‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 5)Chapitre 80 sur 133 · DES BRANCHIES DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

DES BRANCHIES DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS

[Les branchies sont les poumons des animaux absolument aquatiques, c’est-à-dire de ceux qui vivent constamment plongés dans l’eau, sans avoir besoin de venir respirer sans mélange, à sa surface, à des intervalles courts et réguliers (comme les célacés), ou moins rapprochés (comme les serpents de mer), l'air atmosphérique qui la recouvre. ]

Le principal caractère qui distingue essentiellement les branchies des poumons, c’est que ceux-ci sont composés de cavités à parois vasculaires, dans lesquelles s’introduit le fluide ambiant, qui est toujours de Pair; tandis que les premières sont généralement composées de parties en relief, intérieures ou extérieures, qui sont mises en contact avec ce fluide, qui est toujours de l’eau , par leur surface extérieure. Dans l’un et l’autre cas, le sang est conduit dans l'organe respirant par des vaisseaux, qui s'y divisent assez pour que toutes ses parties puissent éprouver suffisamment l’action du fluide ambiant. Cette division a lieu sur les parois de” cavités de différentes formes, dans les animaux qui ont des poumons; elle se fait, au coniraire, à la surface de corps saillants de différentes figures, le plus souvent en forme de lames, de feuillets, ou d’arbuscules, dans Ja plupart des animaux qui respirent par des branchies.

[ Les branchies peuvent être extérieures, et se détacher, comme des appendices, de quelques points de

ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRES. 165 la surface du corps; elles sont, dans ce cas plus évidemment dépendantes de la peau, qui peut d’ailleurs en tenir lieu. Lorsqu'elles sont retirées dans une ou plusieurs cavités particulieres , il est facile de démontrer qu'elles sont encore essentiellement formées par un prolongement intérieur de cette même peau, se repliant une premiere fois dans elle-même, pour tapisser ces cavités ; se repliant une seconde fois pour se prolonger sur les saillies branchiales que ces cavités renferment. Le poumon, au contraire, est toujours intérieur, toujours compris dans une cavité commune viscérale, ou particulière, dans laquelle la peau extérieure se replie pour le constituer avec les parties fibreuses, élastiques ou solides, qui en forment la charpente.

Les branchies, du moins dans les verichrés, sont toujours symétriques. Nous avons vu, dans l’article précédent, bien des cas où le poumon a perdu ce caractère. |

Les branchies existent non-seulement dans plusieurs classes du type supérieur du règne animal, mais encore dans une partie des animaux des trois types inférieurs. Nous ne décrirons, dans cette leçon, que les branchies des vertébrés.

[Il n’y a de branchies, parmi ces derniers, que chez les batraciens de la classe des reptiles et dans celle tout entière des poissons. Nous les étudierons successivement dans ces deux classes. ] (

166 xxix° LEÇON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

À. Des branchies dans les Reptiles.

$ I. Existence, position, rapports, forme générale des branchies.

Les trois premiers ordres de cette classe manquent absolument [du moins dans leur état de développement complet] de cette espèce d'organes respirateurs, et n’ont que des poumons.

Les Batraciens, qui subissent des métamorphoses

[plus tardives], sont pourvus de branchies, dans leur premier état seulement. Mais [les axolotls, le menobranchus lateralis, Harraw] les sirènes et les protées conservent, selon toute appafence , pendant leur vie entière, des poumons et des branchies.

[Il n'entrerait pas dans notre plan de décrire ici, en détail, les organes n'ayant qu’une durée passagère, et qui n’appartiennent qu’à un état de transition, état dont nous ferons connaitre les changements successifs, en traitant du développement du fœtus et des métamorphoses, dans le volume suivant; mais l'obligation où nous sommes de comprendre dans ce chapitre les branchies des quatre derniers genres, qui les conservent à l’état adulte, nous conduit à les comparer, dés ce moment, à celles des autres batraciens qui les perdent tôt ou tard.

Les Batraciens ont deux sortes de branchies: les unes, extérieures, tenant à la peau du cou, flottent ainsi suspendues par un pédicule unique , à la surface du corps ; les autres intérieures, cachées sous la peau dans une poche particulière, située de chaque côté du cou

& + de

et de la cavité buccale, en communication avec cette cavité d’une part, et, de l’autre, avec la surface du corps, par un ou plusieurs orifices. Ces branchies intérieures sont fixées au pourtour convexe des arcs branchiaux, qui font partie de l'appareil hyoiïde.

Ces deux sortes de branchies, distinctes parleur po=

sition et leur développement et même par leur nombre, ainsi que nous allons le dire, ne le sont pas autant par

leur forme, qui est presque toujours arborescente et

ramifiée, ou divisée en filaments nombreux, tenant à un pédicule et formant une houppe ; elles ne sont jamais en séries de lames, comme dans l’inmense majorité des poissons.

Parmi les branchies externes, les unes sont compo

sées de lanières étroites et longues, rarement simples , plus souvent un peu divisées et formant de longs panaches : telles sont les branchies externes destétards. Les autres sont disposées comme les barbes d’une plume , sur un où deux rangs, le long d’un pédicule qui en représente la tige ce des larves de salamandres et de l’axolotl). “.

Chez d’autres, enfin, Air sont arborescentes, ayant un large pédicule plusieurs fois divisé, et dont les courtes ramifications semblent se terminer en follicules : telles sont les branchies des sirènes et du protée, dont la solidité et le développement font comprendre la persistance.

Il n’y a jamais plus de trois de ces branchies extermes de chaque côté. Les internes, au contraire, forment de nombreuses houppes, disposées en quinconce, sur la convexité de chaque arc branchial, Il est vrai que, dans ce cas , elles sont groupées par doubles sé-

168 xxix° LEÇON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

ries qui correspondent au nombre des branchies extérieures. | |

S IL. Structure intime des branchies.

[Cette structure comprend essentiellementles parties

solides, élastiques , où purement membraneuses, au !

moyen desquelles s’étalent les vaisseaux sanguins respirateurs, et la description de ces vaisseaux.

a. Des branchies proprement dites.

Les tétards (larves de grenouilles, crapauds, rainettes) ont, lorsqu'ils viennent d'éclore, des branchies extérieures en panaches, au nombre de deux ou trois paires, et des branchies intérieures, formant de petites houppes, moins développées, dont les premières ne sont que des appendices.

Les branchies extérieures sont très-déliées et composées d’un long filament en forme de tube ou de lanière, simple, ou divisée à son extrémité en deux, trois, jusqu’à sept branches; elles flottent sur les côtés du cou du tétard quand il nage, et s’atrophient et disparaissent après quelques jours d'existence (versie septième suivant Duges). ?

