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III. DES EXCRÉTIONS PARTICULIÈRES A L'EMBRANCHE- MENT DES MOLLUSQUES

§ i . Des excrétions colorantes.

On doit principalement ranger dans ce nombre l'encre des Seiches et la pourpre de beaucoup de Gastéropodes.

L } encre des Seiches et autres Céphalopodes à deux branchies est produite dans une bourse membraneuse expressément destinée à cet usage. L'organe sécrétoire est un velouté fin et long, adhérant à l'une des parois

(i) Voirie Règne animal de Cuvier, pi. II, des Arachnides, fi*», 4, 5, 6 et 7, publiées par Dugès.

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de la bourse. Il en suinte une bouillie noirâtre épaisse, mais dont les molécules sont si ténues, qu'elle se délaie presque à l'infini, et qu'une petite parcelle peut teindre en noir un volume d'eau énorme. C'est cette bouillie qui , tirée de sa bourse et desséchée , forme la couleur nommée sépia par les peintres; lorsqu'on la prend dans la seiche commune , elle y est d'un brun noir. Le poulpe l'a plus noire , et l'encre de la Chine n'est bien certainement pas autre chose que la production de quelque espèce de poulpe de ce pays-là. Ce serait donc vainement qu'on chercherait à l'imiter par des mélanges artificiels. L'analyse chimkme y a reconnu un carbone très divisé , mêlé à un gluten animal.

La bourse de l'encre du poulpe est enveloppée entre les deux lobes du foie , ce qui a causé l'erreur de quelques modernes , qui ont regardé l'encre comme analogue à la bile (1).

Dans le calmar, elle est au-devant du foie , mais libre et non comprise dans sa substance. Dans la seiche, elle est beaucoup plus profondément, et au-devant des intestins et du cœur intermédiaire. Dans les uns et les autres , son canal excréteur a son issue près de l'anus, et verse sa liqueur dans l'entonnoir, réceptacle général de toutes les excrétions.

La pourpre , cette liqueur colorante si célèbre par l'usage qu'en faisaient les anciens, est produite par beaucoup de Gastéropodes différents : il est possible cependant qu'il y en ait quelque espèce qui en four-

(i) Voir ce que nous avons dit de l'analogie de cet organe avec la vésicule biliaire, t. V, p. 85, et 86.

nisse de plus belle on de plus durable. Je lai vue, dans plusieurs murex, transsuder des bords du manteau qui double la coquille en dedans , de manière que je ne doute pas qu'elle n'y soit produite, comme dans Xaplysie, dont je vais décrire l'organe. Swammerdam avait soupçonné que le sac adhérent aux organes de la génération, et auquel j'ai donné le nom indéterminé de vessie, était le réservoir delà pourpre; je ne crois pas ce soupçon fondé.

Dans \aplysie} l'opercule des branchies est l'analogue du manteau des autres univalves, et n'en diffère que parce que la coquille ne le remplit pas entièrement; tout le bord où elle ne pénètre pas est occupé par une substance spongieuse dont tous les pores sont gonflés par une bouillie pourprée. Elle est si épaisse que, quand on la fait sortir sans la délayer, elle paraît d'un noir violet; mais, délayée dans l'eau, elle prend la couleur du vin de Bordeaux rouge. Un seul aplysie est capable de teindre ainsi plusieurs seaux d'eau.

Dans l'esprit de vin, cette liqueur devient d'un vert foncé. Quelques naturalistes célèbres ont vu la liqueur colorante de plusieurs murex sortir verte de leur corps, et devenir pourpre par l'action de la lumière. Je n'ai point observé ce changement. Le murex brandarisW fait sortir sous mes yeux déjà toute violette.

§ 2. Du byssus des Mollusques Acéphales bivalves.

Les moules de mer, les limes 9 les pernes , les arondes9 les jambonneaux , les tridachnes, etc., s'attachent aux rochers au moyen de fils qui tiennent à leur abdomen en arrière des pieds. Ceux àes jambonneaux

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(pinna) sont les plus célèbres, surtout depuis qu'on en mêle aux étoffes.

La matière de ce fil est produite en partie par une glande cachée dans le corps sous la base du pied. Celui-ci , qui a plus ou moins la forme dune langue , avec un sillon régnant tout le long de sa face postérieure, saisit le fil dans le sillon dont il est creusé, et va fixer à la roche l'extrémité de ce fil.

