II. Des ovules , produit des glandes ovigènes
[En procédant, co mme nous l'avons fait constamment dans nos comparaisons, de l'espèce humaine et des mammifères, aux oiseaux. ; aux reptiles et aux poissons, nous partions, pour la connaissance des ovules, de l'organisation où ils étaient, à cause de leur extrême petitesse , beaucoup plus difficiles à découvrir et conséquemment à décrire. Cette connaissance est cependant aussi avancée, en ce moment, que celle des ovules appartenant aux autres classes.
Nous aurons à les montrer se développant ? et parvenus à leur dernier degré de maturité, ainsi que leur composition à cette époque , avant l'imprégnation.
Les vésicules de Graaff, dont se compose essentiellement l'ovaire des mammifères, sont comparables, nous
[1) Voir MuHer, Archives de physiol. pour 1826, p. io5; id., IV, p. 7, VIH, p. 366, et Treviranus, Zeltschrift fur PhysioL, t. I, 180, et M. R.Oweri, JProceedings of the commit te e of zool. soc,} 1. 1, 3g.
l'avons déjà dit, aux ovules de différentes grandeurs qui composent la grappe de l'ovaire des oiseaux. L'enveloppe de ces vésicules, ou la membrane qui constitue leurs parois, répond à la capsule qui renferme l'ovule des oiseaux. C'est l'enveloppe nourricière des ovules appartenant à l'ovaire; elle est entourée, à l'extérieur, d'un réseau de vaisseaux sanguins; tandis que sa paroi interne est toute veloutée. La capsule de l'ovule, chez les mammifères, ne serre pas de près cet ovule, comme chez les oiseaux ; elle renferme, avec lui, un liquide granuleux, albumineux, dont les grains , réunis par une viscosité, touchent de plus près la surface de l'ovule.
Les vésicules deGraaff , ou les ovules avec leur capsule, paraissent de très bonne heure dans l'ovaire des mammifères. Nous avions dit, dans notre ancien texte, qu'elles sont évidentes chez les enfants de quelques années. La découverte des ovules chez les adultes a conduit à lès rechercher chez les jeunes animaux, ou même dans l'espèce humaine. On les a trouvés existants chez une jeune fille de quatre ans; chez une autre qui n'avait que dix-huit mois, et même chez un enfant mort quatre jours après la naissance ; enfin chez un fœtus de vache à terme (1).
11 était naturel d'en conclure que les ovules se préparent dans l'ovaire , et se forment déjà avant la naissance , chez les individus femelles.
Nous verrons bientôt que , chez les fœtus de poissons, l'ovaire , à peine formé, montre des granulations qui ne peuvent être que des ovules*.
(i) M. Carus, Annales n'es sciences naturelles, 2e série, fc VII, p. 397, 1837.
±1 XXXIIe LEÇON. GENERATION DES VERTÉBRÉS.
Leur développement semble coïncider avec celui de 1 organe dans lequel ils apparaissent et qui les produit. L'ovule mûr des mammifères se compose, avant l'imprégnation, comme celui des oiseaux , d'une sphère germinative, dans laquelle on remarque un point obscur ou opaque, la tache germinative, tandis que le reste de son contenu est un liquide limpide et transparent , probablement albumineux. L'enveloppe membraneuse de cette sphère intérieure est également transparente. Cette première sphère , en procédant de l'intérieur à l'extérieur, est enveloppée dans une autre plus grande, renfermant un liquide granuleux : c'est la sphère vitelline ou nutritive. Cette sphère a de même son enveloppe, sa membrane vitelline. Celle-ci est épaisse, hyaline ,. chez les mammifères, et se présente autour de l'ovule, observé au microscope, sous l'aspect d'une zone transparente : de là le nom de zona pellucida , que lui a donné M. de Baër.
L'ovule mûr est adhérent à la partie libre dé la vésicule de Graaff; on peut l'apercevoir à travers la membrane péritonéale de l'ovaire et la paroi propre de cette vésicule.
Celle-ci est tapissée, pour ainsi dire, d'une membrane granuleuse, dont les granules , ou plutôt les cellules , plus nombreuses, plus serrées autour du point de contact de l'ovule , forment le disais prodigerus de M. de Baër. L'ovule sorti récemment de son calice serait toujours avec ce disque ou cette portion de la membrane granuleuse qui lui est adhérente (i).
(i) Traité du développement de l'homme et des mammifères, p. 7 et suiv., pur F.-L.-G. Rischoff. Paris, 1843 ; et Mémoire sur la maturation
L'ovule des mammifères, ayant très peu de substance vitelline , se distingue par son extrême petitesse.