Les branchies intérieures subsistent beaucoup plus long-temps. Nous avions en vue ces dernieres, lorsque nous avons écrit, dans notre première édition, que | dans les tétards de grenouilles, les panaches sont plus nombreux, beaucoup moins longs et moins compliqués [que dans les larves de salamandres ], etrangés le long des arcs branchiaux membraneux fou cartilagi-

neux, suivant l’époque de leur existence], qui sont au … nombre de quatre.

[Les branchies externes des salamandres adhèrent à la fois à la peau et à l'extrémité supérieure des cerceaux.

Le bord de ceux-ci est garni d’une membrane libre, en forme d’aileron, très-vasculeuse, tandis que leur bord interne est hérissé de dentelures formant une simple rangée dans les deux externes, et une double rangée pour les deux moyens.

Les deux arcs branchiaux moyens ont une double rangée de branchies ; il n’y en a qu’une seule rangée

dans les deux internes. Elles nous ont paru moins dé-

veloppées dans le dernier. Leurs divisions nombreuses et inégales tiennent de la forme arborescente ; tandis que leur disposition en paquet serré leur donne l’ap-

… parence de houppes.

Dans tous les autres batraciens qui conservent une queue toute leur vie, il n’y a que des branchies extérieures, en panaches ou en feuilles pinnatifides. ]

Nous décrirons, en premier lieu, celles de laxolotl. Elles forment, de chaque côté du cou, trois longs panaches finement frangés, dont le tronc s'appuie sur un nombre égal d’arcs cartilagineux, libres, etsemblables à ceux des poissons, ayant, comine eux, des dentelures , mais dénués absolument de lames sur lesquelles se distribuerait une partie des vaisseaux pulmonaires. 11 y a de plus, en arrière, un quatrième arc, qui n’est pas libre, et soutient, avec le précédent, le troisième panache. [Ces panaches sont attachés aux arceaux, à l'endroit où la peau les joint ensemble (1).]

(4) Voir la pl. 1v du Mémoire de M. Cuvier, déjà cité, sur les reptiles douteux.

170 xxix° LEÇON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

Les branchies des larves de salamandres sont parfai- s tement analogues [avec cette différence qu’il n’y ade … filaments respirateurs, que d’un côté de latige. On ne compte que trois paires de ces branchies (1) 1. *.

Dans la sirène lacertine, il y à de même trois pa- !

naches [de châque côté ; en les comparant à ceux de l'axolotl, nous les avions décrits] comme étant plus courts, moins profondément divisés, et tenant par un large pédicule charnu, replié sur lui-même dans le sens de sa longueur, aux trois arcs branchiaux antérieurs, dont le second et le troisième seulement sont libres. [ La forme de ces panaches, ou de ces houppes branchiales, est comparable, suivant M. Cuvier (2), « » quelques-unes de ces feuilles que les naturalistes nom- »ment tripinnalifides. La plus grande des trois (la troi- »sième), ajoute-t-il, a environ;:trois centimètres de. »long; mais je présume qu’elle s'étend davantage dans » l'état de vie. L'animal doit pouvoir les remuer dans »tous les sens. C’est sur leurs différentes ramificaptions que s'épanouit le réseau des vaisseaux bran- » chiaux. » | k

Les branchies du proteus anguinus sont parfaitement, analogues à celles de la sirène lacertine. [Également à extérieures, au nombre de trois de chaque côté, de méme plutôt en forme de feuilles pinnatifides qu'en pañaches, elles ont un large pédicule, dont les divisions, supportant des folioles nombreuses, courtes, épaisses après la mort, sont plus minces, plus déliées,

ado

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(4) Voir Rusconi, Descriptione anatomica, etc. , delle salamandre aquatiche, Pavia, 1817, in-4°, fig. 2, 5, 4, 5 et 7 de la planche. — (2) Op. cit., p. 16.

ÉRANCHIES DES REPTILES. 471

plus allongées dans l'état de vie et prennent une belle couleur rouge vermillon ; surtout lorsqu'on active l’héj matose dans les vaisseaux sanguins dont les ramifications les couvrent, en changeant l’eau dans laquelle on conserve l'animal. Les trois branchies tiennent à la partie supérieure de trois arcs branchiaux, dont le moyen seul est libre. Chacun de ces arcs a sa convexité au-dessous du panache branchial, surmontée d’une lame membraneuse qui semble indiquerun rudiment, une dégradation des bran- A à lames sessiles des poissons les plus complétenent organisés. On ne voit pas, comme dans les sirènes, un quatrième arc branchial qui ne supporte pas de branchie. Aussi n’y a-t-il ici que deux trous bran- chiaux, tandis qu'il y en a trois dans les sirènes. ]

b. Vaisseaux sanguins.

Le tronc de l'artère pulmonaire, quelquefois assez long, tel qu'il se voit dans la sirène, plus souvent court, se divise immédiatement et successivement en autant d’artères qu'il y a de branchies. Il est charnu depuis le cœur jusqu’à sa division , et parfaitement analogue au pédicule artériel des poissons.

[La branche artérielle, qui répond à chaque arc branchiai, portant des houppes ou des panaches, se ramifie dans chacune de ces houppes ou de ces panaches, sur toutes leurs subdivisions. «Les veines reviennent » dans une direction contraire en formant un plexus » semblable. C’est ce que tout le monde peut voir sur » les houppes branchiales des jeunes salamandres aqua-

»tiques, qui sont peut-être, de tous les organes des

e = ll

Es

172 xxIx° LECON. ART III. BRANCHIES DES VERTÈBRÉS.

vanimaux, celui où il est le plus aisé d'observer la j »circulation à l’aide du microscope (1). » ;

Dans le Protée, le dernier rameau de l'artère bran-,.

chial contourne, d’un côté, le bord de chaque foliole, pour se terminer dans la première racine de l'aorte,

qui se continue autour de ce même bord (2). C’est. dans l'intervalle de cet anneau vasculaire que s’étalent, # entre les deux lames amincies de chaque foliole, le |

réseau Capillaire sanguin dans lequel se fait l’hématose (5).

Nous verrons, en traitant des métamorphoses, l’espèce de canal artériel, ou l’anastomose qui existe entre

chaque branche artérielle, avant son entrée dans les »

branchies , et labranche correspondante de la veine ardans les changements qu'éprouve la direction du sang,» lors de la chute des branchies (4). ]

B. Des branchies dans les Poissons.

S 1. Position, rapports, nombre, forme générale des branchies.

