IV. De la bourse des Didelphes
Dans tous les Didelphes , les petits n'acquièrent que très peu de développement dans la matrice (2) et passent bientôt dans la poche, où ils s'attachent à un des mamelons qui y sont placés.
(1) M. Chevreul, article Lait du Dict. des se. nat., t. XXV, p. i4o; et Turpin, Recherches microscopiques sur les divers laits. Mém. de l'Acad. des sciences, t. XVII. (2) Les plus petits qu'on ait trouvés dans la poche du kanguroo géant ne pesaient que vingt et un grains. V. le Mém. de M. Home [Tram, phil., 1704, Part. II, p. 1 et suivantes), et les articles Marsupiaux de M. E, Geoffroy-Saint-Hilaire; et Marsupialia, par M. R. Ovven , déjà cités.
614 XXXVIIIe LEÇON. ORG. D'INCUBATION EXTÉRIEURE.
Cette poche n'existe pas dans toutes les espèces de Didelphes; elle se trouve toujours dans les genres phascolome , kanguroo , phalangei\ phascogale , sarigue, thy latine , chironecte.
Dans les espèces qui ne l'ont pas, la,peau du ventre forme seulement deux replis qui ceignent ? de chaque côté, la masse des mamelles.
Tous ces animaux se distinguent des autres Mammifères, ainsi que Y orniihorhynque et Xèchidnè , qui cependant n'ont pas de poche, par deux os allongés et un peu aplatis, qui ont été indiqués. (Tome I, p. 476.) Ces deux os sont rapprochés par leur extrémité postérieure, qui est la partie la plus large, et s'articulent par cette extrémité, sur le bord antérieur du pubis, de chaque côté de la symphyse. Ils s'avancent de là , en s'écartant l'un de l'autre, dans l'épaisseur des parois abdominales.
Leur articulation est telle , qu'en s'élevant , ou en soulevant les viscères abdominaux, ils se rapprochent, et qu'ils s'éloignent en Rabaissant : elle ne leur permet aucun autre mouvement.
Outre les obliques de l'abdomen qui se fixent à leur bord externe, tandis que les droits et les transverses passent derrière sans s'y attacher, les os marsupiaux ont deux muscles analogues aux pyramidaux , qui remplissent tout leur intervalle, et que Tyson & nommés triangulaires à cause de leur forme; ils sont réunis* par une ligne tendineuse médiane; leurs fibres vont de cette ligne, soit directement (les moyennes) , soit en se portant en arrière (les antérieures), soit en s'avançant obliquement (les postérieures), vers le bord interne des os marsupiaux, et les rapprochent nécessai-
ART. ï. CHEZ LES VERTÉBRÉS. 615
renient Fun de l'autre. Le poids seul des viscères abdominaux doit leur faire faire un mouvement contraire. Il peut être dû encore au pubio-fémoral, qui, au lieu de se fixer au pubis, s'attache à ces os près de leur base.
La poche elle-même n'est qu'un prolongement de la peau du ventre, couvert extérieurement de poils semblables, mais plus rares. Elle contient, dans l'épaisseur de son bord , des fibres musculaires formant un sphincter qui peut la fermer. Elle s'ouvre par le relâchement de ce muscle , ou par Faction du suivant, qui a d'ailleurs pour usage de rapprocher en même temps la poche de la vulve , pour y faciliter l'entrée des petits, à l'époque de Favortement ou de la mise bas. Ce muscle, que nous av«ns décrit sous le nom à'iléomarsupial (1), avait déjà été indiqué par Tyson; mais il lui attribuait, pour usage, de servir à suspendre et à soutenir la poche , lorsque l'animal , dans ses mouvements sur les arbres, était lui-même suspendu par ses pieds de derrière et par sa queue , la tête en bas. \Jiléomarsupial est un ruban mince et long qui s'attache à l'épine antérieure et supérieure de l'os desiles, passe sur les os marsupiaux comme sur une poulie de renvoi, et va se fixer par son autre extrémité, et en se divisant en plusieurs languettes , sur les côtés de la poche.
