ART. I. ACTION DE LAIR
temps, a produit 0,97 pouces cubes d'acide carbonique. Un Reptile (une grenouille) n'a fourni que o,o5 pouces cubes d'acide carbonique.
Et un Poisson (une tanche) a exhalé seulement la petite quantité de 0,01 pouce cube d'acide carbonique.
Suivant le même auteur, les Insectes, dans quelques circonstances, exhaleraient autant d'acide carbonique que les mammifères; dans d'autres, cette proportion, ainsi que celle de l'acide carbonique produit par les Mollusques et les Vers, s'élèverait seulement à la proportion des amphibies.
Il résulterait des expériences de M. Dulong que, chez les animaux herbivores, la proportion de l'oxygène absorbé, en sus de l'acide carbonique exhalé, serait de jl; et de ~ chez les carnivores (chien, chat, cresserelle).
M. Despretz a obtenu des résultats analogues , et a trouvé que la quantité d'acide carbonique produit n'était que les f ou tout au plus les \ de l'oxygène disparu.
Relativement à l'appréciation de la quantité de cet acide que peut produire la respiration , dans un temps donné, il paraîtrait qu'elle a été exagérée.
Elle serait, suivant Lavoisier et Seguin , de i49->o pouces cubes.
D'après Davy, de 5 1680 pouces cubes.
Et Allen et Pepys l'ont évaluée à 39600 pouces cubes, dans les il\ heures.
Berzélius observe que les aliments d'un jour et le carbone qu'ils contiennent ne pourraient en fournir une semblable proportion.
Quant aux changements qu'éprouve l'azote de l'air atmosphérique par la respiration , les résultats obtenus sont très-différents. Ces différences cependant font corn-
6 XXIXe LEÇON. RESPIRATION DES VERTÉBRÉS.
prendre la troisième des propositions de Guvier que nous commentons ici , celle « qu'il s'y perd un peu d'azote » dans l'air que l'on respire; et la contradiction apparente avec celle exprimée un peu plus haut, « que » la proportion est restée la même dans l'air expiré » .
En effet, MM. Allen et Pepys ont constaté dans leurs expériences, que la quantité d'azote ne variait pas (Tram. phil. de 1809); tandis que Humphry Davy , et Pfaff ont trouvé une diminution sensible de ce gaz.
Berthollet , d'un autre côté , Nysten , Dulong et M. Despretz ont vu constamment que sa quantité avait augmenté dans l'air expiré. M. Edwards [Influence des agents physiques sur la vie ) explique ces contradictions, en démontrant, par la respiration de l'oxygène pur, ou d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène, dans les proportions de l'air atmosphérique, qu'il y a toujours de l'azote qui sort du corps par les voies de la respiration ; que dans d'autres cas il y en a une certaine quantité d'absorbée , et que les circonstances vitales pouvant faire varier les proportions de ces quantités absorbées ou exhalées, et rompre l'équilibre naturel entre ces fonctions opposées, on peut expliquer par là toutes les différences trouvées dans les expériences citées.]
Pour ce qui est des Reptiles et des Poissons qui respirent par des branchies, et par l'intermédiaire de l'eau , de grands naturalistes ont pensé que ces animaux décomposent ce liquide, pour en extraire l'oxygène; mais il nous paraît constaté, d'après les expériences faites par [ Duverney en 1701] et tout récemment par M. Sylvestre, qu'ils respirent l'air contenu dans l'eau , et qu'ils viennent même, lorsqu'ils
ART. $< ACTION DE l'AIR. 7
le peuvent, respirer l'air atmosphérique à sa surface.
Comme c'est l'opinion qi e nous avons adoptée dans tout cet ouvrage , Yoici , en peu de mots , les dernières expériences sur lesquelles elle se fonde.
i°. Deux poissons mis sous des récipients entièrement pleins d'eau , et qui ne pouvaient avoir aucun contact avec Fair atmosphérique, sont morts, l'un au bout de dix-huit heures, l'autre après dix-huit heures et demie.
3\ Un autre poisson mis dans un récipient à la superficie duquel on avait laissé une petite quantité d'air atmosphérique, vécut un peu plus long-temps.
3°. Si on substitue la même quantité d'oxygène pur à l'air atmosphérique , le poisson vit encore un peu plus long-temps 5 et cet air est absorbé en partie , et changé pour l'autre en acide carbonique.
4°. Ces animaux meurent au bout de peu de temps, lorsque , au moyen d'un diaphragme de gaz, placé trèsprès de la surface de l'eau , on les empêche de venir prendre , à cette surface , le fluide atmosphérique.
5°. L'eau dans laquelle des poissons avaient respiré contenait beaucoup moins d'air que la même eau qui n'avait pas servi à cet usage.
6°. Plusieurs poissons introduits dans l'eau d'un bocal sur lequel on avait laissé du gaz nitreux, éprouvèrent des convulsions violentes aussitôt qu'ils eurent touché la surface de l'eau , et moururent en moins de trois minutes , tandis que d'autres poissons , introduits dans une eau imprégnée d'une égale quantité de ce gaz, vécurent assez bien pendant qu'ils purent venir respirer l'air atmosphérique à sa surface.
