‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 4)Chapitre 85 sur 170 · V. Les Coléoptères · texte numérisé non relu

V. Les Coléoptères

Nous nous attacherons particulièrement à décrire quelques familles choisies et comme bien naturelles, et comme remarquables par quelques singularités; nous décrirons ensemble îe canal de la larve et celui de l'animal parfait, pour mieux faire saisir l'énorme différence d'un de ces états à l'autre.

a. Dans les P entamer es.

[Les familles de ce sous-ordre sont les unes entièrement carnassières , les autres exclusivement phy tiv ores, d'autres participent de ces deux régimes. 11 en résulte de grandes différences dans l'organisation de leur canal alimentaire.]

1° Dans les Carnassiers.

Ceux-ci étant d'une nature fort opposée aux lamellicornes ont un caractère tout différent de canal alimentaire çl^ns leurs deux états. Dans l'état parfait, on voit d'abord 1° un œsophage long et fort dilatable (2) ; 2° un premier estomac presque sphérique, à parois musculeuses et ridées longitudinalement (3) ; 3° un

(1) Ramdohr. O. C p. 202, et pi. XXllI,fig. 2.

(2) la seconde partie de l'œsophage, qui reste constamment dilatée dans toutes les espèces de cette famille, est le premier estomac ou le jabot.

(3) C'eit le gésier qui devient le second estomac , lorsqu'il y a un jabot.

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deuxième estomac (I), membraneux, alongé, et, chose remarquable, villeux, non par dedans, comme ceux de certains animaux vertébrés, mais par dehors; c'est que ses viilosités sont des vaisseaux qui pompent dans le fluide nourricier ambiant le suc gastrique qu'ils versent dans l'estomac, selon les lois de la sécrétion dans les insectes, en leur qualité d'animaux sans circulation (2) ; â° un intestin de longueur médiocre, d'une fois et demie à deux fois celle du corps, grêle, et d'un diamètre égal partout; 5° un cœcuni conique assez long, qui s'insère tout près de l'anus (3). Il se trouve au bord de l'anus même deux vésicules qui versent la liqueur acre que ces animaux ne manquent guère de lancer lorsqu'on les saisit.

Tels sont les Insectes des genres démembrés des carabes , des cicindèles et des dijtisques ; leurs larves n'ont pas même de dilatation stomacale , leur canal est grêle, et tout d'une venue, de la bouche à l'anus, et à peine une fois et demie long comme le corps. On y voit cependant le cœcum vers l'anus : c'est du moins ce que j'ai observé dans les larves de dijûsques.

[ Nous allons ajouter quelques détails à chacun des articles de cette description , afin de la compléter.

V L'œsophage est un canal court, ordinairement cylindrique, que renferment la tête et le corselet.

(1) C'est le troisième estomac , quand il y a un jabot et un gésier.

(2) Ce troisième estomac est le ventricule chylifique de M. Léon Dufour, qu'il compare d'ailleurs au duodénum des animaux vertébrés; pour rappeler cette comparaison qui nous paraît très juste, nous l'appellerons estomac ou ventricule duode'nal, ou poche gastro-duodénale.

(3) Ces deux dernières parties forment l'intestin grêle et le gros intestin, dont la forme et les proportions, observées dans un plus grand nombre d'espèces , sont plus variables que ne l'avait pensé M. Cuvier.

2° Il se dilate subitement ou peu à peu , suivant les espèces, pour former la première poche du canal alimentaire ou le jabot. Celui-ci varie pour la forme, suivant qu'il est partiellement ou uniformément contracté. Dans ce dernier cas, il présente extérieurement huit cannelures plus ou moins saillantes. On trouve le jabot dans le thorax.

3° Le gésier, ou l'estomac musculeux, est toujours plus petit que le jabot ; sa forme est sphérique et sa structure très musculeuse, pour mettre en mouvement les pièces de nature cornée, ou calcaire, dont ses parois intérieures sont armées. Les principales, au nombre de quatre , placées à égale distance Fune de l'autre, suivant leur longueur et celle de l'estomac , ont chacune la forme d'un triangle alongé(dans le carabe doré) , dont la base est en avant et le sommet en arrière. Leurs intervalles forment autant de larges rainures , relevées dans leur milieu par une cannelure étroite, aussi longitudinale, de substance dure et cornée , hérissée de soies comme une brosse.

