DESCRIPTION GÉNÉRALE ET COMPAREE DK LA VESSIE NATATOIRB
§ i . Des poissons qui ont une vessie natatoire et de ceux qui en manquent.
La vessie natatoire n'existe pas dans tous les poissons : elle manque dans toute la sous-classe des Çhondroptêrygiens , à l'exception des esturgeons et des polyodons , qui en sont pourvus.
Parmi ceux de l'ordre des Plectognathes , on ne l'a pas trouvée dans les moles (orthagoriscus Schn.).
Dans l'ordre des Malacoptérygiens apodes elle manque aux équilles (ammodytes L.).
Parmi les Malacoptén/giens subbrachiens , on n'en trouve pas dans les éc/ieneis , les porte-écaille (lepadogaster, Gouan) , dans tous les Pleuronectes.
Dans l'ordre des Malacoptéri/giens abdominaux ,elle manque aux loricaires, parmi les Siluroïdes ; aux genres notopterus, chirocentrus , stomias , parmi les Clupés ; et au genre saïris, parmi les Esoces, suivant /. Millier; et parmi les Salmones, aux genres aulopus, sauras, scopelus, odorUostomas.
Dans Tordre des Acanthoptérygiens , la vessie natatoire manque aux vives (trachinus draco , lineatus); à Xuranoscope (nranoscopus scaber L.); au polynemus paradisœus , au malins barbatus , parmi les Percoïdes .
Dans la famille des Joues cuirassées , les chabots (cottus) , les scorpènes , les sébastes en sont également privés.
Parmi les Scombêroïdes , le thon, le maquereau , (scomber scombrus) en manquent; tandis que deux espèces très voisines en sont pourvues.
Parmi les Poissons ruban, elle n'existe pas dans les g y m né très.
Les Gobioïdes en sont dépourvus, excepté la plupart des espèces du genre gobius; elle manque aux callionymes.
Parmi les Acanthoptérygiens ^pectorales pédiculées, on n'en a pas trouvé dans les baudroies (lophius Guv.) et les malthèes; mais les chironectes en ont une grande et les batracoïdes en ont une profondément fourchue en avant (1).
Une des singularités les plus remarquables de l'histoire de la vessie natatoire, est celle qu'elle existe dans certaines espèces d'un même genre, et quelle manque dans d'autres. Ces observations infirment , à notre avis, parmi plusieurs autres, l'importance qu'on a voulu lui donner dans la vie des poissons, en lui faisant jouer un rôle essentiel dans la respiration; elles prouvent au contraire que la Vessie natatoire ne doit être considérée que comme un organe accessoire et indirect de mouvement, dont la présence indique une perfection
(i) Règne animal de M. Cuvier, t. Il, p. 253.
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de plus, et dont le défaut peut être compensé par d'autres moyens. On aurait tort conséquemment de conclure, dans tous les cas, que les mouvements particuliers qu'elle favorise doivent être mal exécutés par les poissons qui ne Font pas : ceux qui présentent à l'eau une large surface, tels que les Pleuronectes , les Raies etc. , peuvent se passer facilement de ce moyen; il pouvait aussi être remplacé très avantageusement par une grande force dans les muscles de la queue, comme chez les squales, les scombres , etc. Lorsque l'une et l'autre de ces compensations manquent , le poisson qui en est privé est évidemment destiné à nager au fond des eaux, et même à s'enfoncer dans la vase : telles sont les baudroies , etc.
§ ci. Position, volume relatif et forme de la vessie natatoire.
La vessie natatoire est située dans l'abdomen , contre les vertèbres dorsales , où elle cache ordinairement une partie des reins ; mais la manière dont elle est fixée dans cette position n'est pas toujours la même. Dans quelques poissons elle adhère tellement aux vertèbres et aux côtes , dans toute sa longueur, qu'on ne peut l'enlever sans la déchirer; c'est, entre autres, le cas des gades. Dans les brochets , les saumons, etc., sa membrane propre , ou sa membrane péritonéale seulement, la fixent de même dans toute son étendue. Dans les cyprins , elle est libre en arrière; mais sa portion antérieure adhère si fortement à une double apophyse descendante de la deuxième vertèbre, qu'on ne peut l'enlever sans déchirer sa membrane propre , à l'endroit de cette adhérence. Dans les loches (cobitis), la vessie natatoire est enfermée dans un étui
osseux que lui fournissent les troisième et quatrième vertèbres, ce qui nous avait fait dire, dans notre ancien texte, que, dans des cas rares, ses parois prennent une nature osseuse. Dans d'autres poissons enfin (le polyptère , le lépidostée), nous l'avons trouvée flottante dans toute son étendue, et attachée seulement à l'œsophage.
