I. Des Malacostracés
\ . Bouche des Décapodes.
a. Mâchoires et lèvres. Tous les crustacés décapodes ont à leur bouche six paires dWganes , qui , se mouvant latéralement dans un plan horizontal , doivent passer pour des mâchoires ou des mandibules ; ils se recouvrent tous les uns des autres, et le plus extérieur a été nommé lèvre par quelques naturalistes, mais à tort, car il îVest point impair, et les deux parties dont il se compose se meuvent latéralement comme les autres.
Les mâchoires sont articulées sous le thorax \ en avant des pieds, dont elles semblent continuer la série de ce côté, et portent la plupart, sur le côté extérieur de leur
racine ou de leur hanche , une lame membraneuse qui , se glissant sous le rebord latéral du thorax , entre les branchies antérieures , sert à séparer les lobes de celleci, et à les comprimer dans Facte de la respiration. Les pieds ont aussi de pareilles lames pour les branchies postérieures, mais elles manquent dans les appendices maxillaires et les pieds thoraciques des espèces qui ont des branchies sous la queue, comme les mantes de mer (squilla, Fab.),qui appartiennent aux crustacés décapodes.
Ces mâchoires sont en outre , excepté peut-être les deux paires inférieures , formées de deux divisions ; Fune qu'on peut appeler proprement la mâchoire , et Fautre son palpe dorsal. Celui-ci est plus grêle , et se termine par un filet articulé et pointu ; Fautre division ou la mâchoire proprement dite porte aussi , mais dans les deux dernières paires seulement, un palpe terminal. Ce que je viens de dire est commun aux craies , aux écrevisses , aux pagures , et en général aux crustacés décapodes de Latreille. Dans les premiers ou dans les hrachiures , la mâchoire la plus extérieure est aplatie, se joint si bien à sa correspondante et à son palpe dorsal, que les quatre pièces ensemble, en se repliant, forment une espèce de bouclier qui recouvre toutes les autres mâchoires. C'est ce qui a pu lui valoir le nom de lèvre inférieure , et ce qui a fondé Fordre des hléistagnaihes de Fabricius , qui répond aux crustacés décapodes brachiures de Latreille.
Maisiln'en estpas ainsi dans les décapodes macroures. La mâchoire extérieure est prismatique , forte , et les divisions de son palpe terminal étant presque aussi grosses que. son corps , F ensemble représente plutôt un
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pied que toute autre chose , et a souvent été décrit comme un vrai pied par les anciens naturalistes.
Dans les Crustacés décapodes , la seconde mâchoire, en commençant à compter par la plus extérieure, ressemble à la première , sinon pour la forme, du moins pour la composition générale de ses parties.
La troisième a son corps divisé en deux lobes ; la quatrième en quatre; la cinquième de nouveau en deux ; elles sont toutes les trois minces dans les petits crustacés , et ciliées dans tous: Les palpes de ces deux dernières n^ont qu^une simple pointe au lieu de filet, ou tout au plus deux articles aplatis en palettes ( le crabe tourteau).
[ Il y a sans doute des différences dans la forme de chacun des articles qui entrent dans la composition de ces appendices maxillaires , différences dont on pourra se faire une idée par les descriptions détaillées qui suivront . ]
Malgré toutes ces variétés , il n'en reste pas moins vrai que tous les crustacés décapodes ont cinq paires de mâchoires différentes entre elles, et qui doivent agir sur les aliments , et les préparer à la vraie mastication d^une façon toute particulière.
Sur tous ces organes se trouvent les vrais mandibules, extrêmement robustes dans tous les genres , dont la partie triturante varie en configuration selon ces genres.
Dans les homars, etc. (astacus, F.), il y a en dedans une surface mousse et vraiment molaire, et, en dehors, un bord tranchant ou incisif, divisé en trois dentelures arrondies.
Dans les hermites (pagurus, F.), les dentelures sont aiguës et éloignées.
Dans le genre scyllarus , il y a deux dentelures séparées ; une pointue en avant , une mousse en arrière.
Dans les crabes, etc. , il n'y a qu'un tranchant égal.
Toutes ces mandibules portent un palpe; il est triarticulé , et dilaté au bout dans les homars , les crabes, etc. , d'un seul article dans les scyllares , etc.
