‹ Lecons d'anatomie comparéeChapitre 159 sur 191 · I. Description générale du larynx · texte numérisé non relu

I. Description générale du larynx

Le larynx de X homme et des mammifères est un assemblage de cartilages mobiles les uns sur les autres, et dont la totalité peut aussi se mouvoir par rapport aux parties environnantes.

Le cartilage principal est en forme d'anneau et porte le nom de cricdide. Au-devant de lui en est un autre composé de deux plans , ou ailes, faisant ensemble un angle , et de forme irrégulièrement quadrangulaire ; on le nomme thyroïde. La partie postérieure du cricoïde, plus large que l'antérieure, s'élève entre les deux ailes du thyroïde ; les angles antérieurs et externes de cellesci sont suspendus aux cornes de l'os hyoïde.

Sur la partie postérieure du cricoïde s'articulent deux cartilages nommés arytènoides , qui peuvent s'écarter et se rapprocher l'un de l'autre ou faire un mouvement de bascule en arrière.

Un ruban fibreux , très tranchant à son bord supérieur, est attaché en arrière au corps du cartilage aryténoïde de son côté, et va fixer son extrémité antérieure à côté de celle du ruban correspondant à la face interne du thyroïde, dans l'angle que forment ses deux plans.

C'est la fente interceptée entre ces deux rubans qui se nomme glotte; les rubans eux-mêmes sont les deux lames vibrantes qui donnent naissance au son; leur bord intérieur et tranchant restant libre , il reste un espace entre lui et la paroi interne adjacente du larynx. Cet espace, qui se prolonge quelquefois en divers sinus, prend le nom de ventricule de la glotte.

Le ruban lui-même porte celui de ligament infé rieur de la glotte. Une légère élévation qui lui est pa-

rallèle, et qui borne en dessus l'entrée du ventricule , est appelée ligament antérieur ou supérieur. Enfin , un cartilage impair, très mou, est attaché sur le bord antérieur de la face interne du thyroïde , se porte en arrière, pouvant couvrir tout-à-fait l'entrée du larynx en se fléchissant jusque sur les cartilages aryténoïdes, mais restant d'ordinaire à demi relevé : c'est l'épiglotte, dont nous avons déjà parlé à l'article de la déglutition.

Outre les ligaments articulaires , tous ces cartilages sont liés ensemble par une cellulosité générale , et revêtus en dedans d'une membrane qui se continue avec celle de la bouche, et qui se propage par la trachée jusque dans les moindres cellules du poumon.

Dans l'intervalle entre l'épiglotte et chaque cartilage aryténoïde,est suspendu un petit cartilage nommé cunéiforme, par Wrisberg. [Le tubercule de Santorini est un autre petit cartilage souvent confondu avec l'aryténoïde, à l'extrémité supérieure duquel il se soude. On l'appelle encore cartilage çorniculé. Sa pointe antérieure pénètre dans le ligament antérieur ou supérieur de la glotte.

Il peut se former encore des cartilages sésamoïdes qui sont situés au bord postérieur des aryténoïdes.

Enfin l'intervalle postérieur des deux aryténoïdes est occupé dans quelques mammifères par un cartilage impair, placé au-dessus du cricoïde entre ses deux articulations avec les aryténoïdes. M. fVagner l'appelle inter-articulaire ; Dugès épicricéal. On en doit la découverte à MM. E. Rousseau et Brandt.]

Les mouvements du larynx sont ou totaux ou partiels; les premiers tendent à l'élever ou à l'abaisser, c'est-à-dire à raccourcir ou à allonger le tube de 3'instrument musical , ou, ce qui est la même chose.

l'espace qui s'étend depuis la glotte jusqu'aux lèvres: aussi élève-t-on le larynx quand on veut chanter dans les tons aigus, et on l'abaisse pour les tons graves. C'est même sans doute de là que ces tons portent aussi les noms de haut et de bas.

Ces mouvements totaux s'exécutent, ou médiatement par ceux de l'os hyoïde, auquel le larynx est suspendu , et qui l'entraîne avec lui ( qu'on voie à cet égard la leçon de la déglutition); ou immédiatement par des muscles propres au larynx lui-même : savoir, les thyro-hyoïdiens , qui vont des côtés du cartilage thyroïde à ceux de l'os hyoïde; et les sterno-thyroïdiens, qui viennent de la face interne delà pointe supérieure du sternum, rampent le long de la trachéeartère derrière les sterno-hyoïdiens, et s'insèrent au cartilage thyroïde.

On conçoit aisément que les premiers élèvent le larynx , et que les autres l'abaissent.

Les mouvements partiels du larynx s'exécutent par ses muscles propres; ils ont pour objet principal de rétrécir la glotte en tendant ses ligaments inférieurs ou ses rubans vocaux, ou de l'élargir en relâchant les mêmes rubans ; c'est-à-dire que leur effet est de faire varier l'anche de l'instrument vocal, de manière à produire les tons harmoniques de chaque ton fondamental déterminé par la longueur du tube de cet instrument.

C'est ainsi qu'on peut expliquer l'étendue de la voix humaine, qui va bien au-delà d'une octave, quoique l'élévation et l'abaissement du larynx ne puissent raccourcir l'instrument de moitié; il y a cependant encore de l'embarras dans cette explication , parce que les voix justes exécutent tous lestons compris dans les li-

SECT. Ii. ART. lî. OKGANES DE LA VOIX DES MAMMIFÈRES. 777

mites de leur étendue en haut et en bas, et que ces tons ne sont cependant pas tous des harmoniques des tons fondamentaux : d'ailleurs il faudrait qu'en chantant ainsi la gamme montante , le larynx descendît de temps en temps, et Ton observe qu'il monte toujours. Quoi qu'il en soit, les mouvements partiels dont nous parlons ont surtout lieu dans les cartilages aryténoïdes. Ces cartilages sont articulés chacun pararthrodiesur une saillie du cartilage cricoïde, et peuvent écarter ou rapprocher leur partie supérieure et libre, ou bien la porter en avant ou en arrière. Ce dernier mouvement tend le ruban vocal; l'opposé le relâche; [iécartement de cette même branche supérieure et postérieure des aryténoïdes rapproche sa partie antérieure de la ligne moyenne et rétrécit la glotte. Le rapprochement de la même branche postérieure de levier courbé, en écartant la branche antérieure, élargit la même ouverture.] Les cartilages aryténoïdes ont chacun six muscles.

1° Le crico-arytënoïdieii postérieur, grand muscle triangulaire, qui recouvre avec son congénère toute la face postérieure du cricoïde, et rassemble ses fibres pour les insérer à l'apophyse externe de l'aryténoïde, à laquelle il fait faire la bascule [en arrière et en bas, en portant en dehors et en haut l'apophyse opposée ou antérieure du même cartilage. Ce mouvement doit tendre le ligament de la glotte , effacer en partie la saillie qu'il fait dans son état de relâchement et ouvrir la glotte.]

