‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 3)Chapitre 57 sur 92 · DU MOUVEMENT DU FLUIDE NOURRICIER DANS LES MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT DU FLUIDE NOURRICIER DANS LES MOLLUSQUES

Il est prouvé, par les détails dans lesquels nous sommes entrés dans l'article précédent, que la classe entière des mollusques jouit d'une circulation aussi complète qu'aucun animal vertébré(i) ; que cette circulation est double, et que, lorsqu'il n'y a qu'un ventricule, c'est l'aortique, et non le pulmonaire; que lorsqu'il y en a plus d'un, ils sont séparés, et forment autant de coeurs distincts. [Lorsqu'il n'y en a que deux, c'est encore l'aortique qui est double, comme dans les arches; mais sans changer en rien d'essentiel la marche du sang. Dans d'autres cas il y a, outre le cœur aortique, un cœur pulmonaire à la base de chaque branchie , comme dans les céphalopodes à deux branchies. ] Enfin , nous avons démontré que le passage des artères aux veines, tant dans la petite que dans la grande circulation, est aussi évident que dans les animaux plus élevés , quoique des anatomistes habiles l'aient nié encore tout récemment (2).

[Au rapport de plusieurs observateurs dignes de foi,

(1) Voir le dernier article de la leçon précédente. — (2) Il faut se rappeler rpic ce texte a paru v.n 1805, et qu'il était imprimé en 180/|,

qui ont eu Toccasion d étudier le mouvement du sang dans les biphorcs, ce mouvement sciait bien différent de la circulation régulière et double que nous venons d'indiquer, et qui caractérise la grande généralité des animaux de ce type.

Le sang aurait un mouvement de va et vient dans les principaux vaisseaux qui sortent du cœur ; c'est-àdire que les contractions de ce viscère se feraient dans une direction spirale , à peu près comme les mouvements péristaltiques des intestins , mais successivement dans deux sens opposés et à des périodes irrégulières ; en sorte que le vaisseau qui aurait reçu le sang du cœur, à la manière de l'aorte, dans la période précédente, le rapporterait au cœur dans la période suivante ; et ce serait au tour du tronc opposé, de le recevoir du cœur et de le porter dans les différentes parties du corps.

La durée de ces circulations opposées n'est pas la même. L'observateur que nous avons cité a vu le sang couler, pendant trois quarts de minute, du cœur dans l'aorte , et le cœur se contracter quarante-deux fois pendant ce temps. Le sang a reflué ensuite durant un tiers de minute de cette même artère au cœur, et de celuici dans les vaisseaux opposés, et pendant ce court espace de temps, on a pu compter soixante-deux pulsations.

Au reste, dans ce cas, on ne peut plus justement distinguer ces vaisseaux en artériels et veineux, non plus que la'grande et la petite circulation ; selon toute apparence, la circulation brancliiale ne serait qu'une division de la grande circulation (i).

(1) Jnnalcs des Se, natur.^ t. iiï, p. 78. M. Mnycn a coiifirm(î, par ses observations, celles de M. Van Ilasselt, Nov., Aci. Jcad. Nnluv. Cnr.^ vol. xvi, p. o7(). M. Laurillard (t. i, p. 8, noie 1, du présent ouvrage aliinne avoir observé Jaijnême celte circulaliou anomale.

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Les blphores n'auraient plus, sous co rapport, les caractères du type, et devraient peut-être être rapprochés des acalèphes. ]

jNous ajouterons à cette courte esquisse du mouvement du fluide nourricier dans les mollusques , les raisons qui nous font penser qu'il n'y a, dans ces animaux, d'autres vaisseaux absorbants que les veines.

On est d'abord porté à cette idée lorsqu'on pense que le sang de ces animaux ne diffère point de ce qu'on nomme lymphe dans les animaux à sang rouge ; et qu'aucun moyen anatomique n'a pu encore y démontrer des vaisseaux différents des sanguins. Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion d'annoncer que les parties auxquelles M. Poli donne le nom de vaisseaux lymphatiques appartiennent toutes au système nerveux.

Mais il y a aussi quelques raisons positives; la prîiicipale consiste dans les communications naturellement ouvertes des grandes cavités du corps, où il y a toujours beaucoup de fluides à résorber, avec les troncs des grosses veines.

Ces communications sont surtout sensibles dans les Céphalopodes, Nous avons vu que les principales branches de la veine-cave y sont garnies d'une multitude de corps semblables à des arbres glanduleux, qui flottent dans la cavité de l'abdomen. Ces arbres ont des conduits qui se rendent visiblement dans le tronc de la veine, percé pour les recevoir. Lorsqu'on injecte quelque liqueur dans la veine, eWç, traverse comme une rosée les extrémités des ramuscules de ces arbres glanduleux, et remplit la cavité de l'abdomen; le souffle même y passe quelquefois; il doit donc y avoir aussi

AUT. H. Dl. ILUIDE NOLUUUClEr.. 389

une coniniunication inverse, à laquelle la structure de ces petits arbres est dailleurs extrêmement propre par elle-même.

Je dois ajouter, en laveur de cette dernière idée, la petite quantité d'artères que ces corps extraordinaires reçoivent, et qui, suffisante pour les nourrir, ne paraît pas l'être pour fournir à une sécrétion proportionnée à leur volume.

Parmi les Gastéropodes , Vaptysie montre une communication non moins ouverte de ses veines avec les grandes cavités de son corps. Si l'on souffle du côté des branchies dans les veines-caves qui, dans ces animaux, ne font qu'une avec l'artère pulmonaire, la cavité de l'abdomen se gonfle tout entière.

Les orifices par lesquels l'air s'échappe sont d'ailleurs visibles à l'œil; il n'est pas possible qu'ils n'admettent les liquides de l'abdomen dans les veines, comme ils laissent sortir l'air des veines dans l'abdomen.

Le trajet du rectum des Acépliales^ au travers du cœur, semble aussi de quelque considération ; on ne voit guère à quoi ce passage pourrait servir, si le fluide nutritif ne transsudait de l'intestin pour se mêler immédiatement avec le sang que le cœur contient et met en mouvement.

11 y a de plus, dans cette manière de concevoir, un certain accord avec l'ordre de gradation des systèmes organiques des diverses classes d'animaux. Les insectes, comme nous le dirons, n'ont très-probablement aucun vaisseau du tout; il était naturel de trouver avant eux, dans l'échelle , des animaux qui n'eussent des vaisseaux que d'un seul ordre, et qui fussent par conséquent placés entre les animaux vertébrés, qui en ont

de deux ordres , les lymphatiques et les sanguins , et les insectes qui n'en ont d'aucun , à moins qu'on ne veuille regarder les sécrétoires comme un troisième ordre, qui sera plus essentiel, puisqu'il sera commun à tous.

L'embranchement des mollusc/ues ^ les classes des annelldes, des crustacés^ et l'ordre des arachnides pulmonaires^ dans l'embranchement des articulés^ paraissent destinés à tenir ce rang intermédiaire.

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