‹ Lecons d'anatomie comparéeChapitre 11 sur 191 · I. Des ovaires · texte numérisé non relu

I. Des ovaires

A. Dans V espèce humaine.

Les ovaires sont placés de chaque côté , et à quelque distance de la matrice , dans l'aileron postérieur de son ligament large. Ce prolongement du péritoine les recouvre dans toute leur étendue , excepté du côté inférieur, où ses lames s'écartent pour laisser aux vaisseaux qui s'y rendent ou qui en viennent , un passage libre. Ils tiennent encore à ce viscère par un cordon cylindrique épais, et de nature fibreuse, qui part de chaque côté de la matrice, en suivant le même bord du ligament large dans lequel il est contenu, et se joint à l'extrémité interne de chaque ovaire.

Ils ont une seconde enveloppe qui leur est propre, et peut être comparée à Falbuginée des testicules, quoiqu'elle paraisse plus déliée. Leur volume est toujours beaucoup plus petit que celui de ces derniers, et varie avec l'âge. Il est petit dans les enfants; il grossit beaucoup à l'âge de puberté, et diminue de nouveau chez les personnes âgées. Leur forme est celle d'un ovale, ou plutôt d'un demi-ovale, dont le bord droit regarde en bas, et dont la partie convexe est supérieure. Ils ont la surface fréquemment inégale, ce qui est dû. à des espèces de cicatrices qui sont plus ou moins nombreuses, suivant les individus, et à des corps ronds que nous décrirons tout-à-1'heure , et qui la rendent bosselée. Les premières ne se trouvent que

chez les femmes adultes. On en a conclu qu'elles étaient les traces du passage des germes, sortis hors de l'ovaire dans le moment de la conception. Nous sommes portés à le croire, quoiqu'on objecte à cette opinion que ces cicatrices se trouvent également chez les femmes qui n'ont pas conçu. Nous (1) en avons vu plusieurs , à la vérité , sur les ovaires d'une personne de vingt-sept ans, dans laquelle la membrane de l'hymen subsistait encore dans toute son intégrité ; mais ne peut-on pas répondre, que chez les femmes, les plaisirs solitaires peuvent produire quelquefois le même effet que le coït, la sortie des germes hors de lova ire? La même cause détermine chez l'homme l'expulsion de la semence. Bien entendu que, dans ce cas, ces germes se perdent pour n avoir pas été fécondés (2). Pour que l'objection fût valable, il faudrait donc citer des observations analogues chez les animaux. Nous n'en connaissons aucune ; toutes les fois , au contraire , que nous avons eu l'occasion de disséquer des femelles vierges de mammifères, leurs ovaires ne nous ont fait voir aucune cicatrice.

L'intérieur des ovaires renferme des vésicules dont le nombre, la disposition et la grandeur varient beaucoup. Quelques anatomistes prétendent en avoir compté jusqu'à cinquante. Haîler n'en a jamais vu plus de quinze à la fois. Elles ne sont pas toutes de même

(1) M. Duvernoy. — (2) Voilà, j'espère, d'une manière bien explicite, la ponte sans fécondation , dans l'espèce humaine, que j'avais admise et reconnue dans ma rédaction, et admise positivement, dès i8o5, dans un cas particulier. 11 n'y avait qu'un pas à faire pour l'adopter généralement, à l'époque de la maturité des ovules. D.

grandeur; les plus grosses- sont ordinairement placées plus près de la surface , quelles rendent quelquefois très inégale. Ces vésicules contiennent une humeur blanchâtre, rarement jaunâtre , qui se coagule facilement par la chaleur, l'alcool et les acides. On les aperçoit déjà dans les enfants de quelques années. Rarement les trouve-t-on vides. Elles se changent fréquemment, chez les vieilles personnes, en tubercules durs et comme squirrheux. Outre ces vésicules, dans lesquelles les germes sont probablement renfermés y les ovaires ne paraissent formés que d'une substance spongieuse , fibro-celluleuse , sorte de 'gangue des vésicules , et d'un grand nombre de vaisseaux sanguins et des nerfs. qui leur donnent îa vie.