2° Le crico-an/ténoïdien antérieur ou latéral, attaché à la face latérale du cricoïde, se dirigeant en arrière et en haut pour s'insérer à l'apophyse externe de l'aryténoïde, [qu'il porte en avant, en bas et un peu

en dehors , tandis que l'apophyse antérieure est dirigée en dedans, en bas et en avant. Ce muscle est l'antagoniste dn précédent. Il augmente, par son action sur l'aryténoïde, la saillie du ruban vocal et rétrécit la glotte.]

3° Le thyro-aryténoïdieii , venant de la face postérieure du thyroïde dans l'angle et de ses deux ailes, se dirigeant en arrière pour s'insérer à la base antérieure de l'aryténoïde, auquel il fait faire la bascule en avant.

[Il agit dans le même sens que le précédent.]

t$ Les arytênoidiens croisés ou obliques , et 5° Xarytènôidien transverse , qui vont en diverses directions d'un cartilage aryténoïde à l'autre, sur leur face postérieure, et qui les rapprochent. Ils doivent ouvrir la glotte en écartant la partie opposée des cartilages.

6° Un autre muscle propre du larynx est le cricothyroidien , qui va de la face antérieure du cricoïde à tout le bord inférieur de l'aile du thyroïde. Gomme celui-ci s'articule de chaque côté avec une tubérosité latérale du cricoïde , ce muscle fait faire au cricoïde un mouvement de bascule [qui porte son arc antérieur en arrière et en haut , et son arc postérieur en arrière et en bas. Ce mouvement entraîne les aryténoïdes en arrière, allonge les ligaments de la glotte, et rétrécit cette ouverture (i).]

Plusieurs autres petits muscles agissent sur l' épiglotte ; tels sont :

7* lîépiglotti-aryténoïdien ; muscle faible, souvent

(i) Remarques sur la structure du larynx et de la trachée-artère, par E. A. Lauth. Mémoires de l'Académie royale de médecine de Paris.

peu apparent, qui va de la face postérieure de l'épi— glotte à l'aryténoïde de son côté.

Les deux muscles tirent l'extrémité supérieure de lepiglotte en bas et en arrière.

8° Le thyro-êpiglottique, petit faisceau musculeux qui va delà face interne du thyroïde à la base de lepiglotte, qu'il tire en bas et rapproche de l'hyoïde.

90 Enfin le glosso-épiglottique, qui vient de la base de la langue à la face antérieure de 1 epiglotte. C'est l'antagoniste des deux précédents, puisqu'il tire l'épiglotte en avant.

Telle est la disposition générale des larynx de l'homme et des mammifères; les différences dépendent de la forme de chaque cartilage, des prolongements et de la figure des ventricules de la glotte , et de certains sacs communiquant avec différentes parties du larynx et de ses dépendances. Nous allons les examiner dans ces divers rapports.

II. Description particulière des caractères distinctifs des divers larynx.

i° Dans l 'homme , Yépiglotte est ovale, obtuse et comme tronquée ou même légèrement échancrée.

Le thyroïde a ses ailes plus larges que longues. Le bord antérieur est échancré au milieu ; le postérieur a deux festons rentrant à chaque aile. Les angles se prolongent en pointes ou cornes, dont les supérieures sont de beaucoup les plus longues.

Les arytènoïdes sont deux petites pyramides triangulaires, dont la pointe se recourbe en arrière, s'amollit et s'arrondit.

Les cartilages cunéiformes sont si mous qu'à peine

780 XLe LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES ORG. DE RELATIONS.

ils méritent ce nom; on ne les remarque que comme un petit tubercule en avant de celui du sommet de chaque aryténoïde. Leur forme est celle d'une L, dont la partie inférieure entre dans le ligament antérieur de la glotte.

Les rubans vocaux sont médiocrement tranchants. Les ventricules de la glotte remontent entre les ligaments antérieurs et le thyroïde, pour y former une cavité demi-circulaire.

La femme a le larynx à proportion plus étroit que l'homme, mais les cartilages m'en ont paru plus durs ( 1 ) .

2° Dans les Quadrumanes,

Dans Y orang-outang, lepiglotte est courte, très concave à sa base, tronquée et échancrée; les aryténoïdes plus petits à proportion que dans l'homme, et les cunéiformes plus grands , les rubans vocaux libres et tranchants ; l'ouverture du ventricule ovale et très large; le ventricule lui-même est une grande cavité ovale, large en tous sens, divisée en deux parties par une demi-cloison. C'est dans sa partie inférieure que donne l'ouverture qui est entre les deux ligaments de la glotte. La partie supérieure communique par un trou percé entre le thyroïde et l'hyoïde, dans un grand sac membraneux situé dans la gorge; ce sac est collé à celui de l'autre côté par de la cellulosité, mais ne communique point avec lui , si ce n'est par le larynx. Il est clair que l'air qui vient de passer entre les deux ru-

(i) C'était une observation exceptionnelle; ils sont généralement plus mou».

bans vocaux, repoussé par la concavité de l'épiglotte, doit se répandre dans les deux sacs, plutôt que de passer par la bouche, surtout pour peu que l'animal tienne son épiglotte abaissée, et que presque tout le son doit être amorti par cette dérivation.

Camper, qui a le premier fait connaître les deux sacs, dit qu'il les a trouvés quelquefois fort inégaux.

Les orangs et gibbons exceptés , tous les autres singes ont plus ou moins l'os hyoïde en forme de bouclier bombé, et dans plusieurs de ceux de l'ancien continent, ce bouclier, en forme de triangle très bombé, sert à protéger le commencement d'un sac membraneux simple, qui communique avec le larynx, non plus par les ventricules de la glotte, mais par un trou percé entre la base de l'épiglotte et le milieu du bord antérieur du thyroïde.

Nous avons vu ce sac dans le mandrill (sim. mormon et maimon L.), \e cynocéphale papion, le macaque. Il y varie beaucoup pour la grandeur, et, à ce qu'il nous paraît, selon l'âge; car dans les jeunes individus, nous lavons trouvé quelquefois qui ne remplissait pas même toute la concavité de l'os hyoïde. 11 paraît que Camper l'a vu aussi dans le magot, qu'il nomme pithèque. Nous en avons observé un considérable dans Youandérou ou macaque à crinière. Nous n'avons pu trouver aucune trace de ce sac membraneux dans le grand babouin hamadryas. ni dans le macaque bonnet chinois L., ni dans la guenon patas , quoiqu'on y voie en dedans un petit creux , à la base de lepiglotte , à l'endroit même où le mandrill a un trou.

Dans la guenon mone, il n'y avait pas même ce petit enfoncement.

