II. Corps glanduleux surrénaux, appelés encore
CAPSULES SURRÉNALES, REINS SUCCENTURIÉS.
La description abrégée que nous allons donner de ces organes ne doit être considérée que comme un appendice de celle des reins, avec lesquels on a coutume de les décrire. Leur histoire appartiendrait aussi à celle du fœtus , où leur plus grand développement, dans l'espèce humaine et dans beaucoup de Mammifères, semblerait indiquer qu'ils jouent un rôle plus important que dans l'adulte (2).
Quoiqu'il soit probablement réservé à l'anatomie comparée d'expliquer leur véritable usage, nous ne savons encore rien de positif à cet égard. Cependant plusieurs raisons nous font présumer qu'il est très analogue à celui des reins, et que c'est à juste titre que ces organes ont été nommés reins succenturiès \
1° Leur forme est souvent la même que celle des
(1) Voir le Mémoire, sur le corps thyroïde, de M, le docteur Maignien, présenté à l'Académie des sciences en 1 844 ( Compte-rendu , t. XVIII, p. 4^5), et celui de M. Simon, séance de l'Académie des sciences du 16 juin i845. L'un et l'autre de ces anatomistes considèrent le corps thyroïde comme servant de diverticuliun au sang de l'axe cérébro-spinal. Suivant M. Maignien, le corps thyroïde aurait surtout pour fonction, de régulariser la circulation artérielle dans cet appareil central. M. Simon admet l'existence du corps thyroïde, qu'il appelle glande thyroïde, dans tous les animaux vertébrés. C'estla fausse branchie, branchiole des poissons.
(2) Aussi notre projet avait été de n'en parler qu'en traitant du développement; mais la place nous manquant pour cette dernière histoire, nous laissons celle des glandes surrénales dans la leçon qui la comprenait lors de notre première édition.
reins; 2° plusieurs des animaux qui ont des reins divisés ont également les glandes surrénales divisées en lobes et en lobules ; 3° leur tissu est ordinairement très analogue en apparence à celui des reins. Nous n'avons pu y reconnaître de différence bien essentielle dans Y éléphant. Dans tous les animaux dont les reins ont deux substances, les glandes surrénales en ont également deux ; mais celle qui pourrait paraître analogue à la substance médullaire, par sa couleur plus claire et par les stries parallèles quelle présente, est la corticale par sa position extérieure, et la plus coloriée est intérieure. 4° ^es deux substances disparaissent en apparence, et sont remplacées par une seule, dans les glandes surrénales des animaux dont les reins ne paraissent avoir qu'une substance.
A. Dans l'homme.
Leur volume égale au moins celui des reins dans le fœtus (î); tandis que dans l'adulte elles n'ont que le quinzième de cette grandeur. Leur forme est , dans ce dernier âge, plate, triangulaire, souvent différente dans cbaque côté (î). Elles sont situées en dedans des reins, au-dessus de leur sinus , et surmontent plus ou moins l'extrémité supérieure de ces derniers organes. La droite est ordinairement plus élevée que la gauche, relativement au rein de son côté. Celle-ci est placée au-devant de la veine émulgente ; tandis que la pre-
(i) Voir, entre autres, un Mémoire de M. Delle-Chiaje, ayant pour titre : Existenza delh glandule rénale de' Batraci e de' Pesci, 1837. Les fig. 10 et 1 1 <le la planche représentent un rein et un corps surrénal d'un fœtus humain de deux mois (fi^. 10), et d'un fœtus de quatre mois (fi^. 1 1 ).
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mière tient à la veine cave. Plusieurs anatomistes y décrivent une cavité intérieure, tapissée dune membrane extrêmement délicate, et contenant une sérosité sanguinolente jaunâtre, ou noirâtre, plus ou moins analogue au sang veineux. Mais cette cavité ne s'y rencontre pas toujours. Ses parois seraient-elles simplement, comme le soupçonne Haller, les côtés de deux lobes contigus l'un à l'autre ? Ces deux lobes sont bien distincts à l'endroit où s'introduisent les vaisseaux, et forment une sorte de sinus. La substance extérieure, qui est jaunâtre et plus ferme que l'intérieure, enveloppe celle-ci de toutes parts,, se replie dans le sinus, et forme au moins les deux tiers de l'épaisseur de cette glande. L'intérieure est plus molle et d'un rouge brun. On peut les détacher facilement Tune de l'autre : la glande surrénale devient, par ce procédé, une véritable capsule.
