III. Du larynx supérieur
Le larynx supérieur des Oiseaux est situé à l'extrémité supérieure de la trachée-artère, et à la base de la langue ; il est porté parla queue de l'os hyoïde , à laquelle il est attaché fixement par une cellulosité serrée ; il est composé de six ou de quatre pièces osseuses; la principale est analogue au cartilage [thyroïde] de l'homme et des mammifères; elle se trouve dans quelques espèces [dans la plupart] divisée en trois pièces [une moyenne inférieure et deux latérales et supé-
(i) Voir notre t. VII, p. 60 à 86, pour plus de détails sur la forme et a composition de la trachée-artère des oiseaux.
rieures] ; c'est ce qui porte alors leur nombre total de quatre à six.
La pièce moyenne et inférieure est très grande, d'une forme ovale ou triangulaire; la portion supérieure est en forme de demi-anneau, [et composée de deux pièces distinctes se rencontrant sur la ligne médiane. Sur le milieu de ce demi-anneau [brisé] est placé un petit os arrondi [le cricoïcle] , auquel s'articulent deux autres pièces osseuses et oblongues, longitudinales, presque parallèles à la partie supérieure du cartilage principal , la touchant par leur bord externe, et interceptant entre elles l'ouverture de ce larynx supérieur [ce sont les aryténoïdes].
Cette ouverture est donc comme une fente longitudinale que l'on aurait faite à la face postérieure du tube qui constitue la trachée-artère; au lieu que la glotte du larynx des mammifères et de l'homme est disposée de manière que son plan traverse le cylindre de la trachée.
Indépendamment de cette différence dans la position de la glotte, il y en a une plut; essentielle dans sa structure, en ce qu'elle est formée, clans les oiseaux, par deux pièces osseuses | les aryténoïdes], qui ne peuvent que s'écarter ou se rapprocher, et jamais se tendre ni se relâcher; tandis que dans les mammifères, les bords de la glotte sont formés par des faisceaux de fibres tendineuses, enveloppés dans une membrane, et qu'ils peuvent être tendus ou relâchés, allongés ou raccourcis, par la rétraction ou la protraction des cartilages aryténoïdes et l'action de leurs muscles propres.
Dans les Oiseaux , les fonctions de i'épiglotte sont remplies par des pointes cartilagineuses placées sur les
bords de la glotte, et disposées de manière à empêcher les substances alimentaires d'y entrer lors de la déglutition. [Ces pointes manquent dans plusieurs ordres (1).]
Comme le bec des oiseaux est fendu pour l'ordinaire jusque vis-à-vis du larynx supérieur, et même quelquefois plus avant, et qu'il n'a point de lèvres qui puissent le fermer en tout ou en partie, on ne peut pas le considérer comme faisant partie de l'instrument vocal, et il n'influe pas sur le ton de la voix ; mais sa voussure et sa forme intérieure influent plus ou moins sur les résonnances et sur les articulations.
Le larynx supérieur n'ayant [généralement] d'autre office que d'ouvrir et de fermer plus ou moins la trachée, il varie fort peu d'oiseau à oiseau.
[M. Cuvier, qui avait rédigé lui-même, dans notre première édition, la leçon sur les organes de la voix des vertébrés, avait donné trop peu de détails sur la composition du larynx supérieur des oiseaux, préoccupé sans doute de l'importance des découvertes qu'il avait faites , dans son premier et si remarquable travail d'anatomie comparée, sur leur larynx inférieur (2).
L'état actuel de la science nous force d'y suppléer autant que possible dans le peu de lignes dont nous pouvons disposer.
En étudiant le larynx supérieur des Oiseaux sous le rapport de son analogie de décomposition avec le larynx des Mammifères , on y trouve :
i° Un cartilage principal, le thyroïde , presque tou-
(1) Voir à ce sujet notre t. IV, part. II, p. 595-097. (2) Sur le larynx inférieur des Oiseaux , Magasin encyclopédique, t: II. Paris, 1795.
jours composé de trois parties distinctes, une moyenne inférieure , qui se prolonge souvent en pointe ou en forme de bec d'aiguière, en avant de la glotte, et deux latérales et supérieures, dont les extrémités sont le plus ordinairement rapprochées de ce dernier côté , et non soudées, ou restent plus rarement écartées.
Ces parties latérales du thyroïde peuvent s'ossifier et se souder avec la pièce moyenne, mais il est rare qu'elles ne laissent pas quelque trace de la suture qui les unissait.
Cette pièce principale du larynx supérieur des oiseaux a un développement proportionnel plus grand que le thyroïde des mammifères, dont elle est cependant l'analogue , de la manière la plus évidente pour nous.
Dans quelques genres des ordres de cette classe, ceux des Rapaces et des Brêvipennes exceptés, la face interne du thyroïde est divisée dans sa longueur par une crête médiane cartilagineuse qui fait plus ou moins de saillie, en s'élevant vers la glotte.
Cette crête existe, entre autres, dans les canards, les plongeons ,1e bec-en-ciseau, etc., parmi les Palmipèdes; les cigognes , parmi les Echassiers ; la pintade, parmi les Gallinacés ; le coucou , parmi les Grimpeurs ; X engoulevent, parmi les Passereaux , etc.
