‹ Leçons d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 8 sur 174 · ARTICLE PREMIER. — FONCTIONS ORGANIQUES · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER. — FONCTIONS ORGANIQUES

marcher que dans le sens que nous venons d’indiquer, c’cst-ù-dirc du cœur vers les parties par les artères, et des parties au cœur par les veines.

C’est dans ce mouvement de rotation que consiste la circulation du sang, qui est, comme on le voit, une autre fonction d’un ordre secondaire propre aux animaux, et dont le cœur est l’agent principal et le régulateur : mais celte fonction est moins nécessairement liée à la faculté de sentir et de mouvoir, que ne l’est la digestion ; car nous verrons que deux classes nombreuses d’animaux sont entièrement privées de circulation dans des vaisseaux clos, et se nourrissent à la manière des végétaux, par la simple imbibition d’un fluide qui baigne toutes leurs parties, quels que soient d’ailleurs les mouvements imprimés à ce fluide.

Dans ceux qui ont une circulation, le sang parait n’ètre qu’un véhicule qui reçoit continuellement, de la cavité alimentaire, de la surface extérieure du corps et des poumons, des substances diverses qu’il s’incorpore d’une manière intime, et par lesquelles il remplace celles qu’il fournit à toutes les parties pour leur conservation et pour leur accroissement. C’est lors de son passage aux dernières extrémités des artères, que le sang opère la véritable nutrition des parties; aussi changet-il, dans ce passage, de nature et de couleur, et ce n’est que par l’accession des diverses substances que je viens d’indiquer, que le sang veineux redevient propre à la nutrition, ou, en un seul mot, redevient du sang artériel.

C’est par des vaisseaux particuliers nommés lymphatiques, que le sang veineux reçoit la plupart des substances que la peau et le canal alimentaire lui fournissent; il reçoit aussi par eux le résidu même de la nutrition, et les molécules qui se détachent des dilférenles parties pour être transmises hors du corps par les différents couloirs; maislcsveines elles-mêmes remplissent aussi à quelques égards cet office, et qui plus est, elles paraissent en être chargées seules dans ceux des animaux non vertébrés dans lesquels il existe une circulation; du moins, n’y a-t-on encore découvert rien qui ressemble à des vaisseaux lymphatiques.

Quant aux organes respiratoires , l’air qui y parvient exerce sur le sang veineux une action qui a de grands rapports avec la combustion, et dont il parait que tous les corps organisés ont besoin pour vivre ; car elle a lieu dans tous, quoique de manières fort différentes. Les végétaux et les animaux sans circulation respirent ( c’est le nom que porte cette action de l’air sur le fluide nourricier ) par toute leursurface, ou pardes vaisseaux qui introduisent l’air dans les divers points de 1 intérieur de leur corps. Il n’y a que les animaux à circulation véritable qui respirent par un organe particulier, parce que le sangvenant, chez eux, d’une source commune, qui est le cœur, et y

retournant sans cesse, les vaisseaux qui le contiennent ont pu être tellement disposés qu’il ne se rendît aux autres parties, qu’après avoir .passé par l’organe respiratoire; ce qui ne pouvait avoir lieu dans ceux où ce fluide est répandu partout d’une manière uniforme, sans être contenu dans des vaisseaux.

Ainsi, la respiration pulmonaire ou branchiale est une fonction d’un troisième ordre, dont l’existence dépend de celle de la circulation, et qui est une suite éloignée des facultés qui caractérisent les animaux.

Il n’est pas jusqu’à la génération, dont le mode, dans les animaux, ne soit dépendant de leurs facultés particulières, du moins pour ce qui concerne la fécondation des germes; car la faculté qu’ils ont de se mouvoir et de se porter l’un vers l’autre, de désirer et de senlir, a permis de leur accorder toutes les jouissances de l’amour : et quanta la partie purement mécanique, leur fluide spermatique a pu rester à nu, et être porté immédiatement surles germes ; tandisqueles végétaux, qui n’ont par eux-mêmes aucun moyen de lancer ce fluide, il a fallu qu’il fût renfermé dans de petites capsules, susceptibles d’être transportées par les vents, et qui forment ce qu’on nomme la poussière des étamines. Ainsi, pendant que, pour la plupart des autres fonctions, les animaux ont reçu des appareils plus compliqués, à cause des facultés qui leur sont particulières, ces mêmes facultés ont permis que celle-ci s’exerçât chez eux d’une manière plus simple que dans les végétaux.

Ces exemples montrent combien les seules facultés de sentir et de se mouvoir, que les animaux ont reçues de plus que les végétaux, ont l’influence sur les modifications de celles qui sont communes à ces deux sortes d’êtres. La comparaisonque nousferons dans lasuitedes divers ordres d’animaux, nous montrera de même que les modifications de chacune de leurs fonctions principales exercent une influence pareille sur toutes les autres, tant il y a de liaison entre toutes les parties d’un corps vivant quelconque, et, par conséquent, tant l’ensemble et l’harmonie y sont nécessaires.

