‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 4)Chapitre 43 sur 170 · Les Arachnides trachéennes · texte numérisé non relu

Les Arachnides trachéennes

Les Arachnides trachéemies ont une bouche assez compliquée ou simple , suivant les familles. Nous en donnerons un aperçu comparatif.

a. La première famille de cet ordre, celle des faux scorpions, se compose des Chelifer (Geoffr.) qui ont de très petites mandibules ou pinces, d^normes palpes, également terminés par deux doigts , une mâchoire de chaque côté qui les supporte , et une petite lèvre entre elles. C'est la bouche des aranéides pédipalpes (!).

h. La seconde famille, celle des P ycnogonides , est tout-à-fait anomale pour son appareil buccal.

Il y a un long suçoir, que Latreille croit composé par la réunion du labre , de la lèvre (ou languette) et des mâchoires. Les Pycnogonides propres n'ont que ce suçoir. Les Proxichiles ont de plus une mandibule terminée par une pince. Les Nymphons ont un palpe filiforme attaché à chaque mandibule. (2)

c. La troisième famille , celle des Holètres (Hermann), se divise en plusieurs tribus, différentes chacune par l'appareil buccal.

Les Faucheurs qui font partie de la première tribu, celle des %Phalangiens , ont deux fortes mandibules en pince , à doigts dentelés. Leur appareil buccal rappelle à la fois celui des Aranéides fileuses et celui des Crustacés décapodes. Il se compose de deux mandibules terminées par une pince dentelée qui est repliée en dessous ; de deux palpes longs et grêles que supportent les deux mâchoires principales; de deux paires de ma-

ri) Savigny, O. C, pi. VI, fig. 3-1, 3-2, et 3-c. (2; Savigny, O. C, pi. V, fig. 2-1, 2-A et 3.

choires accessoires plus petites , productions de la hanche des deux premières paires de pieds. Il y a de plus une lèvre. (1)

Dans la division des Holètres , à laquelle on a réservé le nom à"* Acarides , la bouche présente trois compositions principales , qui ont rapport à l'espèce de nourriture que prennent ces animaux.

Il y a , parmi eux . des Acarides broyeurs qui se nourrissent de molécules alimentaires sèches , ou à peu près ; telles sont les espèces des genres Acarus , Gamasus , Oribata Latr. ou Notaspis Herm. Beaucoup d'espèces de ces genres vivent en parasites sur les plantes , ou sur les animaux, ou dans leur produit (\! Acarus du fromage). J'ai tout lieu de penser que celles qui vivent sur les oiseaux, ou les mammifères, y rongent plutôt leurs plumes et leurs poils, qu'ils n'y sucent leur sang. Ces Acarides broyeurs ont tous une lèvre conique, plus ou moins avancée, supportant deux palpes à quatre ou cinq articles, de forme et de proportion variées. Au-dessus de cette lèvre se voient deux mandibules en pince, ayant un doigt mobile et un doigt libre , dont la proportion , relativement à la tige, peut être très grande ou très petite, et dont les faces qui se regardent sont généralement dentelées. Cette tige est souvent molle et protractile ou rétractile, ce qui fait que ces mandibules présentent quelquefois de l'inégalité dans leur longueur.

Les deux autres plans de composition de la bouche des Acarides appartiennent aux parasites suceurs.

Dans les uns , les mandibules ont une base plus ou

(I) Savigny, O. C, pi. VI, I, 2-1, 2-2, 2 3, î-c, î-d, 2-g, 2-//.

moins renflée , ce qui indique la force des muscles qui font mouvoir l'article terminal. Celui-ci est un crochet ou un dard en forme d^alène , de lame d'épée , propre à piquer , ou à piquer et à couper en même temps. Quelquefois, comme dans les Ixodes , ces mandibules sont dentelées , de manière qu'elles pénètrent dans la peau des animaux en la sciant. Il y a d'ailleurs des palpes de forme variée , supportés par une lèvre plus ou moins développée.

Dans les autres Parasites suceurs, la bouche est un suçoir complet formé parla lèvre, qui porte les palpes vers son extrémité (les Smaridies). Ce tube rétractile et protractile renferme deux mandibules en lame d'épée. (1)

Nous allons, à présent, citer quelques exemples pour faire, mieux comprendre cette description générale.

Voyons d'abord le premier plan de composition , celui avec des mandibules propres à broyer ou à briser les aliments.

Dans le genre Gamase (exemp. le G. des coléoptères , le G. tetrayonoïde ) la lèvre est large , son bord libre est tricuspide. Les palpes sont grêles , terminés par une soie mobile et quelquefois par un appendice bifurqué qui tient au quatrième article. Les mandibules se terminent par deux doigts, dont le supérieur est mobile et plus fortement dentelé que le doigt fixe. L'appareil buccal est complété , en-dessus , par une sorte de labre triangulaire. (2)

(1) Ces trois plans de composition pourraient devenir, à notre avis la meilleure base d'une division naturelle de ce groupe si difficile à observer. C'est à Degeer, à Hermann fils, à MM. Léon Dufour, Audouin, Raspail, et surtout à M. Dugès, que nous devons les observations les plus nombreuses et les plus détaillées sur ce qu'on peut voir de leur organisation.

(2) O. C pi. 8, fig. 29, 30, 31, et pi. 7, fig. 6.

CeluPdu genre Acarus (Dugès) représente un bec conique composé de deux mandibules , terminées par une forte pince, dont les doigts sont courts et dentelés à leur mordant. Elles sont placées au-dessus d^une lèvre bifide , bordée par les deux palpes filiformes , qui sont soudés avec elle. (1)

Il faut rapporter à ce groupe :

Les Orihates (Dugès ) qui ont deux mandibules didactjles, à doigts dentelés; deux palpes à cinq articles, fusiformes; une lèvre triangulaire. (2)

Dans les genres suivants , les mandibules sont piquantes , mais à découvert , du moins en partie , et nullement cacbées dans un tube charnu. Elles forment, avec la lèvre, un suçoir incomplet ; c^st notre second plan de composition de Tappareil buccal, lequel indique cependant un parasite suceur.