Il atteint à peine un cinquième de millimètre dans l'espèce humaine , et n'est souvent que d'un huitième ou d'un dixième de millimètre.
Dans la brebis et la chienne dépouillées du disque proligère, il n'est que de 1/6 au plus; dans la truie s que de 1/8 de millimètre.
La connaissance de l'ovule et de la signification exacte des vésicules de Graaff est une découverte de nos jours, quoique, le célèbre physiologiste hollandais ait mis sur la voie depuis le XVIIe siècle.
11 démontra, à cette époque, la conformité de l'ovaire des mammifères avec celui des oiseaux ; mais il confondit la capsule de l'ovule avec l'ovule lui-même. Avant lui, Y ovaire étaitcomparé au testicule; dénomination erronée, que Buffon avait adoptée de nouveau, en faisant ainsi reculer la nomenclature.
Malpigki prévoit l'existence de l'ovule; il dit qu'il apparaît dans le corps jaune et qu'il passe ensuite dans la trompe; il affirme même l'avoir vu une fois.
Haller ne parvient à découvrir qu'une gelée dans la trompe.
Haigton , dans un mémoire contenant le récit d'expériences sur la fécondation des animaux, publié en 1 797 dans les Transactions philosophiques ,a singulièrement approché du but. Il a vu chez une lapine , 48 heures après le coït, qu'une matière demi-transparente^ ayant la consistance de la colle, était prête à
et la chute périodique de l'œuf de l'homme et des mammifères , etc. , par le même; Annales des sciences naturelles, 3e série, août et septembre i844«
"24 XXXIT* LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEBRES.
sortir des vésicules. Cette matière était certainement un ovule. Soixante heures après le coït, le germe, dit Haigton, était sorti des vésicules : on pouvait introduire une soie de cochon par l'ouverture.
Dans le précédent article, on a pu se convaincre combien notre description des ovaires et des vésicules de Graaff se rapprochait de l'état actuel de la science. Il fallait cependant montrer ce germe ou cet ovule, que Malpighi disait avoir vu une fois ; que son disciple Valisnïeri n'avait pu trouver ; qir Haigton avait pris pour une gelée demi-transparente. Ce sont certainement MM. Prévost et Dumas qui l'ont aperçu et décrit les premiers, avec son disque proligère (1), sans cependant le reconnaître positivement , mais seulement avec doute. C'était en 1824 que ces jeunes savants publiaient cet aperçu si intéressant. En 1827,. M. de Baër observait les ovules hors de la vésicule de Graaff, et leur marche le long des trompes jusque dans la matrice. Il reconnaissait et nommait la zone transparen te , le disque proligère.
Il s'agissait enfin , pour compléter la découverte de MM. Prévost et Dumas , et de Baër, de bien déterminer la composition de l'ovule des mammifères et de montrer que cette composition était analogue à celle de l'ovule des oiseaux, dans lequel Purkinje avait découvert la vésicule germinative et R. Wagner la tache germinative.
C'est à M. Coste que la science doit d'avoir reconnu
(1) « A la partie supérieure Je l'ovule , on remarque une espèce d'écus- » son cotonneux, plus épais, et marqué d'un grand nombre de petits » mamelons. » Annales des scieiices naturelles , t. III, p. is>5.
de même dans l'œuf des mammifères, plus particulièrement dans 1 ovule de la brebis et du lapin, la vésicule germinative contenue dans le vitellus.
M. Bernhardt, élève de M. Purkinje, publiait, peu de temps après l'annonce de la découverte de M. Goste , beaucoup d'observations sur cet ovule, dans un grand nombre de mammifères, et donnait les mesures de ses différentes parties (1).]
ARTICLE II
DES ORGANES ÉDUCATEURS INTERIEURS CHEZ LES MAMMIFÈRES, OU DU CANAL EXCRÉTEUR DES GLANDES OVIGÈNES, C'EST-A-DIRE DE LA VOIE PAR LAQUELLE LES OVULES SONT PORTES DANS L'ORGANE D'INCUBATION, ET DESCRIPTION DE CET ORGANE.
[Les organes éducateurs dirigent vers l'ovule la semence du.mâle, lorsque la fécondation est intérieure ; ] ils reçoivent le germe ou l'œuf qui s'est détacbé de l'ovaire, le conservent plus ou moins longtemps, servent d'une manière directe ou indirecte à sa croissance, et le transmettent au dehors; ou bien enfin ils fournissent une nourriture au petit sorti du sein de sa mère, et servent même à le loger. Ils sont donc intérieurs ou extérieurs.