[Pour compléter cette description générale de la bouche des cmstacés décapodes, nous ajouterons que le pharynx, ou l'entrée proprement dite du canal alimentaire , est couvert en avant d'un lobe arrondi , épais, assez proéminent, sorte d'épipharynx, qu'on appelle, dans les ouvrages d'histoire naturelle, lèvre supérieure ou antérieure. Ce lobe se place , dans l'état de repos , derrière les mandibules , ou en dedans de ces parties ; et cette position me fait penser que c'est peutêtre à tort qu'on l'appelle lèvre.
Le bord du pharynx est divisé en arrière , et se prolonge en deux lobes , qui restent mous et comme charnus dans certaines espèces ( le crabe tourteau , les fortunes , les thelphuses), qui deviennent une lame dure et cornée , à bords ciliés dans d'autres ( Yécrevisse fluviatile , le maja squinado). Ces deux lobes recouvrent immédiatement la mandibule, et s'appliquent à sa face extérieure. Ils tiennent lieu de lèvre inférieure ou postérieure, et méritent plutôt, à ce qu'il nous semble, de porter ce nom , que celui de languette bilobée que lui donne M. Savigny.
Les mandibules , qui opèrent proprement la mastication , se composent chacune , comme une dent simple de mammifère, d'une partie triturante ou coupante qui en est la couronne , et d'une portion alongée qui répondrait à la racine de la dent. Une suture apparente
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et quelquefois une échancrure profonde distingue ces deux parties.
Chacune des mâchoires porte un palpe à plusieurs articles sur son bord antérieur vers la réunion de la couronne avec la racine; et un peu au-dessus, mais du même côté , une fossette articulaire qui reçoit une proéminence qui descend de chaque côté du chaperon. (Test sur cette apophyse condyloïde que la mâchoire exécute des mouvements de bascule qui rapprochent sa face triturante de celle de la mâchoire opposée , ou qui l'en éloignent.
Après ces parties essentielles , la bouche des C7*u$tacés décapodes est garnie de cinq appendices préhensiles, qui se recouvrent successivement , et dont le plus extérieur ou le cinquième est en même temps le plus grand. Il semble même organisé et disposé, dans les décapodes brachiurcs, pour fermer presque hermétiquement et l'orifice de la bouche , ainsi que nous venons de le dire , et Pentrée de la cavité branchiale.
Ces appendices, que Ton a comparés à des mâchoires ( les deux ou trois premiers ) ou à des pieds ( les deux derniers surtout ) , servent , sans doute , à saisir les substances alimentaires et à les porter vers les mâchoires ; mais leur usage ne se borne pas là. Le quatrième et le cinquième portent une branchie , comme les pieds thoraciques, qui est attachée à la hanche, ou à une lame en partie osseuse et en partie cornée qui se porte en arrière dans la cavité branchiale.
Le troisième a une lame branchiale ciliée , mais sans branchie ; cette lame se distingue des autres par sa longue proportion et par sa forme étroite.
Le deuxième a de même une lame branchiale , mais
de forme toute différente ; elle est large , courte et arrondie.
Si Ton observe la place qu'occupent ces appendices et leurs mouvementsrapides etfréquents, du moins ceux de leurs palpes dans l'état de vie ; si Ton fait attention aux lames branchiales ou aux branchies qu'ils supportent , on sera convaincu qu'ils ont aussi pour fonction essentielle de diriger, vers les branchies que leurs lames séparent, les courants d'eau qui doivent servir à la respiration, ou d'arrêter l'eau qui doit séjourner dans la cavité branchiale , fonction plus particulièrement réservée au plus extérieur de ces appendices.
Ces usages compliqués me persuadent qu'il vaudrait beaucoup mieux les désigner d'une manière générale par le nom d'appendices préhensiles et par leur numéro d'ordre , que par ceux des mâchoires ou de pieds-mâchoires.
La mâchoire proprement dite des crustacés répond-elle , comme on le pense communément , à la mâchoire antérieure des insectes, appelée si improprement mandibule, oU bien à la postérieure?
Les palpes qu'elle supporte me disposent à la regarder comme une mâchoire inférieure ou postérieure , et conséquemment comme une véritable mandibule, dans le sens des anthropotomistes , d'autant plus que la lèvre s'applique immédiatement contre elle.
Le cinquième , le quatrième et le troisième de ces appendices , qui portent un véritable palpe, sont considérés , par quelques naturalistes, comme des piedsmâchoires, qu'ils désignent par les noms de premier, d'intermédiaires et de troisième (1).
