Les Annélides Dorsibranches
[L'appareil buccal des animaux de cet ordre est gêné-
ART. 1. BOUCHE DHi ANIMAUX ARTICULÉS. J SI
ralement une trompe plus ou moins volumineuse, qui se déroule au dehors, dans la profraction, et fait paraître, dans ce cas, une partie ou la totalité des mâchoires dont elle est armée.
Ces mâchoires n'existent pas toujours; la trompe peut n'en renfermer aucune. Quand les annélides en sont pourvues,] elles sont quelquefois aussi fortes que celles d'aucuu insecte ou crustacé , et même assez rapprochées des leurs pour la forme. [ D'autres fois elles sont petites et rudimentaires.
Il est remarquable que, parmi les genres d'une même famille ( la famille des Néréides) , ou même parmi les espèces d'un même genre ( les Aphrodiies ) , les uns en sont pourvus et les autres en manquent.
En passant en revue, sous ce rapport , les différents genres de cet ordre, nous trouverons d'abord les Arénicoles, qui tiennent encore, par l'organisation delà bouche , à l'ordre précédent ou aux Tubicoles.] Ces annélides sont dépourvues de mâchoires ; l'ouverture de leur bouche est terminale, et laisse sortir une trompe charnue plus ou moins dilatable (1), [ dont la surface est hérissée de papilles coniques (2).
La bouche des Amphinomes est aussi dépourvue de mâchoires; [mais l'ouverture buccale d'où sort une trompe plus ou moins protractile , est une fente longitudinale , non terminale , placée sous l'extrémité antérieure du corps. Cette disposition est au reste celle que l'on rencontre le plus communément.
(1) Cuvier. Règne animal , t. III , p. 147.
(2) Classification des Annélides > par MM. Audouio et MijiïC Edwards \ Mwles des se* mtnr^ X, XXX? pi. ?2, fig, IQ <u
182 XXIIIe LEÇON. ORGANES RÉP. DES AN1M. ARTICULÉS.
C'est dans la famille des Euniciens que la trompe est la mieux armée et quelle renferme le plus de mâchoires (de 7 à 9) , le plus souvent en nombre impair, rangées sur deux rangs, et de grandeur inégale, dans les deux rangs correspondants. ]
Les Eunices (1 ) , par exemple , ont la trompe garnie de huit pièces calcaires , ou cornées , qui paraissent tenir heu de mandibules , de mâchoires , et de lèvre inférieure.
Les deux pièces supérieures sont deux crochets aplatis, arqués, pointus, disposés comme les deux branches d'un forceps , unis en arrière et articulés sur une lame cornée , élastique , semilunaire , qui est située au dessus de l'œsophage.
Les deux suivantes sont plus larges , mais moins longues. Elles portent en dedans six dentelures redressées; elles sont articulées vers le tiers postérieur et au dessous des crochets qu'elles reçoivent sur toute leur longueur.
La troisième mâchoire, de l'un et de l'autre côté, est placée en dessous , et plus extérieurement elle est plus courte et embrasse les premières mâchoires en manière de cuilleron. Lorsqu'on l'examine avec attention, on reconnaît qu'elle est composée de trois petites pièces juxta-posées. La plus interne est dentelée sur son bord d'une douzaine de petites pointes triangulaires, comme celles d'une scie. L'intermédiaire est placée en devant et fait le bord postérieur d'une éminence saillante, arrondie, placée à l'ouverture de la bouche.
(1) L'ancien texte dit : dans une grande espèce de ÎSéreide.
La dernière est externe, et terminée par une seule pointe.
Les deux pièces inférieures, qui paraissent tenir lieu de lèvre inférieure , sont les plus longues, aplaties horizontalement , amollies par leur bord interne au moyen d'une substance cornée , peu flexible. Le bord externe est adhérent à la membrane de l'œsophage. L'extrémité antérieure est libre , et fait saillie au-delà de la bouche. Toutes ces parties sont entourées d'une couche de fibres musculaires qui doivent leur imprimer le mouvement. L'individu sur lequel nous avons fait cette description n'était pas assez bien conservé pour que nous ayons pu reconnaître la direction et l'usage des fibres.
Dans les Néréides , la trompe est grosse , très musculeuse , garnie de rides et de points cornés , solides , disposés circulairement et sur plusieurs lignes qui peuvent frotter les uns sur les autres. [Elle se compose évidemment de deux anneaux. ]
Deux rides principales , situées vers la partie supérieure , supportent deux pièces cornées plus grosses et taillées en rondache. Dans la partie inférieure et beaucoup plus en arrière sont deux crochets arqués, pointus, qui se réunissent comme les branches d'une tenaille, [et forment en effet , quand la trompe est déroulée au dehors, une pince saillante, dont chaque branche est plus ou moins dentée sur son bord interne.]