Son volume proportionnel, dans les différentes espèces, confirme les réflexions que nous avons faites plus haut sur ses usages. Lorsqu'elle existe dans les poissons qui ont les mœurs que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire qui vivent au fond des eaux et s'élèvent peu vers leur surface. Elle est généralement très petite; les anguilles, etc., nous en fournissent plusieurs exemples: elle a au contraire un très grand volume, dans ceux qui ont besoin de nager avec vitesse, dans tous les sens , pour atteindre leur proie, ou pour se soustraire à leurs ennemis. Son plus grand développement est même évidemment en rapport, dans quelques cas, avec le poids ou plutôt avec la pesanteur spécifique plus considérable de laminai. : le bichir (polypterus nilolicus, Geoff.) en fournit un premier exemple remarquable, et le lépidostêe un second.
Rien de plus varié que sa forme dans les différents genres, et même dans les diverses espèces; et, à cet égard , elle est d'abord simple ou double. On la trouve double, i° dans le èiefiif (polypterus niloticus, G.), et formée de deux grands sacs cylindriques, dont l'un, beaucoup plus long, s'étend d'une extrémité du ventre à l'autre, et qui ne se réunissent que pour se terminer ensemble dans l'œsophage; 1° dans les Cyprins, et parmi les Salmones\ les espèces du grand genre caracinus, artedî, qui ont ses deux portions placées l'une
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devant l'autre et séparées par un étranglement, de manière que l'air peut passer indifféremment de l'une dans l'autre; le bagrus filamentosus, parmi les Silures; 3° dans le gymrwtus œquilabiatus parmi les Apodes; 4° dans le myripristis , les théràpoûs , parmi les Acanthoptérygiens ; 5° clans le têtrodon oblong\ où ses deux portions, de même forme et de même grandeur, sont placées à côté l'une de l'autre, et se tiennent par leur extrémité antérieure; 6° dans le gade lieu , où les deux portions, de grandeur inégale, sont situées à côté l'une de l'autre, et réunies par leur partie moyenne. hesp/iy* ciset lesCutostomes l'ont même divisée en trois parties.
Elle est simple en forme de cœur dans les silures ; en cône allongé ayant sa base en avant dans les brochets , la truite ,1e saumon , Y esturgeon, etc. ; longue, conique , effilée en arrière dans Yéperlan, pointue aux deux bouts dans le hareng; courte et ovale dans la murène; plus étroite et plus allongée dans Yanguille et le congre ; conique et divisée en lobes par plusieurs étranglements dans la morue (G. morhua); plus allongée, bifurquée en avant, dans \a.molue (G.molva); très allongée, étroite aux deux bouts, dans la merluche (G. merluchius); ovale clans plusieurs labres ; en massue, c'est-à-dire longue, étroite eu avant, et s'élargissant en se portant en arrière, dans le quatre-œds (anableps tetrophtalmus) ; irrégulière, légèrement éebancrée en avant, un peu étranglée à sa partie moyenne, dans le coffre par allêlipipède ; ayant à peu près la même forme, avec deux anses latérales, suivant M. Fischer, dans le coffre à quatre cornes , etc. Les Sciénoïdes l'ont munie d'appendices simples ou branchus.
On voit, par ces-exemples, qu'il nous serait facile de multiplier, que la forme de la vessie natatoire varie,
comme nous l'avons dit d'abord, même dans les espèces d'un seul genre.
§ 3. Composition générale des parois de la vessie natatoire y division de sa cavité en cellules , chez quelques poissons seulement.
Ordinairement sa cavité, ou si la vessie est double, celle de chacune de ses deux portions, est simple et sans anfractuosité. Cependant on la trouve plus ou moins compliquée dans quelques poissons : Dans plusieurs silures , des cloisons transversales la divisent en cellules; ces cloisons sont incomplètes sur les côtés (1), Broussonnet i'a trouvée de même très celluleuse dans plusieurs diodons, ce qui a donné occasion aux auteurs qui ont pensé depuis que la vessie natatoire était un organe de respiration, de comparer cette sorte de vessie aux poumons celluleux des grenouilles : mais pour peu qu'on observe la nature sans prévention , il est impossible de ne pas trouver cette comparaison au moins très inexacte.
