‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 2)Chapitre 121 sur 141 · TRENTE -UNIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE -UNIEME LEÇON

DES ORGANES DE DÉPURATION DU FLUIDE NOURRICIER PAR LA SÉCRÉ1ION URINAIRE, or DE L'URINE, DES ORGANES QUI LA SÉPARENT, LA TIENNENT EN RÉ- SERVE ET LA TRANSMETTENT AU DEHORS,

[ La respiration , localisée dans des organes particuliers, dont nous venons de faire connaître les nombreuses différences de position, d'étendue, de formeet de structure dans tout le rogne animal, ou confondue dans les téguments, avec d'autres fonctions, est sans doute le plus puissant moyen d'élaboration et de dépuration du fluide nourricier, qui ait été départi aux animaux.

Le foie , que nous avons décrit comme annexe du canal alimentaire, comme contribuant par la sécrétion de la bile, à la cbylification, a encore pour fonction, peut-être la plus essentielle des deux, de servir aussi à la dépuration du fluide nourricier. Sous ce rapport, on pourrait le classer, par son degré d'importance, immédiatement après les organes de la respiration, et comme moyen accessoire de cette fonction.

C'est encore sous ce dernier point de vue, ou comme organes dépurateurs du fluide nourricier, comme contribuant à donner à ce fluide sa composition normale, nécessaire à l'entretien de la vie, que nous considérons les reins ou les organes de la sécrétion urinaire. C'est

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cette importante considération physiologique, qui nous a fait adopter le plan de les décrire immédiatement après les organes de la respiration. ]

ARTICLE I

De 11 urine des vertébrés.

Les travaux de Fourcroy et Vauquelin sur l'urine humaine nous ont appris qu'elle est composée d'eau, tenant en dissolution différentes matières, dont les proportions varient beaucoup. L'une de ces matières, Y urée , est constamment la plus abondante ; elle constitue essentiellement ce liquide, et lui donne sa couleur, son odeur et une partie de sa saveur; c'est à sa décomposition que sont dus la plupart des phénomènes que présente l'urine. Fourcroy et Vauquelin la regardent comme la plus animalisée des substances animales. Elle se dissout dans l'alcool, cristallise en lamelles d'un blanc jaunâtre, exhale une odeur fétide, est déliquescente , se décompose facilement par la chaleur, les acides et les alcalis.

[La chimie actuelle donne, pour l'analyse élémentaire de l'urée, la formule suivante : c az3 hu o. En considérant que cette formule peut être celle qui exprimerait la composition élémentaire du carbonate d'ammoniaque, moins un atome d'eau, c'est-à-dire ( oc* -+- az* h6 ) — h* o, on concevra la transformation si prompte et si facile de l'urée en acide carbonique et en ammoniaque. Mais l'urée n'est pas la seule substance que présente l'urine de l'homme, à l'état normal;

voici le tableau de celles qui entrent dans sa composition.

Mille parties d'urine ordinaire sont composées, d'après Berzélius, de :

Eau 933,00

Urée 5o,oo

Sulfate de potasse 3,71

Phosphate de soude ï . 2,94

Sel marin 4>45

Phosphate d'ammoniaque 1,65

Chlorhydrate d'ammoniaque i,5o

Acide lactique libre

Lactate d'ammoniaque

Matière animale soluble dans l'alcool, et

qui accompagne ordinairement les lac- ^ 17,14

tates. Matière animale insoluble dans

l'alcool. Urée qu'on ne peut séparer de

la matière précédente.

Phosphate de chaux et phosphate de ma- .

gnésie 1,00

Acide urique 1,00

Mucus de la vessie o,3a

Silice o,o3

Total 1000,00

Il serait possible, ajoute M. Thénard, à ce tableau analytique qu'il adopte , que les sulfates et les phosphates fussent dus à l'action des reins ; car les autres liquides du corps ne nous offrent que peu de ces sels. Le soufre contenu dans l'albumine et la fibrine serait alors converti en oxide ; il en serait de même du phosphore de la matière grasse (1).

(1) Nous avons déjà parlé (t. vi, p. 4.2 ) de cette oxidation qui doit avoir lieu dans les reins ; c'est à M. Thénard que nous aurions dû en attribuer la première idée. Voir son Traité de Chimie, sixième édition, t. v, 1836.

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ITaprès Proust, l'urine contiendrait, outre les substances que Ton y a admises jusqu'à présent, du soufre, de l'acide carbonique, de la résine et une substance noire particulière. ]

Ce liquide n'est d'ailleurs plus le même, lorsque, au lieu d'avoir été recueilli d'un sujet adulte, le matin, au moment de son lever, comme on l'a fait pour déterminer sa composition la plus constante, on examine celui rendu immédiatement après les repas, ou par des hommes malades, par des vieillards, ou par des enfants. Les aliments dont on se nourrit, les odeurs même dont on est affecté, peuvent encore en modifier la composition.