782 XL* LF.ÇON. COMPLÉMENTAIRE DES (TRCr. DE RELATIONS.

Le calli triche manque aussi de sae. Nous en avons trouvé un petit dans une espèce nouvelle et voisine de celle-là.

Dans tous les sapajous et sagouins, les rubans vocaux sont plus libres et plus tranchants que dans les

autres singes.

Dans les singes du nouveau continent en général , tant sapajous que sagouins (1), il y a une disposition très intéressante : les cartilages aryténoïdes sont extrêmement petits et courbés en arrière; les cunéiformes, renforcés d'une cellulosité graisseuse , forment au-devant de l'extrémité supérieure du ventricule de la glotte un gros coussin en forme de segment de sphère , qui touche à celui du côté opposé , de manière à intercepter une moitié du passage de l'air; il en résulte que l'air qui a traversé entre les deux rubans vocaux est obligé de suivre un canal étroit et recourbé entre les deux coussins et la concavité de Fépiglotte v pour arriver à la bouche. C'est un vrai tube de flûte recourbé en S, et c'est ainsi que s'explique le ton absolument flûte de la voix du sajou (S. apella), et du saï (s. capucina), que l'on pourrait appeler singes siffleurs. Ces deux sapajous ont d'ailleurs un hyoïde bombé comme les guenons, quoique moins long, et aucun sac ne communique avec leur larynx.

Le coaka (s. paniscus) a l'organe tout semblable à celui des sapajous , mais il a de plus un sac situé tout autrement que ceux que nous avons décrits jusqu'ici. C'est une dilatation très considérable de la partie membraneuse delà trachée-artère immédiatement derrière

(i) Le mot de Sagouins comprend ici la famille des Ouistitis.

le cartilage cricoïde. Ce sac n'est donc pas rempli par l'air qui a déjà vibré, mais il faut qu'il s'emplisse avant que l'air puisse passer entre les rubans vocaux ; on doit donc le regarder comme une espèce de réservoir, dont l'animal peut se servir pour faire passer subitement au travers de sa glotte une grande quantité d'air, en comprimant son sac par le moyen des peauciers, et surtout des muscles qui vont du larynx au pharynx, et qui embrassent cette expansion. 11 doit donc beaucoup contribuer à grossir la voix.

Camper a remarqué , dans le coaïta , les protubérances intérieures, mais non pas le sac supérieur; ce qui a droit d'étonner, c'est qu'il parle d'un singe noir de Surinam, manquant de pouce, qui avait un grand sac au-dessous. Comme il n'y a parmi les espèces connues que le coaïta qui manque de pouce , nous ne savons de quel singe il veut parler à cet endroit (i),

Dans la famille des Ouistitis, le marikinci (S. rosalia), qui d'ailleurs ressemble par le larynx aux autres singes d'Amérique, offre encore un caractère remarquable : un sac membraneux, qui s'ouvre à un endroit tout particulier dans l'intervalle entre le cricoïde et le thyroïde ; ce qui est bien différent du sac des mandrills , ouvert entre le thyroïde et 1 epiglotte. Je n'ai point retrouvé ce sac, ni dans X ouistiti (S. jacchus), ni dans le tamarin (S. midas). Mais la grosseur proportionnelle de leurs cartilages cunéiformes y est en-

(i) Ceci a été écrit par M. Cuvier en 1804, Le genre Atèle, qui comprend les singes d'Amérique manquant de pouce, se compose, dans la dernière édition du Règne animal, de cinq espèces.

784 XL» LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES ORCr. DE RELATIONS.

core plus sensible, et ils sont encore mieux caractérisés pour des siffleurs que tous les autres. La saillie supérieure de ces cartilages divise même en deux la glotte supérieure, et lui donne une ressemblance apparente avec le larynx supérieur des oiseaux.

Celui de tous les Singes d Amérique qui a le plus singulier organe vocal , c'est ïalouate , ou sapajou hurleur (S. seniculus L.). Son hyoïde, ainsi que nous l'avons dit, t. IV, part. I , p. 467, est bombé en forme de vessie arrondie, et n'ayant qu'une entrée large et carrée. Le larynx lui-même ressemble entièrement à celui des sapajous ordinaires, il a de même les deux proémi* nences arrondies en avant des ventricules, etc.; mais chaque ventricule donne dans une poche membraneuse , qui se glisse entre l'épiglotte et Faile contigue du thyroïde , et qui se porte vers l'hyoïde.

Dans l'individu que j'ai disséqué, la poche droite seule occupait presque toute la cavité de l'hyoïde; la gauche se terminait à l'instant même où elle était près d'y pénétrer; mais il est probable que dans d'autres individus les poches seront égales, ou que la gauche aura quelquefois l'avantage.

Camper s'est trompé en supposant une poche unique qui viendrait de la base de l'épiglotte comme les mandrills , et Vicq-d'Azyr en admettant un canal commun dans lequel donneraient les deux ventricules. Cependant ce dernier, comme on voit , a plus approché de la vérité. L'air qui a passé entre les rubans vocaux pénètre donc en partie dans cette cavité osseuse et élastique de l'hyoïde, et c'est probablement de la résonnance qu'il y éprouve que vient l'effrayant volume de la voix de ces singes.

Dans les Makis , l'épiglotte est grande, oblongue et obtuse; elle est beaucoup plus couchée en avant que dans les précédents 5 et presque parallèle avec le thyroïde. Les aryténoïdes sont très petits et courts, les rubans vocaux bien libres et tranchants, les ventricules profonds latéralement et en arrière , et les ligaments antérieurs de la glotte si saillants , qu'il y a entre eux et l'épiglotte un second enfoncement notable parallèle à l'ouverture du ventricule. Ces ligaments formeraient peut-être un second instrument vocal, s'ils n'étaient plus écartés que les postérieurs, ou vrais rubans vocaux.

Du reste , dans tous ces animaux , le larynx diffère peu de celui de l'homme; les cornes antérieures du thyroïde et l'épiglotte sont seulement plus courtes à proportion, surtout ces cornes, qui sont moindres que les antérieures; les ventricules de la glotte s'enfoncent aussi un peu davantage en dessus, les cartilages aryténoïdes sont un peu plus petits.

On sent aussi que dans les espèces qui ont un sac membraneux, une grande partie de l'air doit être absorbée eu sortant d'entre les rubans vocaux ; en effet, chaque lois qu'ils crient, on voit leur sac se gonfler, et c'est probablement pourquoi tous ces animaux ont une voix plus faible que leur grandeur et leur vivacité ne semblaient l'annoncer.

3° et 4°- Dans les Insectivores et les Carnassiers,

On y observe presque autant de différences notables qu'il y a de genres,

L'épiglotte de la chauve -souris est si petite et si molle, qu'on en a quelquefois nié l'existence; ses rubans vocaux sont peu distincts.