[Le bagrus filamentosus (2) a deux vessies natatoires celîuleuses situées l'une devant l'autre, et bien séparées ; l'antérieure est complètement fermée et n'a aucune communication avec îe canal alimentaire.]
Les parois de la vessie natatoire sont constamment membraneuses, mais leur consistance et leur épaisseur varient beaucoup. Dans la plupart des cas, elles sont
(1) Voir Ha figure de la -vessie natatoire du Pimélode chat (Silurus catus, L. ) , pi. LU, fig; 2 et suiv. de notre jn-ernière édition : cette figure , faite d'après mon dessin , a été copiée dans beaucoup d'ouvrages.
(2) Sur la Messie natatoire des poissons, par M. J. Millier, Archives de 184^ 5p« 307, et Mém. de l'Acad. de Berlin pour i8-}3-, p. i35et suiv.
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fermes et médiocrement épaisses ; quelquefois (dans les coffres) leur consistance est telle quelles ne s'affaissent pas, quoique vides d'air; elles résistent*même jusqu'à un certain point à la pression , lorsqu'elles sont soutenues comme dans les silures, par des cloisons tout aussi fortes. Dans des cas opposés , elles sont minces et plus ou moins déliées, (dans le quatre-œils , le brochet et même les cyprins , etc.),
Ces parois sont formées d'une membrane propre, d'une membrane interne, et dune membrane externe accessoire qui leur vient du péritoine. Celle-ci ne recouvre pas toujours la vessie dans toute son étendue ; souvent elle laisse à nu sa face supérieure, qui est alors collée contre les vertèbres. La membrane aui vient après, forme essentiellement les parois de la vessie; c'est elle dont la consistance et l'épaisseur sont si différentes dans les différentes espèces. Il est remarquable que, dans la double vessie de la carpe, son épaisseur soit beaucoup plus considérable dans la portion antérieure. Elle est ordinairement bh-nche, opaque, et de nature évidemment fibreuse, mais cependant particulière.
Dans quelques cas, les parois de la vessie natatoire nous ont paru avoir une structure musculeuse. Celles du bichir nous ont présenté des fibres obliques probablement de cette nature , [et celles du genre voisin lépidostée ont des colonnes musculeuses très fortes, entre la membrane propre et l'interne.]
La membrane Interne se continue, par le moyen du canal excréteur, quand il existe, avec celle de l'œsophage ou de l'estomac ; elle est ordinairement mince, légèrement rougeâlre , lisse et unie à sa face interne.
Dans le lieu (gâchis polachius), nous l'avons trouvée toute couverte , dans cette face , de longs et nombreux filaments qui semblent remplacer, dans cette espèce, le corps rouge glanduleux qui existe dans d'autres espèces du même genre.
[Nous devons ajouter que la forme et la position delà vessie natatoire nous ont paru en rapport évident avec la forme du corps et avec les proportions de la tête. Quand la tête est très forte , la vessie natatoire est non seulement plus volumineuse de son côté, mais encore plus avancée dans la cavité viscérale.
Remarquons que cette membrane dans les vessies à cavité anfractueuse, qui ont des appendices nombreux, simples ou ramifiés, comme celui des Sciénoïdes, se décompose en deux lames , dont la plus interne ne pénètre pas dans ces appendices et empêche l'air qu'on insufflerait dansia cavité principale d'y arriver. Nous avons observé cette disposition dans la vessie du maigre (sciaena umbra). Dans le trigla hirundo, la vessie est divisée en trois lobes; le moyen, qui est le plus grand, est arrondi en arrière, il a de ce côté un diaphragme formé par la membrane interne, et percée d'un trou rond dans son milieu. Ce diaphragme sépare le tiers postérieur des deux autres tiers de cette cavité principale.
Souvent la membrane interne de la vessie natatoire produit , avec abondance, un épithélium ayant le brillant métallique des paillettes d'or ou d'argent. Nous avons observé cette singulière sécrétion dans Xlmlocentre^ et elle nous a paru se faire plus particulièrement à l'endroit où sont les corps rouges, dans les espèces qui en sont pourvues.
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La vessie natatoire des épinoches a des parois minces et argentées par un épitheïium analogue. Y] argentine porte ce nom à cause de la quantité de paillettes argentées dont se remplit sa vessie natatoire.]
§4- Communication de la vessie naiatoirc avec le canal alimentaire,
[La vessie natatoire forme, dans un grand nombre de poissons , un réservoir à air, fermé de toutes parts, et sans canal excréteur. Déjà Kœlreuter avait remarqué que la lote ( gadus Iota ) en manquait , et il en avait conclu que ses parois devaient sécréter l'air qu'elle renferme (1).
