Estomac des Décapodes macroures
Il y a (T abord , dans YÉcrevuse commune , à la paroi supérieure , à celle qui est opposée à la bouche , une arête transverse , occupant le milieu de l'estomac. Elle porte une première plaque osseuse , oblongue, le long de la paroi supérieure de l'estomac , se dirigeant vers le boyau pylorique , et se terminant en arrière par un tubercule dentaire.
Sur cette extrémité postérieure s^rticule une seconde arête , dirigée en arrière , bifurquée en Y , et sur chacune des apophyses latérales de celle-ci s^en articule une autre , qui revient en avant et en dehors gagner Fextrémité de la première arête trans verse.
Cest sur ces deux arêtes que sont portées les deux plus grandes dents. Elles sont oblongues, ont une couronne plate , sillonnée en travers.
Du point de réunion de Farête transverse et de la latérale de chaque côté en part une autre qui va plus bas que la première , et porte à son extrémité une dent plus petite que la précédente , placée un peu en avant et au-dessous de son extrémité antérieure , et hérissée de trois petites pointes aiguës et recourbées , et quelquefois de cinq.
Les deux petites dents à pointes crochues saisissent la nourriture qui vient de la bouche ; elles la portent entre les dents à couronne plate , qui la broient entre elles et contre la première plaque impaire dont nous avons parlé.
Après avoir subi cette opération, F aliment passe par la partie étroite de Festomac où son chemin est encore embarrassé , d^abord par une saillie charnue et ovale
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qui répond sous l'intervalle des deux grosses dents latérales , et ensuite par une arête aiguë qui partage le pylore en deux demi-canaux.
[Voici, un peu plus en détail, comment sont les mêmes parties dans le liomard, chez lequel elles ont d'ailleurs une grande ressemblance avec celles de l'écrevisse.
La pièce principale de cette machine de trituration est de même une arête , ou plutôt une plaque transversale , arquée , dont le bord postérieur est osseux , et borne de ce côté le cul-de-sac cardiaque , et dont le bord antérieur est seulement cartilagineux; il s'amincit en s'étendant d'arrière en avant, sur la face dorsale de cette région cardiaque, dont les parois deviennent élastiques par suite de cette structure.
La partie moyenne de cette plaque cardiaque transverse se prolonge en arrière en une apophyse oblongue , aplatie, échancrée sur les côtés, plus mince et flexible à son origine. C'est Yapophyse dentaire de la plaque ou de l'arc cardiaque.
Une seconde plaque transverse, parallèle et postérieure à la première, placée au commencement de la poche pylorique, s'étend en arrière en une lame mince et cartilagineuse sur la paroi dorsale de cette région, comme la première se prolonge en avant sur la région cardiaque. C'est la. plaque ou l'arc pylorique transverse.
De son bord antérieur et moyen descend presque verticalement , à la rencontre de l'apophyse de la plaque cardiaque , une apophyse pylorique terminée par un tubercule dentaire épais et dur. Ces deux apophyses se rencontrent de telle sorte que la pylorique dépasse la cardiaque de toute l'étendue de son tubercule dentaire, et que ce tubercule s'y soude , par sa base , de manière
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à conserver un peu de flexibilité à Fendroit de leur union.
La jonction des deux plaques cardiaque et pylorique , par leur partie centrale , est consolidée au moyen des branches osseuses latérales qui les lient plus ou moins par leurs extrémités. Il y en a deux courtes triangulaires , composées chacune d'une double pièce en forme d Y et de J renversés et rapprochés , qui descendent de chaque extrémité de Tare cardiaque, en se portant un peu obliquement en avant , puis se contournent en arrière à la rencontre des suivantes. Celles-ci sont comme deuxarcs-boutants qui se portent de l'extrémité de Tare pylorique à la rencontre des pièces latérales cardiaques ; elles les dépassent en longueur, parce que la plaque pylorique étant plus courte que la plaque cardiaque , elles ont plus de chemin à faire pour arriver au point de réunion. La queue de F Y se continue en arrière avec une branche cartilagineuse qui descend un peu obliquement de ce côté et en dedans, le long de la paroi supérieure de l'estomac , jusqu'à la partie la plus reculée du cul-de-sac ou de la poche pylorique ; elle porte à son extrémité un petit tubercule dentaire à trois ou quatre pointes , qui se voit près de l'embouchure du boyau pylorique. Deux autres branches osseuses, Tune antérieure, l'autre postérieure, descendent de Farc-boutant pylorique à la rencontre d'une grande dent qui occupe les parois latérales du sac pylorique et se rencontre avec celle du côté opposé sous le tubercule mitoyen précédemment décrit.