Cette dernière ne tient d'ailleurs aux parois abdominales, et, en particulier, à la ligne médiane, que
par des fibres celluleuses assez lâches.
(ï) Bulletin des sciences, par la Socie'té philomatique, n° 81, pi. XIX, fig. 2. Voir encore l'article Marsupiaux du Dict. des se. natur., t. XXIX , p. 23 1, où M. E. Geoffroy-Saint-Hilaire adopte toute la portée de cette détermination,
616 XXXVJÎî* LEÇON. OîlO. D îiNCÎJfeÀ'ïiûft ËXTÉfllÊtJBE,
B. Des organes éducateurs ou d'incubation extè~ Heure dans la Classe des Oiseaux.
On a décrit dans cette classe, comme omane d'incubation extérieure, une distribution particulière des vaisseaux sanguins des téguments de l'abdomen , et quelques modifications dans ces téguments. Ces modifications appartenant plutôt à l'histoire du développement, nous ne ferons que les indiquer ici (1).
G. Dans la classe des Reptiles.
La sous-classe des Reptiles amphibies comprend deux singuliers exemples d organes d'incubation, ou d'éducation extérieure : celui du crapaud accoucheur, dont le mâle serre autour de ses cuisses la chaîne d'œufs qu'il féconde à mesure qu'il aide sa femelle à s'en débarrasser; et le pipa, qui les place immédiatement après les avoir fécondés , ou en les fécondant , sur le dos de sa femelle.
La peau du dos de cette femelle en gestation présente un grand nombre de cellules (nous en avons compté quatre-vingts), dans lesquelles des œufs sont renfermés, où ceux-ci éclosent, et oùles petits têtards croissent et se métamorphosent. Autant qu'on peut le voir dans des individus conservés depuis longtemps dans l'esprit de vin , les parois de ces cellules ne paraissent pas avoir une organisation distincte du reste de la peau. On sait d'ailleurs qu'elles se forment seulement
(i) Voir le Mémoire de M. Barkow sur le système artériel des Oiseaux, p. 33i et 332, et pi. VUÎ. iipj. i. Archives d'auat. de Meckel pour 1829.
après que le rnàîe a dépose sur le dos de sa femelle les œufs qu'elle vient de pondre (î).
D. Dans la Classe des Poissons.
On trouve chez les Lophohranches , et en particulier dans le genre syngnathe , une poche sous-caudale chez les mâles, dans laquelle s'ouvre le conduit excréteur des glandes spermagènes. La femelle dépose ses œufs dans cet organe d'incubation, où ils sont fécondés et où le développement du germe s'effectue complètement, c'est-à-dire jusqu'à l'éclosion (2). Cette poche est l'analogue de celle des Marsupiaux : seulement sa position est différente ; elle est, chez les Syngnathes , une dépendance des téguments sous-caudaux. La peau qui forme ses parois prend, durant la gestation, l'aspect d'une muqueuse enflammée. Cavolini avait déjà remarqué qu'elle était injectée de beaucoup de vaisseaux sanguins; elle a d'ailleurs de fortes dépressions dans lesquelles les œufs sont logés (3).
La nageoire anale se voit un peu au-delà de la commissure des deux lèvres de cette matrice extérieure, et semble sortir de sa profondeur. L'ouverture génitourinaire est entre cette nageoire et la même commissure. Les petits restent encore enfermés et repliés sur
(1) On pourra voir cette singularité, très bien représentée, dans la planche XXXIX des Reptiles, que nous avons fait faire pour l'édition illustrée du Bèrjne animal de G. Cuvier. (2) D'après MM. Eckstroem, Retzius et Sieboid. Voir mon mémoire sur la pœcilie de Surinam. Annales des se. nat., 3e série, t. f, p. 320 et 32 1. (3) Cette poche a été bien figurée dans les Tables anatomiques de Carus, et son mode de développement est représenté, d'une xnanière très claire, dans le mémoire cité de M. Rathke, pi. V, %. i-5.
