ANIMAUX
Ces excrétions sont beaucoup moins générales que ccllesquenousavons traitées précédemment. Il n'en est presque aucune qui ne soit bornée à un petit nombre d'espèces; nous serons donc obligés de les diviser d'après la nature des substances qu'elles produisent.
11 y a de ces substances qui ne sont destinées qu'à entourer l'animal d'une atmosphère odorante; d'autres
(i) La figure publiée parM.J. Millier, o. c, sur les glandes, pi. XVI, fig. 27, les représente ainsi qu'ils sont décrits dans notre ancien texte. Il paraîtrait que ces tubes peuvent varier, dans leur disposition , d'une espèce à l'autre.
M. de Blainviile a décrit fort en détail, comme un système lacunaire , les tubes visqueux du Congre et ceux des Siluriens. Il ne les a jamais trouvés remplis de cette humeur visqueuse, transparente, que nous avons observée. Le savant professeur doutait, à l'époque reculée de sa publication , qu'ils eussent pour usage delà sécréter. (De l'organisation des animaux , t. I, p. iSï-iS*].) Voir enooie Stannius. Archives de J. Miiller pour 184?-
656 XXXIXe LEÇON. DES SECRETIONS.
sont colorantes, appartiennent presque toujours à des animaux aquatiques, et servent à les cacher, en tei gnant autour deux les eaux où ils se trouvent.
Il y en a de plus subtiles qui le défendent plus énergiquement : c'est l'électricité même , que quelques animaux séparent, comme pourraient faire les nuages, et dont ils se servent de même pour foudroyer autour d'eux.
D'autres animaux, les poissons, séparent de l'air, et le tiennent en réserve pour se rendre à volonté plus lourds ou plus légers.
11 y en a qui produisent des substances visqueuses ou graisseuses qui les enduisent et les préservent de Faction dissolvante de l'humidité.
D'autres en produisent de résineuses propres à être idées ; la soie est le résultat le plus connu de leur pouvoir à cet égard.
D'autres enfin en produisent de venimeuses , qui , versées dans les plaies, y entretiennent une inflammation douloureuse ou y déterminent une aggravation mortelle.
INous allons parler successivement et brièvement des plus importantes de ces excrétions, et des organes qui les séparent de la masse du fluide nourricier.
ï. DES EXCRÉTIONS PARTICULIÈRES AUX ANIMAUX VERTÉRRÉS.
§ 1 . Glandes particulières à une région des téguments.
[Toutes les glandes dont il va être question dans ce premier paragraphe appartiennent à une région circonscrite des téguments, et y versent la matière excrémentitielle qu'elles sécrètent.
Le plus grand nombre de ces glandes a des rap-
ART. lil. DES EXCRÉTIONS PARTICULIERES. 657
ports évidents avec les fonctions de la génération, et leur action augmente beaucoup, et conséquemment l'abondance de rhumeur quelles produisent à l'époque du rut.]
À. Des larmiers.
On donne improprement le nom de larmiers à deux sacs membraneux dont les parois sont garnies de follicules qui séparent une humeur noirâtre, épaisse, onctueuse.
Ces sacs sont situés dans une fosse sous-orbitaire de l'os maxillaire supérieur; ils ont plusieurs centimètres de profondeur, et s'ouvrent au dehors par une fente longitudinale, qui peut être longue de 0,02 mètres.
Ils n'existent que dans les Cerfs et les antilopes.
B. Glande temporale de l'éléphant.
Cette glande est située sous la peau, dans la région temporale. Elle est de forme ovale; sa largeur est de 0,2 mètres au moins , et sa substance fongueuse et rougeâtre. L'humeur visqueuse et fétide qu'elle sépare découle par un canal qui descend obliquement d'arrière en avant , dont les parois sont semblables à la peau, et qui se termine à l'intérieur par un orifice étroit situé à égaie distance de l'œil et de l'oreille. Après la mort, cette matière prend la consistance du cérumen; elle sort abondamment par cet orifice toutes les fois que les mâles entrent en chaleur. Il paraît que la sécrétion en est beaucoup moins considérable dans les femelles.