(1) M. Savigny est le premier qui ait avancé cette opinion. Il pense que
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Il faut avouer cependant que ce n'est que dans Je quatrième et le cinquième que Ton trouve toutes les parties des pieds thoraciques, la hanche, le trochanter et là cuisse, la jambe et le pied proprement dit, composé de trois articles ; et que ces deux seuls portant des branchies, comme les pieds thoraciques, méritent encore sous ce rapport de leur être comparés. Ce sont de véritables pieds raccourcis et rapprochés de la bouche, pour devenir des appendices préhensiles.
Après ces considérations générales sur la bouche des crustacés décapodes, nous allons indiquer quelques-unes des principales différences que présentent les parties de cet appareil si compliqué.
Toutefois nous commencerons par décrire , en détail , pour servir de point de comparaison t chacune de ces parties dans Yécrevisse fluviatile , comme exemple des Macroures , et dans le crabe tourteau, comme exemple des Brachiures.
Dans Yécrevisse fluviatile , le cinquième appendice maxillaire , qui est le plus extérieur , ou le deuxième pied-mâchoire , a un premier article très court qui Punit au thorax et porte une branchie commeles autres pieds ; ce premier article répond exactement à la hanche des dix pieds thoraciques. Vient ensuite le trochanter, mobile sur le précédent , et soudé à la cuisse. Il porte en dehors le palpe dorsal, qui se compose d'une première pièce longue et grêle, et du palpe proprement dit, plus
dans les décapodes, trois paires de pieds antérieurs ont été ainsi rapprochés de la bouche et rapetisses pour ne plus être que des pieds-mâchoires; tandis que dans les isopodes , qui ont quatorze pieds, il n'y eu a eu qu'une seule paire. De sorte que le nombre normal des pieds chez les uns et les autres devrait être de seize.
petit, plus court, articulé, mou et flexible. Le troisième article, ou la cuisse, est le plus considérable; concave et aplati par sa face supérieure, convexe à sa face inférieure ou externe, il est dentelé et tranchant sur le bord interne , qui est caché par de longs cils , auxquels répondent des cils rares et courts de la face supérieure.
Le suivant, qui est beaucoup moins grand et de forme prismatique, est celui de la jambe; les trois derniers, qui sont de plus en plus petits, et très-mobiles les uns sur les autres , comme le quatrième Test sur le troisième , tiennent lieu de tarse , de métatarse et de doigt. Ce pied-màchoire est articulé comme les pieds thoraciques , dans un trou du thorax qui précède celui qui reçoit la pince.
Le quatrième appendice maxillaire a une composition très analogue au cinquième. C'est encore évidemment un organe locomoteur raccourci pour ne plus servir qu'à la préhension , un véritable pied-mâchoire.
Son premier article, ou la hanche, s'articule de même au thorax, il est court et large, et supporte aussi unebranchie. Le second article, également court, nous parait composé de deux parties soudées; la première répondant au trochanter, et la seconde à la cuisse, mais à une cuisse devenue rudimentaire. Le trochanter porte, comme celui du dernier pied-màchoire, un filet grêle, arqué, plus long que celui de ce dernier pied, et se terminant aussi par un palpe fin et articulé.
Le second article, qui comprendrait, comme nous venons de le dire , le trochanter et la cuisse , s'articule librement avec la pièce principale. Cette pièce principale tient lieu de la jambe , tandis que dans le dernier pied-màchoire elle représente la cuisse. Dans l'un et
l'autre membre , ces pièces ont une forme analogue ; mais dans celui que nous décrivons , cette pièce principale est plus petite , plus mince , ciliée de même à son bord interne , mais sans dentelures.
Les trois autres pièces qui terminent ce membre, courtes , plates , et très mobiles Tune sur l'autre, ainsi que sur la jambe , semblent répondre au tarse , au métatarse et au doigt. La dernière est arrondie , l'avantdernière est la plus grande, et l'antépénultième la plus petite. Les deux dernières sont bordées de longs
cils.
Le troisième appendice maxillaire est mince et presque membraneux ; à sa base est attachée une longue et large lame qui se porte en arrière entre les branchies ; tandis que du bord externe de cette même base s'élève un palpe dorsal composé d'un premier article long et élargi , et d'un filet articulé. Le pied-mâchoire, proprement dit, se compose de trois pièces , la hanche , la cuisse et la jambe, et d'une quatrième qui est placée comme un doigt entre le palpe et la base de la dernière pièce.