618 XXXVIIIe LEÇON. GRCr. d'incubation extérieure. eux-mêmes dans cette poche quelque temps après leclosion5 et se nourrissent des fluides exhalés par les parois et les membranes de l'œuf qui disparaissent promptement. Leur accroissement est tel que, lorsqu'ils en sortent , ils ont quelquefois le volume de l'œuf dont ils sont éclos.
La poche des Syngnathes n'existerait-eîle que pendant le temps de la gestation , comme les cellules dorsales du pipa femelle? Ou bien, une fois développée, subsisterait-elle pendant tout le reste de l'existence? Je crois être en droit de répondre affirmativement à cette dernière question, du moins pour une espèce, le syngnathus typlile. Un grand exemplaire de cette espèce, que j'ai sous les yeux, a sa poche vide, quoique très développée; et on ne remarque dans ses parois aucune de ces dépressions qui indiqueraient la présence récente des œufs. Elle a om, 1 1 3 de long; il y a Om? 200 de l'anus, derrière lequel elle commence, jusqu'à l'extrémité de la nageoire caudale; et om, i3o de ce même orifice à l'extrémité du museau; elle est assez profonde, et la peau qui en tapisse l'intérieur est plus mince, quoique de même nature que le reste des téguments.
ARTICLE II
DES ORGANES D'ÉDUCATION INTÉRIEURE OU D'INCUBATION DANS L'EMBRANCHEMENT DES ARTICULÉS.
[Je n'en connais pas dans les classes des Insectes, des Arachnides , ni dans celle des A nnélides^ mais ces organes existent chez les Crustacés et les Cirrhopodes. Je ne ferai que les indiquer, ne pouvant, faute de place, les décrire en détail. Leur histoire d'ailleurs
tient plus encore à celle du développement qu a celle de la génération.
A. Des organes éducateurs extérieure dans la Classe des Crustacés,
[Beaucoup de Crustacés n'abandonnent pas leurs œufs après les avoir pondus ou expulsés de leur ovaire oùilsse sont développés. L'oviducte de chaque ovaire, ou celui de l'ovaire unique, se continue chez les uns, dans une poche extérieure qui paraît à nu, suspendue aux premiers segments de l'abdomen, ou qui est encore protégée par le test lorsqu'il existe.
Dans d'autres cas, ce sont des lames sous-thoraciques, tenant au premier article des pieds de cette région, qui protègent la poche ovigère. Dans d'autres cas encore, les œufs sont à découvert sous la queue, et fixés aux appendices natatoires de cette partie du corps, c'est ce qui avait fait dire à M. Cuvier : J
Les Crustacés femelles collent leurs œufs, après les avoir pondus, aux filaments des nageoires qu'ils ont sous la queue, et les portent ainsi jusqu'à ce qu'ils éclosent.
[Cette dernière disposition des œufs, après la ponte, et pour le développement des germes, n'appartient qu'aux Crustacés Décapodes.
§ 1. Chez les M alacos tracés.
A l'égard du mode et du lieu d'incubation des œufs, il existe des différences que nous allons indiquer rapidement. Les fausses pattes abdominales, -chez les Décapodes brachyures , sont plus nombreuses et plus développées chez les femelles, et leur branche interne
&2Û MVaU' ÏJÇÔ& ôftè* bi^::i;Ay:^ l&ïiâiEtÎBË, donne attache aux œufs ; elles sont généralement au nombre de quatre paires, quelquefois de cinq; tandis qu'on n'en trouve que deux chez les mâles.
Il y a moins de différence chez les Macroures entre les deux parties des nageoires abdominales, et même entre ces nageoires, comparées chez les deux sexes.
Les œufs s'attachent surtout au premier membre, la partie basilaire de cette double nageoire , et à toute la surface inférieure de la queue, particulièrement aux poils qui la couvrent. Ils s'y attachent séparément, ou disposés par grappes. Ce dernier cas est celui des langoustes ; le premier, celui de Vécrevisse fluviatile.