786 XLe LEÇON. COMPLÉM. DES ORGANES DE RELATIONS.

Le genre canis a l'épiglotte triangulaire, les cartilages cunéiformes saillants en dehors, et ayant l'air d'être continus à l'épiglotte , et d'en former comme un repli rentrant; leur forme est celle d'un S italique ; les aryténoïdes sont effacés et fourchus lorsqu'ils sont dépouillés. Les rubans vocaux sont bien tranchants , bien libres , bien prononcés; les ventricules profonds, revêtus d'une membrane fort extensible. Leur bord supérieur, formé en partie par le cartilage cunéiforme , est un peu convexe vers le bas, de manière que les deux bouts de leur entrée sont plus larges que le milieu. Ils s'élèvent entre l'épiglotte et le thyroïde , et y forment un sinus demi-ovale , plus large en arrière qu'en avant. Les ailes du thyroïde sont moins hautes que dans l'homme; la corne postérieure est beaucoup plus large.

Le genre des chats a une structure toute différente, et presque la même dans toutes les espèces où nous l'avons examinée, savoir: le lion, le tigre ,1a panthère , 1 ocelot, le lynx , le chat commun, etc. Les ligaments antérieurs de la glotte ne sont pas, comme dans les chiens , contigus aux parois internes de l'épiglotte ; ils en sont au contraire séparés par un sillon large et profond de chaque côté. Leur épaisseur est considérable; mais ils n'ont en dedans aucun cartilage cunéiforme, et aboutissent directement aux aryténoïdes. Les ligaments postérieurs ne sont ni libres ni tranchants ; ils ne sont distingués des antérieurs que par leur apparence plus ferme, leurs stries plus régulières , et par un léger sillon, creusé entre eux dans la partie voisine de l'épiglotte, et qui ne conduit dans aucun ventricule. Vicq d'Azyr indique deux membranes situées au-des-

sous des ligaments postérieurs dans le chat domestique. Il aura voulu parler des replis ou stries de ces ligaments; il n'y a point de membranes particulières.

Il résulte de cette structure que , dans le genre des chats , ce sont plutôt les ligaments antérieurs qui doivent faire les fonctions de rubans vocaux. Leur réunion vers Fépiglotte forme une petite voûte contre laquelle l'air doit heurter avec force.

Le thyroïde est composé de deux ailes très obliques et étroites, qui lui donnent Pair d'un chevron; l'intervalle entre le cricoïde et lui, en dessous, est par là fort considérable. Les cornes antérieures sont remplacées par des cartilages particuliers. Les aryténoïdes sont rhomboïdaux; Fépiglotte est triangulaire. Dans le lion elle s'arrondit davantage.

Dans le genre des ours, c'est encore une structure toute nouvelle : les cartilages cunéiformes sont en forme de stylets, et leur extrémité postérieure fait une éminence marquée, non en dessus, mais en dehors des aryténoïdes. Les ligaments postérieurs ou rubans vocaux, qui sont épais, mais bien distincts, et qui tiennent aux aryténoïdes, s'élèvent entre les deux ligaments antérieurs qui tiennent aux cunéiformes, de manière que les quatre ligaments sont sur le même niveau, et que les ventricules de la glotte ne sont autre chose que deux sillons profonds, ouverts, non plus vers la cavité du larynx, mais en face de Fépiglotte. Ils s'enfoncent très peu entre celle-ci et le thyroïde. Les ligaments antérieurs, ou plutôt extérieurs, sont peu séparés de Fépiglotte. Le thyroïde est comme dans les chiens (eanis); Fépiglotte arrondi; les aryténoïdes en rhombe, plus larges que hauts.

788 XLe LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES ORG. DE RELATIONS.

Le raton diffère des ours en ee qu'il a les rubans vocaux plus profondément enfoncés.

Le coati a les deux ligaments aussi libres et aussi tranchants l'un que Fautre, quoiqu'en sens contraire; son ventricule est profond, mais il n'a point de sinus.

Le blaireau, si voisin des ours, a un caractère bien particulier à son larynx. Les ligaments ont la position ordinaire. Le postérieur a son bord libre assez obtus; l'antérieur a le sien, qui est le bord postérieur, au contraire très tranchant. Le ventricule est très ouvert, et donne dans deux poches qui s'étendent, lune fort avant sous la racine de la langue , où elle n'est séparée de sa congénère que par les muscles hyo-épiglottiens ; Fautre en arrière, entre le thyroïde et le cricoïcie. Le son doit être principalement produit par le brisement qu'éprouve Fair contre le bord postérieur du ligament antérieur, lorsqu'il entre avec force dans ces deux poches.

Les mangoustes et la civette ont la glotte comme les chats.

La marte a. ces mêmes sinus, mais l'antérieur est moins étendu à proportion ; la loutre ne les a point.

5° Les Amphibies.

Dans le phoque commuit, le ruban vocal est obtus et peu libre; le ligament antérieur se confond, en avant, avec la base de 1 epiglotte. Le ventricule est peu profond et sans sinus. Le phoque est encore remarquable en ce qu'il a les anneaux de la trachée continus. On a attribué cette particularité au lion, mais à tort. Il a seulement les deux extrémités de ses anneaux rapprochées.

6° Dans les Rongeurs,

Il paraît que dans les Rongeurs on trouve deux structures différentes, dont lune, plus muette, se rapproche de celle des Marsupiaux; l'autre, plus vocale, plus criante, a des rubans vocaux plus prononcés. On observe la première dans le porc- épie. Presque toute sa glotte est bordée par ses aryténoïdes, qui sont très longs et peu élevés; il ne reste qu mi petit espace entre eux et le sommet du thyroïde, garni d'une membrane plissée dans la direction de la glotte; point de ligaments ni de ventricule. L'épiglotteest demi-circulaire.

L'autre structure se voit dans les cochons dinde, agoutis , rats, etc. ; mais elle varie par la force des ligaments vocaux.

Dans le paca , par exemple, on retrouve des aryténoïdes pyramidaux, des cunéiformes, des rubans vocaux très visibles , quoique peu libres ; des ventricules à peine enfoncés. A la base de l'épiglotte, qui est demicirculaire, se voit un petit creux aveugle, où les deux sillons qui remplacent les ventricules semblent aboutir. Le cochon d'Inde est comme le paca.

\j agouti a des rubans plus tranchants et plus libres , et des ventricules très profonds s'enfoncent vers le haut en sinus semi circulaires, comme dans l'homme; l'épiglotte est triangulaire.

La marmotte a le bord postérieur du ligament antérieur très tranchant, plus même que le ruban vocal. Le ligament d'un côté se continue avec celui de l'autre. Les ventricules sont profonds , et ont une large fente qui communique encore avec une cavité aussi grande que chacun d'eux, située néanmoins en dedans du thy-

roïde. La plupart des petits ruts que j'ai examinés m ont paru ressembler à l'agouti.