Les petites artères de ces organes naissent des diaphragmatiques , du tronc cœliaque, des rénales et de l'aorte, sous les noms de capsulaires supérieure, inférieure et moyenne. Us n'ont qu'un troue veineux très considérable, qui se rend dans les rénales ou (celui de la glande du côté droit) dans la veine cave. Ce tronc rassemble ses rameaux dans l'intérieur delà glande.
Leurs nerfs tirent leur origine du plexus cœliaque, et du plexus rénal de chaque côté. Le pneumogastrique, le sympathique, et même le nerf diaphragmatique, leur fournissent des filets qu'on est parvenu à distinguer (1).
(i) Dissertatio de glandulis supra renalibus scripsit C. G. H. B. Bcrcjmanu, Gœtling.'F, 1 83g. Avec une planche.
B. Dans les Mammifères (1).
Leur situation, est généralement près du côté interne de chaque rein, en avant du sinus; quelquefois elles ne sont pas absolument collées contre ce bord , mais elles en sont un peu éloignées : c'est ce que nous avons vu entre autres dans Xéléphant, le phoque vulgaire, et le putois. La gauche, dans ce dernier animal, est absolument en avant du rein de son côté, à plusieurs millimètres de distance, La droite est presque constamment adhérente à la veine cave, tandis que la gauche tient à la rénale de son côté, ou à Tune des lombaires.
Leur volume, comparé à celui des reins, est extrêmement variable. Il paraît qu'il change beaucoup moins avec l'âge, que dans l'homme. Dans un lama d'un jour, il n'était qu'un centième de celui des reins; il avait un seizième de ce volume dans une chevrette à peu près du même âge; il était au-dessous de la proportion qu'il a dans l'adulte , dans un fœtus de cochon d'Inde presque à terme.
Ce volume est, dans les singes, au moins aussi considérable que dans l'homme. Nous l'avons trouvé d'un seizième dans la guenon mône, d'un douzième dans la guenon patas , d'un tiers dans un jeune alouatte.
11 était presque d'un demi, dans un mandril disséqué
(i) On pourra voir beaucoup plus de détails sur les dimensions, la forme, la position, les proportions et la substance des corps surrénaux ; sur les différences qu'ils présentent dans le fœtus et dans l'état pathologique, dans un travail de F. Meckel, qui fait partie de sa première publication, déjà citée, qui date de ï8o6. La plupart des observations rapportées dans le me'moire qui les concerne, ont été faites dans le laboratoire de M. Guvier, au Jardin des Plantes, lorsque j'y étais occupé des mêmes recherches pour ma rédaction, de toutes pièces, de la partie de cet ouvrage dont M. Cuvier m'avait laissé le soin.
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par Daubenton ; Vicq-d'Azyr l'a trouvé plus petit dans un autre individu de cette espèce.
Parmi les Carnassiers , nous l'avons trouvé d'un quarante-huitième dans le tigre, d'un vingtième dans le lynx , d'un seizième dans le hérisson, d'un quarantecinquième dans le sarigue. Le Âanguroo géant l'a d'un quarantième. 11 est généralement très grand dans les Rongeurs, d'un huitième et même d'un cinquième dans le cochon dinde, d'un douzième, quelquefois d'un quart , dans les rats. Il paraît moindre dans les autres ordres : d'un trentième, par exemple, dans le cheval.
Le phoque est celui de tous les Mammifères où nous l'avons trouvé le plus petit; il n'était guère que d'un cent cinquantième.
La forme de ces glandes ne varie pas moins que leur volume. Elles sont, dans quelques cas, plates, triangulaires, plus longues que larges, à peu près comme dans l'homme : les Ruminants et les Solipèdes en fournissent des exemples. Le plus souvent on les trouve pyramidales ou coniques, cylindriques, sphériques. Celles de Y éléphant sont allongées, coniques, ayant leur base tournée en arrière et partagée en deux lobes arrondis. Elles ressemblent parfaitement aux reins dans plusieurs Mammifères. Dans le paca et le porc -épie , elles sont allongées et cylindriques comme les reins; dans le daman et le coati, elles ont même un sinus tout aussi marqué.
Dans les Cétacés , on les trouve divisées en un grand nombre de lobules, confondus seulement vers le milieu de l'épaisseur de la glande; elles sont d'ailleurs plates et triangulaires. Celles des phoques ont une même forme , mais les lobes et les lobules sont moins séparés.
