De la langue
Ceux des Gastéropodes qui ont des mâchoires ont la langue derrière elles; cela est surtout sensible dans la tritonie, où la langue reçoit sur-le-champ ce qui traverse le tranchant des mâchoires. Les autres Font tout près de l'ouverture de la bouche; et ceux qui ont une trompe ont leur langue à l'extrémité antérieure de cet organe. Elle sert alors, jusqu'à un certain point, dWgane de mastication; car, en l'appliquant aux corps, l'animal peut les entamer plus ou moins , au moyen des crochets dont elle est armée.
Cette langue varie singulièrement pour la longueur, et il y a des espèces où l'on ne conçoit pas à quoi peut servir son extension (3).
Dans Xorcille de mer, par exemple, elle égale la moitié de la longueur du corps; dans la patelle, dans le turbo pica, elle l'égale presque tout entier, et se replie comme les intestins; et, ce qui est remarquable, ces genres n'ont pas de trompe: dans ceux qui en ont, la
(1) Mémoire sur le buccin , par M, Cuvier. O. C. PI.
(2) Mémoire sur Vhaliotide, p. 10, pi. It fig. 15 , 27. M. Cuvier reconnaît très bien ici que ce sont des rudiments de mâchoires.
(3) Il n'est question ici que de la plaque cornée qui arme la langue proprement dite; celle-ci est charnue et beaucoup moins longue.
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langue esl courte. Il est impossible, par l'arrangement même de l'organe, que l'animal se serve d'autre chose que de la partie antérieure; mais il est probable qu'il en est comme des dents ordinaires, et que la partie postérieure doit succéder à l'autre et la remplacer à mesure qu'elle se détruit par l'usage. Cette conjecture se confirme par cette considération, que la partie postérieure est toujours molle et presque gélatineuse ; c'est qu'elle ne s'affermira qu'au moment où elle sera prête à servir, comme les dents de remplacement des quadrupèdes. Toute cette partie postérieure est roulée longitudinalement comme un cornet.
Dans Yaplysie , elle est très large, en forme de cœur, et placée sur deux éminences arrondies, séparées par un sillon. Dans la huilée, elle forme un petit tubercule sur le fond de la bouche, etc.
L'armure de cette espèce de langue est disposée d'une façon régulière, et construite pour chaque espèce.
[ Dans le plearobranche de Péron , les épines de la langue sont séparées en deux plans de chaque côté de la bouche ; derrière elles se trouve une lame en forme de couteau dans le PI. tuberculatus. ]
Dans Vonchidium, ce sont des sillons transverses, très fins, marqués eux-mêmes de stries encore plus fines, et d'une direction opposée. C'est à peu près la même chose dans ledoris. [Les crochets y forment deux séries débandes transversales obliques. Dans les bursatelles de Savigny , les mêmes crochets forment des bandes transversales demi-circulaires (1). ] Dans les limaces et les colimaçons , on retrouve aussi cette struc-
(1) Egypte, pi. II des mollusques, flg, 2.
ART. 1er. BOUCHE DES MOLLUSQUES EN GÉNÉRAL. 25
ture /mais tellement déliée , qu'il faut une forte loupe pour l'apercevoir.
Celle de Yaplysie est garnie de toute part d'un quinconce uniforme de petites épines en crochet.
Dans le turbopica, ce sont des lames transversales, tranchantes et dentelées.
[Dans les tritons (murex tritonis'L.), il y a trois séries de lames. La moyenne est un double arc qui présente trois pointes : les latérales portent chacune des crochets dont l'eMerne est le plus long. ]
Dans ïoscabrion , il y a, de chaque côté, une suite de cinquante-quatre crochets à trois pointes , et en avant, douze longues épines simples. [ Le milieu est garni de pièces en forme de boucles alongées, auxquelles les deux séries de crochets sont attachées. Cette langue se prolonge en arrière, enveloppée d'un sac particulier (1 ) .]
D. Bouche des acéphales,
I, Les acéphales testacés.
a. Orifice buccal et lèvres.