Leur surface triturante présente des arêtes mousses , arrondies , courbées transversalement en arc , et placées Tune devant Fautre sur la moitié antérieure de
cette surface; tandis que, dans Yécrevisse, cette même couronne dentaire a de gros tubercules en avant et de petites dents en arrière.]
Les sillons et les inégalités des dents varient donc selon les espèces ; nous en citerons quelques exemples:
[Dans le Nephrops nonuegicus (1), la dent moyenne est terminée en pointe et non bifurquée, et les grandes dents latérales ressemblent à celles du liomar, en ce que leur surface a des arêtes saillantes formant des arcs trans verses.
Dans le Pagurus latro , l'apophyse cardiaque a une base large ; sa surface non triturante est unie et jaune. Sa surface triturante est brune et relevée d'une carène mitoyenne dentelée. L'extrémité de cette apophyse est arrondie en bourrelet, avec une pointe mitoyenne terminale. La grande dent latérale a trois ou quatre tubercules en arrière , et , en avant , des lames transversales formant des dentelures le long du bord interne, effacées au milieu, qui est creux, et au bord externe. La petite dent est considérable et formée de deux parties réunies à angle ; l'interne en forme de fuseau , plus grande , cannelée en travers ; l'externe ayant des lames obliques.
Dans les Langoustes, l'apophyse dentaire qui est très longue a une base étroite comme dans les crabes. Ce n'est pas , au reste , le seul rapport que l'estomac de ces animaux présente avec celui des crabes. La base de cette apophyse est creuse ; le reste est relevé et présente des cannelures transversales, qui en rendent les bords dentelés. L'extrémité en est légèrement bidentée , ou
(1). Exemplaire provenant de la mer Adriatique.
arrondie, suivant les espèces. L'apophyse dentaire de Tare pylorique, qui soutient cette extrémité , est courte. Cet arc lui-même est courbé vers le haut et forme de ce côté un an°le rentrant.
Les grandes dents latérales ont une série d'arêtes transversales formant des dentelures sur leur bord intérieur.
Les petits tubercules dentaires latéraux portent une ou deux très petites dents.
Les trois dents des scyllares (scijllarus arctus, Fab.), les deux grandes latérales et la moyenne , ressemblent beaucoup à celles que nous décrirons dans les portunes, mais elles sont proportionnément très petites.
La charpente osseuse ou cartilagineuse, qui sert de levier à ces tubercules dentaires, est encore liée, dans le homard, à trois branches grêles qui se réunissent en bas sur les côtés du sac pylorique, dont l'une, la plus reculée, descend de la région de la grande dent , à la rencontre des deux autres; la moyenne, plus oblique, unit la petite dent à ce même point ; elle semble indiquer la séparation des cavités pylorique et cardiaque de l'estomac. La dernière , plus longue , horizontale , dirigée en avant sur les parois du sac cardiaque , va s'y terminer près du cardia.
Les parois de ce singulier estomac ont intérieurement des saillies ou des replis permanents , hérissés de filaments soyeux , auxquels répondent autant d^enfoncements de la surface extérieure. Ils entourent les différentes pièces de cet appareil de trituration , et doivent en faciliter l'action, par là direction qu'ils donnent aux substances alimentaires.
Il y a d'abord un gros tubercule cordiforme à l'embouchure du canal pylorique. Il embrasse, par sa par-
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tie îa plus large, qui est échancrée, l'extrémité de la dent moyenne. Ce tubercule a pour charpente un arc transversal , et deux branches latérales qui vont joindre le point de réunion des trois branches osseuses décrites les dernières.
Une autre de ces saillies se voit de chaque côté près de la branche osseuse, que nous avons dit se terminer au cardia. Deux autres sont situées sur les côtés de la grande dent, en arrière des petites.
Il y a deux replis frangés semi-lunaires entre l'extrémité de la dent moyenne et les dents latérales , et deux autres plus avant.
Deux replis latéraux en forme de V , répondant aux côtés du tubercule cordiforme , de chaque côté du boyau pylorique.
Enfin le pylore est garni de plusieurs petits tubercules également hérissés. L'un mitoyen, triangulaire, ayant sa pointe en avant , répond précisément à la face antérieure du pylore.
Les membranes de cet estomac au nombre de deux, Tune interne, l'autre externe, sont transparentes, blanches, luisantes, argentées, et présentent à la vue simple, et mieux à la loupe, une quantité de cannelures qui s'entrelacent , dont la plupart nous paraissent être des faisceaux musculaires , placés entre ces membranes.]