Les /ièvres et les lapins ont une structure particulière. Ils manquent de ligament supérieur; néanmoins les aryténoïdes sont pyramidaux, et donnent attache à deux rubans vocaux, très libres et très tranchants, séparés de la base de l'épiglotte par un sillon profond quoique très étroit. Entre leur commissure , à la base de l'épiglotte , sont deux petits tubercules cartilagineux, saillants en dedans. Ils ne donnent point attache à l'extrémité antérieure des rubans, qui se fixent en dehors d'eux. [Ce sont, à notre avis, les cunéiformes , rapprochés en chevron sur la ligne médiane du thyroïde.]

70 Les Tardigrades et 8° les Edentés ont encore autant de structures particulières de larynx que de genres.

Le plus curieux est celui des paresseux : le ruban vocal a un bord libre et détaché, mais ce n'est pas le supérieur; c'est l'inférieur qui pend contre le paroi interne du cricoïde en forme de membrane triangulaire, et, pour ainsi dire, comme une valvule qui avait à empêcher la sortie de l'air. Il n'y a d'ailleurs point de ventricule, ni de ligament antérieur; à moins qu'on ne veuille prendre pour tel le bord même de la glotte, qui est circulaire et fort éloigné du ruban vocal.

Dans \ oryctérope , le bord de la glotte est formé par le ruban vocal même, et il n'y a qu'un sillon léger pour ventricule. Le ligament antérieur, s'il y en a un , est en dehors de l'autre. L'épiglotte est triangulaire et un peu échancrée.

Dans le tatou , je ne vois aucune inégalité en de-

dans du larynx. La glotte est assez étroite et l'épiglotte bilobée.

90 Les Proboscidiens et i o° les Pachydermes.

Parmi les premiers, X éléphant a un larynx fort simple. Les deux aryténoïdes ne se touchent point par leur face interne , qui est un peu concave. Leur bord supérieur et antérieur est en demi-ellipse; de leur partie inférieure , qui est assez enfoncée, part un ligament vocal très prononcé, bien tranchant, qui va, comme à l'ordinaire , s'attacher au thyroïde sous la base de l'épiglotte, mais en montant beaucoup; un sillon tient lieu de ventricule; il se creuse en arrière , et s'enfonce un peu plus loin que son ouverture : vers la commissure des deux rubans est, de chaque côté en dehors, un petit repli vertical qui va gagner l'épiglotte. Il n'y a d'autre ligament supérieur que le bord supérieur du sillon : il tient, comme le ruban vocal, à l'aryténoïde. Les ailes du thyroïde descendent fort en arrière; les cornes postérieures sont les plus longues; l'épiglotte est arrondie.

Dans presque tous les animaux que nous avons vus jusqu'ici, le ruban vocal est horizontal , ou monte un peu en avant quand on tient le tube de la trachée vertical.

Nous venons de voir qu'il monte beaucoup dans l'éléphant; sa direction est toute contraire dans le cochon; il y descend en arrière, c'est-à-dire que son attache thyroïdienne y est non seulement plus basse que l'aryténoïdienne , mais plus en arrière. Les aryténoïdes sont élevés et droits; leur extrémité supérieure se recourbe en arrière en une branche pointue et four-

792 XLe LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES OilG. DE BELATLONS.

chue : c'est par en bas que îe ruban vocal y tient; il est libre et tranchant. Le ligament supérieur qui tient anx aryténoïdes est gros, et son bord arrondi; le ventricule, peu profond, donne, de sa partie postérieure, un sinus obîong qui monte entre la membrane interne et le thyroïde, de la grandeur de l'extrémité du petit doigt. Cet enfoncement n'est guère plus considérable que celui du ventricule de l'homme, et je m'étonne qu'HÉRlsSANT lui ait donné tant d'importance. Le thyroïde ne fait point d'angle en avant ; il y est arrondi, tronqué à son bord supérieur, et sans corne de ce côté. L'épiglotte est arrondie. La glotte a en arrière une partie ronde entre les aryténoïdes.

Le larynx d'un fœtus d "hippopotame ne m'a point offert de ruban vocal , mais un simple relief presque longitudinal, formé par le rebord antérieur de laryténoïcîe.

D'après un dessin que j'ai sous les yeux, il parait que le Rhinocéros s. des rubans vocaux bien prononcés, des ventricules peu profonds, en avant de chacun desquels estime ouverture presque verticale, qui répond à une excavation peu profonde, placée à la base de l'épiglotte. C'est dans le fond de cette excavation que s'attachent les extrémités antérieures des ligaments supérieurs; entre eux est , à la base de l'épiglotte, une fosse peu profonde et très évasée. L'épiglotte est ovale et pointue.

ii° Dans les Solipèdes.

Les larynx des Solipèdes ont été décrits par Hérissant, mais, selon nous, avec peu d'exactitude. Voici ce que nous y avons observé.

SECT. II. ART. II. ORGANES DE LA VOIX DES MAMMIFÈiîES. 793

En général, l'épiglotte est triangulaire, épaisse à sa base. Le thyroïde est composé de deux ailes rhomboïdales obliques, à cornes peu saillantes, avec un petit trou près de la supérieure. La ligne de réunion des deux ailes est profondément échancrée en arrière. Le bord supérieur du cartilage rentre en dedans pour offrir une large base à l'articulation de l'épiglotte , et par là il forme une petite voûte à sa face interne.

Les aryténoïdes sont grands, recourbés en arrière à leur partie supérieure. L'inférieure saille en dedans du larynx, et donne attache à un ruban vocal étroit, situé profondément, et détaché tant à son bord supérieur qu'à i inférieur.

Le cunéiforme, articulé au bas de l'épiglotte, reste caché dans les membranes, et ne se montre point au bord de la glotte. Il n'y a point de ligament supérieur, ni de ventricule proprement dit; mais un trou percé dans la paroi latérale, au-dessus du ruban vocal, conduit dans un grand sinus oblong, caché entre cette paroi et le thyroïde, et recouvert en grande partie par les muscles thyro-aryténoïdiens , qui doivent pouvoir le comprimer.

Au-dessus delà commissure antérieure des deux rubans vocaux, et par conséquent sous la base de l'épiglotte, est un trou impair qui donne dans une cavité pratiquée sous la voûte que forme le rebord antérieur du thyroïde.

Toutes ces choses sont communes au cheval et à Ydne. Voici maintenant les différences.

Le trou qui conduit dans la poche latérale est grand et oblong dans le cheval. îl est percé immédiatement au-dessus du ligament vocal de chaque côté; de ma-

nière qu'il ressemble presque à un ventricule de glotte ordinaire. Dans Y âne, au contraire, il est petit, rond, et percé plus près de l'épiglotte que du ligament vocal . il conduit néanmoins dans une poche tout aussi considérable que celle du cheval. On voit à la face interne un repli de la peau à l'endroit où serait le bord supérieur du trou du cheval.