Les pointes postérieures de ces lames présentent des dentelures» Leur rapprochement produit une saillie en forme de godet dans le troisième ventricule , tandis que leurs extrémités antérieures figurent une ouverture en croix , et une sorte de valvule qui se voit dans l'embouchure du jabot dans le gésier.

Cet appareil de trituration, bien remarquable dans des animaux carnassiers , existe dans tous les Carabiques , avec quelques différences de forme et de proportion dans les parties.

3° Le troisième estomac , lorsque l'on compte le jabot pour le premier; ou le second , lorsqu'il n'y a pas

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de jabot , est généralement la portion la plus considérable du canal alimentaire. Il est séparé du gésier par un étranglement, et présente de suite un diamètre plus considérable, qui se conserve tel, ou à peu près, jusqu'à sa terminaison. Dans ce cas , il a une forme cylindrique; lorsque sa première partie, toujours plus ou mojns dilatée , diminue peu à peu , il prend une forme conique.

Sa longueur est telle parfois quelle excède les autres parties du canal alimentaire. Lorsqu'il est ainsi alongé en un boyau conique, on le trouve replié une fois sur lui-même , dans sa portion la plus étroite , qui est toujours la dernière.

Les papilles dont sa surface extérieure est généralement hérissée varient suivant les genres et même les espèces , pour la forme et le développement proportionnel, qui est le plus souvent plus considérable dans la partie antérieure du ventricule, que dans sa partie postérieure. Leur forme peut être conique , plus ou moins dilatée à la base, et effilée à la pointe, ou cylindrique. Leur structure est tubuleuse; le canal qu'elles renferment s'ouvre dans la cavité de la poche gastroduodénale.

On peut déjà conclure de leur plus grand développement dans le premier tiers du ventricule , qui en est aussi la portion la plus dilatée, celle qui contient le plus d'aliments , que l'opinion de M. Cuvier sur l'emploi de ces papilles, de sécréter une humeur digestive quelles verseraient dans l'estomac , est mieux fondée que celle de M. L. Dufour (1), qui les regarde comme

(1) Annales des sciences natur. , t. II, p. 478 et 469.

ayant le même usage que les papilles intestinales des vertébrés, celui déformer le fluide nourricier, et de le verser dans son réservoir commun. Ce seraient, suivant ce savant , des papilles intestinales retournées. Il est vrai que, dans quelques familles , leur développement est quelquefois inverse, c'est-à-dire qu'elles sont plus considérables dans la dernière portion de l'estomac duodénal que dans la première. Maïs cette observation exceptionnelle ne peut ébranler la solidité de l'opinion que nous adoptons , avec M. Cuvier , sur leur emploi, comme organes sécréteurs d'un suc gastrique. Nous les regardons particulièrement comme tenant lieu de glandes salivaires. v

a. Aussi ces dernières glandes manquent-elles généralement dans les coléoptères qui sont pourvus de papilles gastro-duodénales.

b. Et, réciproquement, les insectes qui ont un appareil salivaire bien développé, n'ont-ils jamais ces papilles.

c. De grands ccecums, placés ordinairement à l'origine de l'estomac duodénal , et disposés en verticille ou autrement , suivant leur nombre , peuvent aussi les remplacer.

d. Dans les larves d'insectes , qui ont le plus grand besoin de sucs digestifs , pour digérer l'abondante nourriture qu'elles prennent pour leur vie d'accroissement , ces cœcums forment deux et même trois verticilles, au commencement, au milieu et à la fin de l'estomac duodénal. Il y a ici compensation complète, pour les innombrables petits ccecums qui s'étendent, dans les coléoptères , à toute la surface de leur estomac.

e. Ces organes sécréteurs d'un suc gastrique don-

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nent exactement la mesure , par leur présence , de la voracité des insectes, c'est-à-dire de l'abondance des aliments qu'ils peuvent prendre, et de l'activité de leur estomac pour les digérer.