Le genre Raphignathe (Dugès) , se distingue par ses deux mandibules rapprochées, formant un bulbe ovale, qui supporte un crochet droit en forme d alêne, et une soie raide à Fintérieur de celui-ci. Elles sont recouvertes en dessous par une lèvre triangulaire, de laquelle se détachent deux longs palpes à cinq articles. (3)

Le genre Tetranyque (Dufour) qui a des palpes si courts qu1ils ne dépassent pas la lèvre et la mandibule, laquelle est terminée par un long crochet en alêne sans soie. (4)

(1) Dugès, Mém. cité, pi. 7, fig. 13, 14, 15.

(2) M. Dugès, O. C p. 48, et pi. 7, fig. 24 et 25.

(3) Recherches sur l'ordre des acariens, etc., par M. Dugès. Annales des se. natur., deuxième série. 1. 1, pi. I, fig. 1 et 2.

(4) Ibid, pi. I, fig. 3, 4, 5.

Les Rhyncholopes, qui ont des palpes longs, terminés par un crochet et un appendice pyriforme , et les mandibules étroites et longues en forme de lame d1épée (1).

Le genre Tromhidium (le T. glabrum) où Ton trouve des palpes ravisseurs , des mandibules onguiculées , une lèvre triangulaire.

Dans le genre Erithrée ( Latr. ) les palpes ont le quatrième article crochu , et portant un second crochet mobile; puis un cinquième article en forme de palette. La mandibule a un crochet terminal très recourbé. Il y a de plus une lèvre triangulaire (2).

Les Hydrachnés (Mullcr) ont une langue recourbée et creusée d^un sillon dans lequel se placent , en partie , deux lames qui tiennent lieu de mandibules. Celte même lèvre supporte, sur sa base élargie, deux palpes de cinq articles, dont les deux derniers sont deux crochets placés à la même hauteur.

Dans les Dermanysses (Dugès)la bouche se compose d'une lèvre figurant un bec plus ou moins long, suivant les espèces , par sa forme triangulaire et pointue en avant, enveloppant les mandibules, canaliculée en dessus. Elle supporte deux palpes à cinq articles, avec une soie roide sur Farticulation des quatrième et cinquième. Les mandibules ont deux ou troislongs articles. Le second est échancré à son extrémité pour recevoir le troisième, et se prolonge, en dedans, en une pointe immobile. Le troisième article est en forme de lame d^pée flamboyante, propre à la fois à piquer" et à

(1) IbidyfLg. 7, 7 bis, 8, 9, 10.

(2) Ibid, fi£. 23 et 24.

146 XXIIIe LEÇON. ORGANES RÉP. DES ANIM. ARTICULES.

couper , tandis que la pointe fixe du second article ne paraît faite que pour piquer. (1)

L'appareil buccal , dans le genre Scirus (Herm.) , figure un long bec effilé entre deux très longs palpes de cinq articles, dont le dernier est un long crochet peu recourbé. L'animal porte ces palpes très écartés du bec, qui se compose d'une lèvre courte et de deux mandibules appliquées l'une à l'autre"; elles sont larges à leur base et portent à leur extrémité un petit crochet mobile (2).

Le bec du genre Bdeïle (Dugès) en diffère par une plus grande proportion des mandibules et par un très petit crochet mobile , opposé à la pointe de cette mandibule, qui ne fait que la renfermer et ne la change pas , à notre avis, en véritable pince (3).

L'appareil buccal du genre Ixode se distingue par une proéminence que présente sa bouche en dessus, et qui figure un labre ; par deux palpes engainant un peu les côtés des mandibules et la lèvre , ayant leur surface hérissée de poils ; par deux mandibules rapprochées à leur base, portant à leur extrémité , plus ou moins inclinée en dehors , un article mobile et fortement denté de ce côté; enfin par une lèvre conique, longue,

(1) Le dermannysse des oiseaux, O. C. pi. VII, fig. 2.

La mandibule de la femelle, suivant M. Dugès, manquerait du troisième article, qui n'existerait que dans le mâle. Malgré la confiance que j'ai dans un observateur aussi exact, je soupçonne que l'article mobile était tombé dans les sujets de ses observations. Quand il faut comprimer un animal, d'un tiers de ligne de long, pour en faire saillir, hors du corps, l'appareil buccal , et pour en désunir les parties , afin de les rendre distinctes , on peut bien, malgré une grande habitude d'observations délicates, détacher un ongle mobile.

(2) M. Dugès, O. C pi. VII, fig. 38 et 39.

(3) M. Dugès, O. C. pi. VII, fig. 19 et 20, et Hermann, O. C pi. fig. 1 1.

ART. I. BOUCHE DEf ANIMAUX ARTICULES. 147

écailleuse, hérissée de pointes recourbées en arrière dans toute sa surface , ou seulement sur les bords, suivant les espèces.

La forme des mandibules paraît différer aussi suivant les espèces (1) , ainsi que celle des palpes (2).

Enfin nous trouvons dans les deux genres suivants des Parasites avec un suçoir complet.

Les Smaridies ont un suçoir rétractile qui , quand il est entièrement développé , égale le corps en longueur. Il supporte, sur l'origine de son dernier tiers , deux palpes de quatre articles , dont le dernier est un crochet, et il renferme deux longues mandibules en forme de lame d'épée.

Dans le Limnochare (Latr.), la bouche se compose d^une trompe qui porte des palpes (3).]

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