Elles ont généralement deux substances bien distinctes , comme nous lavons dit en commençant cet article. Lune extérieure, jaunâtre ou d'un rouge clair, forme souvent plus de la moitié de l'épaisseur de ces glandes, enveloppe l'interne de toutes parts , et s'en distingue ordinairement, dune manière bien tranchée, par sa couleur et par son tissu composé de stries parallèles , perpendiculaires à la substance interne ; celle-ci forme le noyau de la glande, son tissu est en général plus mou et sa couleur d'un brun foncé. Cependant il est des animaux chez lesquels elles ne sont pas séparées d'une manière aussi tranchée. IN ous avons déjà dit que, dans X éléphant, on ne pouvait guère les distinguer; de même que nous avions eu peine à reconnaître, dans les reins, les substances corticale et tubulée. Au contraire, dans le coati, la section y faisait voir trois substances, une grise, formant le noyau, entourée d'un ruban de substance brunâtre , qui était luimême enveloppé d'un ruban plus large, de substance d'un blanc jaunâtre. On en distingue également trois dans le cochon d'Inde et dans d'autres Rongeurs (le surmulot, par exemple). On pourrait même en compter cinq, suivant l'observation de M. T. Meckel, en supposant que la différence de couleur suffise pour les distinguer.
Nous n'y avons généralement pas trouvé de cavité distincte , même dans le bœuf et le cheval.
Exceptons cependant celles de X éléphant , qui, examinées à l'état frais, nous ont présenté, après les avoir fendues dans toute la longueur, trois petites poches revêtues d'une membrane très déliée , blanche, et ne présentant aucun orifice de vaisseaux. Cette membrane était parfaitement libre à sa surface interne, qui pa-
raissait enduite d'un liquide muqueux transparent. Le fond d'une de ces poches avait un petit trou, qui communiquait dans une quatrième poche, occupant le lobe interne et postérieur de cet organe (i).
La veine capsulaire forme généralement , dans l'intérieur de ces glandes, par son grand diamètre, une sorte de réservoir, qui quelquefois est double ou triple, lorsqu'elle se divise en autant de grosses branches, et dont les parois sont percées de beaucoup d'orifices par où lui arrive le sang des plus petits rameaux. Ce réservoir veineux, ou le tronc de la veine capsulaire, commence ordinairement au centre de la glande. Il est sans valvule, et s'ouvre, après un court espace, soit dans la rénale de son côté, soit dans la veine cave; de sorte qu'on serait tenté de croire que le sang de l'une ou l'autre de ces veines peut refluer dans la glande surrénale, pour peu qu'il ait reçu une impulsion plus forte que celui que renferment les veines capsulaires.
Les artères rénales leur fournissent ordinairement leur principale artère , qui naît cependant quelquefois de l'aorte ou du tronc cœliaque.
[Des injections heureuses montrent que la substance médullaire est presque entièrement composée d'un
(i) Feu mon ami Meckel, qui a décrit les corps sus-rénaux «le l'éléphant d'après des notes que je lui avais remises, ainsi qu'il a soin de le dire, o. c.,p. 57-61 , présume que ces eavités, que Perrault lii Camper n'ont trouvées, étaient celles des vaisseaux sanguins. Le soin que j'ai eu de dire qu'elles ne montraient aucun orifice de vaisseau, ne permet pas d'adopter cette opinion. Cependant j'avoue que cette structure, en apparence exceptionnelle, demandait à être confirmée, ou infirmée, par d'autres observations.
réseau de vaisseaux capillaires veineux à mailles serrées, rondes ou polygonales.
La substance corticale est pénétrée de même d'un système capillaire, mais qui paraît plutôt artériel, quoiqu'il s'injecte également parla veine centrale. Les ramifications nombreuses qui le composent forment par leurs anastomoses des mailles allongées.
Parmi les artérioles qui appartiennent aux capsules surrénales, les unes restent superficielles j et se divisent immédiatement, de manière à faire voir leurs ramifications de dehors en dedans. Les autres traversent, avant de se diviser, la substance corticale, et pénètrent dans la médullaire; y prennent une marche rétrograde de dedans en dehors, et se ramifient comme les précédentes pour contribuer à former le sytème capillaire de la première substance (2).]