On ne trouve pas, en effet, de canal excréteur, dans la vessie natatoire des Acanthopténjgiens , des Malacoptén/giens subbrachiens ; des Lopho branches et des Plectognathes.
Ce canal existe au contraire et communique dans i'œsopbage ou dans l'estomac, ou bien la vessie s'ouvre elle-même dans l'oesophage, chez les Malacoptérygiens Abdominaux et Apodes ; et chez les Esturgeons ? y compris les polyodons.
V orphie et le sphijrena spet7 parmi les Abdominaux , et le genre oplddiuni , parmi Jes Apodes, font seuls exception; leur vessie n'a pas de canal aérien.]
L'embouchure de ce canal est tantôt à la partie moyenne delà vessie (dans le congre , la murène V anguille}; tantôt clans son tiers antérieur (les silurestantôt à son extrémité antérieure (les brochets les
(0 Observationes de Gado Iota institutœ. — Nova comment. : Acad. Pe~ trop. T. XIX.
SECT. I. ART. T. VESSTE NATATOTRE DES POISSONS. 709
saumons , les esturgeons , etc. ). Dans quelques uns de ceux à vessie double, tels que les cyprins , cette embouchure est toujours en dessous de la partie la plus avancée de la seconde vessie.
Dans le bichir, il n'y a pas proprement de canal excréteur; mais les deux portions qui composant la vessie natatoire de ce poisson , s'ouvrent à la fois et immédiatement dans l'œsophage, par leur extrémité antérieure.
[Dans le lèpidostêe , genre voisin dont la vessie natatoire est simple , ce réservoir à air s'ouvre immédiatement dans l'œsophage par son extrémité antérieure.]
Dans beaucoup d'autres poissons (les cyprins), ce canal est long et grêle ; dans d'autres il a un assez grand diamètre et des parois minces, [Yanguille); il est large et court dans le brochet; il se distingue à peine de la vessie dans Y esturgeon.
Nous avons dit qu'il se termine dans l'œsophage ou dans l'estomac. C'est l'estomac, dans X esturgeon, qui reçoit l'embouchure de ce canal; elle est dans le fond du cul-de-sac de ce viscère, dans le hareng.
Le poisson a plusieurs moyens d'empêcher que l'air n'en sorte sans sa volonté; ou, lorsqu'il est fort large, comme dans le bichir, [le lèpidostêe ,] Yesturgeon , etc., que les substances qui passent dans l'œsophage ou dans 1 estomac , ne s'y introduisent. Tantôt c'est un sphincter qui en resserre l'embouchure (dans le polyptère bichir, etc.); tantôt ce sont des fibres circulaires qui contractent le col de là1 vessie ou son canal (Y esturgeon); ou ce sont les fibres longitudinales de l'œsophage qui ferment l'orifice de ce canal, et c'est le moyen le plus généralement
employé; ou bien enfin cet orifice est tellement étroit qu'il ne doit permettre que la sortie de l'air, et n'admettre aucune substance du dehors : c'est ce qui se voit dans les anguilles , où il est percé au centre d'une papille saillante. Cette structure est d'autant plus remarquable que le canal excréteur est très large.
[Généralement l'orifice œsophagien du canal de la vessie natatoire est à la face dorsale de l'œsophage. Cependant on le trouve , par exception , à sa face ventrale dans Xepolyptère bichir et le lèpidostée, et sur son côté, dans les ertjthrins. Cette position sous l'œsophage, analogue à celle de la glotte des vertébrés à poumons, montre dû moins que la position opposée n'est pas un caractère exclusif de la vessie natatoire des poissons, comme on a voulu l'établir au sujet du lépidosiren , pour classer cet animal parmi les Reptiles.]
§ 5. Des corps rouges de la vessie natatoire.
[Les corps rouges de la vessie natatoire appartiennent à cette catégorie des corps glanduleux sans canaux excréteurs dont nous avons parlé à la fin de notre précédente leçon.
Ils se composent essentiellement de réseaux ou de faisceaux de vaisseaux sanguins , extrêmement ténus, et même, dans quelques cas évidents, de tissus caverneux , que le fluide nourricier, destiné à produire la sécrétion de l'air, doit traverser, et dont ils modifient le mouvement ou la composition, pour cette sécrétion.
Cette idée générale des corps rouges de la vessie natatoire, fera comprendre qu'ils sont intimement liés avec les vaisseaux sanguins artériels et veineux de la
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vessie, et que la description des uns et des autres ne peut être séparée.