En second lieu, la cavité pratiquée en avant sous le rebord du thyroïde est peu profonde dans le cheval , et ne forme qu'un léger enfoncement; son ouverture est très large. Dans Ydne, elle est un vrai sinus assez grand, arrondi en tous sens, et dont l'entrée est petite, ronde , plus étroite que la cavité même ; mais, ni dans l'un ni dans l'antre, cette cavité ne communique avec les deux poches latérales.

Le mulet né d'un âne et d'une jument a les poches latérales ouvertes par un grand trou ovale, près du ruban, comme le cheval : l'ouverture de sa cavité' antérieure est aussi plus large que dans l'âne; son larynx est plutôt un larynx de cheval qu'un larynx d'âne. Je n'ai point encore examiné le bardeau ou le mulet né dune ânesse et d'un étalon ; il faut que ce soit lui qui ait été disséqué par Hérissant; car cet anatomiste attribue au mulet un larynx semblable à celui de l'âne. Tous les naturalistes qui ont parlé des générations mélangées ont copié Hérissant sans examen , et en ont déduit des conséquences très illusoires touchant l'influence du mâle dans la génération.

Les différences de Ydne et du cheval se réduiraient donc, selon nous, à ce que le premier a les entrées des trois cavités accessoires qui communiquent avec son larynx très étroites ; tandis que le second les a larges

et bien ouvertes ; et à ce que la cavité mitoyenne est plus grande, en tous sens, clans Xâne,

Dans le cheval et dans le mulet, on voit, à la commissure des deux rubans vocaux, un repli à peine perceptible de la muqueuse, qui se porte de l'un à l'autre j il me semble qu'HÉRiSSANT en a beaucoup exagéré la grandeur et l'importance. Il n'est pas sensible danslV^e.

La cavité antérieure de Xâne rappelle, pour la forme, mais non pour la position, celle de l'hyoïde de l'allouate : c'est aussi sans doute le résonnement qui s'y fait qui produit ce terrible son du bruire.

Un Couagga, que j'ai examiné autrefois, m'a offert un larynx de cheval: seulement, je n'y ai point aperçu la petite membrane transverse de la commissure. Je n'ai point encore disséqué de zèbre.

1 2a Les Ruminants

Ont un larynx simple et assez uniforme dans presque tout l'ordre. L'aryténoïde a, outre son apophyse articulaire, un angle supérieur qui se recourbe en arrière et fait les deux tiers du bord de la glotte, et un inférieur recourbé en avant, auquel tient le ruban vocal. Celui-ci se porte directement au thyroïde, et s'attache à son tiers inférieur. L'aryténoïde saillant en dedans par-dessous, le ruban en fait autant; mais son bord inférieur est obtus, et se continue avec le reste de la membrane interne; son bord supérieur est plus ou moins libre et tranchant selon les espèces: ainsi il l'est beaucoup plus dans les cerfs et daims que dans les gazelles, et il n'est presque pas distinct dans le mouton ni dans le bœuf. La face interne des deux aryténoïdes se touche, et l'air vibrant ne peut passer qu'entre leur bord antérieur et

796 XLe LEÇON. COMPLEMENTAIRE DES ORG. DE RELATIONS.

l'épiglotte. Ce passage est pins ou moins étroit, selon les espèces. Il n'y a ni ligament supérieur, ni ventricule, si ce n'est le sillon qui résulte Je 3a distinction plus ou moins prononcée du bord supérieur du ruban vocal; il n'y a non plus aucun cartilage cunéiforme.

Quelquefois le thyroïde est bombé en dehors, à l'endroit où les ligaments vocaux s'y attachent : cela se voit dans le daim, encore plus dans le bubale , où cette convexité est presque pyramidale. C'est elle qui produit la forte saillie sous la gorge de Y antilope gutturosa.

Dans la gazelle commune (A. dorcas), la corine (A. corina), et probablement dans plusieurs espèces voisines, on observe, à la base interne de Fépiglotte, un peu au-dessus de la commissure des rubans vocaux, un trou qui conduit dans un sinus membraneux , caché entre Fépiglotte et le thyroïde.

Camper a trouvé, au même endroit, dans le renne, un grand sac qui s'étend sous la gorge , comme celui du mandrill. Il n'y en a point dans le cerf, le daim, Yaxis et le bubale.

Le thyroïde, formé de deux ailes, à peu près carré, varie pour les échancrures et la longueur relative des cornes.

Dans les cerfs, les antérieures sont fort longues, les postérieures presque nulles; dans le mouton, le bœuj\ c'est tout le contraire, etc.

Le lama ne rentre point tout-à-fait dans cette description générale. Il a des ventricules de glotte entre dciix ligaments bien distincts , dont le postérieur est néanmoins plus tranchant que l'autre. Ils tiennent tous deux à Faryténoïde; il n'y a point de sinus; [il n'y en a

pas non plus dans le chameau , dont les ligaments de la glotte sont très saillants, surtout les postérieurs.]

1 3° et 1 4°. Dans les Cétacés Herbivores et Carnivores,

[Dans le Dugozig, suivant E. Home, la glotte n'a pas de ventricule, et l'épiglotte ne fait pas un tube avec les aryténoïdes.]

Dans le dauphin et le marsouin}\e larynx ne forme pas, comme dans les autres mammifères, une ouverture oblongue sur le fond du gosier, que l'épiglotte couvrirait pour laisser passer dessus les aliments, sans leur permettre d'entrer dans la trachée-artère. C'est au contraire une pyramide qui s'élève pour pénétrer dans la partie postérieure des narines, et s'y ouvrir par son extrémité seulement, et qui laisse à chacun de ses côtés un passage pour les aliments.

Cette structure était, nécessitée par la manière de vivre de ces animaux : ayant toujours la bouche dans l'eau, l'ouvrant pour y engouffrer des torrents d'eau et des bancs entiers de poissons 5 toutes les précautions qui garantissent à l'air un accès toujours libre par le nez n'eussent servi de rien , s'il y eût eu toujours une colonne d'eau interposée entre ce nez et le larynx, et cela ne pouvait s'empêcher qu'en élevant beaucoup le larynx au-dessus du niveau de la bouche et du gosier.

Cette élévation est formée par les cartilages aryténoïdes et par l'épiglotte : les deux premiers sont en forme de triangles très allongés, dont le côté le plus petit est celui de leur articulation avec le cricoïde. L'épiglotte est aussi en triangle fort allongé, et elle est réunie par les côtés aux deux aryténoïdes, au moyen de la membrane commune ; en sorte qu'il ne rçste

798 XLe LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES ORG. DE RELATIONS.

qu'une ouverture assez petite vers le haut, qui fait à peu près le bec de tanche, et en travers.