Les nerfs des corps surrénaux sont assez nombreux (2) pour avoir donné lieu, anciennement et tout récemment, à une théorie sur le rôle que jouent ces corps dans la vie des reins.
Dans les premiers mois du développement du fœtus humain, les reins sont moitié moins grands que les corps surrénaux.]
G. Dans les Oiseaux.
Les corps surrénaux des Oiseaux nous paraissent dune proportion encore plus petite que dans le plus
(1) Sur Ja structure des reins succenturiés par M. Nagel, Archives de Millier pour i836, p. 363 et pi. XV.
(2) Voir la dissertation inaugurale, déjà citée, de M. Bergmann.
grand nombre des Mammifères. Us sont placés sous l'extrémité antérieure des reins , de chaque côté de la veine cave et de l'aorte, et ils tiennent à la première par la veine capsulaire qui s'y rend immédiatement. Leur couleur est d'un jaune orangé à l'intérieur comme à l'extérieur, et leur tissu paraît absolument homogène dans toute leur épaisseur.
Gomme dans les Mammifères, la veine capsulaire y forme, à cause de son grand diamètre, une espèce de sinus, contenu dans leur épaisseur. Ceux d'une autruche que nous avons disséquée, étaient composés de lobes et de lobules ? à la vérité peu séparés. L'un et l'autre avaient une forme oblongue, mais celui du côté gauche était plus étroit et plus allongé que le droit (1).
D. Dans les Reptiles.
Les corps que l'on a pris pour ces organes, et qui se rencontrent dans les trois premiers ordres de cette Classe., sont encore plus petits, à proportion, que dans les deux classes précédentes , et totalement séparés des reins.
Ceux des Chéloniens tiennent aux veines émulgentes.
Ceux des Ophidiens sont dans le repli du péritoine, qui réunit les ovaires et les oviductes (2).
[Dans les Batraciens, on a cru pouvoir déterminer comme les reins succenturiés, une agrégation de globules jaune clair, disposés en lignes parallèles, arquées, sur la surface intestinale des reins , contre les arcs for-
(i)Voir encore, pour plus de détails, le m. c. de Meckel, comprenant des observations que nous avons faites ensemble. (2) M. Retzius les a décrits çn détail dans plusieurs serpents. Archives de J. Muller pour i836,p. 38 1, et pi. IV, tig. 4-
mes par les sinus veineux superficiels de ces organes (i).]
E. Dans la classe des Poissons.
Les glandes surrénales n'existent pas dans les Poissons : [telle était notre opinion lors de la publication de notre première édition; telle était encore celle de M. F. Meckel, dans le mémoire que nous venons de citer.
Depuis peu de temps cependant, on a découvert, en premier lieu dans les Squales et les Raies, ensuite dans les Poissons osseux ? de petits corps annexés aux reins, de forme et de volume très différents , ayant une membrane propre , fibreuse ou séreuse , et une substance finement granuleuse, analogue par sa couleur et par sa structure aux corps surrénaux des oiseaux, sans canal excréteur. Nous les décrirons dans quelques uns de ces poissons.
Dans la raie bouclée, chacun de ces corps a la forme d'un cylindre courbé, annexé aux artères, ayant plusieurs scissures. M. Delle-Chiaje (2) les a figurés dans la torpille , comme de petits corps arrondis, oblongs, situés en arrière, contre le bord interne du rein. Dans la raie bâtis et le squale émissole, au contraire, ils seraient très allongés et cylindriques.
Dans les Poissons osseux , c'est sur la face dorsale des reins, vers leur extrémité postérieure, que se trouvent les petits corps glanduleux qu'on a cru pouvoir
(1) M. Gruby, Annales des se. natur., 2e série ; t. XVII, pi. 10 et p. 1 1 80. (3) M. c., tig. 2 , 3 et 4-
688 XXXIXe LEÇON. DES SÉCRÉTIONS.
déterminer comme les reins succenturiés (1). ÏAitrigla gunardus les a gros comme une tête d'épingle; le flet (pleuronectes flesus) de même.
Dans le brochet , leur position plus avancée répond au milieu du corps. Ils sont séparés l'un de l'autre par la colonne vertébrale et les principaux vaisseaux , et enfoncés dans la substance des reins, sur leur côté. Leur forme est comme lobée.
En général ces petits corps paraissent avoir beaucoup moins d'importance que chez les Mammifères ; à supposer que leur détermination soit exacte, ce que nous n'oserions encore décider.]
ARTICLE IV