu’elle ait privé des êtres susceptibles de sensations, c’est-à-dire de plaisir et de peine, du pouvoir de fuir l’une et détendre vers l’autre jusqu’à un certain point; et si, parmi les malheurs trop réels qui affligent notre espèce, un des plus touchants est celui de l’homme de cœur qu’une force supérieure retientdans l’impuissance de résister à l’oppression, les fictions poétiques les plus propres à exciter notre pitié sont celles qui nous représentent des êtres sensibles enfermés dans des corps immobiles : et les pleurs de Clorinde, sortant avec son sang du tronc d’un cyprès, devaient arrêter les coups de l’homme le plus farouche.
Mais, indépendamment de la chaîne qui lie ces deux facultés, et du double appareil d’organes qu’elles exigent, elles entraînent encore à leur suite plusieurs modifications dans les facultés communes à tous les corps organisés; et ces modifications, jointes aux deux facultés propres, sont ce qui constitue plus particulièrement la nature des animaux.
Par exemple, pour ce'qui concerne la nutrition, les végétaux, qui sont attachés au sol, absorbent, immédiatement par leurs racines les parties nutritives des fluides qui l’imbibent: ces racines, subdivisées à l’infini, pénètrent dans les moindres intervalles, et vont, pour ainsi dire, chercher au loin la nourriture de la plante à laquelle elles appartiennent; leur action est tranquille, continue, et ne s’interrompt que lorsque la sécheresse les prive des sucs qui leur sont nécessaires.
Les animaux, au contraire, qui ne sont point fixés, et qui changent souvent de lieu, devaient pouvoir transporter avec eux la provision de sucs nécessaires à leur nutrition; aussi ont-ils reçu une cavité intérieure où ils placent les matières qui doivent leur servir d’aliments, et dans les parois de laquelle s’ouvrent des pores ou des vaisseaux absorbants, qui sont, selon l’expression énergique de Boerhaave, de véritables racines intérieures.
La grandeur de cette cavité et de ses orifices permettait à plusieurs animaux d’y introduire des substances solides. Il leur a fallu des instruments pour les diviser, des liqueurs pour les dissoudre : en un mot, la nutrition n’a plus commencé immédiatement par l’absorption des substances telles que le sol ou l’atmosphère les fournissait; il a fallu qu’elle fût précédée d’une multitude d’opérations préparatoires, dont l’ensemble constitue la digestion.
Ainsi, la digestion est une fonction d’un ordre secondaire, propre aux animaux, et dont l’existence, ainsi que celle de la cavité alimentaire dans laquelle elle s’opère, est nécessitée chez eux par la faculté qu’ils ont de se mouvoir volontairement; mais ce n’en est pas la seule conséquence.
Les végétaux, ayant peu de facultés, ont une organisation très-simple; presque toutes leurs parties sont composées de fibres parallèles ou peu divergentes. De plus, leur position fixe permettait que le mouvement général de leur fluide nourricier fût entretenu par les simples agents extérieurs : aussi parait-il qu’il se porte de bas en haut, par l’effet de la succion de leur tissu spongieux ou capillaire, et de l’évaporation qui se fait à leur cime, et que son mouvement, dans ce sens, est d’autant plus rapide que cette évaporation est plus grande, qu’il peut même devenir rétrograde lorsqu’elle vient à cesser ou à se changer en absorption par la fraîcheur et l’humidité de l’air.
Non-seulement les animaux, destinés à changer continuellement de lieu et à se trouver dans toutes sortes de situations et de températures, doivent avoir en eux-mêmes un principe actif de mouvement pour leur fluide nourricier, mais leurs facultés plusnombreuseset plus développées, exigeant une complication d’organes beaucoup plus grande, leurs diverses parties étant très-composées, souvent très-divergentes, pouvant même varier leurs positions et leurs directions respectives, il fallait, pour porter ce fluide dans des détours si multipliés, des moyens plus puissants et autrement disposés que dans les végétaux.
Aussi, dans la plupart des animaux, est-il contenu dans des canaux innombrables, qui sont tous des ramifications de deux troncs communiquant ensemble, de manière que l’un reçoit, dans ses racines le fluide que l’autre a poussé dans ses branches, et le rapporte au centre d’où il doit être chassé de nouveau.
C’est à cet endroit où les deux grands troncs communiquent qu’est placé le cœur, qui n’est autre chose qu’un organe dont les contractions poussent avec violence ce fluide dans tous les rameaux du tronc artériel; car il y a, aux orifices du cœur, des soupapes disposées de manière que le fluide contenu dans tout le système vasculaire, 11e peut