On a observé chez les Pagariens, au sujet des fausses pattes abdominales, ou des appendices ovifères, de remarquables anomalies. Ces pattes manquent chez les mâles; et chez les femelles il n'y en a que trois du côté gauche. Nous avons constaté cette asymétrie dans Ver* mite Bernard et le cénobite Diogène.
Les Stomapodes proprement dits, c'est-à-dire les Unicuirassès et les Bicuîrassès , n'ont pas montré jusqu'ici d'oeufs attachés à leur corps, ni à l'un ou l'autre des appendices thoraciques ou abdominaux. Mais parmi les Schizopodes de Latreille , qui ont été réunis à cet Ordre par M. Milne Edwards , les mysis ont des lames sous-thoraciques annexées aux deux dernières
paires de pattes de cette région; les quatre lames appliquées sous le thorax forment une poche d'incubation, telle que nous la décrirons dans les trois ordres suivants (1).
(i) Voir l'Hist. nat. «les Crustacés, t. II, et pi. XXVI, fig. 7 et 8.
AliT. II. CHEZ LES ARTICULÉS. 62]
Les femelles des Amphïpodes , des Lœmodipodes et des Isopodes , portent de même leurs œuis sous le thorax.
Chez les Amphipodes , ils y sont protégées, soit par des lames cornées Servant d'appendices au premier article des pieds thoraciques, soit par les vésicules inspiratrices qui existent dans cette même partie.
Chez les Isopodes , l'existence dune poche ovifère sous-thoracique est générale. Elle est composée inférieurement d'appendices lamelleux tenant aux pieds, et repliés vers la ligne médiane , chez les uns en la dépassant pour recouvrir alternativement une partie des lames de l'autre côté: chez les autres, sans y atteindre (les Bopyres) et laissant à découvert une partie des œufs. Son plafond est fermé par les cerceaux inférieurs des segments thoraciques , devenus en partie mous et membraneux.
Dans. la nérocile à deux raies Edw., entre autres , le plancher de cette poche se compose de cinq paires de lames attachées aux cinq dernières paires de pattes. La première paire de ces lames est très peu développée; mais les suivantes grandissent et s'étendent, rapidement , de manière que les quatrième et cinquième sont très développées ; celles-ci forment les parois inférieures de la poche , en arrière ; toutes ont une consistance à la fois membraneuse et nn peu cornée. Le plafond de la cavité est très inégal . On y remarque des fossettes rondes dans lesquelles les œufs de la couche supérieure sont enfoncés. Il n'y a d'ailleurs aucune apparence des prétendus cotylidons, ainsi nommés par Tréviranus.
La poche d'incubation est étendue , chez les Clopor-
622 XXXVIIIe LEÇON, org. d'incubation extérieure. tides% depuis le premier segment du thorax jusqu'au sixième exclusivement. Elle ne se montre qu'à l'époque de la gestation, et elle est formée par le dédoublement des segments inférieurs des cinq premiers anneaux thoraciques.
Cette poche renferme des lobes membraneux de différentes grandeurs, suspendus pour ainsi dire à son plafond, formant autant de petites capsules irrégulières qui s'ouvrent dans la cavité viscérale. Ces lobules creux que Trcviranus a connus et désignés, ainsi que nous venons de l'écrire, sous le nom de cotylédons, ne donnent pas attache aux œufs. Mais le suc nourricier épanché dans la cavité viscérale pourrait peut-être transsuder à travers leurs parois, dans la poche incubatrice.
Les œufs passent dans cette poche au moment de leur maturité, et peut-être par l'effet delà copulation. M. Lereboullet pense que c'est seulement alors et dans ce lieu qu'ils sont fécondés; mais il ne fait pas comprendre par quelle issue ils y arrivent (1).