Le deuxième appendice maxillaire n'a plus qu'un palpe incomplet ; c'est l'analogue de la première pièce des autres, mais sans le filet articulé qui la termine. La lame branchiale qui tient à sa base s'étend en avant autant qu'en arrière. Peux pièces profondément divisées dans leur longueur, jointes par leur base, forment une lame à quatre lobes , dont les deux internes sont les plus petits.
Le premier appendice maxillaire est également très mince, ayant aussi un petit article conique, arqué, représentant le palpe dorsal. Cet appendice se compose,
ABT. 1. BOUCHE DE* ANIMAUX ARTICULÉi. 111
comme le précédent, de deux pièces plus séparées, mais qui ne sont point divisées.
La lèvre postérieure est formée de deux lames ovales , ciliées à leur bord , de nature cornée , qui tiennent en arrière , de chaque côté , au bord de l'ouverture du pharynx (1).
Quant aux mandibules, elles sont fortes et osseuses; leur extrémité triturante a son bord externe tranchant et dentelé , et présente , en dedans, une large surface hérissée de tubercules mousses ; c'est à la fois une dent de carnassier et d'omnivore. Cette mandibule porte un palpe de trois articles ; elle se prolonge en un demicylindre creux qui donne attache aux muscles qui le mettent en mouvement. Une pièce grêle , également osseuse et dure , s'articule à son bord inférieur ; nous verrons, en parlant des muscles, quel est son usage. ]
Quelques-uns des genres de crustacés décapodes offrent des différences dans la configuration de leurs mâchoires.
[ Mais nous devons faire remarquer qu'il n'y en a pas dans le nombre , ni d'essentielle dans la composition ou la configuration de chaque mâchoire correspondante ou du même numéro.
Ainsi , la troisième porte toujours la plus longue plaque branchiale. Dans la seconde, cette plaque branchiale est toujours large et courte , semi-lunaire , et placée à l'entrée de la cavité branchiale comme un opercule. La cinquième est celle dont la composition ressemble le plus à un pied. La quatrième a toujours ses trois derniers articles aplatis , larges et courts.
(1) Ce sont les pièces que M. Savigny appelle langue bifide. PI. III, fig. 1 c (dans le crabe).
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Voici à présent les différences : ]
Le genre scyllarus n'a aucun filet à la pièce dorsale de ses deux dernières mâchoires. [ Cette pièce est courte dans la cinquième ; elle est très longue et élargie en palette à son extrémité dans la quatrième. La branchie du cinquième appendice préhensile est encore bien évidente. Dans le quatrième, on ne voit plus à la place qu'un petit bouton noir pédicule. ]
La troisième est indivise, [ ainsi que la deuxième, que M. Cuvier avait méconnue , parce qu'elle est placée très en dehors ; mais la plaque en forme d'opercule à laquelle elle adhère, en rend la détermination indubitable.]
La première manque de pièce dorsale comme la seconde et la troisième; elle est bifide , [ ou plutôt elle se compose de deux pièces recourbées vers l'orifice buccal; l'une antérieure plus grosse, l'autre postérieure plus grêle , l'une et l'autre ayant de grands rapports de forme et de proportions avec celles correspondantes, que nous avons décrites dans les crabes. Enfin, ce que M. Cuvier appelle ] la cinquième et dernière petite plaque ovale ordinaire, [est le lobe latéral de la lèvre, qui, dans les scyllares , est très développé, et se trouve appliqué , comme de coutume, à la mandibule.
Les deux lobes labiaux , leur renflement mitoyen , la lèvre supérieure, font que tout l'orifice buccal est entouré de parties molles et probablement très sensibles.
Dans les galathées (la G, porte-écaille),le cinquième appendice maxillaire est remarquable par sa forme grêle et alongée.
Cette même forme se voit encore dans le néphrops de Norwège.
Dans les salicoqiies ( le palémon à dent de scie ) , le cinquième appendice préhensile est long et grêle, et cependant peu divisé , puisqu'il n'a que quatre articles : la hanche, la cuisse qui supporte un palpe grêle dont le filet articulé est très petit, la jambe, et un dernier article pour le pied ou la main.
Le quatrième appendice maxillaire a la conformation générale ; mais son palpe dorsal est réduit , comme dans les scyllares, au premier article, qui est très grand.