En général , les organes éducateurs intérieurs peuvent aussi être distingués en deux sortes : les uns sont de simples canaux à travers lesquels le germe ou l'œuf doit passer, soit pour être transmis au dehors (l'œuf), soit pour arriver dans les organes de la seconde sorte. Ceux-ci sont des espèces de poches plus ou moins di-
(i) Syinfaolre ad ovi inammalium historiam ante praegnationem scripsit Dr. A, Bernhardt. Vrutislaviœ, 1 834. Voir encore, suri'ovule des mammifères, un mémoire de M. Kranse (Archives de J. Millier pour i<S3;, p. 26).
latables, sur les parois desquelles le germe s'attache, le plus souvent, par des vaisseaux qui servent à le nourrir, et qui le conservent ainsi jusqu'à ce qu'il ait pris un certain degré d'accroissement.
Les premiers se rencontrent dans les quatre classes des animaux vertébrés. Ils portent le nom de trompes dans les mammifères , et d'oviductes dans les trois autres classes. Les derniers n'existent que dans les mammifères : c'est leur utérus.
[L'épithète d'éducateurs donnée aux organes qui seront décrits dans cette leçon, s'y trouvera donc appliquée dans son sens propre et dans son sens figuré. En effet elle servira à désigner des canaux qui conduisent directement l'œuf ou le fœtus à terme hors du corps de la mère. Eile y sera encore employée dans son sens figuré, puisqu'elle comprendra des organes qui serviront au développement du germe et à le conduire en partie ou complètement hors de la vie fœtale.
En ayant égard aux analogies, aux ressemblances , en général , plutôt qu'aux différences qui viennent d'être exposées dans notre ancien texte , nous adopterons une nomenclature qui fera mieux sentir ces rapports importants.
Pour nous, la partie de l'oviducte où s'arrête l'œuf des ovo-vivipares pour s'y développer, sera Xoviducte incubateur , parce que c'est dans cette partie que s'opère l'incubation. En suivant cette nomenclature chez les mammifères, nous verrons que l'utérus est l'analogue de l'oviducte incubateur des ovo-vivipares; nous le désignerons aussi par la même dénomination.
Le canal excréteur des glandes ovigènes, ou l'oviducte , répond au canal excréteur des glandes spermagènes, ou canal déférent, dans le sexe mâle.
ART. El. ORGANES EDUCATEURS INTÉRIEURS. 27
L'oviducte , dans les ovipares , les trompes de Fallope, chez les mammifères, forment la voie par laquelle les ovules ou les œufs , fécondés ou non fécondés , sont portés hors de l'ovaire. Si la fécondation des ovules n'a pas eu lieu dans l'ovaire, elle peut s'opérer en chemin dans leur canal excréteur; ou bien il les porte dans les organes ou dans les lieux où cette fécondation , puis le développement du germe, doivent s'effectuer.
Chez quelques espèces des classes ovipares, la voie que suit plus généralement l'œuf, pour être porté au dehors, devient un organe d'incubation dans lequel le germe de cet œuf se développe.
L'œuf s'y complète d'ailleurs, dans la plupart des cas , en y prenant un supplément d'humeurs nutritives, et en s'enveloppant des substances plus ou moins solides qui doivent former sa sphère protectrice.
Il est rare que le canal excréteur de la glande ovigène soit continu avec cette glande comme celui de la glande spermagène. Cette circonstance organique n'existe , parmi les vertébrés , que dans la classe des poissons.
Dans des cas plus rares, la voie de transmission des œufs de l'ovaire hors du corps de la femelle n'appartient plus à l'appareil générateur : c'est lorsque l'œuf tombe , comme cela a lieu chez quelques poissons de son organe préparateur dans la cavité abdominale , d'où il est expulsé au dehors à travers des orifices particuliers de cette cavité.
Les organes éducateurs intérieurs se divisent , chez tous les mammifères , d'une manière plus ou moins tranchée, i° en conduits de transmission de la semence vers les ovules , qui sont aussi les conduits de transmis-
2cS XXXTI» LEÇON. GÉNÉRATION DES VERTEBRES.
sion des ovules, depuis les ovaires dans les cavités où doit s'effectuer l'incubation intérieure, et 20 en ces dernières cavités.
Nous les distinguerons donc naturellement, d'après leur fonction et leur organisation, en oviductes propres et en oviductes incubateurs '.]