G. Glande dorsale du tajaçu.
C'est une glande très considérable, située immédia- 8. 42
658 XXXIXe LEÇON. DES SECRETIONS.
tement sous la peau du dos, composée de lobes et de lobules , dont les canaux excréteurs se réunissent à un orifice commun, étroit et arrondi , qui répond au milieu de la face supérieure de cette poche.
D. Glande musquée sous -maxillaire du crocodile.
Cette glande est située sous la peau, de chaque côté delà mâchoire inférieure, vers le milieu de la longueur. Elle a la forme et le volume d un petit gland , une gaine musculo-tendineuse qui l'enveloppe, et un tissu homogène, blanchâtre. L'humeur quelle sépare s'amasse dans un petit sac qui s'ouvre immédiatement au dehors par un large orifice. Cette humeur est onctueuse, d'un gris noir et dune forte odeur de musc.
E. Des poches glanduleuses qui se trouvent dans le voisinage de l'anus, ou qui embrassent cette ouverture.
La civette, Xichneumon, YJiyène, le blaireau, etc., ont une semblable poche, mais différemment située.
Dansla civette, elle est placée entre l'anus et la vulve, ou l'ouverture du prépuce ; dans Vïchneumoh] elle renferme l'anus, qui est percé au centre ; celle de Yhyène et du blaireau est entre l'anus et la queue.
La poche de Yichneumon peut avoir 6 centimètres de diamètre. Sa surface interne présente un grand nombre de petits orifices, percés le long de son bord, dans la longueur de o>q mètres. Il en sort une humeur épaisse, jaune , huileuse, qui remplit un grand nombre de follicules , de la grandeur et de la forme d'un petit pois, collés contre les parois extérieures de cette poche. On voit plus près de l'anus, dans les deux tiers
supérieurs de sa circonférence, un triple rang d ouvertures plus considérables, appartenant à autant de petites glandes conglomérées , qui séparent une matière blanchâtre. Enfin , la même poche est percée tout près de l'anus des deux orifices des vésicules anales : de sorte que trois sortes de glandes y versent autant de matières différentes.
Celle contenue dans les follicules, ou dans les petites glandes conglomérées , en est exprimée par la contraction du sphincter de l'anus, dont les fibres sont épanouies sur toute la surface extérieure de la poche.
La matière que renferme celle de la civette est célèbre par son odeur. Cette poche s'ouvre à l'extérieur par une fente longitudinale , dont les lèvres sont bordées de longs poils , et écartées l'une de l'autre. Lorsqu'on les écarte encore davantage, on voit que la surface interne de la poche est partagée par dessillons profonds, dirigés en travers, et que son fond donne dans deux culs-de-sac , dont les parois épaisses et glanduleuses séparent proprement cette espèce de musc. Elles sont tapissées intérieurement, comme celles de toute la poche, d'un épiderme et de poils épars. Une gaine musculeuse enveloppe cet organe, et peut en exprimer la matière odorante.
Le cochon dindes, de même, au-dessous de l'anus, une poche carrée dans laquelle deux petites glandes arrondies versent une humeur sébacée noirâtre.
La poche de X hyène s'ouvre au-dessus de l'anus par une fente transversale; cette fente conduit d'abord clans deux bourses latérales , qui sont les cavités centrales des deux masses glanduleuses composées de lobes et de lobules. Ces deux bourses communiquent avec
660 XXXIXe LEÇON. DES SÉCRÉTIONS.
deux autres glandes dont les lobules sont plus détachés, et sont de même rassemblés autour d'une cavité centrale, dans laquelle se terminent leurs canaux excréteurs, et qui s'ouvre, comme nous venons de le dire, dans les premières bourses. Les orifices des canaux excréteurs de toutes les petites glandes sont très apparents dans les quatre bourses. Il en sortait une matière jaune-brun dans la bourse antérieure gauche , tandis que cette matière était grise dans la correspondante droite. La matière des deux bourses postérieures avait cette dernière couleur.
La fente transversale qui se trouve de même dans le blaireau, entre la queue et l'anus, donne dans une poche dont les parois sont garnies extérieurement de petites glandes du volume d'une lentille, qui transsudent une humeur huileuse par un grand nombre d'orifices.