L'urine de fœtus est sans couleur, sans odeur et presque muqueuse. Celle des enfants ne donne que très-peu d'urée; elle est chargée d'acide benzoïque, et ne contient pas de phosphates terreux.

Les sels et l'acide urique augmentent dans celle des vieillards ; on y trouve plus ou moins de substance mucilagineuse.

Soit l'urée, [soit l'acide urique,] à en juger par le petit nombre d'analyses qui ont été faites, constituent la partie essentielle de l'urine des animaux vertébrés. [Nous allons en présenter un résumé, en suivant l'ordre des classes. ]

A. Dans les Mammifères.

[La nature des aliments ayant la plus grande influence sur la composition de l'urine , nous exposerons d'abord les résultats des analyses de l'urine des Carnassiers , puis celle des Pkyiivores.

a. Parmi les Carnassiers , l'urine de lion et de tigre royal a. été analysée par Vauquelin ; elle est composée , d'eau, d'urée, de mucus, d'ammoniaque libre, de phosphate de soude, de phosphate d'ammoniaque, d'hydrochlorate d'ammoniaque, de sulfate de potasse en grande quantité, d'une trace de phosphate de chaux et de chlorure de sodium (i).

Ce chimiste célèbre fait remarquer, comme conséquences de cette analyse :

i° Que ces urines sont alcalines au moment où elles sont rendues ;

2° Qu'elles ne contiennent pas d'acide urique ;

3° Qu'on n'y trouve que quelques traces de phosphate de chaux ;

4° Qu'il y a très-peu d'hydrochlorate de soude , tandis que l'urine de l'homme en contient beaucoup ;

5° Qu'il y a une grande quantité d'urée. 11 pense que l'ammoniaque ne se forme que dans la vessie.

b. Les analyses de l'urine des Mammifères phytivores, c'est-à-dire qui se nourrissent de toute espèce de substances végétales., ont été plus multipliées. Nous pouvons du moins rapporter celles de plusieurs Rongeurs, de quelques Pachydermes et de deux Ruminants. C'est encore bien peu pour la perfection que la science des compositions et décompositions moléculaires opérées sous l'influence de la vie, doit atteindre un jour.

L'urine de castor, suivant Vauquelin (2)^ a beaucoup de ressemblance avec l'urine des herbivores ordinaires; elle en diffère cependant par l'absence de mu-

(1) Annales de Chimie, t. 82, p. 197.— (2) Annales de Chimie^ . 82, p. 20*.

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riate (àliydrockiorate d'ammoniaque ) et par la présence d'une quantité notable de carbonate et d'acétate de magnésie.

Cette urine est composée d'eau, d'urée, de mucus animal, de benzoate de potasse, de carbonate de chaux et de magnésie ; d'acétate de magnésie ? de sulfate de potasse, de chlorure de potassium et de sodium, de matière colorante végétale , d'un peu de fer, qui pourrait bien être provenu , ainsi que le pense V auquelin , du vase de fer blanc dans lequel l'urine avait été reçue.]

Le même chimiste a trouvé dans l'urine de lapin , de l'eau, de l'urée, du mucus, des carbonates de chaux, de magnésie, de potasse; du sulfate dépotasse; du chlorure de potassium ; du soufre.

i [L'urine de cochon d'Inde aune composition analogue , et ne renferme, d'après l'analyse de V auquelin, ni acide urique, ni phosphates terreux ou alcalins.

L'urine de rhinocéros est trouble, jaune, et a quelque chose de l'odeur des fourmis écrasées. Abandonnée à elle-même, il s'y forme un dépôt jaunâtre de carbonate de chaux et de magnésie, d'une matière animale azotée, de silice et d'oxide de fer ; elle contient d'ailleurs de l'urée , de l'hippurate de potasse et les sels ordinaires.

L'urine d'élêp/iant n'a pas d'hippurate; mais elle renferme beaucoup plus d'urée que celle de rhinocéros ; elle est troublée, comme celle-ci, par des carbonates de chaux et de magnésie qu'elle tient en suspension. Suivant M. Vogel, qui a donné ces analyses , l'urine de ces deux Pachydermes ne contient pas d'huile rousse, que Ton croyait exister assez généralement dans l'urine des herbivores. ]

L'urine du cheval^ très-onctueuse et très-odorante, est composée, suivant Fourcroy et Vauquelin, de:

Eau et mucus o?94°

Urée 0,007

Sous-carbonate de chaux 0,011

Sous-carbonate de soude o>009

Benzoate de sonde 0,024

Chlorure de potassium 0,009

Il y a quelquefois du sulfate de chaux. Ces chimistes ont encore reconnu (1) dans l'urine de cheval, de l'huile rousse, qu'ils regardent comme le principe colorant et odorant de ce liquide. [Mais M. Chevreuil en admettant ce résultat, observe que cette matière grasse se compose de deux principes immédiats, au moins, l'un colorant et l'autre odorant (2).

