VII. Les Pœcilopodes
[La première famille de cet ordre, celle des Xiphosures, est encore pourvue d'organes de mastication intérieurs, outre les mâchoires extérieures, ou ce qui en tient lieu. M. Cuvier a décrit, dans le limule géant un œsophage ridé, remontant en avant, qui conduit dans un gésier très charnu, garni intérieurement d'un velouté cartilagineux tout hérissé de tubercules et suivi d'un intestin large et droit (2).
Dans le limule cyclope, autre espèce de ce genre encore peu étudié, l'œsophage est un cylindre égal, assez long, dont la direction fort singulière a lieu précisément d'arrière en avant, la bouche ou le pharynx étant beaucoup plus reculé que le gésier où l'œsophage doit aboutir. Sa membrane musculeuse est très épaisse, et l'interne forme de gros plis longitudinaux qui s'enflent encore au cardia et y forment un bourrelet valvulaire. Cette sorte de valvule était d'autant plus nécessaire, que
(1) L'ancien texte , qui appartient à la rédaction de M. Cuvier, comme tout ce qui concerne les animaux sans vertèbres, dit : Les Branchiopodes ne m'ont offert, etc. Je pense qu'il est question ici du branchipe stagnai, que Lamarck appelle branchiopode , dans son Système des animaux sans vertèbres, publié en 1801. Je ne conçois pas pourquoi M. Desmaret a attribué cette description au genre squille , dans ses généralités sur les crustacés. V, l'article Malacostracés du Dict. des se. nat.
(2) Règne animal, t. IV, p. 187.
les aliments parvenus dans le gésier doivent peser sur cette ouverture; la position de cet estomac étant absolument verticale. C'est un cylindre court, à parois très épaisses, qui s'élève de la face ventrale vers la face dorsale du corps. On peut cependant y distinguer deux parties, la première ou la principale, qui n'a que cette direction, dont la membrane musculeuse est très épaisse, et dont l'interne a environ quatorze cannelures longitudinales divisées par de profonds sillons transverses, en autant de séries de tubercules arrondis. Ces cannelures, ainsi que les rainures qui les séparent , sont revêtues d'une substance cornée assez dure.
La seconde portion de cet estomac forme un canal plus étroit, plus court, ayant sa direction d'avant en arrière peur aboutir dans le canal intestinal. La membrane interne en est molle ; elle forme des plis longitudinaux et se prolonge dans l'intestin, pour y produire, en se repliant sur elle-même, une longue valvule, dont la saillie, dans le duodénum , est au moins d'un centimètre. La surface duodénale de cette valvule, ainsi que la paroi interne du duodénum qui est à sa hauteur, est toute papiileuse ; tandis que la portion suivante de ce même premier intestin a de larges plis transverses et parallèles.
Ces plis ne tardent pas à s'effacer et à prendre la direction longitudinale dans le reste de l'intestin. Seulement ils deviennent plus épais et ondulés, dans la dernière portion qui répond au rectum , et qui est très courte. Tout cet intestin , dans lequel nous venons de décrire au moins trois parties distinctes, le duodénum, l'intestin moven et le rectum, est assez large dans sa première portion et dans le commencement de Ja se-
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conde; il diminue ensuite de diamètre, et va de nouveau en augmentant de calibre, avant la terminaison de cette seconde portion dans la troisième.
Les autres animaux de cet ordre, les Siphonostomes, sont des animaux suceurs, de mœurs parasites, dont le canal alimentaire doit être modifié par ces habitudes. Il s'étend , dans Targuie foliacé , depuis la base de la trompe jusqu'à l'anus, qui est percé à la bifurcation de la queue. On peut y distinguer un œsophage court, un estomac de forme ovale, un premier intestin grêle, séparé du second par deux petites appendices cœcales (1). L'estomac donne dans deux appendices plus considérables qui se ramifient comme des troncs vasculaires, en se portant sur les côtés du corps.
Dans le nicothoé du homard, autre animal parasite, ce sont deux poches considérables , appendices de son canal alimentaire, contenues dans deux poches cutanées , qui forment la partie principale de ce canal (2) , laquelle répond sans doute à l'estomac. Remarquons ici que les animaux parasites qui peuvent sucer promptement une quantité abondante de sang nutritif, ont souvent, comme les sangsues, un estomac ayant des appendices d'une grande capacité, pour contenir cette provision d'aliments.
B. Du canal alimentaire des Arachnides.
Les Arachnides sont des animaux de proie, du moins les pulmonaires, qui vivent de ce que les animaux qui
(1) Sur Yargtile foliacé , par M. Juiine fils. Ann. du Mus., t. VII, pi. 25, flg. 8 et 0.
(2) Ann. des se. nat., t, IX et pi. 49. Mém. de MM. Audouin et Milne- Edwards.
leur servent de proie ont de plus substantiel. Aussi leur canal alimentaire est-il très simple. I. Les Arachnides pulmonaires.
Le tube alimentaire n'excède pas la longueur du corps et ne fait aucun repli ; à peine s'il éprouve quelques dilatations , dans son court trajet de la bouche à Fanus.