Les acéphales testacés ont tous autour de l'ouverture de leur bouche quatre feuillets membraneux, ordinairement triangulaires et plus ou moins alongés , qui doivent servir par leur mouvement à amener Faliment vers la bouche.
Une de leurs faces est de plus tellement vasculeuse , que Ton peut leur croire quelque rapport avec la respiration. Quelquefois ces feuillets sont réunis deux à deux dans une partie de leur longueur, comme dans le jambonneau. D'autres fois l'ouverture propre de la
(1) Mémoire sur l'oscabrion. O. C. , p. 26. Poli testacea utriusqu Siciliœ. Et Egypte , mollusques , pi. II, flg. 5-7 et 5-8.
26 XXIIe LEÇON. ORGANES RÉPARAI. DES MOLLUSQUES.
bouche est encore entourée d'un cercle de franges charnues plus ou moins divisées , comme dans le spondyle.
[Le repli labial de chaque côté n'est proprement qu'un prolongement de Tune et de l'autre lèvres, qui se réunissent dans chaque angle latéral, ou qui restent séparées. Dans le dernier cas, il y a quatre feuillets labiaux ; dans le premier, il n'y en a que deux.
L'huître en a quatre : les deux ventraux sont plies l'un contre l'autre , et les deux dorsaux les enveloppent. Dans le jambonneau, la réunion du filet dorsal avec le ventral, et leur grand développement, produisent deux longues gouttières de chaque côté de la bouche. Dans le spondyle , les feuillets labiaux sont courts et distincts des lèvres qui forment, immédiatement autour de l'orifice buccal, un repli supérieur, et un inférieur, dont le bord est frangé ; c'est la même chose dans les peignes (1). Dans les cardites , il y a deux lèvres bilobées ; les quatre feuillets de la commissure sont de même divisés en deux lobes arrondis (2).
Dans Yanodonte des étangs les deux lèvres sont courtes, mais les feuillets labiaux sont assez longs. Ils n'ont qu'un bord libre , l'autre bord tient au manteau. Leur face interne est régulièrement striée en travers , ce qui ne se voit pas sur les lèvres proprement dites. ]
Aucun animal de cet ordre n'a de mâchoires , ni rien qui les remplace et qui serve à la mastication proprement dite.
(1) V. Soli teslacea uthusque Siciliot, pi. LXVIU, fig. 5 et 10.
(2) Ibid. pi. XXIII, fig. 16.
ART. Ier. BOUCHE DES MOLLUSQUES EN GÉNÉRAL. 27
Les taretsqui percent les bois, emploient, pour cela, les valves de leurs coquilles qui ont été nommées mâchoires ou dents par quelques naturalistes , mais sur la nature desquelles on ne peut conserver de doute, lorsqu'on compare le taret à la pholade , son analogue le plus prochain. Les valves du taret ne semblent qu'un diminutif de celles de la pholade , ainsi qu Adanson Ta observé depuis long-temps.
Les Acéphales testacés n'ont point de langue proprement dite, mais il y a quelquefois à l'entrée de leur pharynx une valvule circulaire dirigée vers Festomac, et qui doit puissamment contribuer à la déglutition. Nous Pavons vu très sensiblement dans l'huître.
Le plus souvent il n'y a que de simples plis transversaux qui dirigent l'aliment par leur mouvement péristaltique.
b . Cavité h ace aie .
[ Cette cavité n'existe pas proprement dans les Acéphales testacés; nous enîendons parler d'un espace vide qui existerait entre l'orifice buccal et le pharynx, et dans lequel les aliments séjourneraient. Ces deux entrées sont pour ainsi dire confondues, et la cavité buccale ne comprend, tout au plus, que l'espace qu'interceptent les deux lèvres.
Ainsi, l'appareil buccal est extrêmement simple dans ces animaux ; ce n'est qu'un très court appareil de succion alternativement dilatable et contractile, enr touré d'appendices tactiles qui paraissent très propres à cet usage, peut-être même à la gustation.