‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 3)Chapitre 3 sur 92 · DU FLUIDE NOURRICIER DES ANIMAUX TERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

DU FLUIDE NOURRICIER DES ANIMAUX TERTÉBRÉS

[Le sang des animaux vertébrés se distingue de celui des autres types, de même que tout l'ensemble de leur organisme, par une organisation plus compliquée.

2 XXV' lEÇON. DU FOUDE NOtT'RrJCIER, ETC.

Aussi n'est-îl pas réparé immédiatement par le canal alimentaire. \ ■% # #

C'est d'abord du chyle, dont les propriétés physiques ou chimiques diffèrent, sous plusieurs rapports, de celles du sang. C'est encore de la lymphe, qui se forme dans toutes les parties du corps, diffère très-peu du chyle, et concourt aussi à réparer les pertes du fluide nourricier, en se mêlant au chyle et au sang.

Le chyle et la lymphe versés , des vaisseaux qui les renferment, dans les réservoirs du sang, y prennent rorganisation de ce fluide, et deviennent seulement alors, propres à nourrir les parties ; encore faut-il que ce mélange ait subi, plus ou moins, la triple dépuration des poumons, des reins et du foie, pour être complètement propre à la nutrition , c'est-à-dire à jçenou- Tcjç^ 1^5, éjéçt^^l^i de tout l'organisme. ]

ARTICLE I«

f . DU CHTLE.

[Le chyle est un liquide blanc, opaque et laiteux dans les mammifères, généralement diaphane dans les autres ciasises des vertébrés, qui remplit, après la digestion, ou la chymification et la chylification des substances alimentaires, les vaisseaux lymphatiques des intestins, des mésentères, et successivement le canal thoracique.

SacQuleurvarie suivant lanature desalimentsetlapartie deses réservoirs dans laquelle on l'observe. Il est moins opaque et un peu plus diaphane dans les mammifères herbivores; il est plus opaque et plus blanc dans les carnivores;, il prend quelquefois une teinte rosée, surtout

ART. i. DT: chyle. 3

dans le canai thoracique. Cehii des oiseaux est généralement transparent; cependant M. Dtiméril a vu les vaisseaux chylitères d'un pic-vert, qui s était nourri de fourmis, remplis d'un chyle blanc opaque.

M, Lauth l'a constamment trouvé transparent et sans couleur dans les dindons, ks poules, les hérons, les cigognes , les goélands, les oies sauvages ou domestiques ^ les canards, qu*il a examinés (i).

Parmi les reptiles, nous l'avons vu d'un beau blanc de lait extrêmement pur, et sans aucune nuance de bleu ou de jaune, dans un trigonocèphale à losanges, dont la muqueuse intestinale, y compris les franges de ses plis tenant lieu de papilles, était blanchie par ce liquide. Ces exemples prouvent que le chyle n'est pas toujours diaphane dans les trois classes inférieures des vertébrés. Les observations auraient besoin d'être multipliées à cet égard.

Les poissons l'ont aussi d'un blanc limpide.

Sa saveur est douce ou un peu salée. Sa pesanteur spécifique est moindre que celle du sang.

Comme la lymphe et le sang, le chyle charie des globules de forme et de dimensions déterminées, suivant les espèces ou les groupes plus élevés. Ces globules sont bien distincts des particules de graisse auxquelles MM. Tiedemann et Gmelin attribuent exclusivement la couleur et l'opacité du chyle. En général ils diffèrent des globules sanguins par leur forme sphérique et leurs plus petites dimensions. Déjà MM. Leuret et Lassaigne avaient remarqué qu'ils avaient cette

(i) Anaaiés de$ Stiénet$ ncfur. t* nu

forme sphérique dans les oiseaux ^ tandis que leurs globules sanguins sont elliptiques.

Parmi les mammifères, les globules du chyle ont été trouvés de forme sphérique dans le chat^ le chien, le lapin, le veau etla chèvre ( i ) . On sait que ceux de leur sang sont aplatis ou lenticulaires.

Quant à leur volume, MM. Prévost et Dumas l'estiment à la moitié des dimensions des corpuscules sanguins. Suivant M. J. MûUer, ils seraient plus grands dans le lapin, égaux dans le chat^ plus petits dans le veau et la chèvre. Cependant MM. Prévost et Dumas avaient vu ceux du lapin moitié plus petits que les globules du sang.