Dans le troisième appendice , la pièce principale est une plaque ovale , comme à l'ordinaire , et son palpe qui est complet, long et très-effilé , a son premier article très grand , aplati de même et en demi-lune.
Le deuxième a une pièce en palette et une petite pièce accessoire.
Le premier n'a qu'une petite pièce en rjalette. La mandibule a son tranchant hérissé de dentelures fines et pointues.
Dans les néhalies , il y a deux fortes mandibules armées de deux grosses dents recourbées et surmontées d'un très long palpe à trois articles (1).
On trouve ensuite une première paire de mâchoires ayant une forte hanche , laquelle supporte une longue tige ciliée qui se porte en arrière , et que je compare à la lame interbranchiale qui appartient à la troisième mâchoire des décapodes (2). L'article terminal, qui
(1) Annales des se. natur., prem. série, t. XIII, pi. XV, fig. 6, pour le palpe.
(2) Cette ressemblance est si frappante, et l'existence et les proportion»
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forme proprement la mâchoire, s^élargit beaucoup à son extrémité , dont le bord , qui répond à la ligne moyenne du corps , est garni de longs et forts cils (1).
La seconde paire de mâchoires se compose d^un premier article très large qui supporte une branche interne bi-artieulée , et une branche externe , sorte de palpe dorsal uni-articulé.
Si Ton regardait encore comme des pieds-mâchoires les trois paires d'appendices lamelleux suivans (2), on aurait, avec la lèvre postérieure bilobée, tout Fappareil buccal des décapodes (3).
Le cètocTiilus australis, nouveau genre de petit crustacé marin, qui paraît avoir du rapport avec les nébalies, a deux mandibules denticulées, et cinq paires de pieds-mâchoires , chacune de forme différente , supportant tous de longs cils natatoires. L^appareil buccal se compose encore d^n labre échancré en avant, et d\ine lèvre bi-articulée (4).
Dans les Crustacés hrachiures (5),Fappendice maxillaire le plus extérieur, ou le deuxième pied-mâchoire,
de cet appendice branchial de la troisième mâchoire d« décapodes, si constante, que j'ai quelque doute sur l'exactitude de l'observation relativement au numéro d'ordre de cette mâchoire.
(1) Ibid. flg. 5.
(2) La première et la deuxième paire de ces appendices lamelleux est figurée dans le t. XIII des Annales des se. natur., pi. XV, fig. 8 et 9. Il en resterait cinq paires, sur huit, pour répondre aux cinq paires de pieds des décapodes.
(3) Note sur le genre nébalic , par M. Milne-Edwards. Annales des se. natur., deuxième série, t. III, p. 309.
(4) M. Roussel de Vauzême, qui a fait connaître cette organisation et établi ce genre, appelle mâchoire ce que nous appelons lèvre postérieure. Annales des se. natur., deuxième série, t. I, pi. IX, et p. 334 et 335.
(f)) Exemple: le crabe tourteau.
recouvre exactement tout l'appareil de la bouche , et ferme de même exactement rentrée des branchies , non seulement par la forme aplatie des pièces qui le composent, mais encore par les poils qui le bordent.
La hanche est plus large que longue ; elle s'articule par un petit condyle , sur le bord postérieur du trou du thorax dans lequel elle est reçue, un peu au-dessus du sternum. Son extrémité externe supporte une pièce osseuse, plate et recourbée, à laquelle se fixe une petite branchie , et qui se prolonge en arrière en une lame étroite et mince bordée de longs poils ou de cils , qui pénètrent très en arrière dans la cavité branchiale.
La cuisse est le principal article de ce membre. On ne peut pas toujours en distinguer le trochanter, ou la partie articulaire, qui en est la plus étroite et en forme comme le collet. C'est sur la face interne qu'on voit le mieux la suture de ces deux parties de la cuisse. Le bord interne est plus garni de poils dans le crabe tourteau; il en est moins garni, et il est un peu denté dans le ?naja squinado. Cette difiérence tiendrait-elle , dans le premier, à ce qu'ayant plus d'habitudes terrestres, il devait pouvoir mieux fermer ses branchies?
Le palpe dorsal de ce membre s'articule plutôt au trochanter quà la hanche; quoique, vu en dehors, il semble tenir à l'un et à l'autre , mais du côté de la face interne, on voit très bien qu'il est supporté par le trochanter. Ce palpe a sa première pièce large et presque aussi longue que la cuisse et la jambe réunies; elle se joint parfaitement à ces deux articles , et concourt avec eux à former, du membre que nous décrivons , un couvercle parfait. Le palpe qui termine cette pièce a un
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premier article long et cylindrique, puis un filet fin articulé et cilié.