Dans ! "albatros , elle est précédée d'un gros tubercule à trois pointes mousses, dont la moyenne est la plus saillante.
Le bord antérieur du thyroïde a souvent une languette épiglottique , ainsi que nous l'avons déjà dit, de nature cartilagineuse ou même osseuse, qui n'est pas mobile et ne se replie pas sur la glotte , mais que l'on peut considérer comme un rudiment d epiglotte , lorsqu'on étudie le larynx supérieur des oiseaux, non
plus sous le rapport de ses fonctions, mais sous celui de sa composition générale.
2° Le cricoïde est , au contraire, du thyroïde, à peu près à l'état rudimentaire. D'un côté, les premiers anneaux de la trachée-artère ne formant plus, comme chez les mammifères, des demi-cerceaux, mais des cercles entiers, de l'autre le thyroïde composant un anneau complet, le cricoïde a pu être réduit à sa partie articulaire avec les aryténoïdes.
Le plus souvent, sa forme, qui varie beaucoup, est étroite et longue, un peu élargie en palette vers le haut. Dans Y albatros, il forme une lame étroite d'avant en arrière , placée comme un coin entre les deux aryténoïdes, qui viennent s'articuler contre ses faces latérales.
3° Les aryténoïdes existent dans le larynx supérieur des Oiseaux; ils y ont même, le plus souvent, de très grandes proportions relatives. Ils sont en connexion comme à l'ordinaire, en arrière avec le cricoïde, et en avant avec la pièce médiane du thyroïde , dans quelques cas par le moyen d'un ligament.
Ils bordent la glotte recouverts par la muqueuse de la bouche, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire d'une bande ligamenteuse qu'ils supportent et qu'ils entraînent dans leurs mouvements d'adduction et d'abduction.
Les muscles qui meuvent cette partie appartiennent essentiellement aux aryténoïdes, qu'ils rapprochent ou écartent l'un de l'autre , pour fermer ou pour ouvrir la glotte.
Les premiers sont de petits muscles impairs dont les fibres transversales vont d'une extrémité de l'aryténoïde à l'autre, soit en avant (celles du constricteur
antérieur), soit en arrière (celles du constricteur postérieur}.
Le dilatateur de la glotte est un muscle pair, qui s'élève du bord supérieur des pièces latérales du thyroïde vers la crête externe de chaque aryténoïde.
Le constricteur antérieur manque quelquefois (dans le canard) , mais le postérieur et les dilatateurs de la glotte m'ont paru constants.]
Je crois avoir établi dans cet article :
i° Que le son est produit dans les Oiseaux comme dans les instruments à vent de la classe des cors;
q° Qu'il est déterminé, quant à son ton, par les mêmes moyens que dans ces sortes d'instruments;
3° Qu'autant que nous connaissons les choses qui déterminent le timbre, leur effet dans les oiseaux est le même que dans nos instruments ;
4° Que les oiseaux ont la voix d'autant plus facilement variable qu'ils ont plus de perfection dans les trois sortes d'organes qu'ils emploient pour faire varier le ton:
5° Que leur voix nous paraît d'autant plus agréable que leur trachée ressemble davantage aux instruments dont les sons flattent notre oreille.
Je crois pouvoir en conclure que l'organe de la voix des Oiseaux est un véritable instrument à vent de la classe des cors, des trompettes, et surtout qu'il peut être comparé dans tous ses points au trombone.
ARTICLE II
Nous sommes bien éloignés d'avoir une théorie aussi complète de ceux-ci que des précédents, ni de pouvoir
observer une marche aussi ferme clans leur description : la plupart de ces animaux ne produisent d'ailleurs que des bruits plus ou moins bizarres, que nos instruments n'imitent point.
Il y a cependant des articles déjà très évidents : ainsi l'intervalle des rubans fibreux et plus ou moins tranchants du larynx , placé au sommet de la trachée , rubans nommés ligaments inférieurs delà glotte, est le lieu où se forme le son ; la grandeur, la liberté, la tension de ces rubans, influent sur l'origine même du son ; toute la trachée ne sert que de porte-vent: aussi variet-elle peu pour ses formes; ses anneaux ne sont presque jamais complets, mais laissent en arrière une bande simplement membraneuse, etc.
Le son produit par les rubans vocaux, ou ligaments inférieurs de la glotte, peut-être modifié :
1° Par la forme et les dimensions du passage qui lui est ouvert au travers du reste du larynx ;
2° Par sa résonnance ou sa dispersion dans les cavités attenantes à ce larynx , comme les ventricules de la glotte , les sinus et poches qui communiquent quelquefois avec eux , les poches qui s'ouvrent au-devant du larynx, etc.;
3° Par la forme et les dimensions du double passage que lui fournissent la bouche et les narines , et par les variations qu'y produisent les positions diverses de la langue et des lèvres.
Malheureusement l'étude de ce dernier point n'est pas même encore commencée anatomiquement ; et tout ce que nous pouvons faire aujourd'hui, c'est de donner une ébauche relativement aux deux premiers. Elle est cependant plus complète qu'on ne pourrait la recueillir des ouvrages de tous nos prédécesseurs.
774 XL' LEÇON. COALPLÉMEISTAIKE DES OBG. DE BELÀTIONS.