XXIX° LEÇON. ART, V. RESPIRATION BRANCHIAILE
Ces muscles sont beaucoup plus nombreux que les premiers. Leur direction est à peu près parallèle.
Aprés avoir détaché leur couche de la base à la pointe des lames branchiales, on découvre une autre couche de muscles encore plus petits, dont la partie charnue est très-courte, et dont les tendons grêles de leur origine et de leur terminaison, naissent et se terminent din le diaphragme, où ils s'unissent aux tendons de la rangée basilaire. <
pe grands muscles basilaires passent sur le tronc principal de l'artère veineuse branchiale; mais leur disposition est telle, que leur action ne doit pas avoir
d'influence, à mon avis du moins, sur la circulation du …
sang dans cette artère.
I résulte de la description précédente, que l'appareil
musculaire du diaphragme branchial de l'esturgeon se compose : 1° d’une série basilaire de grands muscles cylindriques, plus ou moins obliques relativement aux lames branchiales ; 2° de deux séries marginales de faisceaux musculeux beaucoup plus petits.
Tous ces muscles sont comme enfouis dans le tissu cellulo-fibreux et élastique qui forme la gangue du diaphragme branchial. Leurstendons semblent tous aboutir à un tendon commun médian qui se voit près du bord libre de ce diaphragme, entre deux lames, et qui se divise pour se prolonger sur le bord'correspondant de la partie libre et flottante de chaque lame.
Par cette disposition, ces muscles doivent avoir une action d'ensemble sur ces parties libres des lames qu'ils agitent et fléchissent les unes vers les autres dans plusieurs sens, c'est-à-dire par paires ou suivant les séries.
La manière dont tous leurs tendons viennent aboutir
… RSS En ml
au tendon moyen, qui forme comme l’axe du diaphragme, et se divise dans son bord libre pour suivre le bord interne de la partie flottante des lames, ainsi qu'on le voit dans la figure 5 du mémoire cité, rendra cette action évidente et indubitable.
Elle a sans doute pour effet de rapprocher et d’entrecroiser même la partie flottante et libre des deux lames voisines de la même série. Sous ce rapport ces muscles sont les antagonistes des puissances qui chassent l’eau dans la cavité des branchies, et même de ce liquide respirable dont l’effet physique est d'écarter les lames branchiales les unes des autres.
Leur action ne correspond pas nécessairement avec celle des puis sances extrinsèques des branchies, qui font partie du mécanisme de la respiration ; elle peut produire des mouvements plus nombreux, et me parait devoir servir à multiplier le contact des surfaces respirantes des lames branchiales avec le fluide respirable.
Le développement extraordinaire de cet appareil dans l’esturgeon, compenserait ainsi d’autres imperfections dans le mécanisme extrinsèque de leur respiration, tels que le défaut de membrane branchiostège et le peu de mobilité de l’opercule.
b. Nousavonsvu le diaphragme, dansl’esturgeon, avoir les quatre cinquièmes de l’étendue des lames branchiales. Dans les chimères, il les dépasse, mais il conserve son bord extérieur libre et flottant. On n’y voit de fibres musculaires que vers sa base, La plus grande partie “ son étendue paraît uniquement membraneuse.
Dans les Sélaciens, le diaphragme branchial est non ent musculeux et aponévrotique, mais encore
336 xxiIX° LECON. ART. V. RESPIRATION BRANCIIIALE >» ?
cartilagineux, la partie convexe de chaque are branchial Jui envoyant un certain nombre de rayons de cette nature.
Ces rayons, pour le dire en passant, semblent tenir lieu des lames branchiales cartilagineuses ou osseuses des poissons osseux, qui manquent dans les lames branchiales, uniquement membraneuses, des sélaciens.
Quant au muscle du diaphragme ,| on se rappellera, pour bien comprendre sa disposition et ses usages, que chaque arc est composé, dans les raies et les squales, de deux portions très-mobiles l’une sur l’autre; que de la convexité de ces arcs, partent en rayonnant onze à douze branches cartilagineuses soudées à cette partie, et qui s’avancent Jusqu'au bord externe des branchies ; que chacune de celles-ci est composée de deux séries de lames bien distinctes, soutenues par ces rayons. Entre la série antérieure de ces lames et ces derniers, se trouve le muscle en question; ses fibres semblent partir de chaque côté du rayon moyen, en se dirigeant vers les autres, mais particulièrement vers leur extrénité, en sorte que leur action doit tendre à rapprocher celle-ci de ce rayon et par conséquent à écarter les deux bouts de l'arc et à l'ouvrir. Son action est bornée par plusieurs ligaments qui vont de la base du rayon le plus près-des extrémités de l’arc, vers l'extrémité du rayon suivant.
[Le rayon cartilagineux d’où partent en divergeant dans deux sens opposés ces faisceaux musculeux, est plus fort que les autres. C’est le huitième ou le dernier de la portion supérieure de l’arc branchial.
Les faisceaux musculeux sont placés entre deux lames fibro-aponévrotiques, dans lesquelles ils se termi-
PÉSLTT
SON MÉCANISME DANS LES POISSONS. 337 pent en partie ; l’autre partie se continue avec le muscle sous-cutané, qui enveloppe toutes les branchies d’un même côté.
