I. Dans les Ec/iinodermes pédicellés
[MM. Tiedemann (i) et Delle-Chiaje {2) ont rempli les lacunes que M. Guvier regrettait de laisser dans la description qui va suivre , et lui ont donné beaucoup de prix pour l'histoire de la science , en nous fournissant les moyens d'interpréter cette description.
Mais, avant de la donner, nous devons dire que les réservoirs du fluide nourricier , dans les Ecliinodermes vedicellés^ doivent être distingués en deux systèmes au
{i) Anatomic des Rôliren-Holotliurie, des Pomeranzen-farbigcn Secsterns und Stéin-saeigels. Landshut, 1816, iu-fol. avec dix planches.
(2) Memoric salla storia degli animati sensa vertèbre dcl Regno di Napoli. In-4°, 1823 et 1825.
SECT. II. RESERVOIRS DU FLUIDE jNCURRICIEU. 4^7
moins, rim formant le système sanguin viscéral et l'autre le système sanguin cutané-locomoteur. Dans les astéries, nous verrons même qu'il est possible de sousdiviser encore ce dernier en deux.
Ces deux systèmes ont un centre de communication suivant MM. Cuvier et Delle-Chiaje, qui doit permettre au fluide de l'un de passer dans l'autre. Ils seraient complètement séparés, suivant M. ïiedeniann. Nous reviendrons sur ce sujet intéressant dans l'article suivant.]
a) Les Holothuries,
1*. Du système sanguin viscéral ou intestinal.
Je vais d'abord parler de V Holothurie ^ genre où ce qu'on peut prendre pour des vaisseaux, est le plus facile à voir. C'est particulièrement VHoL tubulosa que j'ai examinée. J'ai dit (tome v, leçon xxiv) que son canal intestinal était ployé deux fois ; il y en a par conséquent trois lignes.
La ligne moyenne a, le long d'un de ses côtés, un vaisseau (i) qui s'amincit à ses deux bouts ; il reçoit un grand nombre de petits vaisseaux courts (2) d'un vaisseau que je décrirai le dernier; et il en donne par sa face opposée, qui se subdivisent chacun beaucoup, et dont les branches se réunissent ensuite en autant de petits vaisseaux pour aboutir à un deuxième tronc, dont nous parlerons bientôt.
(1) C'est une veine pulmonaire suivant M. Tiedemann. M. Delle-Chiaje l'appelle raésaraïque supérieure.
(2) Ce sont les branches qui conduisent le sang de la veine pulmonaire dans l'artère luésenlérique, suivant M. Tiedemann.
^58 xxvm' LEÇON, circul. des animaux rayonnes.
Le réseau qui est produit par cette subdivision des branches du premier vaisseau, avant qu'elles aboutissent dans le second, est entremêlé d'une manière intime avec les petits rameaux d'un intestin en forme d'arbre creux, qui donne dans le cloaque, et que je regarde comme un organe de la respiration. Il n'y a qu*une de ses branches qui donne dans ce réseau vasculaire ; et je pense que c'est l'entrecroisement des branches de cet arbre , lequel peut , à la volonté de l'animal , se remplir ou se vider de l'eau extérieure ; je pense, dis-je, que c'est cet entrecroisement qui donne lieu à l'action du fluide ambiant sur le sang. Je crois donc que c'est là le principal foyer respiratoire ( i) .
Le premier vaisseau que j'ai décrit serait donc une artère pulmonaire (2), qui recevrait le sang du corps pour le transmettre au poumon. On a vu d'abord par quels rameaux il reçoit le sang de l'intestin. Je crois que celui du reste du corps lui arrive de même du vaisseau que je décrirai en troisième, après avoir été apporté par des veines qu'on aperçoit sur tout le mésentère.
Le deuxième grand tronc (3) se trouve partagé en
(1) Ces lioupes élégantes , formées par les divisions du tronc mé^>entérique , faisant les fonctions de veine-porte, dont les ramuscules se conlinuent avec les radicules de la veine pulmonaire, sont regardées par M Delle-Chiaje comme appartenant à la veine mésaraïque supérieure , et à la veine mésaraïque inférieure. Op. cit. , tab. IX, f. 6; c, les houppes; a, la veine mésentérique supérieure; b, Tinférieure. Les déterminations de MM. Cuvier et Tiederaann sont plus physiologiques.
(2) M. Tiedcmann le regarde comme une veine. RI. Dclle-Chiaje de même.
(3) C'est Tartère mésentérique de M. ïiedemanu. Op. cit., ibid., a, a, et la branche transversale o qui, ayant été coupée, a ses deux bouts marqués d^ e.