Quelques poissons, les Sélaciens, ont, à l’état de fœæ-

Le I ° 9 D

tus , des appendices branchiales extérieures, analogues s à

(4) M. Cuvier, sur les Reptiles douteux, etc., op. cit., p. 22. — (2) Del Proteo anguino Monographia publicta da P. Configliachi, e. da M. Rusconi, pl. 1v, f. 18; Pavia 4819. — (5) L'hématose se fait avec une intensiié remarquable à l'instant même où l’on vient de changer l’eau du vase dans lequel on peut conserver vivant, pendant des années entières, un de ces animaux. Alors les branchies prennent une belle couleur éclatante rouge vermillon. Je viens d’être deux fois témoin de ce phénomène, à quelques semaines d'intervalle, à Leïde et à Paris (1829). — (4) Rusconi, 0. c., pl. , fig. 6, et le Tableau de la circulation de M. Martin-Saint-Ange, fig. 25, 26 et 27.

Me,

à ceux que nous avons indiqués dans les tétards de batraciens anoures (1); mais les branchies des poissons développés, et non à l’état de fœtus , sont renfermées tout entières dans une ou plusieurs poches situées de chaque côté et en arrière de la cavité orale, immédiatement en avant de celle dans laquelle le cœur est placé.

Ces deux rapports tiennent aux deux appareils com- -binés qui constituent essentiellement les branchies in- térieures, et aux deux fonctions qu'ils remplissent.

D'un côté, la cavité orale appartient au mécanisme par Jequel le fluide respirable arrive dans la cavité bran- chiale, par une sorte de déglutition; et cette dernière cavité, simple où multiple, répond, jusqu’à un cer-

tain point, aux voies aériennes des animaux qui ont

des poumons. De l’autre, le cœur verse immédiatement dans le système vasculaire respiratoire des branchies, tout lesang du corps, qui lui arrive par les veines caves. Il ne pouvait en être trop rapproché.

Les branchies des poissons sont toujours exactement symétriques, c’est-à-dire que leur nombre, leur forme et leur développement sont constamment les mêmes pour chaque côté du corps où elles sont placées.

* Elles sont généralement composées de lames étroites et longues qui reposent immédiatement sur les arcs

-branchiaux et leur sont perpendiculaires ; telle est leur disposition dans l'immense majorité des poissons : ou de très-petites lames empilées en forme de houppes, s

* (4) Recherches sur les branchies extérieures des embryons des raies et des squales, par M, le professeur S, S. Leuckart, avec 8 pl.; Stuttgart, 4856, {En allemand, )

174 XXIX° LECON. ART III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS. *« contre l'extrémité libre d’un pédicule , qui est lui-même. attaché par sa base sur un arc branchial , c’est ce qu’on NW voit dans les lophobranches. Un seul poisson (1 ’hetero= branchus anguillaris,Geoff.) possède, outre sesbranchies lamelleuses, des appendices branchiaies arborescentes. à Nous FRS les arcs osseux, ou cartilagineux, sur lesquels reposent les séries de lames branchiales, le mécanisme de la respiration des poissons, dont elles font partie.

Disons seulement ici que, dans tous les poissons os= seux, ces arcs sont suspendus par leur extrémité supérieure sous cette partie de la base du crâne qui forme le plafond de la cavité buccale, et qu'ils aboutissent, 7 par leur extrémité inférieure, derrière les bran cf hyoiïdes, pour contribuer à composer le plancher “4 cette même cavité.

Nous verrons d’ailleurs que ces ares branchiaux ne sont pas les seuls soutiens des lames branchiales qui peuvent être attachées, du moins pour une partie supplémentaire, en dedans de l’opercule, dans les pois-. j sons à branchies libres, ou fixées, pour la totalité des séries, aux parois des cavités multiples qui les renfer- : ment dans les poissons à branchies fixes. 4% Le nombre des branchies, que l’on pourrait comparer au nombre des lobes pulmonaires des mammifères, quand ils sont bien séparés, se compte dans les poissons à branchies libres, n’ayant qu’une seule cavité branchiale, par les doubles séries de lames qui tiennent à un seul arc; chacune de ces doubles séries constitue une branchie. Ce nombre est déterminé au contraire, dans les poissons à branchies fixes, par celui des sacs branchiaux dont les parois donnent atta- »

he à deux séries de lames appartenant à deux ares

branchiaux.

Dans ( ce dernier groupe, il existe au plus sept bran-

: Fr ies semblables (les suceurs), plus souvent cinq, ou e et demie (les se laciens ) ; tandis que les bran-

, renfermées dans une seule poche, varient

branchie accessoire de l’opercule, qui manque assez souvent.

| Le nombre de chacune des deubles rangées de lames branchiales qui constituent une branchie est très-considérable ; il nous à paru varier beaucoup, ainsi que “leur grandeur proportionnelle. Ces différences, bien appréciées, montreraient probablement des rapports entre l'étendue et le nombre des lames, et le naturel plus ou moins actif de certains poissons.

Les séries de lames peuvent être unies entre elles de deux manières. Chaque lame d’une série est liée par un tissu fibreux, dans une étendue plus ou moins érande de son pra interne, à la lame correspondante Te l’autre série, ou aux lames voisines de la même série. Il peut n’y avoir que le premier quart, la moitié, les deux tiers, les trois quarts de ce bord ainsi lié, dans les poissons dits à branchies libres. Quelquefois même les deux rangées de lames paraissent à peu près séparées l’une de T autre.

" Dans d’autres cas, il y a une cloison mitoyenne qui réunit non-seulement les deux lames correspondantes de chaque rangée, mais qui, se prolongeant d’une paire de lames à l’autre, lie ensemble toutes ces paires de lames; assez courte dans l’alose, elle est fort haute, et .s rcusqu' au dernier tiers des lames dans l’esturgeon.

LA

seulement de trois à quatre, sans compter la demi-

ms

176 xxIx° LECON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

C'est cette même cloison qui, se prolongeant au- delà des lames branchiales, dans les sé/aciens, pour se jo indre aux téguments, sépare chacune des deux séries de lames d’un même arc, dans deux poches dis f

Dans beaucoup de poissons , cette cloi 4 joue un rôle important dans le mécanisme de la respiration des poissons, par la quantité de faisceaux musculeux où : de muscles distincts qu'elle renferme, et par la nature fibro-élastique de son tissu principal (1). Nous lui donnons, par toutes ces raisons, le nom de diaphragme » branchial, et nous nous réservons de la décrire plus. particulièrement à l’article du mécanisme de la respi-, ration dans cette classe. |

Nous verrons, dans l’espadon, un troisième moyen à d'union des lames d’une même série; mais c’est une circonstance d'organisation toute particulière, qui ne devait pas entrer dans cette description générale. ]

S IT. Structure intime des branchies en général.