Celui des araignées commence par un œsophage très court. Parvenu au milieu du céphalo-thorax, il éprouve une dilatation considérable à laquelle viennent aboutir deux ccecums, dont le fond est dirigé en avant, qu'on trouve ordinairement remplis d'une matière opaque, blanc de lait, et qui sont souvent étranglés vers leur extrémité, de manière à prendre la forme d'une calebasse. Il y en a ensuite quatre autres, de chaque côté, plus étroits, plus longs, difficiles à découvrir à cause de la transparence de leurs parois.
Ces nombreux ccecums sont sans doute des organes de sécrétion d'un suc gastrique, en même temps que des poches digestives; leur existence est un indice de la voracité des araignées. Le canal alimentaire redevient un tube étroit pour passer dans l'abdomen où il forme une seconde dilatation de figure ovale , puis reprend sa forme cylindrique ; il a des parois transparentes , et va, en se rétrécissant, se terminer à Fanus (1). Une poche cœcale considérable se joint à ces intestins, tout près de sa terminaison. Les membranes de ce canal, surtout dans sa portion abdominale , sont d'une ténuité
(1) MM. Brandt et Ratzebourg ont représenté toutes ces circonstances organiques. PI. XV, fig. 6 de l'ouvrage cité. Ils ont rectifié les premiers la description de Tréviranus , qui était incomplète. J'ai vérifié leurs observations difficiles.
extrême, et tellement adhérentes au corps graisseux, qu'on éprouve la plus grande difficulté pour le mettre en évidence.
Dans le scorpion d'Afrique ( Buthus palmatus , Hemrich et Ehrenb : var. a flavus ) , le canal alimentaire va droit de la bouche à l'anus , qui est à l'extrémité de la queue, sans former de poche stomacale. On le trouve sur la ligne moyenne de la face dorsale du corps, entre les masses de corps graisseux qui l'enveloppent, pour ainsi dire, de toutes parts, du moins dans le thorax. Son calibre, généralement plus petit dans sa portion antérieure qui répond à l'œsophage, et même dans celle contenue dans la poitrine, augmente sensiblement dans la dernière portion que renferment les anneaux de la queue, et dans laquelle se rassemblent les excréments. Il y a outre cela, dans chacune de ces portions, des inégalités, à cet égard, que nous ne donnons pas pour constantes. Ainsi, dans le premier anneau de la queue, où le canal intestinal reçoit les quatre vaisseaux biliaires, ce canal est plus petit que dans sa portion thoracique. C'est dans le troisième et le quatrième anneau de la queue que son diamètre est le plus grand ; il va ensuite en diminuant jusqu'à l'anus.
Pendant qu'il est dans le thorax , il envoie au corps graisseux quatre ou cinq branches de chaque côté, dont la deuxième et la troisième se détachent du canal alimentaire à égale distance, et la dernière après un plus court intervalle. Celui de la quatrième, qui était la dernière dans l'individu que nous avons observé jusqu'à l'insertion des canaux biliaires, était beaucoup plus grand que ne le figure Tréviranus (1).
(I) Tabl. I, fîg. 6 v e , sur la structure interne des arachnides. Nurnl>erg, t8f2. En allemand.
IL Dans les Arachnides trachéennes.
Dans les phalangium , parmi les Arachnides trachéennes , on peut distinguer le canal alimentaire en deux parties , l'estomac et l'intestin , dont la longueur n'excède pas la distance de la bouche à l'anus. L'estomac est une poche étroite vers la bouche , qui se dilate peu à peu considérablement , pour se rétrécir subitement au pylore. L'intestin est court et à peu près de même diamètre.
On y distingue deux membranes , ainsi qu'à l'estomac , l'interne mince et transparente; l'externe plus épaisse. Il y a autour de l'estomac un certain nombre de poches adhérentes à la face supérieure de ce viscère, entièrement symétriques , dont la cavité ne communique pas avec celle du canal alimentaire (1).
Parmi les très petits animaux de la famille des Acariens , les érijthrées paraissent avoir deux gros cœcums lobuleux, de chaque côté du canal alimentaire. L'œsophage aboutit, en avant, à la branche transversale qui les réunit , et l'intestin sort de cette branche par le côté opposé (2). Cette disposition est conforme à ce que nous verrons dans les sangsues, dont la partie qui répond à l'estomac est beaucoup plus grande, et permet à l'animal de prendre à la fois une très grande quantité d'aliments.
On doit la trouver encore dans les ixodes , qui ont la faculté d'augmenter considérablement le volume de leur corps, à la manière des sangsues, lorsqu'ils ont
(1) Suivant Ramdohr, O. C, p. 205, et pi. XXIX. Trevirahiis les décrit comme des cœcums qui s'ouvrent dans l'estomac. Mélanges, t. I, pj. ni.
(2) Mém. de M. Dngès sur les acariens. Ânn. des se. nat. 2e série t. I, p. 40, et pi. I, fii»-. 27.
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l'occasion de sucer abondamment les sucs alimentaires dont ils sont avides.]