Dcllc-Clùajc rappelle aorte dans la partie qui provient immédiatement de l'anneau œsophagicjj, puis arll-re mésentérique supérieure et inférieure. Ibid., 0, /}, p et 7, q.
SECT. II. UÉSERVOiRS DU FLUIDE NOURniCIER* 459
quatre grandes branches unies par une branche transversale ; deux qui reçoivent le sang du poumon et qui niarchentparallèlement au premier tronc, mais à la distance qu 'exigent les subdivisions des rameaux qui vont drl'un à l'autre. Cesdeux branches sont des espèces de veines pulmonaires ; elles portent le sang qui a respiré dans les deux autres branches par le canal transversal et par leurs extrémités, car il y a communication visible entre elles. Celles-ci, qui font par conséquent l'office d'aorte, marchent le long de la première ligne d'intestin, et lui fournissent du sang par une infinité d'artérioles assez longues, et qui semblent s'implanter directement dans le corps de l'intestin. La branche supériem'e, arrivée à une certaine hauteur, se bifurque, puis les deux rameaux se réunissent par le moyen d'un collier (i) qui entoure l'œsophage , et qui fournit cinq branches , lesquelles suivent la masse charnue de la bouche , et se distribuent ensuite dans l'enveloppe générale du corps par cinq artères principales, toutes longitudinales.
J'ai dit plus haut que le sang revient de cette enveloppe par des veines qui remplissent les mésentères ; mais il y a encore un tronc général qui me paraît for-
(1) Ibid., f. C'est le collier de l'artère mésentérique antérieure qui douue des artères aux parois les plus avancées du canal alimentaire, aux tentacules , aux ovaires et même aux parois de la vessie qui fuit i'ollice de cœur pour le système sanguin cutané-locomoteur.
Ici M. Cuvier a confondu le collier de l'artère mésenlérlque antérieure avec le collier du système vasculaire cutané-locomoteur, d'oCi partent en effet les cinq branches longitudinales sous-cutanées , qui appartiennent au système sanguin cutané-locomoteur. Sa description C6t, au reste, conforme à celle bien postérieure de M. Delle-Cliiaje , qui n'admet de même qu'un auueau central pour les deux systèmes vasculaires.
460 XXVÏll^ LEÇON. ClfiCUL DES ANIMAUX ÏIATONNÉS.
mer une sorte de veine-cave. 11 est formé aussi de quatre branches principales , réunies par une transverse (i). Les deux de ces brandies qui sont le long de la première ligne de l'intestin, en reçoivent le sang; et les deux autres (2) le transmettent au vaisseau pulmonaire par les petits rameaux dont j'ai parlé dès le commencement de cette description.
Il y aurait de grands rapports entre cette organisation et celle des vers à sang rouge , si ce que je viens de dire se vérifie dans tous les points.
[M. Tiedemann reconnaît, comme M. Cuvier , que le vaisseau qui règne tout le long de l'intestin, du côté opposé au mésentère, est l'artère principale du système sanguin viscéral. Elle fournit au canal alimentaire de nombreuses ramifications et va en diminuant de diamètre , à partir des deux points de communication de la branche transversale vers la bouche et l'anus.
Les derniers ramusculesde l'aorte intestinale se continuent avec les premières radicules de la veine intestinale; les racines de celle-ci se détachent successivement de l'intestin du côté opposé , ou le long de son bord interne et mésentérique, se portent entre les lacunes de son mésentère, y forment un réseau à mailles successivement plus grandes , dont les dernières branches aboutissent dans un tronc considérable qui se voit en dedans de la première anse du canal alimentaire, dans
(i) Ce sont les veines mésentériques, .;', g, et les artères pulmonaires /i, h, i, l, k,h, ibid., de M. Tiedemann. Elles se divisent à la manière de la veine-porte des vertébrés; leurs branches qui s'en détachent régulièrement, forment des ramifications qui s'entrelacent avec celles d(î hi trachée aquifère droite, et se continuent avec les radicules de la veine puhnonaire.
(2) Tabl. 0, i". 7, a, a ci c, la branche transvcrsu de commmuuicaliou.
le fond de la courbure et vis-à-vis la première branche de cette anse (i).
Il s'en dctaclie deux troncs (2), l'un vers le milieu et l'autre à la lin de cette branche. Celui-ci fournit successivement, en s'avançant vers l'autre, huit branches vasculaircs (5) qui se divisent promptement en ramusculcs; après quoi il s'anastomose avec l'autre tronc , lequel , en continuant de se porter vers la bouche , donne successivement aussi plus de vingt branches vasculaires (4) qui se ramifient comme les premières, en se dirigeant vers la seconde branche de la première anse intestinale.