[L'étude de la structure intime des branchies des poissons doit se rapporter, 1° aux organes sur lesquels . les vaisseaux sanguins respirateurs viennent s’étaler, ou qui les protègent; 2° à ces vaisseaux eux-mêmes.

(4) Voir notre Mémoire sur le mécanisme de la respiration dans les poissons. Annales des Sciences Naturelles, 2ue série, n° d’août 4839.

a. L'es soutiens et des organes protecteurs des taisseaux sanguins respiraleurs.

Nous avons déjà vu que l’on compte dans la plupart des poissons, [et plus particulièrement dans les poissons osseux, | au plus quatre branchies complètes de chaque côté, composées chacune de deux rangées de lames cartilagineuses ou osseuses, de forme allongée et triangulaire, [rarement libres, plus souvent! jointes ensemble, dans [une partie variable de] leur longueur par leur bord interne. Ces lames, ou ces paires de lames, sont appuyées par leur base, ainsi que nous l'avons déjà dit, sur la convexité d’ares osseux ou cartilagineux, [qui formentcomme autant de sections d’axes, | dontelles semblent les rayons.

[ Les lames branchiales, étroites et longues, se teriinant assez généralement en pointe comme des lames d'épée, ont encore été comparées aux barbes d’une plume , ou à une petite faulx (1).

Leur substance est cartilagineuse ou osseuse. Elles sont, à notre avis, aux branchies des poissons, ce que les cerceaux cartilagineux ou osseux des voies aériennes sont aux poumons des trois classes supérieures.

Leur base, par laquelle chaque lime repose vis-àvis ou rapprochée de celle correspondante de l’autre série, sur l’une des moitiés Fatérales de l’are branchial, etadhère à la convexité de cet arc, est un peu élargie et

(4) Du Ferney, Mémoires de l'Académie des Sciences, année 4699, p, 242, et fig, 1x à xv.

ve 49

178 xxIx° LEÇON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

oblique, en s’inclinant de la ligne médiane du même arc vers son bord.

Ces lames nous ont présenté deux types distincts. Dans le premier, qui nous à paru le plus commun, le plus général, la lame est pleine, quoique trés-sensiblement plus épaisse le long de son bord interne, Lu mince le long de son gt externe. |

Dans le second, ja lame n’est pleine que dans son bord interne; elle est fenétrée, du côté externe, par de petites lames transversales, qui tiennent à cebord, comme les dents d’un peigne à sa tige. L'extrémité de ces dents, ou de ces lamelles transversales, est garni, dans l'état frais, par un bourrelet composé de la veine artérielle, qui se continue de l’une de ces extré- . iwités à l’autre, à travers leurs intervalles, et de la continuation de la muqueuse modifiée , qui recouvre cette veine. Ce bourrelet forme le bord externe de chaque lame. Le saumon, Valase et l'esturgeon nous ont offert cette composition moins générale.

Ces dentelures varient d’ailleurs beaucoup en éten= …

due et donnent en se raccourcissant, au bord externe de la lame osseuse, l’apparence d’une scie, ou bien celle d’un peigne. C’est ce qui se voit dans le trigle, dans l’anabas, dans beaucoup de cyprins. tels que le meunier, le nez, la tanche, la rotangle; dans la carpe, le bord interne est aussi dentelé dans son premier tiers.

La lame osseuse peut d’ailleurs être tronquée à son extrémité libre, comme dans beaucoup de cyprins, au lieu d’être eflilée. Cette lame n’a pas toujours toute l'étendue de Ja lame membraneuse qu’elle soutient, Dans le saumon, la canthére, elle est beaucoup plus étroite que celle-ci, dont elle n’a généralement que la

moitié de la largeur. De même elle ne se prolonge pas toujours jusqu'à l'extrémité des lames membraneuses, ce qui donne à celles-ci plus de flexibilité, plus de mobilité. Dans la canthére brême elle ne soutient que la première moitié de la longueur de la lame (1).

Dans les poissons à branchies fixes, les lames branchiales ne sont plus osseuses, ni même cartilagineuses.

Le nombre des lames branchiales, dans chaque rangée, varie beaucoup d'une famille à l’autre. Du Ferney en indique 155 dans la carpe. J'en ai compté 125 dans le meunier, 55 dans le rougeuil, 140 dans la tanche, 155 dans le barbeau et la carpe, 5 dans le goujon, 175 dans l’alose, 125 dans l’anguille, 80 dans la lote; il n'y en a que 45 dans la chimere; l’esturgeon en a 140; la raie bouclée en a 58, dont le bord libre est denié; le squale rochier en a 48, dont le bord libre est tout uni. |

Toutes ces lames et tous les vaisseaux sont recouverts par un prolongement de la membrane qui tapisse l’intérieur de la bouche, et qui s’amincit, à cet effet, considérablement. C’est encore ici une ressemblance entre les branchies et les poumons.

[La muqueuse, qui se continue ainsi de la cavité buccale, à travers les fentes branchiales, dans la cavité de ce nom, dont elle tapisse lesparois, contourne en même temps chaque are et se prolonge, de sa convexité, sur les deux faces de chaque lame , depuis la base jusqu’à la pointe. Elle y forme une série de petits plis transverses, plus où moins prononcés et larges, ou presque ef-

(4) M. Lereboullet, Dissertation cilée, p. 444.

480 xx1x° LECON. ART. IT. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS. facés, suivant les familles ou les genres, dont l’existence est destinée sans doute à augmenter beaucoup la surface sur laquelle viennent se diviser les vaisseaux sanguins respirateurs.

Cette disposition que nous avions décrite, dans notre

première édition, comme parüculitre aux Sélaciens, se retrouve d’une manière plus ou moins évidente dans les poissons à branchies libres. C’est elle qui rend le profil extérieur de chaque lame beaucoup plus large qu'il ne le serait, si elle était simplement recouverte par la muqueuse tendue et sans pli sur ses deux faces. On conçoit combien cette organisation est favorable à la respiration, en multipliant les surfaces. J’insiste d’autant plus sur cette structure qu'elle parait avoir été inaperçue, malgré son importance physiologique, par plusieurs des anatomistes qui se sont occupés de ce sujet intéressant (1).