§2. Glandes anales des Vertébrés.
Ce sont des vésicules globuleuses ou pyriformes, dont les parois séparent une matière épaisse de diverse couleur et nature, suivant les espèces, ordinairement jaune ou brune, et dont l'odeur varie beaucoup. Cette matière transsucîe dans la cavité de la vésicule, et la remplit; elle ne peut en sortir que par une ouverture percée à la marge de l'anus. Son expulsion a lieu par l'action des faisceaux musculeux dont cette vésicule est entourée.
On trouve de pareilles glandes dans la plupart des Carnassiers. Elles produisent la mauvaise odeur qui a fait donner au putois le nom qu'il porte.
Dans la civette , ces vésicules contiennent une hu-
ART. HT. DES EXCRÉTIONS PARTICULIÈRES. 66l
meur huileuse, épaisse, un peu plus jaune que celle de la poche à musc, mais ayant la même odeur.
Les vésicules anales se rencontrent encore dans plusieurs Plongeurs, tels que les ca biais , le paca, \ agouti; mais elles manquent dans les autres ordres de Mammifères , si l'on en excepte les Amphibies carnassiers, tels que les phoques.
Dans les marmottes , on en trouve trois au lieu de deux , plus petites à la vérité que dans les animaux précédents, et dont les conduits excréteurs s'ouvrent sur le bord de l'anus, au milieu de trois papilles qui font saillie hors de cette ouverture lorsque l'animal est inquiet. La matière qu'elles séparent répand dans le spermophile sous lie k (mus citillus Pall.) une odeur de bouc.
Nous ne connaissons rien d'analogue à ces glandes dans les Oiseaux ; mais elles se trouvent dans plusieurs Reptiles. Les crocodiles en ont de considérables. Nous en avons vu, dans les couleuvres femelles, de très grandes, situées sous la queue, en arrière du cloaque, à l'endroit qu'occupent les verges dans les mâles. Elles étaient remplies dune matière jaune peu épaisse.
IL DES EXCRÉTIONS PARTICULIÈRES A L'EM BRANCHE- MENT DES ANIMAUX ARTICULÉS.
§ i . Glandes de la soie et filières des Insectes et des Arachnides.
A. Dans la classe des Insectes.
[Les femelles de plusieurs Insectes, à l'état parfait, ont des glandes et des filières qui leur servent à pro-
662 XXXIXe LEÇON. DES SÉCRÉTIONS.
dnire et à filer la soie dont elles composent le cocon qui renferme et protège leurs oeufs.
Nous en avons parlé en décrivant les organes de la génération.]
Il nous reste à décrire ici les glandes de la soie et les filières des chenilles , instruments qui servent à leurs métamorphoses.
Presque toutes les chenilles se filent une enveloppe, ou au moins quelque lien , avant de se métamorphoser. Le ver à soie (bombyx mori) est le plus célèbre à cet égard, parce que le fil dont son enveloppe se compose est à la fois abondant, souple et brillant 9 qu'il se laisse dévider aisément, et que c'est avec lui que nous fabriquons nos plus brillantes étoffes. D'autres chenilles, comme celle du grand -paon de nuit (Bomb. pavonia) en filent bien autant; mais il est dur, cassaut, et impossible à dévider.
Toutes les chenilles ont les mêmes organes secrétaires pour la matière de la soie, à la grandeur près, qui est proportionnée à l'emploi qu'exige la quantité de fil que chacun doit produire. Ce sont, comme tous les autres organes sécrétoires des insectes, deux longs tubes , commençant par être très minces et entortillés, grossissant ensuite pour former une sorte de réservoir, et finissant par un canal excréteur, si mince qu'à peine on l'aperçoit. Les deux canaux ont leur issue sous la lèvre inférieure. C'est en portant sa tête çà et là que la chenille tire et allonge cette matière ductile (1).
(i) Voir les belles planches de l'ouvrage célèbre de Lyonet. Traité de la chenille qui ronge le bois de saule. Leyde, 1760.