Les derniers ramusculcs de cette sorte de veine-porte, faisant les fonctions d'artère pulmonaire intestinale, se continuent avec les radicules d'un vaisseau (5) qui tient lieu de veine pulmonaire. Celui-ci verse le sang qui a respiré dans la partie la plus large du tronc artériel, que nous avons décrit en premier lieu , celle qui se voit au côté externe de la seconde branche alimentaire. Les rameaux de la veine pulmonaire atteignent le bord interne de l'intestin, et traversent ses deux faces pour gagner le bord opposé, où se trouve cette artère.
2'' Système vasculaire cutané- locomoteur.
L'autre système vasculaire, celui qui appartient surtout à la peau, a pour organe central une, quelquefois deux vessies pyriformes , considérables, à parois trèscontractiles (6), qui avaient échappé aux recherches
(1) Ibid., g, g, S' -(2) Ibid., h, h, i, i.— (3) Ibid., A, h,-{k) Ibid., A, A.
(5) Tabl. o, f. 7, m, m.
(6) M, Tiedemanu. Op. cit., tcibl. 2, fig. /i, a, a, elfig. 6, 5,
46â XXVIIl*' LEÇON. CiRCUt. DES ANIMAUX RAYONNES.
de M. Guvier. Chacune de ces vessies , quand il y en a deux, a un col étroit, allongé en canal, qui s'ouvre dans un anneau vasculaire entourant l'oesopliage (i). C'est de cet anneau, suivant MM. Cuvier et Delle- Cliiaje , que partent tous les principaux vaisseaux des deux systèmes; et c'est aussi où ils se rendent.
M, Tiedemann , au contraire , qui ne reconnaît d'ailleurs aucune identité entre cet anneau et la couronne artérielle précédemment décrite, formée par la mésentérique antérieure, dit qu'il a cinq branches de communication avec un second cercle vasculaire qui se voit plus près de la bouche, en dedans de l'anneau dentaire pharyngien (2).
C'est seulement de ce second cercle que partent les cinq troncs (5) qui se portent directement en arrière, en dedans des cinq muscles longitudinaux, dans toute la longueur du corps. Ces troncs fournissent régulièrement de nombreuses branches transversales, lesquelles communiquent par de petits rameaux dans d'innombrables vésicules sous-cutanées (4). Celles-ci conduisent le liquide qui les traverse dans les pieds vésiculeux.
Du même anneau partent des branches qui appartiennent aux tentacules (5). ]
b) Dan8 les Astéries et les Oursins en général.
Il paraît que dans les Etoiles de mer et les Oursins , on observe le même rapprochement entre le système
(1) Ibid. , f. 4, b, - (2) Ibid. , f. A, d, d. - (3) Ibid. , /; h, f, f.—ià) Mil labl. /j, f. 8. -^ (5) Ibid., f. C, /.
SECT. II. RIÉSERVOIRS DU FLUIDE NOURRICIER. 4t>3
vasculaire et le digestif. La principale veine et la principale artère rampent également le long du canal intestinal dans ceux-ci , et se multiplient pour suivre les cœcums dans colles-là.
Les artères qui se distribuent tout autour dans l'enveloppe, viennent de même d'un collier vasculaire qui entoure l'œsophage ; le sang retourne de même de l'enveloppe au grand vaisseau veineux du canal intestinal par les mésentères ; mais c'est par dehors que se fait la respiration, et les tubes respiratoires communiquent avec les vaisseaux de l'enveloppe, et non pas avec un tronc placé entre les replis du canal intestinal.
c) Dans les Astéries en particulier.
[INous distinguerons dans ces animaux trois systèmes vasculaires , l'intestinal ou viscéral, le cutané, et le locomoteur.
1° Système vasculaire intestinal ou viscéral.
Le système sanguin intestinal, ou mieux, viscéral, se compose de veines et d'artères.
Les veines aboutissent toutes à un grand anneau vasculaire qui se voit au-dessus de l'estomac (i).
11 reçoit dix branches veineuses , des dix rangées de cœcums , sur les parois desquels ces branches se ramilient. Les veines de l'estomac s'y rendent par deux troncs (2). Celles des ovaires par dix. Cet anneau
(1) Suivant M, Tiedcraami, Op. cit., pi. 8, d, d, — (2) ibid,, s* S»
ibi XXVIIl' LEÇON. CIRCUL DES ANIMAUX RAYONNES.
s'ouvre dans le col étroit d'une sorte de cœur (i) fusiforme , à parois composées de faisceaux entrelacés, d'apparence musculeuse. Ce cœur se prolonge du côté opposé 5 en un tronc artériel (2) dirigé vers la bouche, ou il communique dans un anneau ou sinus circulaire (3) d'un diamètre beaucoup plus petit que l'anneau veineux.