Chaque pli forme une saillie arrondie du côté externe, comme du côté interne de la lame. Nous verrons

tout-à-l’heure que les rameaux qui se détachent de

la branche artérielle marginale, ou les racines qui se rendent dans la branche veineuse du tranchant opposé de la lame, contournent ces saillies pour suivre le bord libre de ces plis. :

(4) J'en excepte Rosenthal, 0. e. plus bas, qui a vu ces plis dans la moitié externe de chaque lame , et M. Martin-Saint-Ange, qui représente cette disposition ( Tableau de la circulation, publié en 4833 ). La fig. 30 donne celle de la coupe d’une lame et de Ja surface de deux plis inférieurs qui se correspondent ; mais ces deux plis sont trop arqués , et on ne voit pas la coupe de la lame osseuse qui les sépare. M. Alesssandrini a également décrit les plis transverses danz les lames branchiales des môles, ( De piscium apparatu respirationis, etc. Bononix , 4858, )

La muqueuse respirante devient d'une minceur extrême pour former ces plis transverses des lames branchiales. Ceux-ci varient beaucoup en nombre, dans une espace donné, et en étendue , suivant les espèces. Tantôt ils occupent toute la longueur de la lame, comme dans les Séluciens, et les Suczurs, parmi les cartilagineux. Parmi les poissons osseux ils sont également étendus dans le chaboisseau du Groeniand, l'anabas : dans le brochet, l'hétérobranche ; dans la lote, le {ump ; dans l'anguille.

Le plus souvent la muqueuse respirante est tout unie et sans pli dans le quart ou le tiers interne de la lame, mesurée suivant sa largeur et dans sa partie basilaire ; tandis que la portion terminale, plus mince, de cette lame, en est toute garnie. On peut en conclure que cette portion terminale est surtout celle où doit s'effectuer l’acte de la respiration ; ce que prouve encore la coincidence de cette structure avec sa plus grande mobilité.

Schneider, dans la traduction allemande de louvrage de Monro, ei M. Lereboullet (dans sa Dissertation , p- 192) ont cherché à calculer l'étendue de la surface respirante, en y comprenant celle de tous les plis. Le premier l’a évaluée à 15 pieds quarrés, pour les branchies d’une grande raie ; le dernier estime que la surface respirante égale, dans la /amproyÿe marine, 27 fois et demi, environ, celle du poisson. ]

b. Des vaisseaux sanguins branchiaux.

Chaque branche de l'artère pulmonaire se glisse par l'extrémité inférieure des arcs branchiaux, entre leur

ee … dll

182 xxix° LEGON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

surface convexe et la base des paires de lames, et rampe sur le milieu decettesurfacejusqu’à l’extrémitéopposée, c’est-à-dire en s'élevant toujours : elle fournit à mesure un rameau à chacune de ces paires de lames et diminue en même temps de diamètre.

Ce rameau s'élève le long de la ligne de réunion des deux lames, et, [ dès qu'e les ne sont plusunies, | il se divise en deux paseies , dont chacune répond à leur bord interne devenu libre, et s'élève jusqu’à leur sommet. Îl en naît un grand nombre de ramuscules qui s’en détachent par paires à angle droit, [et suivent, en se dirigeant du côté interne au côté externe de chaque lame, le bord libre des nombreux plis transverses que la muqueuse forme sur leurs deux faces.

C’est sur les deux côtés de ces plis, et dans leurs interralles, que s'étalent les vaisseaux sanguins capillaires

respirateurs, formant un réseau tb les uns; que d’autres figurent se divisant en pinceaux pour se continuer dans les radicules de la veine pulmonaire ou des racines de laorte.

Ces vaisseaux capillaires, d’une grande finesse, m'ont paru, en effet, dans plusieurs cas, disposés d’abord en pinceaux, plutôt qu'en réseaux ; ce qui doit les rendre plus perméables au sang et en faciliter la circulatson Cependant les plis transverses de la membrane branchiale, examinés au microscope, nous ont montré constamwuent un réseau vasculaire. ]

Les dernières divisions de l'artère pulmonaire se continuent avec les premières racines de lartère du Corps ; OU, COMME ON le dit ordinairement, de la veine pulmonaire ; ; celle- ci recoit successivement et régulierement toutes ses radicules, dans un rameau qui règne

le long du bord externe de chaque lame et qui s’y réunissent à angle droit. Des rameaux semblables se rendent de toutes les lames à une branche commune qui suit, comme la branche de l'artère pulmonaire, la convexité des arcs, mais plus en dedans qu’elle, et croît en diamètre à mesure qu’elle s'élève , au contraire, de cette dernière. Elle se dégage enfin de dessous la partie supérieure des branchies, pour donner naissance aux artères du corps, comme nous l'avons dit dans la lecon précédente.

Telle est la conformation la plus générale des branchies, dans les poissons, [avec l’indicationtrès-suceincte des principales modifications qui ont été observées dans ce plan principal de leur organisation intime. | Outre les différences dont nous avons parlé, dans la forme ct la grandeur proportionnelle des lames, qui sont plus ou moins allongées; dans leur nombre ; [ dans l'étendue de leur réunion; | il y en a dans la disposition des rameaux de l’artère pulmonaire, dont les deux branches sont réunies quelquefois par une branche latérale communiquante, avant de parvenir au sommet des lames, etc. ; mais les détails de ces différences ne doivent pas entrer dans notre plan. Nous auroas à en indiquer de plus importantes, en parcourant 4 “érie des ordres de cette classe, ainsi que nous alions le faire.

$ LL. Des principales différences que présentent les branchies, dans leur structure intime, suivant les Ordres et les Familles.

[a° Les Acanthoptérygiens. Beaucoup de poissons de cet ordre ont une fausse branchie, ou branchie acces-

184 xxix° LEÇON. ART. III, BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

soire, que cache l’opercule, et qui est appliquée en dedans de celui-ci et de los temporal (1).

On la voit dans un enfoncement que présente cette partie, où elle est lachement fixée à la muqueuse.

Broussonnet avait déjà remarqué qu’elle existe dans la plupart des Acanthoptéry siens d’Artedi.

Elle manque dansles bouches en flûte, et dans le genre batrachus , parmi les Pectorales pédiculées.

Au reste, cette fausse branchie, ainsi que l’appelle avec justesse Broussonnet, est souvent rudimentaire et généralement de très-peu d'importance,

Elle n’a point d'arc osseux qui la soutienne, ni qui l'agite. Ses lames cartilagineuses sont extrèmement minces. Leur nombre peut être réduit à neuf (le genre blennius) ; ou à douze (le genre gobius) ; à quinze (le genre zeus); ou s'élever à vingt (dans les squammipennes); à trente (l'ararrhichas lupus, les trigles, ete.) ; à quarante ({a perche, les labres) ; et même à quarantehuit et à cinquante (les sciénoides, les scares) (2).

Quelquefois la fausse branchie se compose de filaments (5) au lieu de lames ; c’est ce qu’on voit dans la vive, trachinus draco. L.

La membrane qui recouvre ces lames forme des plis beaucoup moins nombreux, beaucoup moins prononcés que dans les vraies branchies.