[ Notre ancien texte, dont j ai supprimé une partie, renfermait Terreur, que la matière du fil est séparée tout entière par une glande , et filée par le pied même de ranimai , au moyen du sillon longitudinal dont ce pied est creusé.

Une autre opinion , plus rapprochée de la vérité , est que ce fil est un assemblage de fibres musculaires desséchées , encore contractiles , vivantes à leur origine , et qui l'étaient dans toute leur longueur, à l'époque où elles ont été attachées (1).

Ces fibres sont, en effet, une prolongation des fibres musculaires du pied , réunies en faisceaux par une matière cornée , demi-transparente , comparable à la gomme élastique, que leur fournit la gaine dermoglanduleuse à travers laquelle passe leur paquet pour sortir du corps.

Ce ne sont pas des fibres musculaires ou tendineuses uniquement. Elles ont changé de nature par l'enveloppe de substance élastique qu'elles ont prise.

Dans la moule comestible, le paquet, assez considérable des fils de ce byssus, part d'un tronc commun de couleur brune comme le pied, qui est enveloppé à son

(i) Poli, o. c. et M. de Blainville, Dict. des se. natur.,t. XXXII, p. 97.

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origine, et dans une partie de son étendue, par un fourreau dermo-glanduleux, situé, comme le byssus, derrière la base du pied.

Lorsqu'on ouvre ce fourreau , on parvient facilement à voir que les fils du byssns , réunis en masse dans le fourreau par la substance colorante que ses parois séparent , sont distincts avant cette sécrétion , et qu'ils sont la continuation tendineuse des faisceaux musculeux superficiels des deux muscles rétracteurs postérieurs du pied.

Ces fibres, parvenues dans le fourreau glanduleux, sont réunies , au moyen de la substance colorante élastique que sécrète ce fourreau . en un faisceau qui constitue un fil; puis tous les fils de la partie voisine du fourreau, ou qui en est enveloppée, sont rassemblés en une gaine de même nature, par suite delà continuation de cette sécrétion. Il en résulte que le paquet entier part d'une sorte de tronc.

Quelquefois, cependant, les paquets continués de chaque muscle rétracteur postérieur restent distincts , et forment deux troncs, dont les fils de l'un se séparent promptement au sortir de la gaine dermo-gianduleuse , tandis que le tronc de l'autre se prolonge beaucoup.

On voit dans ce dernier cas les fils sortir successivement d'une fente longitudinale de la gaine qui les réunit.

L'extrémité de ces fils s'épanouit ordinairement en une plaque ou en un disque mince, un peu creusé en entonnoir. Les fibres dont chaque fil se compose s'écartent les unes des autres pour former ce disque, en rayonnant vers la circonférence. Leurs intervalles sont remplis sans doute par la substance cornée que pro-

duit la glande, et le bord du disque est irrégulier et souvent comme déchiré.

Mais par quel mécanisme les fibres qui composent chaque fil sont-elles d'abord écartées pour former ce disque ?

La structure de ces fils est intéressante à étudier au microscope. Chaque fil ne montre vers son extrémité que des stries longitudinales, indice des fibres dont il se compose , et dont le faisceau na pas été enveloppé de beaucoup de substance élastique, au commencement de la formation de ce fil.

Si Ion observe les fils plus près de la gaine, le faisceau de fibres longitudinales ne s'aperçoit que difficilement, et finit par disparaître sous une sécrétion plus abondante de cette même substance. Celle-ci est marquée , au contraire , de stries transversales circulaires parallèles, pour les plus grandes ou plus ou moins inclinées , et se croisant en divers sens pour les plus petites. Les premières sont des cannelures qui festonnent assez régulièrement chaque bord.

Les fibres musculaires ou tendineuses, avant d'entrer dans la gaine , se continuent, de la manière la plus évidente , des deux muscles rétracteurs postérieurs du pied. Elles forment deux faisceaux superficiels, qui se détachent de chaque muscle provenant de la coquille, au moment où il parvient à la base du pied , sans s'y prolonger.

Observées avant qu'elles pénètrent dans la gaine, les fibres qui composent chacun de ces faisceaux montrent les stries transversales régulières des fibres musculaires. Arrivées dans la gaine, ces fibres disparaissent dans la substance jaune qui les enveloppe.

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