DES GLAKDES DE COWPER ET DE L'HUMEUR QU'ELLES SECRETENT
[On appelle ainsi de petites glandes dont le canal excréteur est en rapport, chez Y homme et les Mammifères , avec le commencement de la partie érectile ou vascnlaire du canal de l'urètre , ou avec la fin de sa partie pelvienne.
Ces glandes ont beaucoup de rapports avec les prostates.]
A. Chez r homme.
Les glandes qui portent ce nom, dans Y homme, sont au nombre de deux, situées immédiatement derrière le bulbe de l'urètre : elles ont la grosseur et la forme d'un pois, un tissu jaunâtre, une structure celluleuse et un seul canal excréteur, qui perce oblique-
ment l'urètre et s'ouvre dans sa partie bulbeuse. [On leur découvre parfois une cavité centrale d'un demi jusqu'à un millimètre de diamètre, dans laquelle le canal excréteur prend naissance, avec un diamètre d'un tiers de millimètre ; c'est dans cette cavité centrale qu'aboutissent des canaux peu ramifiés qui tirent leur origine de cryptes, formant des grains glanduleux réunis en grappes , ayant une forme plutôt anguleuse que vésiculaire, et un diamètre de i/3o et au plus i/i-2 de millimètre.] Ces glandes ont échappé longtemps, à cause de leur petit volume, aux recherches des anatomistes. On serait tenté de croire, par la même raison, qu'elles ne jouent, chez l'homme, qu'un rôle très secondaire. Il n'en est pas de même, comme nous allons nous en convaincre, dans plusieurs mammifères, où elles sont, en général, plus développées à proportion, et chez lesquels leur volume excède quelquefois , de beaucoup, celui des prostates.
[Il est remarquable que, dans l'espèce humaine, le sexe mâle ne soit pas exclusivement pourvu de ces glandes, et qu'elles existent aussi chez la femme (1).
On les trouve derrière un rudiment de bulbe de l'urètre. De leur côte interne et inférieur sort leur canal excréteur, qui a om,o-2 de long et s'ouvre dans le vagin, un peu en dedans de son origine.]
B. Dans les Mammifères.
Ces glandes existent dans tous les Quadrumanes, dans les Chéiroptères, et parmi les Carnassiers , dans
(i) Voir Frietlerich Tiedemann von den Duverneyschen Driïsen des Weibs, etc. Heidelberg, 1 840; etFalentinBepertorium, pour 1837, p. i3s.
182 XXXIIie LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES.
Xichneumon, et sans doute dans les autres mangoustes, dans la civette, Y hyène, les chats, les Rongeurs (excepté les lièvres proprement dits), les Pachydermes et la plupart des Ruminants et tous les Marsupiaux. Elles manquent dans les Insectivores, les ours, le raton, dans la loutre et les martes, dans les chiens-, dans plusieurs Ruminants tels que les cerfs ; dans les Solipèdes, les phoques , parmi les Amphibies quadrirèmes et les Cétacés.
On voit quelles se trouvent assez souvent avec les prostates et les vésicules séminales; ou avec les vésicules séminales et les vésicules accessoires; ou avec les prostates seulement.
Chez les Didelphes carnassiers, ce sont les seules glandes accessoires : aussi semblent-elles très essentielles dans tous les animaux de cette division des Marsupiaux.
Leur structure est loin d'être toujours parfaitement semblable. Celles des Quadrumanes, des Carnassiers , et des Ruminants ont peu de cavité et un tissu serré. Les écureuils et les marmottes les ont vides et comme vésiculeuses dans une bonne partie de leur étendue ; ce qui a pu les faire considérer, ainsi que leur grand volume, pour des vésicules séminales. Mais les rapports de leur canal excréteur avec l'urètre sont tels , précisément dans ce cas, qu'il serait impossible au liquide séminal d'y parvenir : il faut donc que l'humeur qu'elles renferment soit séparée par leur portion glanduleuse. Cette humeur les gonfle d'ailleurs dans toutes les saisons. Elle paraît généralement d'un blanc bleuâtre ou opaliu, demi-transparente, ayant la consistance de l'amidon , et parvient constamment dans la portion bulbeuse de l'urètre par un seul orifice.
Enfin, un dernier caractère commun à toutes ces glandes, c'est d avoir besoin d'être comprimées pour se débarrasser de l'humeur qu'elles renferment : aussi sont-elles enveloppées complètement, ou en partie, par des gaines musculeuses ou musculo-aponévrotiques plus ou moins épaisses.
On les découvre ordinairement dès qu'on a enlevé la peau du périnée où elles sont placées, hors du bassin entre le bulbo-caverneux et les ischio-caverneux.
Chez les Singes , on les trouve déjà beaucoup plus grandes, à proportion, que dans l'homme : leur tissu est plus lâche que celui de la prostate. Leur volume paraît encore plus considérable dans les makis proprement dits, chez lesquels leurs canaux excréteurs marchent collés l'un à l'autre sous l'urètre avant d'arriver au bulbe.
Les chauves-souris, parmi les Chéiroptères, les ont encore plus considérables à proportion.
[Dans le Desman de Russie, elles sont allongées et courbées en genoux (i).]