La poche qui reçoit les œufs de l'ovaire n'est pas toujours le dernier lieu d'incubation. Comme l'oviducte de certains Reptiles, elle ne sert tout au plus , chez quelques espèces, qu'au premier développement de l'embryon, et en premier lieu à compléter l'œuf; peut-être même quelquefois à la fécondation?
Dans Yartemia saliria, cette poche unique est située sous l'origine de l'abdomen. C'est une sorte de matrice à parois en partie musculeuses, dans laquelle les œufs passent de l'ovaire intérieur, à travers deux oviductés.
(1) Voir son Mémoire sur les Clovortidesfl.es environs de Strasbourg.
Elle a une issue extérieure par laquelle les œufs sortent au moment delà ponte (i).
Les Daphnies portent leurs œufs dans un espace vide qui existe à la face dorsale, entre les valves et le corps. Ils sortent de l'oviducte au-dessus du sixième segment. C'est dans cette espèce de poche que lesfœtus se développent dans la saison chaude.
Il se forme, aux mois de juillet et d'août , dans cette même poche, une douhle capsule renfermant deux œufs , qui se détache de l'animal à sa plus prochaine mue. Cette double enveloppe sert à la conservation des œufs pendant l'hiver, jusqu'au retour de la belle saison, dont la chaleur ne tarde pas à développer les germes. C'est ainsi que l'espèce se conserve (2).
Les cy dopes ont deux poches extérieures considérables attachées de chaque côté de la base de la queue , qui se continuent avec les sacs ovariens intérieurs, et dans lesquels passent les œufs pour le développement des fœtus.
Les poches se développent à l'instant de la maturité des ovules chez le cyclops quadricomis. On voit paraître, de chaque côté de la queue, à l'orifice des oviductes une poche à parois membraneuses déliées, transparentes , qui se dilate comme une bulle de savon et dans laquelle passent les œufs successivement (3).
B. Dans la Classe des Cirrhopodes.
Les animaux de cette Classe ont leur poche d'incu-
(1) Histoire d'un petit Crustacé (Artemia salina, Lead.), par M. Jolt. Montpellier, 1840. (2) Voir ie mémoire de M. Strauss , Mémoires du Muséum, t. V, p. 49^ et suiv. (3) C. A. Rarndhor, Mémoires pour servir à l'Entomologie et à l'Helminthologie. ire partie, Halle, i8(>5.
624 XXXVIitf LEÇOiN*. ORG. û'iNCUBÂTION EXTÉRIEURE.
bation dans les replis du manteau , à la manière des inouïes. Les œufs s'y rassemblent par milliers en forme de grandes plaques qui enveloppent le corps de ranimai, immédiatement en dedans des valves de sa coquille; j'en compte trois dansVûnatife commune. L'impaire, plus extérieure, recouvre la face inférieure et la région dorsale du corps. Les deux plaques internes débordent les premières de chaque côté et en-dessus. Les œufs y sont placés à côté les uns des autres, mais non comprimés de manière à perdre leur belle forme ovale , régulière. Ils y sont distribués par couches, et ils y conservent la couleur bleue qu'ils ont déjà dans l'ovaire, à l'époque de leur maturité (i). Ajoutons qu'ils prennent un peu plus de volume.
ARTICLE III
DES ORGAKES ÉDUCATEURS EXTERIEURS OU D'ïKCUBATION , DANS l'eMRRANCHEMENT DES MOLLUSQUES.
A. Les Céphalopodes manquent de ces organes éducateurs extérieurs, dans lesquels les œufs passeraient depuis Foviducœ, pour le développement de l'embryon.
B. Parmi les Gastéropodes , je ne connais que la Janthine qui ait un appendice que Ton a considéré comme natateur; mais auquel le mollusque attache ses œufs pour leur incubation (2).
(1) M. Martin Saint-Ange, article Cirripcdes (Cirripedes) du Dict. universel d'hist. nat. de M. C d'Orbigny , pi. I, %. 4 et 4 f'f. (2) Ainsi que nous l'avons déjà dit p. 5o8 de ce vol.