/. Ils sont toujours remplacés, lorsque la digestion doit être prompte, énergique, ou du moins lorsque la force digestive doit agir sur beaucoup d'aliments à la fois , par un appareil salivaire considérable.

L'issue ou la terminaison de ce troisième estomac est marquée par une valvule pylorique , et extérieurement par un bourrelet circulaire dans lequel s'insèrent les vaisseaux hépatiques.

5° L'intestin grêle qui vient après la poche gastroduodénale est un canal très fin , uni et sans papilles à l'intérieur , ordinairement court et d'un calibre égal , comme le dit plus haut M. Cuvier.

6° Dans la plupart des genres de cette famille , cet intestin se continue avec une poche ovale , ou plus ou moins alongée, qui répond au colon et au cœcum des animaux vertébrés. Elle a des rides et des plis intérieurs, ayant différentes directions.

C'est dans cette dernière poche que s'amassent les matières fécales ; tantôt elle s'ouvre immédiatement au dehors , et , dans ce cas , elle comprend encore le rectum. D'autres fois, elle se rétrécit en un canal d'un très petit calibre , le boyau terminal ou l'analogue du rectum des vertébrés.

Telle est la disposition générale du canal alimentaire, dans la division de cette grande famille des pentamèrcs carnassiers , dont le genre carabe est le type.

Les cicindeles , qui forment le type d'une autre division de cette même famille, se font remarquer par

leur énorme jabot , très dilaté en arrière , ayant sa surface extérieure granuleuse ou papilieuse , comme la seconde partie du troisième estomac ; elles ont d'ailleurs un petit gésier (1).

Dans une troisième division de cette même famille, celle des hydrocantliares ou des carnassiers aquatiques , les dxjùsques ont un œsophage assez long , un jabot médiocre, à parois peu musculeuses , sans granulations extérieures ; un petit gésier, , armé d'un cercle de tubercules corné; un troisième estomac à papilles très développées 5 un intestin grêle, long et replié sur luimême , ayant son insertion dans le gros intestin , bien au-delà de l'origine de celui-ci, qui forme ainsi un vrai ccecum , au fond duquel est attaché un appendice vermiforme. La totalité du second intestin est médiocrement longue et en forme de poire. Il paraît qu'elle se remplit d'air et sert à la natation de l'animal (2).

On ne trouve pas cette disposition dans les gijrins , dont l'intestin grêle , qui est long et filiforme , se continue directement avec le gros intestin. Celui-ci est court et peu développé. Les papilles du troisième estomac sont grosses et coniques (3).

La larve du dytiscus sidcatus n'a ni jabot , ni gésier. Son estomac duodénal est un long boyau dont les papilles extérieures sont beaucoup plus petites que dans l'insecte parfait. Le reste du canal alimentaire n'offre rien de particulier , si ce n'est peut-être un organe que Ramdohr appelle la membrane libre du gros intestin , et que je soupçonne être un ccecum , laquelle membrane

(1) Ann. des se. natur., t. II, pi. 10, fig. 2.

(2) O. C.,pl. 10, fig. 3.

(3) O. C, pi. 10, fig. 4.

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est plissée dans l'état parfait, et tout unie dans la larve. Elle répond au commencement du gros intestin, et elle occupe la place du cœcum des animaux vertébrés. N'en serait-ce pas un dans la larve, devenu rudimentaire dans l'animal parfait. ]

2° Les Br ac lié ly très.

Les Brachélijtres ou Staphylins ressemblent aux carnassiers par la villosité de leur troisième estomac , comme par leur naturel. [Ils s'en distinguent cependant par l'absence d'un jabot; par un gésier plus grand à proportion, et par la forme plus alongée, parfois cylindrique et tout-à-fait en boyau de la poche gastroduodénale. Ils ont d'ailleurs l'intestin grêle et le gros assez courts.

Les pièces cornées du gésier sont des arêtes à rainure, portant de petites soies qui en font des espèces de brosses (1).

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