IVarticle qui répond à la jambe est de forme presque carrée , aplati comme la cuisse. Il est creusé à son bord interne pour Participation du pied , ou pour recevoir , dans une sorte de gouttière , les trois petits articles qui répondent au tarse , au métatarse et au doigt, et dont Jes deux derniers sont couverts de poils extérieurement. Cet arrangement, dans tous ses détails, est évidemment destiné à faire de ce membre un couvercle plutôt qu^une mâchoire ou qu\in appendice préhensile.
Le pénultième appendice, organisé de même comme un pied , a la plus grande analogie de composition avec le dernier ; seulement la plupart des pièces dont il se compose sont plus petites. La hanche a la même forme; elle s1 articule en dehors avec une lame osseuse branchiale , plus petite , qui supporte une branchie plus complète et plus grande , et se prolonge en une lame ciliée un peu plus longue.
Le reste de ce membre a une grande ressemblance avec celui de Yécrevisse; le trochanter et la cuisse sont de même rudimentaires , tandis que la pièce principale, qui répond à la jambe, est très longue et la plus développée. Les trois derniers articles sont courts, larges et plats , et bordés de cils raides.
Le palpe dorsal a son premier article plus long que le membre , lorsque les trois derniers articles en sont inclinés en dehors; il est garni de longs cils dans les deux tiers de son bord externe. Le palpe proprement dit est comme celui du dernier membre.
Le troisième appendice ne porte pas de branchie,
mais une très longue lame branchiale de forme triangulaire , élargie conséquemment à sa base , et bordée de longs cils roux. Elle est osseuse à sa base, cartilagineuse et membraneuse dans le reste de son étendue. La hanche est large , et supporte la cuisse , et en partie la jambe et le palpe dorsal; elle a une portion libre courte et prismatique du côté interne , qui s'articule en dehors, et par sa base seulement, avec une pièce ovale, également libre dans une grande partie de son étendue, bordée de cils, qui représente le trochanter et la cuisse. En dehors de cette seconde pièce, s'articule librement, à sa base, l'article qui répond à la jambe ; il est long , étroit et plat , et supporte à son extrémité un dernier article qui a la forme d'un triangle, dont le sommet est articulé avec la jambe , et dont la base est libre et bordée de cils. Cet article remplace les trois derniers du quatrième et cinquième appendice. C'est à la base externe de cette pièce, l'analogue de la jambe, que tient le palpe dorsal , dont la conformation est d'ailleurs semblable à celle du palpe du quatrième appendice.
La jonction latérale de toutes les pièces de cet article élargit sa forme et l'éloigné de la figure d'un membre ordinaire.
Le second appendice maxillaire s'en écarte encore davantage; il se compose d'une lame arrondie très développée , s'appliquant contre le plafond le plus avancé de la cavité branchiale, au devant de la mandibule. Cette lame a deux pièces aplaties , minces , cartilagi neuses , qui tiennent à une pièce osseuse , laquelle en forme la portion articulaire.
L'appendice maxillaire proprement dit se compose
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aussi (Tune portion articulaire et de quatre divisions ou lanières de différentes formes, dirigées en travers sur la bouche. La plus avancée esttrèslarge à sa base, et se termine par un filet qui ressemble au premier article d'un palpe. La seconde est longue et aplatie, un peu élargie et ciliée à son extrémité; la troisième est un filet grêle, et la quatrième de même, sauf quelle est élargie à sa base. Les deux premières , comme les deux dernières , semblent des divisions d1une même pièce.
Enfin , dans le premier appendice maxillaire , la lame branchiale manque. Cet appendice se compose de deux pièces principales, dirigées en travers sur les mandibules , ayant leur extrémité libre hérissée de poils , et recouvrant Fécartement des mandibules en s'articulant chacune séparément immédiatement derrière les mandibules. Ces deux pièces sont unies par de simples membranes : la plus reculée est grêle et arquée, plus large à sa base. La plus avancée est plus grande , et élargie en palette a son extrémité ; elle porte vers sa base, en avant, une pièce qui semble tenir lieu d\m palpe ; elle a une base large , composée de deux articles joints latéralement, et deux plus petits articles réunis bout à bout.