C. Les Ptéropodes paraissent aussi dépourvus de ces organes d'incubation extérieure.
D. C'est dans la Classe des acéphales testacês qu'ils existent le plus fréquemment. Le double but de ces organes est de conserver l'œuf sous la protection de son parent, et d'exposer, en même temps, le fœtus qui s'y développe, à faction vivifiante du fluide ambiant respirable.
Certains ovaires, à la vérité, qui ne sont pas enfouis dans la cavité viscérale et recouverts par d'épais téguments, sorft déjà propres à remplir cette double fonction. Tels sont ceux des moules, des anomies , etc., qui se développent, pour la majeure partie du moins, entre les feuillets du manteau, en dehors conséquemment de la cavité viscérale.
Tels sont encore ceux des modioles, situés hors de la cavité viscérale, entre les parois extérieures de cette cavité et la branchie interne. Du moins, dans la modiole caudigère , forment-ils de chaque côté du corps une série de petites grappes vésiculeuses, dans lesquelles les œufs peuvent se développer sous l'influence de l'eau qui passe dans la cavité respiratrice.
Dans beaucoup d'autres bivalves, les œufs quittent l'ovaire pour leur développement , et passent dans la branchie externe, rarement dans toutes les deux.
M. Cuvier annonçait à l'Institut, en 1798, qu'il avait observé les petites moules (les anodontes) ouvrir et fermer leurs valves, quoique enfermées entre les feuillets branchiaux. En i8o5,il détaillait cette observation dans notre ancien texte.] Lorsque les œufs sont avancés dans leur développement, ils passent dans les vides que laissent entre elles les deux lames vasculaires 8. 40
626 xxxvm* leçon, ohg. d'incubation extérieure. qui composent chacun des quatre feuillets des branchies (1), et les gonflent quelquefois d'une manière extraordinaire; car le nombre des œufs est vraiment prodigieux dans certaines espèces. C'est dans les branchies qu'éclosent les œufs des espèces ovo-vivipares, comme notre moule d'étang ou anodonte ( mytilus anatinus,Lin.). Lorsqu'on en enlève les petites moules, et qu'on les observe à la loupe , on les voit ouvrir et fermer leurs valves avec beaucoup d'activité. Je n'ai pu trouver encore d'orifice qui m'eût paru destiné à leur servir d'issue. Peut-être échappent-elles en rompant le tissu des bords des branchies entre leurs vaisseaux pulmonaires (2).
[Ce qui précède nous donne lieu de suppléer succinctement à la trop courte description des branchies, qui se trouve dans notre septième volume, p. 379 et 38o.
Ce sont, comme le manteau , des extensions ou des replis de la peau , entre lesquels viennent s'étaler les vaisseaux sanguins respirateurs. Ces replis sont assez forts pour contenir ces vaisseaux, et assez minces pour faciliter l'action du fluide ambiant sur le fluide nourricier, qui circule dans ces derniers. Chaque feuillet branchial se compose de deux lames, qui sont écartées l'une de l'autre, principalement vers le bord dorsal de la branchie. Des cloisons membraneuses perpendiculaires , qui vont dune lame à l'autre , séparent leur intervalle en un certain nombre de canaux aquifères, et maintiennent leur écartcment dans une certaine mesure.
(1) Chacun des deux feuillets de la paire externe. [2) Dès 179? Poli publiait que les branchies servent d'organes d'incubation. Voir j. c. les article; puma nobilis, teltiva lactea , mya pictorum , spondylus gasderepi-
Ces canaux s'ouvrent au dehors par un nombre d'orifices correspondant, déjà remarqués et figurés par Poli (i). Ils forment le long du bord dorsal ou de chaque branchie une série plus ou moins étendue , et variable pour le nombre , selon les espèces.