(1) Broussonnet, Mémoire de l'Académie des Sciences, de 4785, sur la respiration des poissons, et Meckel, o, c.,t. vi, p. 479-186. Ce dernier aüteur insiste avec détails sur cette branchie accessoire, que Broussonnet avait décrile en premier lieu, avec beaucoup de soin. — (2) Ziosenthal, sur la structure des bran-

bies; Mémoire de la Société des Naturalistes de Berlin, t. 1, p, 2. Berlin, 4829,

Meckel ,0, c.— (3) Rosenthal, Zhid., p. 5,

Le sang veineux quiy parvient est celui des veines de l'opereule ; elles le versent dans la veine artérielle de Ta première vraie branchie.

On trouve dans cet ordre, relativement aux vraies branchies, quelques différences dans leur nombre ordinaire, soit réelles, soit seulement apparentes. Ainsi, il n'y à que trois vraies branchies dans la famille des Pectorales pediculées, à l'exception des chironectes, qui en ont quatre (1).

L'espadon (æiph'as gladius) parait au premier coupd'œil avoir le double des branchies des autres poissons, ainsi qu'Aristote l'avait déjà remarqué: c’est qu'ici les rangées de lames sont entièrement libres par leur bord interne ; mais toutes les lames d’une même rangée sont fixées entre elles d’une manière particulière. En effet, » chaque lame s’unit à ses deux voisines par de petites » Jamelles transversales jusque près de son extrémité, sen sorte que la surface de la branchie ressemble plu- » tôt à un réseau qu’à un peigne. Ge n’est que vers le »bout que les pointes des lames deviennent libres et » forment ainsi un double bord à la branchie (2). »

Il résulte de cette disposition, que toutes les làmes principales du même côté, perpendiculaires à l'anneau qui les soutient, réunies entre elles par.de courtes et nombreuses lamelles transversales, sont en même temps tenues par ces lamelles, de manière à laisser toujours entre elles de petits intervalles, qui permettent à l'eau d’y circuler.

(4) Cuvier, Règne anal, teur, p. 2514. — (2) Histoire Naturelle des poissons, par MM. Cuvier et F'alenciennes, t. vin, p. 265, article de M. Cuvier.

186 xxIx° LEÇON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

On sait que dans l’organisation ordinaire, les lames se collent entre elles, dès que l’eau ne les sépare plus, et que c’est là la véritable cause de l’asphyxie des poissons dans l'air, parce qu’elle prodüit l’imperméabilité des vaisseaux sanguins branchiaux.

Les deux rangées de lames de chaque branchie sont séparées jusqu'à la base et non soudées par une portion de leur bord interne, dans plusieurs autres genres de la famille des gobioïtes , tels que l'anarrhichas lupus et les blennies.

Une famille entière de ce même ordre, celle des Pharyngiens labyrinthiformes, a les os pharyngiens supérieurs tellement dévelopnés, ainsi que nous le verrons en décrivant le mécanisme de leur respiration, que la branche supérieure de chaque arc branchial est repoussée en bas ; les lames branchiales qu’elle supporte en sont singulièrement raccourcies. Celles de’ la branche inférieure nous ont paru aussi relativement plus petites et très-séparées. j

2° Parmi les Malacoptérygiens abdominaux, les saumons et les clupes ont une fausse branchie, dont les lames sont soutenues par une tige osseuse ou cartilagincuse.

Les rangéés de lames des branchies normales ne sont point soudées entre elles dans le brôchet , l’exocet.

Il existe dans la famille des siluroides une organisation branchiale qui est unique jusqu’à présent dans la classe des poissons. Nous aurons soin de montrer ses analogies, après l'avoir fait connaitre. | |

Elle a été observée, pour la première fois, dans le sildurus anguillaris, HasseLo., par M.Geoffroy, notre célébre ami, [qui a fait depuis lors, de cette espèce, son genre

heterobranchus. ] Nous avons vu, dans ce poisson, outre les branchies ordinaires, dont les lames sont plus courtes qu'on ne les trouve généralement, quatre branchies accessoires, deux pour chaque côté. Ce sont des arbres creux (1), à ramifications trèés-nombreuses, et dont les parois semblent être de nature artérielle. La surface extérieure de ces arbres est couverte par les ramifications des branches de l'artère pulmonaire, qui augmentent en nombre, et deviennent plus fines à mesure que les arbres se divisent davantage. Les dernières extrémités de ces ramifications s'ouvrent dans les rameaux des arbres, et laissent transsuder, par une foule de villosités qui paraissent à la surface interne de ces rameaux, l'injection qu’elles ont recue du tronc pulmonaire. Les troncs de ces arbres s'ouvrent eux-mêmes dans les racines de l’aorte, au moment où elles se dégasent de dessous les branchies. Ils peuvent donc être considérés, non-seulement comme des organes respiratoires, servant à combiner le sang veineux plus intimement avec le fluide ambiant ; mais encore comme des espèces de cœurs (2) placés à l’origine des principales artères du corps, et imprimant un mouvement plus accéléré au sang qui parcourt ces artères. Cette organisation donne, sans doute, à l’animal qui en jouit, un naturel plus actif, plus d’irritabilité et plus de force réelle.

[ Une circonstance, dont nous n'avions pas parlé dans la description précédente, que nous avions faite cependant d’après nature sur un exemplaire dont l’ar-

(4) M. Geoffroy les a décrit comme pleins. — (2) La même comparaison a été faite récemment pour les branchies des térébelles,

188 xxIX° LEÇON. ART. IL. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS. tère pulmonaire avait été injectée, c’est l’état rudimentaire , le manque absolu de lames branchiales dans toute la partie supérieure des arcs branchiaux. Elles y sont remplacées par une simple membrane très-miuce, résistante, non vasculaire, à bord libre dentelé, dont la direction suit la longueur de la branche supérieure de ces ares. IlLest singulièrement remarquable de voir la présence et le développement des branchies accessoires rendre les branchies ordinaires moins complètes.

Sans doute , ainsi que nous l'avons dit, il n’y a aueun autre exemple connu de semblables branchies accessoires, parmi les poissons qui ont passé l’état de fœtus ; mais, dans ce dernier état, les raies et les squales ont des branchies externes qui pourraient leur être comparées, de sorte qu'on serait fondé à considérer ces branchies accessoires comme une sorte de permanence de l’état d’embryon.

Cette réflexion me conduit à faire remarquer encore leur ressemblance avec les branchies externes des amphibies, et plus particulièrement avec les branchies permanentes des sirènes, du protée et du mencbranchus lateralis.

On a observé que dans les loches (cobitis fossilis ) les lames branchiales avaient une forme pyramidale. Cela tent à l'ampleur des plis de la muqueuse respirante, qui recouvrent entiérement, dans ses deux faces, la tige cartilagineuse qui les soutient et qui ont la fornie de lamelles triangulaires dont l'étendue va en diminuant de la base à l’extrémité de chaque lame.