De cet anneau partent cinq artères, qui pénètrent dans toute la longueur de chaque rayon, et fournissent, à mesure qu'elles s'avancent vers la pointe de ces rayons, des rameaux à l'estomac, auxcœcums et aux ovaires.
Les veines s'y rendraient directement, suivant M. Dclle-Chiaje ^ sous l'intermédiaire d'un cœur; de sorte qu'il y aurait, pour chaque rayon, un cercle complet, de l'anneau, par chaque branche artérielle, vers les derniers ramuscules ; et des radicules veineuses, dans lesquelles ces ramuscules se continuent probablement, jusqu'à l'embouchure de chaque branche veineuse dans l'anneau.
Outre ces vaisseaux, dont la détermination est bien positive , il existe un anneau vasculaire couleur d'orange, qui envoie cinq branches dans le sillon inférieur de chaque rayon (4). M. Tiedemann, le seul qui le décrit, n'a pu en saisir les rapports avec les vaisseaux précédents.
2" Système sanguin cutané.
D'après M. Tiedemann, lesystème vasculaire cutané
(1) Ibid., A. - (2) Ii})d., /, — (3) Tabl. 9, f. 1, fl. - (A) Ibid., labl. 6, 2, d.
SECT. II. RÈSERVOinS DU FLUIDE NOURRICIER. 465
a de même sa partie centrale autour de la bouche , formée par un anneau ou sinus. Il est entouré de cinq canaux fort courts , qui aboutissent dans autant de vésicules ou poches ovales à parois contractiles, dont le nombre peut s'élever jusqu'à vingt-deux suivant les espèces d'astéries (i).
Il est aussi l'aboutissant d'un large canal qui communique dans un cul-de-sac, le réservoir calcaire, situé sous la plaque dorsale, relevée , qui se voit à l'angle de réunion de deux rayons. Le même anneau est encore remarquable par neuf petits corps vésiculeux ou spongieux, qui tiennent à ses parois extérieures et que je compare à ceux qui entourent les grosses veines des céphalopodes (2).
Suivant M. Delle-Chiaje, la seule et unique partie centrale des trois systèmes que nous distinguons dans les astéries, est le sinus circulaire qui entoure l'œsophage. Les vessies contractiles dont il est couronné , dans les astéries propres^ sont remplacées, dans les ophiures , par un assez grand nombre de petits cœcums courts, grêles et efBlés (5).
C'est de cet anneau que partent les artères branchiales dorsales , une pour chaque branche (4) qui fournit à mesure autant de rameaux latéraux et de ramuscules , qu'il y a d'ouvertures dans les téguments qui conduisent dans les vésicules respiratoires qui se montrent à la surface des corps. Le liquide qui a respiré retournerait au sinus œsophagien par une veine
(1) IhicL , tabl. 8, m,
(2) Delle-Chiaje, op. cit.^ pi. xxi, f. 12, 0, 0, — (3) Ibid., f, 17, 0,
{h) Ibid., f, 17, p, dans une ophiure, et fig, 19 d, dans une astérie propre.
466 XXVIII* LEÇON. CtftCLÉ. DES ANIMAUX RAYONNES.
branchiale, que M. Delle-C/doje appelle aussi radiale (i).
3" Syslème vasculaire locomoteur.
Il se compose d'autant de troncs vasculaires (a) que de rayons qui partent de l'anneau œsophagien ; ces troncs parcourent le sillon médian de chaque rayon, et donnent des rameaux à la double série de vésicules qui s'y trouvent et qui s'ouvrent dans les pieds vésiculeux.
Ici le fluide nourricier ne paraît avoir qu'un mouvement de va et vient de l'anneau œsophagien dans les pieds et leurs vésicules accessoires, et réciproquement.
La description de M. Delle-Chiaje se rapproche davantage de celle de M. Cuvier , en ce qu'elle n'admet pas de cœur, comme celle de M. Tiedemann ; qu'elle ne sépare pas le système sanguin viscéral du système cutané , et qu'elle ne reconnaît que ranneau œsophagien pour point de départ et pour aboutissant de tous ces vaisseaux.
M. Tiedemann, au contraire, décrit quatre anneaux vasculaires centraux : i" celui du système veineux ; ja° celui du système artériel; 5° celui des vaisseaux jaunes d'orange , dont il n'a pu déterminer les rapports ; et 4* l'anneau central du système vasculaire des pieds.
Des recherches ultérieures, faites sur des animaux frais, seront nécessaires pour expliquer ces dissidences.]
(1) Ibid., f. 12, i.
(2) M. ïicdcriiann, Op, clL, tabl. 9, f, 1, d, ce sout les arlères vertébrales de DclkCIncjc, Op. cil., jl. XLï, f. Uj 7 et f. 45, n, ctf. 47, y.