L'urine de chameau ayant été examinée par le même chimiste, il en a retiré : de l'eau en grande quantité; une matière animale coagulable par la chaleur, des carbonates de chaux et de magnésie, de la silice, des traces de sulfate de chaux ; des traces d'oxide de fer ; du carbonate d'ammoniaque provenant sans doute de l'altération de l'urée ; du chlorure de potassium , du carbonate de potasse et du sulfate de soude en petite quantité; de l'acide benzoïque ( acide hippurique) uni, sans doute, à la potasse ; de l'urée ; une huile rousse (3) . ]

L'urine de vache est également onctueuse au toucher ; elle a une odeur forte et particulière , composée d'eau, de beaucoup d'urée, d'une matière animale extractive, de carbonate, sulfate d 'hydrochlorate et de

(1) Annales de Chimie, t. 67, p. 509. — (2) Dictionnaire des Sciences Naturelies, article Urine, t, 56, p. 352. — (3) Annalas de Chimie , t. 67, p. 393.

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benzoate de potasse ; elle ne contient ni sel, ni acide phosphorique. [C'est une ancienne analyse de Rouelle, que nous conservons ici , faute d'en connaître une plus complète. ]

B. Urine des oiseaux.

Les autruches et les casoars sont les seuls, parmi les oiseaux, qui aient des urines liquides et aqueuses, qu'ils peuvent réunir dans un réservoir, et rendre par intervalles en abondance et séparément des excréments.

Vauquelin a profité de cette circonstance pour analyser l'urine de Y autruche A 'Afrique; il l'a trouvée composée d'eau, d'acide urique, de mucus, de substance huileuse, d'hydrochlorate d'ammoniaque, de sulfate de potasse et de chaux , de sous-phosphate de chaux. L'acide inique en fait la soixantième partie ; cet oxide et les sels s'y trouvent en plus grande proportion que dans l'urine humaine.

Les autres oiseaux rendent leur urine solide avec les excréments. Fourcroy et Vauquelin ont reconnu dans ceux de vautour, à* aigle, de poule , de tourterelle une certaine quantité d'acide urique.

La proportion d'acide urique, dans les excréments des oiseaux, varie singulièrement, suivant la nourriture animale ou végétale, suivant la proportion de l'azote des aliments. Elle était de 0,02 dans les excréments d'une poule qui ne pouvait se nourrir que d'herbes ; de 0,1 4 dans ceux d'un faisan nourri d'orge; ceux d'un faucon nourri de chair en étaient presque entièrement formés (1). ]

(1) Annales de Chimie , t. 76, p. 31, et t. 56, p. 258, pour la singulière histoire du Guano.

c. Urine des Reptiles

" L'urine de Sauriens , et celle des Ophidiens , les Crocodiliens exceptés, dont l'anus est longitudinal, sort du cloaque comme un cylindre de pâte molle, que la lèvre postérieure de l'anus, qui borne en arrière cette fente transversale, repousse, à mesure, contre ces commissures. Il en résulte que cette pâte, moulée en cylindre ou en cône par le cloaque, qui se contracte sur elle pour l'expulser, est contournée en spirale, et que cette forme se conserve plus ou mois sensiblement dans les morceaux d'urine que rendent ces animaux , et qui, durcis promptement à l'air, prennent la solidité des pierres tendres.

Schreibers (1) a publié, déjà en i8i3, que des lézards et des seps, qu'il conservait vivants, rendaient avec leurs excréments , et en premier lieu , un morceau de substance blancbe comme de la craie, de forme conique ou ovale , ou de forme irrégulière, et parfois raboteuse, qu'il a reconnu être leur urine ; il a trouvé cette urine solide, composée presque en entier d'acide urique (94 parties, en poids, sur 100, avec 3,92 de phosphate calcaire ).

Je ne connaissais pas cette intéressante observation, lorsque j'ai eu l'occasion de remarquer, en 1 835, qu'un caméléon, que j'ai gardé vivant pendant cinq mois, rendait ainsi, séparément de ses excréments, de petites

(1) Sur l'urine des lézards , par C. Schreibers , Annales de Physique , etc. De L. W. Gilbert, t. 43, p. 83. Leipsig, 1813 ; en allemand.

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