9° Parmi les Malacoptérygiens subbrachiens, on trouve une fausse branchie dans les pleuronectes et les cycloptères.

4° Les Malacoptérygiens apodes, sauf les gymnotes (1) et les ammodytes dans lesquels il existe‘une fausse branchie, ne s’écartent pas, pour la structure, la disposition et le nombre des branchies, de l’organisation la plus générale.

Ces derniers cependant auraient, suivant G. R. Treviranus , des lames branchiales en forme de tubes coniques très-allongés, en dehors desquels ce savant figure une arête chevelue de même longueur (2). Le Lancon, dans lequel nous avons cherché avec soin cette singulière structure, nous a montré des lames branchiales longues, eflilées à leur extrémité, ayant leur bord interne épais et arrondi, et des plis transverses très-serrés, qui semblent, sous certains aspects, former un corps compacte, et ne se détachent bien les uns des autres qu’à l'extrémité de chaque lame, qui prend lapparence d’une plume. Quant à larête chevelue que décrit et figure Treviranus, je ne sais à quoi attribuer ce que je crois devoir regarder comme une illusion, sinon au cordon qui se détache, dans beaucoup d’espèces, du bord externe de la lame.

5° Les Lophobranches doivent cette dénomination àune structure toute particulière de leurs branchies, dont on saisira cependant les rapports avec le plan général, ]

Celles de lhippocampe , entre autres, semblent, au premier coup-d’æil, s’écarter de la conformation générale, beaucoup plus qu’elles ne le font en effet, Elles sont composées de huit rangées de panaches, réunis

(1) Mechel, op. cit. , t. vr, p. 4814. — (2) Observations d’Anatomie et de Zoologie, 4: cahier, Bremen, 4839, pl, v, fig, 29 et 30, (En allemand.)

par paires, de sorte qu'elles répondent aux quatre branchies ordinaires. Les rangées extérieures n’ont que cinq panaches ; celles quiles suivent en ont six, on en compte | sept dans les troisièmes, et huit dans les deux moyennes; ce qui donne une forme arrondie à la totalité des branchies. Chacun de ces panaches, dont l’extrémité est arrondie , est formé d’une lame cartilagineuse [tendineuse |, fixée sur l'arc branchial, qui soutient d’autres petites lames membrano-vasculaires, bien séparées entre elles, comme dans les raies, et rangées conire les premières dans le sens des arcs. On voit que cette structure n’est pas essentiellement différente de celle décrite en premier lieu.

[ La description précédente, que nous avions faite en 1804, et dont nous venons de vérifier l'exactitude pour les syngnathes, comme pour l'hippocampe, convient sans doute aux autres lophobranches. Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que les branchies n'étant pas composées de houppes, comme celles des larves des batraciens anoures, elles ne pourraient leur être comparées complétement ; nous ajouterons que la désignation de l’ordre n’était peut-être pas convenable, puisque la tige de chaque petite branchie est un support pour plusieurs séries de lamelles, et ne donne pas attache à des fils dont l’ensemble formeraïit une houppe.

Ajoutons encore que les tiges qui répondent aux lames branchiales des autres Rosso, sont trés-courtes et plus étroites à leur base qu’à leur extrémité, et qu'elles forment , sur chaque arc branchial, un double rang dont les panaches sont alternatifs et non opposés, ainsi que nous l'avons dit dans notre ancien texte; les la-

melles qui composent ces panaches répondent exactement aux plis transverses des lames branchiales des sélaciens, qui se voient d’ailleurs dans le type général des branchies des poissons.

6° L'ordre des P{ectognathes comprend deux familles, dont l’une , celle des Gr mnodontes, n’a que trois branchies, tandis que l’autre, celle des Sclérodermes, en a quatre, comme à l'ordinaire.

On trouve dans l’une et l’autre famille une branchie accessoire. N

Les mûles, qui appartiennent aux Gymnodontes, ont, outre la lame cartilagineuse principale, en forme de faulx, deux lamelles accessoires, découvertes par M. Alessandrini, que nous décrirons avec le mécanisme de leurs branchies (1).

7° Les Chondroptérygiens à branchies libres, comme ceux à branchies fixes, ont d’abord un caractère commun d'organisation de leurs branchies, qui les distingue des poissons osseux ; c’est celui d’avoir la cloison membrano - musculeuse, entre les deux rangées de lames de chaque branchie, plus étendue. Lorsque cette cloison ne dépasse pas l'extrémité des lames, la branchie reste libre, comme dans l'esturgeon; mais lorsqu'elle les dépasse et qu’elle va s'attacher aux parois du sac branchial, la branchie est dite fixce.

Dans l’esturgeon, les vraies branchies sont au nombre de quatre de chaque côté, composées chacune, comme dans le plan général, d’une double rangée de lames, qui tiennent à autant d'ates branchiaux. ya

(1) Op. cit. pl 41, fig, 4-5,

499 xxrx° LECON. ART. IT. BRANGHIES DÉS VERTÉBRÉS.

de plus une simple rangée de petites lames attachées à l'opercule par leur bord externe formant la branchie accessoire operculaire; puis une seconde branchie accessoire, que nous appellerons palatine, parce qu'elle est attachée à la voute du palais, au-devant des arcs branchiaux supérieurs (1). :

Chaque lame est composée, comme un peigne, d'une bande longitudinale cartilagineuse, plate, qui en forme le bord interne , et de lamelles transversales. La membrane qui les recouvre , et sur laquelle se divisent les vaisseaux sanguins respirateurs, forme un grand nombre de petits plis réguliers, dirigés en travers.

Une cloison musculo-membraneuse , sorte de dia-

phragme branchial, sépare les deux rangées de lames

de chaque Pelle. et réunit à la Le les lames de chaque rangée. Nous décrirons plus en détail cette cloison et ses muscles, en parlant du mécanisme de la respiration dans cette classe.

Des vaisseaux sanguins très-nombreux se détachent régulièrement et successivement de chaque branche artérielle, ou se réunissent aux branches veineuses qui longent les lames branchiales ; ils forment à mesure un ramuseule transversal répondant à chaque pli.

La branche veineuse de chaque arc branchial, ou la veine artérielle, a un diamètre beaucoup plus grand et des parois beaucoup plus épaisses que la branche artérielle ou que lartère veineuse, dont les parois sont

très-minces comparativement.

(4) Voir, pour les détails l’ Anatomie comparée de l Appareil Respiratoire, par A, Lereboullet, p. 132 et 149,

Les branchies de la chimère de la Méditerranée ont beaucoup de rapports avec celles des sélaciens, et pourraient très-bien, à notre avis, justifier la réunion de ces poissons dans un même ordre.