L'oviducte de chaque côté s'ouvre, entre autres chez les anodontes , très près Ae la partie moyenne de 1 \ série de ces orifices, qui existent, en premier lieu , pou ■ augmenter la surface respirable des branchies , en fai sant pénétrer l'eau entre les deux lames qui composent chaque feuillet. Les courants de cette eau doivent servir secondairement, à l'époque de la ponte , à faire passer les œufs dans ces organes, chez les Mollusques bivalves, où ils sont employés à l'incubation. Ces courants nous ont paru, dans les mêmes anodontes , devoir sortir de la branchie par le canal commun du bord dorsal dont l'extrémité s'ouvre , avec l'anus , dans le tube supérieur du manteau; ce doit être aussi l'issue des œufs.
La grande proportion des nerfs branchiaux et leur distribution le long de la partie de ce bord qui est percée des orifices respirateurs , ou qui en est le plus rapproché, indique le rôle de ces nerfs dans le mécanisme de la respiration , et m'a fait comprendre leur singulière distribution dès l'instant où j'ai pu saisir ce rapport.
Dans \ huître à pied de cheval, je suis parvenu à
(i) O. c, pi. VIII , fig. 6. Explication de l'auteur: On aperçoit les deux séries parallèles des orifices de leurs petits sacs, où les œufs vont se placer dans un certain temps, et pl.%XXXVI, fig. ne , m et PP, dans le jambonneau: Séries des orifices des petits sacs branchiaux.
628 xxxvm" leçon, org. d'incubation extérieuke.
voir les filets très fins qui se détachent successivement du nerf branchial, pour se distribuer aux branchies. Ce nerf, qui longe le bord dorsal des deux branchies externe et interne de chaque côté, en se portant d'avant en arrière, donne successivement, à droite ou à gauche, trois petits filets à chaque cloison qui sépare deux orifices circulaires des canaux aquifères (1).]
(1) Ajoutons ici que tous les Mollusques de la classe des Acéphales bivalves n'ont pas deux paires de branehies. J'ai découvert, en juillet 1 844 -s Qu'il n'y en a qu'une paire dans la Lucina tigerina, et, en octobre, dans la Lucina Lemar.ii , ou la squamosa de Lamarck. Cette découverte est consignée à la suite de l'une des vingt Monographies sur le système nerveux des Mollusques acéphales bivalves, que j'ai communiquées à l'Académie des sciences, dans sa séance du a5 novembre dernier; Monographies qui sont encore, depuis le mois de février i845, entre les mains d'une commission de cette Académie. Ce dépôt me donne une priorité incontestable pour deux espèces de Lucines, sur M. Valenciennes, qui a étendu ses observations à treis autres espèces de Lucines, et au genre Corbeille (séance de l'Académie des sciences du 9 juin 184^). Depuis celte époque, j'ai constaté que les TelUnes, les Tellinides, les Pandores n'ont de même qu'une paire de branchies, et que, dans les deux premiers genres, c'est le feuillet externe qui manque. Pour le Loripes (lucina lactea) , ainsi que l'a observé M. Deshayes (séance de l'Académie des sciences du i3 juin) , il est incontestable que Poli ne lui a reconnu qu'une paire de branehits, sans cependant être fiappé de cette exception. C'est d'ailleurs sans motif suffisant que M. Deshayes a cru pouvoir \a ramener au plan général, en séparant les deux lames qui composent cette branchie. Il aurait pu en faire autant dans chaque branchie des mollusques qui en ont quatre, c'est-à-dire le nombre normal.
M. Riippel n'a reconnu de même , dans Yarrosoir, qu'une branchie de chnque côté, et il emploie le même raisonnement que M. Deshayes pour se persuader que ce mollusque a deux branchies. ( Atlas zur Reize der noi.lkhen Africa. Franckfort . 1828, Arytena vaginifera, p. 44«) « La bra»nchie de chaque côté, dit M. Riïppel, n'a qu'un feui'let principal ; » à son bord libre antérieur on voit une longue fente, qui est comme la » trace <}e la division en denx feuillets. »