Leurs artères et leurs veines sont parfaitement analogues aux veines et aux artères des testicules chez l'homme. Gomme dans ce dernier, les veines spermatiques forment, au sortir de l'ovaire, un plexus très compliqué; mais les artères, qui ont beaucoup moins de chemin à parcourir pour y arriver, sont assez flexueuses dans leur marche.

[ La gangue (le stroma des anatomistes allemands), dans laquelle les vésicules de Graaff sont enfouies et se développent, est un tissu fibro-celluleux jaunâtre, composé de fibres arrangées par couches. Les vésicules y sont contenues dans des cavités de même forme et volume qu'elles. Les minuscules des vaisseaux sanguins de l'ovaire pénètrent ce tissu, circonscrivent les dernières cavités et se distribuent sur les parois des vésicules.

L'ancien texte qui précède , et que j'avais rédigé d'après ma propre manière de voir, adoptée d'ailleurs

16 XXXIIe LEÇON. GÉNEBATIOI* DES VEBTEBBBS.

par M. Guvier (1), était bien rapproché des doctrines actuelles de la science. Il exposait clairement la ponte ou la sortie des germes ou des ovules, indépendamment de toute fécondation, mais seulement dans un cas déterminé , et conduisait directement et prochainement à l'idée de la ponte des ovules, par la rupture spontanée de ces plus grosses vésicules, parvenues à la surface de l'ovaire à l'instant de leur plus grande maturité. Il montrait les recherches à faire pour découvrir, dans les vésicules de Graaff, remplies d'un liquide albumineux, ces germes ou ces ovules qui y sont positivement indiqués.

Il est démontré, en ce moment, que les vésicules de Graaff, que nous avions dit renfermer les germes ou les ovules, sont, pour les mammifères, ce aue l'ovule des oiseaux est dans son calice de lovaire : seulement , au lieu d'avoir leurs parois appliquées de toutes parts immédiatement sur les ovules, qui sont proportionnellement plus grands chez les oiseaux, les parois de ces follicules renferment un liquide albumineux dans lequel est plongé un très petit ovule, qui est loin conséquemment de remplir la cavité de la vésicule.

B. Dans les autres Mammifères.

Les ovaires ont une structure parfaitement analogue à ceux de la femme , et ne varient guère que dans leur forme et leur volume, ainsi que dans le nombre et la grandeur des vésicules qu'ils renferment. Leur volume proportionnel ne nous a pas semblé plus considérable que dans l'espèce humaine, même chez les animaux

(i) Voir page 7.

ÀKT. 1. OVAIRES DES MAMMUlUUiS. 17

les plus féconds. Leur forme est souvent plus arrondie, et leur situation plus rapprochée de la matrice ou du sommet de ses cornes.

Le nombre des vésicules a paru généralement beaucoup moins considérable dans les ovaires des animaux disséqués pendant la gestation ; on y remarque à cette époque un ou plusieurs corps jaunes, dont le nombre égale toujours celui des fœtus , et qui occupent la place des vésicules qui se sont vidées pour la conception. Ces corps , qui ne semblent d'abord qu'un épais sis sèment des parois des vésicules, grossissent à mesure que la gestation avance, et prennent quelquefois le volume du ne cerise.

[Cette dernière assertion , pour être exacte, doit être complétée ou développée. Pour la. sortie des ovules, et après leur expulsion , la vésicule de Graaff éprouve une sur-excitation inflammatoire qui injecte extraordinairement ses vaisseaux , la remplit d'un liquide sanguinolent, lui donne une couleur de sang, augmente son volume et l'épaisseur de ses parois. Ces changements coïncident avec les premiers temps de la gestation ; mais après être parvenue au plus haut degré de cette sur-excitation, la vésicule de Graaff perd peu à peu sa couleur, devient successivement orangée,, jaune clair, en même temps que son volume diminue et finit par ne plus être qu'une légère bosselure, avec une cicatrice (1).

(i) M. Pouchet, professeur à Rouen, a mis en évidence tous les détails de ces changements dans de très belles ligures coloriées, faites par lui d'après nature, et qui font partie d'un mémoire qu'il a adressé à l'Académie des sciences au mois d'avril 1 844- ^ous avons été à même d'en apprécier tout le mérite. D.