Il ne peut y avoir, à ce moyen , ni glotte ni cordes vocales ; et lorsqu'on ouvre cette pyramide , en séparant 1 epiglotte des cartilages aryténoïdes , on voit que la trachée se continue en un canal toujours rond, mais se rétrécissant peu à peu jusqu'à l'ouverture transversale du sommet. On ne voit à la face interne que des rides longitudinales formées par la membrane qui la revêt , et des trous qui y versent une liqueur muqueuse propre à la lubrifier.

Je suis , d'après ces observations , porté à penser, comme l'a déjà fait Hun ter, que les Cétacés, du moins les dauphins et les marsouins , n'ont aucune voix proprement dite ; car il n'y a dans leur larynx rien de ce qu'on peut croire propre à en produire une dans les larynx ordinaires.

Le cartilage thyroïde est très large , ses cornes antérieures sont courtes , les postérieures sont très longues et larges : le cricoïde est interrompu en dessous. Outre les muscles ordinaires , qui sont comme dans les autres mammifères , et le thyro-épiglottien, qui est fort grand, il y a un stylo-thyroïdien qui va du thyroïde à la partie supérieure de l'os styloïde.

i5° Les Marsupiaux.

Les Mammifères de cette catégorie ont un larynx très particulier.

a. Section des Didelphes. Dans le Kanquroo , les aryténoïdes sont très grands, et font par leur bord supérieur les deux tiers de celui de la glotte. Il n'y a ni cartilage cunéiforme, ni ligament antérieur, ni ventri*

cule d'aucune espèce. On pourrait même dire qu'il n'y a point de ruban vocal; le tiers restant du bord de la glotte est formé par une membrane libre, allant de l'aryténoïde au thyroïde , mais si large qu'elle fait plusieurs plis, et qu'il est impossible que l'aryténoïde recule assez pour 'la tendre. L'extrémité du thyroïde, qui porte l'épiglotte , forme une petite concavité dans laquelle répond cette membrane. Les bords de la glotte sont assez écartés dans leur milieu. Je ne puis apercevoir dans cette disposition aucun instrument vocal, et je me trompe fort, ou le kanguroo doit être à peu près muet; l'épiglotte est arrondie et un peu échancrée.

Dans le sarigue , les aryténoïdes ont la même grandeur, le thyroïde la même concavité : il manque également de ligament supérieur; mais il y a un petit ligament inférieur, susceptible de tension , quoique très peu distinct des parois. L'épiglotte est ovale; à sa base sont deux petites saillies membraneuses , qui doivent être ébranlées par l'air sortant d'entre les ligaments, et produire quelque frémissement. La voix de ces animaux n'est qu'un soufflement.

Les phalanqers de Cook et à longue queue ont une membrane à la fois pour ligament vocal et'pour complément du bord de la glotte, plus distincte que celle du kanguroo; mais il y a dessous, dans la première espèce , un sillon entre ce ligament et le cricoïde, qui pourrait passer pour une sorte de ventricule autrement placé qu'à l'ordinaire ; leur épiglotte est arrondie. Dans le phalanger ordinaire (Did. orientalisL.), il n'y a nulle saillie , ni distinction de ces ligaments, et l'épiglotte est fortement éehancrée.

Le phascolome ( didelphis ursina Shaw.) a le liga-

800 XLe LEÇO?s. COMPLÉMENTAIRE DES ORG. DE RELATIONS.

ment unique aussi peu distinct que le sarigue. Lépiglotte est oblongue et un peu écharicrée.

b. Dans la Section des Monotrêmes , Xéchidné a de même le bord de la glotte formé par l'aryténoïde et le ligament vocal unique, sans ventricule. Le ligament est plus long à proportion, et fait les deux tiers du bord.

La même chose a lieu dans Xornilhorhynque , où Ton voit de plus le même ventricule extraordinaire entre le cricoïde et le ligament, que dans le phalanger de Gook. Il y est même très profond. L'épiglotte de IVchidné est échancrée; celle de X ornithorhynque fort pointue.

B. Des lèvres.

Après le larynx, c'est la bouche qui doit être regardée comme l'instrument principal de la voix, ou plutôt la bouche est le tube, dont le larynx est Tanche, et les narines sont un trou latéral de ce tube.

Les moyens qui changent la configuration intérieure de la bouche, et ceux qui ouvrent ou ferment plus ou moins les narines par dedans et. par dehors , ont déjà été décrits dans les leçons de la mastication, de la déglutition et de l'odorat, lorsque nous avons parlé des mouvements de la mâchoire, de la langue, du voile du palais et de ceux des narines extérieures : néanmoins nous n'avons pas fait d'application de la connaissance de ces organes à la théorie de la voix, parce quon n'est pas encore en état d'en apprécier l'influence; nos instruments de physique et de musique ne nous offrant rien de semblable.

11 nous reste à parler des lèvres : nous aurions pu en traiter aux articles de la mastication et de la dégluti-

SECï. lï. AllT. II. 0EGANES DE LA VOIX DES MAMMIFERES. 80 1

tion, car elles aident à ces deux fonctions, en empêchant les aliments de tomber de la bouche; mais elles aident encore davantage à la parole, car ce sont elles qui produisent la plus grande partie des modifications que nous exprimons par les voyelles et par les consonnes.

Des lèvres proprement dites, c'est-à-dire charnues et mobiles par elles-mêmes et indépendamment des mâchoires, n'ont été données qu'aux Mammifères $ les Cétacés même en sont déjà dépourvus. Les poissons ont bien quelquefois des vestiges de lèvres [et même des lèvres très développées], mais ce sont des animaux sans voix.

lies lèvres sont peut-être les parties par lesquelles Y Homme surpasse le plus les Mammifères , celles pour lesquelles il y a le saut le plus subit de lui aux Singes, par exemple. C'est dans les lèvres, surtout, qu'il faut chercher l'explication de l'impossibilité où sont les Quadrupèdes d'imiter notre parole.

D'abord, les lèvres de X homme sont dans un seul plan, au-devant des mâchoires, et peuvent prendre toutes sortes de figures sans être gênées par les parties osseuses. Dans tous les Quadrupèdes à museau saillant, elles se contournent autour des mâchoires, les suivent dans leurs mouvements, et ne peuvent ni s'avancer, comme quand nous prononçons Vu, ni se disposer en cercle, comme quand nous prononçons Yo. Outre la parole, l'homme tire du jeu de ses lèvres presque toute la vivacité de sa physionomie, et cette variété d'expression, autre sorte de langage dont aucun animal n'est capable.

802 XLe LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES ORO. DE RELATIONS.

En second lieu X homme a plus de muscles , et ils sont plus distincts que dans aucun Quadrupède.