Déjà M. Cuvier avait observé, qu’en pénétrant audelà du seul trou par lequel elles s'ouvrent au dehors, de chaque côté, on voit qu’elles sont attachées par une grande partie de leur bord , et qu'il y a réellement cinq trous particuliers au fond du trou général (1).

Cette description s'applique exactement à la chimère de la Méditerranée , sauf pour le nombre des trous branchiaux internes, qui n’est que de quatre. Ce sont de larges orifices d’un nombre correspondant de poches branchiales, ayant, à la vérité, leur bord détaché de la peau. Chacune de ces poches a des parois minces, qui ne sont point imusculeuses, ni soutenues par des rayons cartilagineux.

Les trois premiers arcs branchiaux supportent trois branchies, ou trois doubles rangées de lames , séparées par une cloison, et le quatrième arc ne soutient que la paroi postérieure de la quatrième poche branchiale, avec la série de lames branchiales qui lui adhère.

L’opercule membraneux, ou du moins la peau qui en tient lieu, à sa paroi consolidée par vingt-trois rayons cartilagineux branchiostèges. Cette même paroi supporte une série de lames branchiales un peu plus courtes que celles des branchies complètes.

Toutes les lames branchiales sont molles , sans car-

(4) Règne animal. t, 41, p, 551.

194 xxix° LEGON. ART. III. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

tilage intérieur; leurs deux faces sont plissées en travers, comme dans l’esturgeon et les sélaciens.

8° Les Chondroptérygiens à branchies fixes sont ainsi appelés, parce qu’au lieu d’une seule poche branchiale, dans laquelle les quatre arcs branchiaux, avec leur double série de lames, se meuvent librement, comme dans les poissons à branchies libres, il y à ici un nombre de poches proportionné à celui des branchies, aux parois desquelles les lames branchiales sont fixées par un de leurs bords.

Voici d’ailleurs, d’une manière plus détaillée, le rapport de ce nouvel arrangement avec l'organisation la plus g générale.

Les doubles rangées de lames branchiales constituant une branchie, dans les poissons à branchies libres, sont attachées, dans l'ordre des poissons à branchies fixes, aux parois antérieure et postérieure des deux poches qui se suivent. Les parois de ces deux poches voisines sont ainsi formées en avant eten arrière, par une cloison mitoyenne, qui sépare les deux séries de lames d’une meme branchie, laquelle, ainsi que nous l'avons déjà exprimé, n’est qu’une extension de ceite sorte de HARAS branchial qui se voit à l’état rudimentaire, ou pl us ou moins dé :veloppé, entre ces deux scries de ee d'une même branchie, dans la plupart des poissons osseux. Il en résulte que chaque poche renferme, en général, contre sa paroi antérieure, la rangée postéricure de lames appartenant à la branchie qui précède ; contre sa paroi postérieure, la rangée antérieure des lames de la branchie suivante.

Mais il existe encore quelques différences de structure et dé nombre, dans les branchies ou leurs lames, qui distinguent les familles de cet ordre. |

BRANCHIES DES POISSONS. 195 Nous décrirons, en premier lieu : a. Les branchies des Selaciens. On en trouve cinq dans les rates et les squales, qui n’en font: à proprement parler, que quatre et demie, parce que la dernière poche branchiale n’a qu’une rangée de lames [ fixées par leur bord antérieur à sa paroi du même côté. Dans les quatre précédents, la paroi postérieure, comme la paroi antérieure, supporte une série de lames. Il résulte de cet arrangement, ainsi que nous venons de le faire remarquer, que les deux ranvées de lames, appartenant à un même arc branchial, sont séparées par une cloison assez compliquée, composée, entre autres, ] de ravons cartilagineux sur lesquels elles s'appuient, et d’une couche de faisceaux musculeux, qui seront décrits dans l’article suivant. Les lames branchiales principales en supportent de plus petites , rangées par série transversales, etquileur sont perpendiculaires ; ces dernières nous ont paru uniquement membraneuses et vasculeuses. C’est sur elles que s’étalent les plus fines ramifications des vaisseaux respirateurs. | On retrouve ici la structure intime des branchies, que nous avons indiquée comme type de la classe. | Le rameau de l'artère pulmonaire fournit, à chaque paire de lames, deux ramuscules; le plus grand suit le bord interne des lames, et le plus petit leur bord externe, à côte de la veine pulmonaire, ou plutôt du rameau qui forme une des racines de l'artère du corps. Le premier s’anastomose à quelque distance de l’extrémité des lames, avec un rameau transversal qui passe d’une lame à l’autre, et forme ainsi une artère communiguante pour tous leurs rameaux internes.

” [b. Dans les Suceurs, les lames branchiales sont uni-

196 xxrx° LEÇON. ART. IT. BRANCHIES DES VERTÉBRÉS.

quement membraneuses comme dans les Sélaciens , et légèrement adhérentes par un tissu cellulaire lâche, à Ja paroi de chaque poche branchiale.

Il y a sept de ces poches dont les parois sont ainsi garnies de lames dirigées de l’axe du corps vers sa circonférence. Leurs deux faces présentent ensuite un grand nombre de plis transverses, formant une série, de la base à la pointe. Ces lames ne vont pas jusqu’à l’orifice externe de la branchie. Les deux rangées voisines sont séparées par une cloison mitoyenne musculo-membraneuse, et non cartilagineuse.

L’artère branchiale fournit, en s’avancant entre les branchies, une branche qui se divise immédiatement en deux rameaux, pour ces deux rangées de lames. Chaque rameau s’avance entre la cloison mitoyenne etla rangée de lames correspondantes, et, après s'être enfoncé dans cette direction, se bifurque pour fournir, ‘en haut et en bas, à chaque lame branchiale que ces deux divisions rencontrent, l'artère qui, en suivant le bord externe de cette lame, lui fournit le sang qui vient respirer.

Les rameaux veineux-artériels, formant une des racines de l'aorte, naissent du bord opposé, ou du bord libre, qui répond en effet au bord externe des lames branchiales dans le plan général.

Les capsules, au nombre de sept de chaque côté, qui renferment les branchies du Myæine glutisosa , montrent dans leur paroi intérieure des séries de lames branchiales membraneuses, dirigées dans le sens du plus petit diamètre de ces poches,

Dans l’ammocète, les lames de la demi-branchie antérieure ont la figure d'un triangle sphérique; celles de,

BRANCHIES DES POISSONS. 497 la demi-branchie postérieure sont recourbées en croissant, et se distinguent encore par une forme plus étroite ct plus allongée. ]

ARTICLE IV

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