18 XXXIIe LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTÉBRÉS.

Nous avons démontré plusieurs fois dans nos cours au Collège de France, sur des ovaires de chatte et de lapine, cet état de sur-excitation des ovaires , à l'époque du rut, et la congestion de leurs vaisseaux sanguins, particulièrement autour des plus grosses vésicules de Graaff . ]

Dans plusieurs mammifères nous avons trouvé que les vésicules formaient la très grande partie de l'ovaire. Ce dernier avait , dans la civette , sa surface toute bosselée, et ne semblait qu'un paquet de petits corps sphériques.

Celui du hérisson ressemble à une grappe.

Cela était encore plus marqué dans le sarigue, dont l'ovaire n'était presque qu'une agglomération des vésicules de Graaff.

[Chez les monotrémes , les ovules de différentes graudeurs , y compris leur capsule , sont encore plus distincts et séparés ; leur ensemble donne à l'ovaire de ces animaux encore une plus grande ressemblance avec celui des oiseaux.

Le développement inégal des deux ovaires, dont le droit reste beaucoup moins développé que le gauche , donne à cette ressemblance un caractère plus singulier ( 1 ) .

Les proportions de la substance fibro-celluleuse ( le stroma des physiologistes allemands ) qui entre dans la composition des ovaires , relativement à celle des ovules, varie singulièrement d'un mammifère à l'autre,

,(i) Voir notre mémoire sur les organes de la génération de Yornithorhynque et de Xéchidné, imprimé parmi ceux de la Société d'histoire natur. de Strasbourg, t. I, i834«

et donne à l'ovaire , à mesure qu'elle diminue, de plus en plus de ressemblance avec celui des oiseaux , en dégageant ces corps de la matière qui les enfouit, pour ainsi dire, dans l'ovaire de la femme.

C'est cette ressemblance que nous avions indiquée dans le texte qui précède , et qui va en augmentant de la civette au hérisson, et chez les didelphes; qui devient encore plus complète chez les monotrêmes ; c'est encore la présence des corps jaunes, ou des cicatrices chez les filles vierges , qui nous a donné l'idée de la ponte des œufs chez les mammifères , indépendamment de toute copulation ; de toute fécondation.

En parlant, dans notre cours de 1840, leçon du i5 janvier, des oiseaux domestiques qui pondent leurs œufs sans fécondation préalable , le souvenir de ces cicatrices dans les ovaires des filles vierges, et ] analogie de composition des ovaires dans les deux classes nous ont déterminé à professer cette doctrine, qui paraît devoir être généralement adoptée, et dont plusieurs physiologistes revendiquent l'idée première.

Elle était en germe , on ne peut le nier, dans notre texte de i8o5 ; la découverte positive des ovules, dans les follicules de Graaff , devait la faire éclore tout naturellement (1).

Les ovaires de beaucoup de mammifères , des carm-

(1) Oh la trouve dans une dissertation soutenue à Paris en 18A1 par M. C. Billon , et dans laquelle l'auteur cite MM. Négrier et Gendrin, comme ayant montré que chaque menstruation amène périodi'qaement une vésicule deGraaff àparfaite maturité. M. Pouchet l'a développée dans sa. Théorie positive de la fécondation des mammifères. Paris, 1842, et M. Bischoff l'a démontrée, en 1 843, par l'observation et l'expérience.

20 XXXIIe LEÇON. GÉNÉRATION DES VEBTÉBBÉS.

yores en particulier, y compris les phoques et ceux des chauves-souris , sont enveloppés dans une poche ou une capsule formée par le ligament du péritoine qui renferme l'oviducte, et qui se déploie autour de l'ovaire. Cette disposition, sur laquelle nous reviendrons en parlant de ce tube conducteur des ovules, met en rapport plus intime son orifice avec les œufs qui se détachent de l'ovaire. Nous avons constaté l'existence de cette capsule dans le chien et le chat. Déjà Albers , en 1806, l'avait indiquée dans le phoque. Plus tard, M. IFeber l'a décrite dans la loutre; Treviranus dans la fouine ; R. Wagner dans X hermine et même dans la chauve-souris (1).]

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