On compte, dans Y homme , dix muscles différents , dont neuf pairs et un impair, par conséquent en tout dix-neuf, savoir:

i° L'orbiculaire, qui les entoure, en se fixant cependant principalement aux deux commissures, et qui les ferme;

2° Le carré do menton, qui tient au bord latéral inférieur de la mandibule, monte obliquement en dedans à la lèvre inférieure, qu'il abaisse en l'élargissant;

3° L'abaisseur de l'angle des lèvres, venant comme le précédent, qu'il recouvre, et montant plus verticalement à l'angle des lèvres, qu'il abaisse;

4° Le releveur de l'angle des lèvres ou canin , qui tient à un creux de la mâchoire supérieure, et descend directement à la rencontre du précédent, dont il est l'antagoniste;

5° Le buccinateur, le plus profond de tous, tenant aux deux mâchoires, qu'il réunit , et se portant vers les côtés de l'orbiculaire, auquel il se joint;

6° Le grand zygomatique, venant de l'arcade de ce nom, descendant obliquement en avant, se trifurquant pour s'unir par une languette à l'orbiculaire, par deux autres à l'abaisseur; il écarte les angles des lèvres et élargit la bouche;

7° Le petit zygomatique ? qui manque quelquefois, attaché un peu en avant du précédent, auquel il est parallèle, et allant à la lèvre supérieure, dont il relève le côté;

8° Le releveur propre de la lèvre supérieure ou incisif, attaché à la mâchoire supérieure sous l'orbite , et à la lèvre supérieure;

90 Le releveur de l'aile du nez et de la lèvre supérieure, descendant le long du côté du nez, et donnant une languette à l'aile du nez, et une autre plus antérieure à la lèvre supérieure;

2 0° Le nasal de la lèvre supérieure , naissant de l'aile du nez près du septum , et allant rejoindre Forbiculaire et Fabaisseur de l'angle; raccourcissant la lèvre supérieure.

On conçoit sans peine quelle infinie variété de mouvements et de configurations un appareil si compliqué doit produire : il disparaît presque subitement dès l'ordre des Quadrumanes, qui ne sait faire aussi que des grimaces uniformes.

Ainsi, dans les papions, magots, etc., on voit sous la peau une expansion musculaire uniforme qui semble faire partie du muscle peaucier; sa partie supérieure se fixe sous l'orbite et à l'arcade zvgomatique; l'inférieure se continue avec le peaucier : ses fibres enveloppent longitudinalement le museau, et viennent se terminer aux deux lèvres, quelles écartent l'une de l'autre. Sous cette expansion on remarque un buccinateur bien prononcé, qui sert de plus à couvrir l'abajoue; un releveur de l'angle des lèvres , un orbiculaire et quelquefois un vestige de zygomatique.

Dans le chien, il y a pour tout muscle de la lèvre supérieure une expansion venant des environs de 1 angle antérieur de l'œil , et s'épanouissant sur toute la lèvre ; et un autre petit muscle qui descend de l'aile du nez, près du septum, au milieu de la lèvre. Sous cette expansion est Forbiculaire et le buccinateur. La lèvre inférieure a un abaisseur très mince.

Mais à mesure que les animaux s^ioigaent de

804 XLe LEÇON. COMPLÉMENTAIRE DES ORG. DE RELATIONS.

l'homme , et que leur museau , s allongeant davantage, rend des mouvements des lèvres semblables aux nôtres impossibles, la nature semble leur rendre des muscles qu'elle avait retranchés aux animaux plus parfaits. Ainsi, clans le mouton. Ton trouve : i° un orbiculaire; 2° un mentonnier, ou abaissent* de la lèvre inférieure; 3° un buccinateur; 4° un zygomatique très grand et très prononcé; 5° un releveur de l'angle des lèvres; 6° l'analogue du nasal de la lèvre supérieure, servant à en relever le milieu, et semblable à celui dont nous avons parlé dans le chien ; 70 une expansion qui vient des environs de l'angle antérieur de l'orbite, et s'épanouit sur le buccinateur.

Les muscles des lèvres du cheval sont encore plus curieux. i°Le releveur de sa lèvre supérieure est surtout très remarquable ; il vient devant l'orbite , descend le long du nez , unit son tendon à celui de son correspondant entre les deux narines, et le tendon commun s'insère au milieu de la lèvre supérieure. C'est par le moyen cle ce muscle que les chevaux et les ânes relèvent si fort cette lèvre, lorsqu'ils hennissent ou braient; on trouve son analogue dans le tapir. 20 Le buccinateur et 3° l'orbiculaire n'ont rien de particulier. 4° Le releveur de l'angle s'épanouit sur le buccinateur, et semble former un second muscle de ce nom : c'est le molaire externe de Bourgelat. 5° Le zygomatique est bien prononcé. 6° Un muscle commençant par un principe étroit en avant de 1 arcade zygomatique, s'épanouit sur l'aile du nez et sur la lèvre inférieure : c'est l'analogue du releveur de l'une et de l'autre dans l'homme, le pyramidal de Bourgelat, le grand susmaxillo-nasal de Girard, etc. 70 Un muscle venant de

la partie supérieure du nez, se porte obliquement en dehors, croisant sur lereleveur de la lèvre supérieure, se bifurque, glisse une de ses parties sous le précédent pour aller au nez, et croise l'autre dessus pour aller à l'angle des lèvres, qu'il relève. 8° L'abaisseur long de la lèvre inférieure se termine par un tendon étroit comme le releveur de la supérieure, mais les deux tendons de chaque côté ne contractent pas d'union. 90 et io° Chaque lèvre a encore un petit muscle court, que Bourgelat a nommé mitoyen supérieur et inférieur.

Dans les animaux qui ont un nez très saillant audevant de la bouche, comme le cochon , la taupe, IVlépfrant, etc., il n'y a presque pas de lèvre supérieure distincte, et les muscles qui lui appartiennent sont plutôt employés à mouvoir le nez qu'à modifier l'ouverture de la bouche. Nous en avons parlé dans la quinzième leçon (t. III, p. 70 et suiv.). Voir encore les planches 27 et 28 de notre première édition (1).

(1) Consultez, pour la théorie de la voix de l'homme et des mammifères :

;t. La Dissertation inaugurale de M. Dutrochet ayant pour titre : Essai (Ptiue nouvelle théorie de la voix humaine. Paris. 1806.

h. Le Mémoiie sur la voix humaine , par Félix Savait. — Annales de chimie, t. XXX, p. 64. Paris, 1828.

c. Bennati. — Recherches sur le mécanisme de la voix humaine. Paris, l832.

d. Les communications de M. Catjniard-Latour i\ la Société philomntique depuis i836, i838, i83g, etc. — Voir les extraits des procèsverbaux des sciences de cette Société, et le journal l'Institut, pendant ces mêmes années.

e. Le Précis élémentaire de physiologie , par F. Ma(jendie, membre de l'Institut, 4e édition. Paris, i83G, l. 1, p. 279 et suiv.

ARTICLE III

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