[MM. Humboktt et Provençal ont non-seulement con-
8 XXIXe LEÇON. RESPIRATION DES VERTÉBRÉS.
firme par leurs expériences tous ces résultats intéressants; mais ils ont démontré de plus, dans une de ces expériences, que sur 3^7, 1 pouces cubes d'air combiné à l'eau , il y avait 56,6 d'azote d'absorbé.
La chimie moderne a répandu un grand jour sur la fonction de la respiration, dès le moment où elle est parvenue à bien connaître la composition de l'air atmosphérique ; en faisant respirer les deux gaz qui entrent dans cette composition, soit isolément, soit dans des proportions différentes, elle démontre le rôle que joue chacun d'eux dans cette fonction chimique.
Des expériences multipliées sur la respiration des , différents gaz, autres que ceux qui font partie de l'air atmosphérique, font voir encore plus évidemment jusqu'à quel point la composition de l'atmosphère est liée avec la durée de la vie animale ; pourquoi celle-ci s'arrête dans un air trop altéré par la respiration ; elles font connaître enfin que certains gaz font mourir, parce qu'ils sont à la fois irrespirables et délétères; tandis que d'autres produisent moins rapidement ce dernier résultat, et ne l'amènent que par défaut d'oxygénation du sang.]
Ainsi le mélange d'acide carbonique est ce qui fait périr les animaux qui ne changent pas d'air. Une atmosphère qui en contiendrait quinze centièmes tuerait, quand même elle aurait d'ailleurs quarante centièmes d'oxygène , tandis que l'atmosphère naturelle ne contient que vingt-et-un centièmes de ce dernier gaz ; mais c'est que le reste y est presque tout azote, et que la quantité d'acide carbonique y est presque insensible (î).
(1) Suivant les expériences de de Saussure, 10000 parties d'air atmosphérique ne contiennent que 4,5 d'acide carbonique.
ART. I* ACTION DE l'AIR. 9
L'acide carbonique détruit aussi plus complètement l'irritabilité dans ceux qu'il tue, que l'hydrogène, par exemple; dans ce cas et dans d'autres pareils, il y a une action délétère particulière qui ne tient point au défaut d'oxygénation. C'est pourquoi tous les mélanges qui peuvent entretenir la flamme ne sont pas pour cela sans danger pour la vie.
[Tous les gaz acides, plus le gaz ammoniaque, d'après les expériences faites par M. Thénard, conjointement avec M. Dupuytren, sont plus ou moins délétères. Des mammifères et des oiseaux plongés dans ces différents gaz, soit purs, soit mélangés avec l'air atmosphérique, ont péri rapidement.
Le gaz sulfhydrique, le plus délétère de tous, mêlé à l'air atmosphérique, dans la proportion de rb5 a suffi pour tuer un cheval. Il n'en a fallu que a-j^ pour faire périr un verdier, et §-3-5 pour tuer un chien de moyenne taille (1).
Chaussler avait , pour ainsi dire , conduit à ces recherches expérimentales, en démontrant l'action mortelle de ces différents gaz, lorsqu'on les met en contact avec la peau des jeunes animaux.
Ces dernières expériences servent encore à rendre indubitable la grande analogie de fonction qui existe entre les deux appareils tégumentaire et respirateur , analogie qui pouvait se déduire , en premier lieu , des connaissances que fournit l'anatomie comparée.
L'azote et l'hydrogène ne paraissent irrespirables que par l'absence de l'oxygène, qui seul peut entrete-
(1) Traite de Chimie élémentaire, par M. le baron L.-J. Théiiard, t. v, p. 127. Paris, 1836.
10 XXIXe LEÇON. RESPIRATION DES VERTÉBRÉS.
nir la vie; encore faut-il qu'il soit mélangé au premi er de ces gaz dans des proportions convenables.
Ainsi H. Davy, Vauquelin, deux préparateurs de M. T/iénard9et lui-même, ont eu le courage de respirer le protoxide d'azote pur (1). Il produisit sur le premier un degré d'excitation musculaire très-remarquable et même de surexcitation de la vue et de l'ouïe, puis une perte momentanée de la présence d'esprit. Vaaquelirij les préparateurs de M. Thènard, et lui-même , n'en ressentirent que des effets très-affaiblissants, qui allèrent jusqu'à la défaillance chez les trois premiers.]
Les observations faites sur le sang qui passe par le poumon, avant son entrée, et après sa sortie de ce viscère, correspondent à celles qu'on peut faire sur l'air respiré et non respiré.
Ainsi, le sang veineux est noir, et le sang artériel est vermeil; et ce changement s'opère uniquement par l'action de l'oxygène dans le poumon; car, si l'on empêche la respiration, ou qu'on fasse respirer d'autres gaz que l'oxygène , les artères ne rendent bientôt plus aussi qu'un sang noir, même hors des vaisseaux.
Tout le sang est noir dans un petit tiré du corps de sa mère, avant d'avoir respiré ; l'artériel devient rouge à l'instant même de la première respiration. Si on expose le sang veineux au contact de l'oxygène, on le rend semblable à l'artériel comme si on l'avait fait passer par le poumon ; tandis qu'on le noircit par le contact de tout gaz non surabondant en oxygène. Dans la première de ces circonstances, le sang veineux change
(1) Ibid., p. 125 et 126.