Ainsi, l’on voit que les fonctions qui composent l’économie animale peuvent se rapporter à trois ordres. Il en est qui constituent les animaux ce qu’ils sont, qui les rendent propres à remplir le rôle que la nature leur a assigné dans l’arrangement général de l’univers, en un mot, qui seraient suffisantes pour les faire exister, si leur existence ne devait être que momentanée. Ce sont la faculté de sentir et celle de se mouvoir; celle-ci les met en état d’exécuter certaines actions, et. l’autre les détermine pour telle ou telle des actions dont ils sont capables. Chacun d’eux peut être considéré comme une machine partielle, coordonnée à tou-

PREMIÈRE LEÇON. — ÉCONOMIE ANIMALE

tes les autres machines dont l’ensemble l'orme ce monde; les organes du mouvement en sont les rouages, les leviers, en un mot toutes les parties passives; mais le principe actif, le ressort qui donne l’impulsion à toutes les parties, réside uniquement dans la faculté sensilive, sans laquelle l’animal, plongé dans un sommeil continuel, serait réduit à un état purement végétatif: aussi la plante elle-même pourrait être appelée, comme l’a dit Buffon, un animal qui dort. Ces deux fonctions forment le premier ordre, et portent le nom de fonctions animales.

Mais les machines animales ont de plus que celles que nous construisons, un principe intérieur d’entretien et de réparation : il consiste dans l’ensemble des fonctions qui servent à nourrir le corps, c’est-à-dire la digestion , Y absorption, la circulation, la respiration, la transpiration et les excrétions ; elles forment le second ordre, et portent le nom de fonctions vitales.

Enfin, la durée de chaque animal étant déterminée selon son espèce, la génération est une fonction d’un troisième ordre, destinée à faire remplacer les individus qui périssent par des individus nouveaux, et à maintenir l’existence de chaque espèce.

Après avoir considéré ces fonctions en ellesmêmes et dans leurs rapports réciproques, examinons les organes par lesquels elles s’exercent.

ARTICLE II

IDÉE GÉNÉRALE DES ORGANES DU CORrS ANIMAL , DE LEURS ÉLÉMENTS ET DE LEUR MANIERE D’AGIR.

Aucune partie du corps animal n’est entièrement composée de molécules solides; toutes donnent des fluides par l’expression, ou en perdent par l’exsiccation : aussi présentent-elles toutes un tissu plus ou moins spongieux, plus ou moins aréolaire, ou semblable à des mailles.

La division mécanique des solides conduit toujours, en dernier résultat, à de petites lames, ou à des filaments, lesquels se résolvent à leur tour en globules qui en sont, en quelque sorte, les molécules élémentaires; lesderniers, les plus simples des animanx, semblent seuls ne consister qu’en une sorte de gelée remplie de globules plus opaques. Dans les animaux supérieurs, lorsque les petites lames sont écartées, et qu’elles interceptent des vides sensibles, elles forment ce qu’on nomme de la cellulosilé. Non-seulement cette cellulosilé enveloppe et pénètre les parties les plus denses, mais clic paraît presque toujours en former la base ; car les membranes ne consistent fondamentalement qu’en une cellulosilé plus ser-

rée, dont les lames sont plus rapprochées et plus exactement couchées les unes sur les autres, et la macération les résouten une cellulosilé ordinaire. Les vaisseaux ne sont que des membranes contournées en cylindres; et toutes les parties molles du corps, si on en excepte peut-être les fibres élémentaires et la matière médullaire, semblent être un assemblage de vaisseaux, et ne différer entre elles que par la nature des fluides que ces vaisseaux contiennent, par leur nombre, leur direction, leurs entrelacements et la consistance de leurs parois.

L’analyse chimique de ces substances, tant solides que fluides, nous y démontre en définitive un assez petit nombre de principes qui se trouvent presque tous dans chacune d’elles, quoique dans des proportions très-différentes. Quelques terres, quelques sels, le phosphore, le carbone, l’azote, l’hydrogène, l’oxigène, un peu de soufre, un peu de fer, combinés d’un grand nombre de manières, produisent divers composés, comme la gélatine, l’albumine, la fibrine, etc., qui sont les principes immédiats des solides et des fluides animaux tels que nous les connaissons; mais touL éloignés que nous sommes d’une analyse complète, puisque nousnc pouvons pas reproduire ces principes immédiats, nous voyons assez, nonseulement que nous altérons ces composés par nos expériences, mais encore que plusieurs de leurs éléments échappent tout à fait à nos instruments. De plus il n’est pas même en notre pouvoir de faire prendre directement à ces substances les formes matérielles qu’elles présentent dans les organes qui en sont composés. Delà gélatine extraite par la chimie ne deviendra ni de la cellulosilé ni de la fibre tendineuse; de la fibrine ne deviendra pas de la fibre musculaire. Il faut l’action organique non-seulement pour les produire, mais pour en mouler les particules comme elles le sont dans le corps : ce n’est que par une illusion, que Ton a cru pouvoir former de véritables fibres par l’action de la pile galvanique sur le sérum du sang.

La substance par le moyen de laquelle s’exerce la faculté de sentir, est la substance médullaire. Dans tous les animaux où nous pouvons la distinguer, c’est une matière molle, blanche, résoluble en globules; elle forme ou des masses ou des filets qui, partant de ces masses ou y aboutissant, se distribuent au plus grand nombre des parties du corps et se lient entre eux de diverses manières, et forment souvent aux points de rencontre des nœuds et des réseaux. Ces filets sont les nerfs dans les animaux supérieurs : les masses portent les noms d’encéphale et de moelle épinière, les nœuds celui de ganglions, les réseaux celui de plexus.

Le nerf touche immédiatement par un corps étranger, nous fait sentir de la douleur, quoique son contact avec les parties du corps qui lui sont

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