Ce sont les fibres propres de l'estomac , qui rapprochent ses arêtes et les dents qu'elles portent ; il y a aussi des muscles extrinsèques qui servent à écarter ces mêmes dents, et qui s'attachefnt aux parties voisines du thorax, et surtout aux supérieures. Ces muscles ne peuvent manquer d'être soumis à la volonté, et c1est
une nouvelle singularité à ajouter à toutes celles que ces estomacs nous offrent.
[Nous les décrirons d'après YEcrevisse.
\ . Immédiatement sous la peau qui recouvre la carapace se trouve un muscle pair, très mince, qui s'étend de chaque côté de la partie la plus avancée de cette région directement en arrière jusqu'à Tare pylorique. C'est le protracteur de cet arc , ou le dermopy torique antérieur.
2. Il recouvre deux muscles épais, de forme rectangulaire , qui se portent de la même région avancée directement en arrière , à côté l'un de l'autre , jusqu'à l'arc cardiaque auquel ils se fixent. Cette paire est le muscle protracteur de l'arc cardiaque ou le dermocardiaque.
3. Du bord postérieur de l'arc pylorique , où se trouve son attache mobile, se porte un autre muscle pair , en partie directement en arrière , en partie obliquement dans cette direction et en dehors , en contournant l'adducteur de la mandibule jusqu'aux parties postérieures latérales de la carapace. Nous le nommerons rétracteur de l'arc pylorique ou dermo-py torique postérieur.
4. Enfin un quatrième muscle recouvre l'enfoncement qui existe entre l'arc cardiaque et l'arc pylorique, en passant de l'un à l'autre. C'est le cardio-pylorique ou l'adducteur des arcs qu'il rapproche l'un de l'autre en les faisant mouvoir tous deux , ou l'un des deux seulement , lorsque l'autre est fixé par les muscles précédents.
Ces différents muscles (1 ) , aidés des fibres muscu-
(1) Dont nous avons eonstaté l'existence dans d'autres genres et dans d'autres espèce?, entre autres dans le nephrops nonvegicus.. L,
laires des parois de l'estomac , produisent tous les mouvements de bascule , d'abduction ou d'adduction qui doivent exercer , pour cette mastication intérieure , les leviers de l'appareil que nous avons décrit. Si Ton a fait attention à la liaison de ces différents leviers , au moyen des deux arcs cardiaque et pylorique , qui sont à la fois les points d'appui principaux et les centres de mouvement de ces leviers , on comprendra pourquoi c'est à ces arcs que viennent se fixer les muscles les plus essentiels de cette machine singulière.
Une des circonstances les plus remarquables de l'existence de cette charpente osseuse , est sa chute et son renouvellement à l'époque si remarquable de la mue ou du renouvellement de la croûte calcaire épidermique de la peau extérieure. Nous avons constaté ce fait, déjà connu, par des observations qui nous sont propres.
Ce phénomène est lié avec les époques d'apparition (les approches de la mue) et de disparition (le temps où la mue est terminée) des concrétions calcaires connues vulgairement sous le nom impropre de yeux d'Ecrevisses.
Nous compléterons la description de l'estomac de l'Écrevisse par la description d'un organe de sécrétion qui paraît leur appartenir et qui tient à ce viscère.
Les côtés de la portion cardiaque de l'estomac , en avant de l'arc cardiaque transverse , sont flanqués , à l'époque de la mue , de deux grosses concrétions calcaires arrondies et convexes en dehors , aplaties et concaves dans le milieu de leur face qui regarde l'estomac , de couleur blanchâtre , tirant un peu sur le vert à leur surface extérieure, et le bourrelet qui entoure la concavité de l'autre face , blanchâtre dans
cette concavité. Ces concrétions sont contenues dans une capsule membraneuse qui adhère à la portion cardiaque de l'estomac.
Elles reposent immédiatement sur deux corps glanduleux , verdâtres , ayant la forme d'une sphère très aplatie , et un peu moins des dimensions que ces concrétions. Lorsqu'on cherche à développer leur structure, on dirait que chacun de ces corps se compose d'une capsule colorée en vert et d'un canal replié sur lui-même, que renferme cette capsule. La face inférieure de celle-ci est posée contre la partie la plus avancée de la cavité viscérale, en avant de l'œsophage.
Cet appareil , qui me paraît tenir à la capsule de la concrétion calcaire , et celle-ci à Festornac , a été comparé aux glandes salivaires (1 ) . Il pourrait bien être l'organe sécréteur de ces concrétions , et celles-ci ne nous paraissent si rapprochées de Festornac que pour fournir principalement à la sécrétion nécessaire de matière calcaire de toute la charpente osseuse et dentaire qui remplace , à Fépoque de la mue , celle qui Fa précédée.