Ils existent généralement dans les vessies natatoires qui n'ont point de communication au dehors, et qui ne pourraient y prendre l'air quelles renferment. Telles sont celles des Acaathoptêrygiens , des Malacoplèrygic/is subbrachiens et des Plcctogiiathes.
Ces corps manquent au contraire généralement dans les vessies natatoires des Malacoptérygiens abdominaux, et des Apodes, qui sont pourvues d'un canal aérien. Hâtons nous de dire cependant qu'il y a plusieurs exceptions à cette règle.
D'un côté, les syngnathes , XJi'hcentre, le trigla hirundo, qui n'ont point de canal aérien à leur vessie natatoire, manquent cependant de corps rouge.
De l'autre, nous avons déjà fait connaître , dans notre première édition, que les anguilles ont deux corps rouges, situés précisément à l'embouchure d'un large canal aérien.
Leur position dans la vessie natatoire est généralement dans sa paroi inférieure, par où pénètrent les vaisseaux sanguins principaux, entre sa membrane propre et la membrane interne. Ils y sont réunis en une seule masse plus ou moins étendue, ayant deux moitiés symétriques ( le maigre); ou en deux corps symétriques (les anguilles); ou bien ils sont divisés en nombreux petits groupes , dispersés irrégulièrement sur la plus grande partie de la paroi inférieure de la vessie.
Entrons à ce sujet dans quelques détails, en suivant la série des Ordres.
A. Dans les Acantlw ptérygiens .
Parmi les Percoïdes , les corps rouges sont multiples dans la perche fluviatile , petits et dispersés irrégulièrement à la face inférieure de la vessie , dans la première moitié de son plancher. On dirait un lacis de vaisseaux sanguins. De ces petits corps partent en rayonnant d'autres vaisseaux dont les ramuscules sont disposés en pinceaux et que Ion trouve quelquefois remplis d'air.
Chacun de ces corps reçoit un rameau dune branche de l'artère cœliaque. Les veines correspondantes se rendent dans la veine porte.
Plus en arrière les artères nourricières de la vessie viennent des intercostales, et les veines qui répondent à ces artères se rendent dans la veine cave.
Le labrax lupus les a de même très petits, nombreux et dispersés sur la paroi inférieure de la vessie. Les vaisseaux de cette vessie ressemblent aux nervures dune feuille doublement ailée.
Parmi les Scié/wïdes , la singulière vessie natatoire du maigre ( scicetia umbrci) aunegrande partie de son plancher couvert par un corps rouge, dont la surface a des sillons et des cannehiies arrondies et disposées comme les circonvolutions cérébrales. Sa substance se compose de lames qui vont obliquement de la membrane interne à la membrane propre, et laissent entre elles des intervalles que l'on trouve quelquefois abreuvés de sang (1). Ces lamelles, vues au microscope, semblent composées de tubes parallèles.
(i) M. Cuvier, m. c. Il termine ainsi ce mémoire : M. Duvernoy avait préparé une description détaillée de cette vessie , etc.
Une forte artère marche entre les deux moitiés latérales de ce corps, fournit beaucoup de branches, qui ne donnent que des rameaux au corps rouge et vont se distribuer au-delà sur les parois de la vessie.
Parmi les Gobioïdes , la plupart des espèces du genre gobius sont pourvues dune vessie natatoire, et ont des corps rouges. Ils sont nombreux, isolés, disposés enguirlandes, dans le gobius niger(i), et dans le gobius ophiocephalus (p).
Les corps rouges sont de même nombreux et petits dans le mugil cephalus \ Ils sont nombreux, petits, disposés en grappes dans le caraux trachiuvus. Dans le zeus fabej\ je n'en ai trouvé qu'un petit, étroit en forme de ruban, bifurqué en arrière , ayant la forme d'un A renversé ou mieux d'un lambda grec.
Parmi les Labroïdes , le corps rouge ne m'a paru composé que d'un tissu de vaisseaux dans le labrus iulis. Parmi les Poissons ruban, le cœpola rubescens les a assez développés.
B. Les Malacopténjgiens Abdominaux.
Le bélone et le sphyrœna spet ont, par exception dans cet ordre, une vessie natatoire sans canal aérien, et pourvue de corps rouges. Dans cette dernière espèce , ils sont petits, disposés en grappes des deux côtés de la cloison qui divise antérieurement la vessie. Ils sont de même disposés en grappes, et très peu développés dans la première espèce.