L'ensemble de ces faisceaux musculeux, et des lames fibro-aponévrotiques qui les enveloppent, forme une véritable cloison entre ces deux séries de lames, ou un diaphragme branchial, lequel, par sa position et par son action, joue un rôle important dans le mécanisme de la respiration de ces poissons.
Ainsi que nous l’avions dit, il ouvre l’arc branchial en se contractant; mais nous aurions dû ajouter que, par cet eflet, il rapproche les lames branchiales les unes des autres, et qu’il tend à expulser l’eau de leurs intervalles ; c’est donc un muscle expirateur.
Le muscle adducteur des arcs, qui occupe le sommet de leur concavité, produit sur les lames un effet contraire en les écartant les unes des autres. C’est donc un muscle inspirateur, un antagoniste du diaphragme branchial. J'avais bien fait sentir cette dernière circonstance dans ma première rédaction (voir p. 519.)
Dans la lamproye marine, le diaphragme, formant à la fois la paroi antérieure et la paroi postérieure des deux poclies branchiales qui se suivent, est une cloison aponévrotique sur laquelle s'appuient les lames branchiales, qui sont ici, comme dans les sélaciens, simplement membraneuses. Entre ces lames et la cloison, il y a des faisceaux musculeux qui tiennent lieu du muscle diaphragmatique des sélaciens.
Ces faisceaux très-distincts ont différentes directions. Il y en a qui se portent de l'axe de la poche à la circonférence; ce sont ceux qui doublent immédiatement la séric des lames.
338 xx1x° LEÇON. ART. V. RESPIRATION BRANCUHIALE,
La couche adhérente à la partie tendineuse du diaphragme se compose de faisceaux concentriques à la circonférence de cette cloison, s’entrecroisant avec les premiers. Les uns et les autres la raccourcissent dans tous les sens, et contribuent à diminuer ainsi la capacité de chaque poche branchiale pour en faire sortir l’eau.
Ïl résulte des précédentes descriptions, que le dia= phragme branchial est une cloison membraneuse, ou membraneuse et musculeuse, qui passe transversalement d’une paire de lames de la mêmé branchie à l’autre, sert à limiter l'étendue de leur écartement, et forme un lien commun, s'étendant plus ou moins entre tou= tes les lames, depuis leur base vers leur extrémité. Il en sépare, en même temps, la serie antérieure de la série postérieure.
Chez jes uns, le diaphragme branchial n’occupe qué le sixième et moins de la longueur totale des lames; chez d’autres, il à le quart, ou le tiers, ou la moitié de cette étendue. Elle varie même d’une espèce à l’autre appartenant à des genres d’ailleurs très-naturels.
M. Lereboullet, dans sa Dissertation sur les organes de respiration des vertébrés, énumeére ces différences pour un assez grand nouibre de poissons que nous avons examinés ensemble ou séparément (1).
Dausles poissons cartilagineux, ce diaphragme prend de plus en plus d'extension, au point qu'on en a méconau jusqu'ici l’analogie de composition, du moins
(4) Anatomie Compurée de Pappareil respiratoire dans les animaux vertébrés,
par As DERESOLLLET. Elrusbourg, 1698, je, 124.
chez les sélaciens, les lamproyes et les ammorcètes. Mais, si on l’étudie dans l'esturgeon, où il s'étend dans les trois quarts de la longueur des lames, puis dans la chimére, Où il en a toute la hauteur, en conservant son bord extérieur libre, cette analogie deviendra évidente dans les sélaciens et les lamproyes, chez lesquels son bord extérieur se soude à la peau.
| Dans ce dernier cas, chaque série de lames apparte- | nant à la méme branchie, ou supportée par le même | cerceau chez les poissons osseux, est séparée dans une | poche particulière, dont la paroi antérieure donne atta- | che à la série postérieure des lames de la branchie pré- | cédente, et dont la paroi postérieure supporte la série | antérieure des lames de la branchie suivante. n'ya ici évidemment, pour former les poches branchiales multiples, qu’un plus grand développement du | diaphragme branchial qui se voit dans beaucoup de | poissons osseux, développement qui co-existe avec celui de l’opercule membraneux.
Cette analogie de composition entre les poissons à branchies libres et ceux à branchies fixes une fois com- | prise, il sera facile de saisir les ressemblances et les dif- | férences que peut présenter le diaphragme branchial | dans les détails de sa structure.
| Cette structure, relativement aux muscles, nous a . présenté quatre types différents.
| Le plus connu, parmi les poissons osseux, est celui | du congre et du saumon.
Celui de l'esturgeon, parmi les cartilagineux, a beaucoup d’analogie avec ce premier type; mais il en différe
à la fois par un plus giand développeent du dia-
340 xx1x° LECON. ART. V. RESPIRATION BRANCIITALE,
phragme et de ses muscles, et par une plus grande complication de leur ensemble.
Le troisième type est celui découvert dans les môles par M. Alessandrini. |
Nous rangerons dans le quatrième le muscle dia phragmatique des sélaciens et des lamproyes, quoiqu'il présente quelques différences dans les uns et dans les autres. |
ARTICLE VI