Dans d'autres espèces , on trouve aussi les deux crochets ; mais les points cornés ne sont plus disposés de la même manière. On les trouve ramassés en six groupes sur des éminences musculeuses, dont trois sont antérieures et trois postérieures. Il paraît que l'animal
18i xxmy Lïîçbw; ougani^ ukv. uî-s aniM. articles,
peut vomir ou renverser sa trompe , pour faire sortir au dehors les deux crochets qui, comme une pince , Vont chercher l'aliment. Lorsqu'il est saisi , ils l'entraînent, et alors la partie musculeuse de la trompe agissant sur cette matière par les contractions et au moyen des papilles cornées , la divise , la broie et la prépare ainsi à Faction digestive du canal intestinal.'
[Dans l'état de repos et de rétraction , la trompe de la Néréide des marins ( Aud. et Edw. ) est tapissée par une membrane mince , lisse , montrant par-ci , par-là , de petits groupes de tubercules de couleur brune , de nature cornée. Cette membrane est doublée immédiatement per une couche très épaisse de fibres musculaires circulaires, c'est par la contraction de ces fibres que la trompe est portée au dehors. Elle est retirée dans la cavité buccale par des muscles longitudinaux qui se fixent à son fond et qui s'attachent, d'autre part, en dedans du derme. Leurs faisceaux sont évidents en dessous vers la ligne moyenne, et en dessus, sur les côtés. La cavité de la trompe, nous la supposons toujours retirée , renferme deux fortes mâchoires , dont la forme est aplatie , conique , recourbée en crochet à leur extrémité, et dont toute la ligne du bord interne présente un tranchant de fines dentelures. Sa pointe est d'ailleurs subitement recourbée en dedans.
Les mâchoires des Néréides diffèrent un peu , soit pour le nombre et la forme des dentelures , soit pour la courbure du crochet , d'une espèce à l'autre , et surtout dans les différents genres de cette famille qui en sont pourvus. Les genres Alciope, Myriane , Phyllodoce , en manquent.
Dans les Glycères , dont la trompe est très considé-*
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table et en forme de massue, les mâchoires manquent aussi quelquefois; cependant la plupart des espèces en ont quatre , recourbées en crochet à leur extrémité , et qui sont disposées en carré dans le cercle qui termine la trompe (1) lorsqu'elle est développée. Quelquefois, au lieu de mâchoires , cette trompe est armée de deux rangées de dents disposées en chevron (les Goniades) (2) .
Les Lombrinères ont huit mâchoires cornées déforme analogue à celle des Eunices.
Les Acjlanrcs en ont sept ou neuf, il y en a donc une de plus d'un côté que de l'autre, comme dans les Eunices. La plus reculée du. côté droit est aussi bien plus grande que celle qui lui est opposée. D'ailleurs , toutes ces mâchoires ont leur bord interne dentelé et sont terminées par un crochet recourbé. La première paire est articulée sur une double tige cornée.
Les Péripaies ont aussi une trompe très courte , couronnée d'un cercle de tentacules, et armée de deux mâchoires pointues et recourbées en crochet.
hcs IV ephty s ont l'extrémité de la trompe hérissée d'un ou deux rangs de tentacules.
Plusieurs autres annélides de ce même ordre sont dépourvues de mâchoires , et n'ont même qu'une petite trompe sans tentacule , telles sont les Arides, les Ophélies , les Ciirhatides . ]
Les Aphrodites ont quatre petites dents ou mâchoires rudimenlaires au fond d'une trompe qu'elles font, à volonté , sortir de leur corps ou y rentrer {y Aphrodite histrix). [Quelques espèces n'ont pas même ces petites
(1) Ibid., t. XXVII, pi. II; iig. I et 4,
(2) Ibid. t. XXIX, pi. 18, fig, 1-6,
mâchoires (V Aphrodite hérissée). Le pourtour de cette trompe est garni de petits tentacules.
Les Pohjnoés ont les mâchoires plus grandes, de nature cornée , ayant leur extrémité un peu recourbée en dedans , pointue ou mousse suivant les espèces. Des tentacules , au nombre de dix-huit , couronnent l'extrémité de la trompe.
LesPolyodontes , qui appartiennent à la même famille, ont de grandes mâchoires et la trompe très grosse, couronnée de même de tentacules.
Les Acoetes ont aussi une longue trompe , couronnée de tentacules , et armée de qjiatre mâchoires fortes et cornées , semblables à celles des Poljnoès.