B. Glandes de la soie et filières des Aranèides,
[Ces glandes sont situées dans l'abdomen. Ce sont des vésicules dont le nombre varie. Tantôt elles sont grandes et en même nombre que celui des appendices en forme de mamelons articulés qui servent de filière. C'est le cas entre autres du pholcus phalangista, qui a six vésicules et six mamelons-filières. Tantôt ces vésicules glanduleuses sont plus petites et beaucoup plus nombreuses, parce quil y en a une pour chacun des poils creux en forme de canule qui couronnent le dernier article de chaque filière.
Les filières s-ont de petits appendices au nombre de quatre , six ou huit , mais dont plusieurs peuvent rester rudimentaires et inactifs. Ces appendices articulés sont situés à l'extrémité de l'abdomen, dans le voisinage de l'anus. Leur dernière articulation supporte, dans la mygale maçonne, une rangée extérieure, circulaire, de tubes creux ou de canules dont chacune reçoit le canal excréteur d'une vésicule glanduleuse qui verse dans son canal la soie sécrétée par la glande. Cette soie sort par l'orifice capillaire de cette canule. D'autres canules plus petites occupent le centre de ce même article.
Dans les Aranèides, dont l'appareil glanduleux est moins divisé, la soie est versée dans chaque appendice ou filière, ainsi que nous venons de le dire , par un seul canal excréteur; mais en comprimant la filière, on en fait sortir, dans plusieurs espèces, un certain nombre de très petites papilles, qui sont proprement
les filières de l'appendice (1).]
(i) Cuvier, Règne animal, pi. IV des Arachnides, fig. 9 à 12.
§ 9. appareil du venin chez les Insectes et les Arachnides.
A. Chez les Insectes.
[Beaucoup à' Hyménoptères ont l'extrémité de l'abdomen armée d'un dard qui leur sert à introduire dans ranimai qu'ils veulent tuer un venin mortel. Ce venin est sécrété par une glande dont nous devons parler ici, en donnant une idée générale de tout l'appareil. Il se compose, i° de la glande du venin; 2° du réservoir de l'humeur vénéneuse, et de l'instrument vulnérant, y compris les muscles qui le meuvent.
La glande, comme toutes celles des Insectes, est une capacité membraneuse de la structure apparente la plus simple. C'est un tube unique ou double, simple ou ramifié. Ce tube donne dans une vessie oblongue ou sphérique, dont l'autre extrémité produit un autre tube de longueur variée selon les espèces, qui est son canal excréteur. Celui-ci s'ouvre à la base de l'aiguillon. Le dard ou l'aiguillon est composé de deux lames appliquées l'une contre l'autre, et terminées en pointe très acérée. Elles sont reçues dans un fourreau dont l'extrémité libre est de même très aiguë (î).
Dans X abeille ouvrière , la glande est un tube trois fois aussi long que le réservoir, bifurqué à son extrémité. Le réservoir est oblong ; le tube excréteur court. L'aiguillon glisse dans une gaine dentelée en scie (2).]
B. Glandes du venin des Aranéides fîleuses.
[Ces glandes sont situées dans le céphalo-thorax ou
(1) Voir L. Dufour, Recherches sur les Hyme'noptères , p. 1 46 et suiv.
(2) Swnnmierdam , Bihlia natiira», pi. XVTII, fig. a.
seulement dans le premier article de la mandibule. Elles se composent d'un tube fin et d'une capsule oblongue à parois celluleuses. Le tube excréteur en sort par l'extrémité opposée au tube sécréteur, et pénètre dans la base du second article delà mandibule, appelé le crochet. Ce second article, toujours très aigu, arqué et dentelé dans son bord interne, ou concave, a de ce côté , en-deçà de sa pointe , une fossette longitudinale dans laquelle se voit l'orifice du canal excréteur de la glande. Chaque araignée a donc deux glandes venimeuses, une pour chaque mandibule (1).]
G. Glandes du venin des Scorpions.
[Le dernier article de la queue des scorpions est dilaté à sa base, et terminé en pointe recourbée et très aiguë. Un peu en-deçà de l'extrémité de cette pointe, se voit de chaque côté un orifice aboutissant des deux canaux excréteurs de la glande du venin.]