La mandibule a son bord tranchant non dentelé ; elle est creusée en cuillère , et n1a qu'un tubercule au bord interne de sa surface triturante. Son palpe, composé de trois articles durs , comme osseux , dont le dernier est cilié , se place , dans le repos, en dedans de cette mandibule.
La lèvre antérieure s^vance beaucoup sur la fente
du pharynx; elle est soutenue par un axe osseux, qui se voit à la face antérieure.
La lèvre postérieure a un tubercule mitoyen et deux lobes élargis à leur bord libre , qui s'appliquent contre la mandibule ; ils se lient par leur face antérieure au pourtour latéral du pharynx.
h. Des muscles.
Les muscles des mandibules présentent deux plans d'organisation, suivant qu'on les observe dans les Brachiures ou dans les Macroures,
Dans les premiers , il y a deux muscles adducteurs et un abducteur, qui font exécuter à la mandibule des mouvements de bascule sur l'articulation que nous avons décrite (1).
L1 adducteur interne descend presque perpendiculairement du plafond du céphalo-thorax , auquel ses fibres musculaires s'attachent, vers l'angle postérieur de la branche mandibulaire, auquel il se fixe, en dehors de Féchancrure qui sépare cette branche de la couronne; il relève l'angle et le tranchant postérieur de celle-ci.
V adducteur externe s'attache au même plafond, mais beaucoup plus en dehors et en avant , tout près du bord delà carapace. Son tendon, qui forme une large lame osseuse dans les grands individus , se fixe à l'extrémité libre supérieure de la branche mandibulaire. En la tirant en avant et en dehors , il fait exécuter à la mandibule un mouvement de bascule sur son point ar-
(1) Nous les avons observés dans les portunes > les maja et les crabes proprement dits.
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ticulaire , qui produit l'adduction du tranchant de la couronne.
Il abducteur descend verticalement du même plafond comme l'adducteur interne, mais beaucoup plus en dehors. Son tendon s'attache à un angle saillant que forme le bord inférieur de la branche mandibulaire , à l'endroit de la réunion de son tiers moyen à son tiers externe. A cause de la direction ascendante de cette branche, ce muscle se voit presque sur la même ligne longitudinale que la terminaison , à la mandibule , de l'adducteur externe.
Dans les Décapodes macroures, et particulièrement dans notre écrevisse commune , il n'y a qu'un adducteur et qu'un abducteur des mandibules , qui sont tout autrement disposés que dans les crabes, du moins fie dernier, qui a son point fixe à la ligne médiane du plancher du thorax.
^J adducteur répond à celui que nous avons appelé interne dans les crabes. Ses faisceaux musculeux très nombreux forment un cône dont la base est au plafond du thorax, et dont le sommet répond à un tendon osseux, qui se termine au bord postérieur delà mandibule , en dehors du collet qui sépare cette branche osseuse de la couronne. ] Il tend à relever en haut la mandibule en la rapprochant de celle du côté opposé.
[ XJ abducteur se voit sur le plancher du thorax; ses libres musculaires partent de la ligne médiane de ce plancher , et se dirigent horizontalement, mais un peu obliquement en avant et en dehors , jusqu'à la rencontre de l1 extrémité de la branche mandibulaire , à laquelle elles se terminent. En la tirant vers la ligne moyenne, elles font faire un mouvement de bascule à
l'extrémité interne et triturante , qui F éloigne de Fautre mandibule et de Forifice buccal. ]
Chacune des articulations du palpe est garnie intérieurement de deux muscles, Fun extenseur, Fautre fléchisseur : celui-ci est le plus gros. Le premier est situé dans la partie la plus large et la plus solide de la concavité de la mandibule ; il s'insère à un petit tendon osseux, situé au bord le plus antérieur de Farticulation. L'extenseur est plus grêle : attaché le long du bord Rxe de la mandibule, il se termine par un tendon plus long et plus grêle encore , au bord postérieur de Farticulation de la première pièce.
Il en est à peu près de même des muscles de chacune des deux autres pièces du palpe.
Les mâchoires sont mues de dedans en dehors, et réciproquement , par des muscles analogues à ceux que nous venons de décrire pour la mandibule, et les pièces qui les forment, quand elles sont composées de plusieurs articulations, contiennent dans leur intérieur deux muscles , Fun propre à les étendre , Fautre à les fléchir, à peu près comme dans chacune des pièces des pattes.