Ils seraient de même plus petits, suivant M. R. Wa-gner (2), tandis que cet observateur les a trouvés plus grands dans^ le veau.

Leurs dimensions, d'après MM. Prévost et Dumas^ varieraient si considérablement dans le mouton, qu'ils pourraient être plus grands ou plus petits que les globules sanguins (5).

Je ne connais pas d'observations sur leur grandeur relative dans les oiseaux et les reptiles; mais dans les poissons, M. R, Wagner a trouvé ceux du barbeau et de Vammocète ayant le quart et le tiers du plus grand diamètre des globules elliptiques de leur sang.

Le chyle, considéré chimiquement, présente beau-

(1) Observations sur Vanalyse du la lymphe, du sang et du ehyle, par J» Màll»r, Jnnai«s des Sciences natur. S"* »érie, t. 1, p. ^59.

(2) Voir le tableau ci-après sur les dimensions des globules de la lymphe, du ehyle et du sajii^.

(3) Ces variations ne proYiendraienl-elks pas de ce que ces observateurs n'ont y.w flHingurr Ips molémlpjî do graisse, des globnlos orffnni8é5?

AliT. I. Dl CHYLE. 5

coup de ressemblance avec le sang. Comme ce dernier liquide, il se sépare, hors de ses réservoirs, en deux parties, Tune solide ou le caillot, composée essentiellement de fibrine, et l'autre liquide, qui est un sérum semblable à celui du sang, contenant les mêmes sels ; le feu et les acides le coagulent , et il décèle , par ces changements, sa nature albumlneuse,

Il se manifeste déplus àsa surface, une substance qui paraît comme une crème et qui est de la nature de la graisse.

La première bonne analyse du chyle est celle faite par yauqtÀeiin en lôi i, avec le liquide extrait du canal thoracique du cheval (i). Une incision du canal vers son milieu donna un chyle rosé , et une autre incision à l'une de ses branches sous-lombaires, donna un chyle blanc.

Le chyle blanc avait l'aspect du lait; le caillot qui s'en est séparé était blanc et opaque; le sérum était alcalin, se coagulant par les ^cides, l'alcool, la chaleur, et retenant un corps gras que ce chimiste compare à la partie grasse du cerveau.

Le caillot s'est comporté comme la fibrine du sang; mais sa texture fibreuse, son élasticité, sa ténacité étaient moins prononcées; il était plus complètement soluble dans la potasse. On dirait que cette matière est le passage de l'albumine à l'état de fibrine, telle qu'on la trouve dans le sang.

Le chyle rougeâtre ne différait du chyle blanc que par

(1) Dupuytren aTait donné une analyse du chyle de ehien; Emmert et Beats, du chyle «le cheval • mais ils n'y avaient pas découvert la matiire grasse.

la couleur; Tun et Tautre contenaient de la potasse, du chlorure de potassium, des phosphates de fer et de ehaux.

On doit à M. le docteur Marcel, entre autres, les résultats suivants sur la connaissance du chyle extrait des ckiens nourris tantôt de substances animales, tant5t de substances végétales (i).

1* Les sels du chyle sont dans la proportion de oeuf parties sur mille.

a* Le chyle provenant de substances végétales paraît fournir trois fois plus de carbone que le chyle produit de substances animales.

3** Le chyle végétal peut se conserver plusieurs semaines et même plusieurs mois sans se putréfier ; le chyle animal commence à se putréfier au bout de àtwx ou trois jours.

4* Le chyle animal est toujours laiteux ; il s'en sépare une matière onctueuse, semblable à de la crème, qui vient nager à la surface ; son coagulum est opaque et a une teinte rosée.

5* Le chyle végétal est presque toujours transparent ou à peu près, comme le sérum ordinaire; son coagulum est presque incolore et ressemble à une huître ; enfin sa surface ne se recouvre pas d'une substance analogue à la crème.

6* L'élément principal de la matière animale du chyle est lalbumine; mais le chyle animal contient en outre des globules d'une substance huileuse qui ressemble parfaitement à de la crênie.

(1) Annaks de Chimie ei de Phyt'qut^ l. ii, p. 52, et Traité de Chimie de M. le baron Thénard^ t. v, p. 92.

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