Les glandes de Gowper du hérisson sont deux glandes semblables aux prostates inférieures arrondies et aplaties composées d'un grandnombrede tubes courts, non repliés, mais couchés parallèlement les uns aux autres , formant des ramuscules, des rameaux, des branches, qui se réunissent enfin en un seul tronc ou canal principal. Celui-ci s'ouvre dans l'urètre pelvien.
Parmi les Carnassiers, ces glandes sont très grandes dans les civettes et les chats, où le muscle qui les enveloppe est très épais; mais aucsun de ces animaux ne les
(i) M. Brandt, Areh. de Wiegmami, f, III.
184 XXXIIIe LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES.
a aussi volumineuses que X hyène : la section y fait voir des lobes distincts et les radicules de leurs canaux excréteurs.
Celles de Xichneumon forment par leur réunion un renflement très considérable , à Fendroit où commence le bulbe : leur forme est arrondie et leur masse composée de vésicules , qui communiquent entre elles et se réunissent, vers l'extrémité de la glande,. en un canal commun, qui se prolonge au-dessous de la verge, à côté de son semblable, et s'ouvre, par un orifice séparé, au fond du cul-de-sac qui est à cette extrémité, et. dans lequel aboutit aussi le canal de l'urètre. Chacune d'elles a une enveloppe muscuio-tendineuse, puis toutes deux sont recouvertes à la fois par une autre couche de fibres musculaires.
Parmi les Rongeurs , celles de Xécureuil sont deux grandes vessies coniques, roulées sur elles-mêmes, dont le sommet a sa cavité divisée en petites cellules, et des parois plus épaisses et plus évidemment glanduleuses que le reste. Chacune délies s'ouvre par un large orifice dans un cul-de-sac qui occupe le bulbe de l'urètre, et se prolonge en un canal qui va en se rétrécissant jusqu'au pli de la verge, où il s'ouvre dans celui de l'urètre. Le long du bord interne de la spire, règne un vaisseau d'un blanc de lait, dont les ramifications très fines augmentent vers le sommet de celies-ci: les deux côtés de cette même spire ont des fibres musculaires obliques, qui servent à contracter sa cavité.
On en trouve dans les marmottes des Alpes et dans les boback , d'une structure analogue : elles sont en partie vésiculeuses, et présentent la forme d'une massue dont le- bout serait replié contre le manche qui formerait le canal : celui-ci a une cavité simple , tan-
dis que la masse est divisée en cellules glanduleuses. Le canal aboutit, avec celui de son côté, dans un culde-sac creusé dans le bulbe , qui se rétrécit, en avançant, en un canal étroit, et s'ouvre dans l'urètre vers le milieu de la verge.
Dans les rats , elles sont d'un assez grand volume , blanches à l'extérieur, pyriformes, et s'ouvrent dans l'urètre, comme celles des autres ordres : elles ne paraissent avoir qu'une enveloppe aponévrotique. Elles sont plates, arrondies et très vasculeuses dans Y agouti. Celles du cochon ci vlnde sont plus arrondies, mais elles ont la même structure.
[Elles sont ovoïdes, sphériques et situées derrière le bulbo-caverneux dans la gerboise de Mauritanie, pyramidales dans la. gerbille de Schaw.]
Celles de Y éléphant sont rondes et plates, et d'un très grand volume, comparées aux prostates, ayant au fond la même structure que celles-ci : leur couleur est rougeâtre, et leur surface extérieure très inégale, ce qui leur donne une apparence lobuleuse. On y distingue deux portions , une petite plus près du bulbe , et l'autre beaucoup plus grande ; le centre de la première présente une cavité assez considérable, qui reçoit, par de larges orifices, l'humeur renfermée dans des cavités plus petites , dans lesquelles aboutissent d'autres cavités plus petites encore. La cavité principale s'ouvre dans un canal excréteur qui, après un trajet de quelques centimètres, s'unit au canal commun. Ce dernier, qui vient de la grande portion, est formé de deux branches , répondant aux deux cavités centrales de cette portion; il rampe quelque temps dans l'épaisseur des parois de l'urètre, avant de s'ouvrir ,
186 XXXIIIe LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES.
comme à l'ordinaire, dans sa partie bulbeuse. Ces glandes sont enveloppées d'un muscle très épais, dont les fibres convergent vers un tendon qui se fixe à chaque brandie du corps caverneux.
Dans le sanglier , parmi les Pachydermes, elles forment un long cylindre aplati ( de 0,1 mètre de longueur); composé d'une substance ferme, ayant de petites cellules qui se réunissent dans de plus grandes celles-ci forment une cavité centrale, aboutissant à un canal excréteur membraneux, qui va s'ouvrir sur les côtés d'une espèce de cul-de-sac creusé dans la partie bulbeuse de l'urètre et par lequel commence cette partie : elles ont chacune un muscle dont les fibres obliques régnent d'avant en arrière sur une de leurs faces, dans toute son étendue.
Chez les Solipèdes les glandes de Cowper forment un renflement ovale de chaque côté de l'extrémité pelvienne du canal de l'urètre. Ces glandes sont enveloppées, dans toute leur étendue, par des fibres musculaires et tendineuses; elles ont chacune une douzaine d'orifices, formant deux rangées dans la portion de l'urètre à laquelle elles adhèrent.
Dans le chameau, parmi les fiuminants, elles ont la forme et la grosseur d'un œuf de pigeon, la surface extérieure unie , un tissu assez ferme et un canal excré teur, dont la terminaison est, comme à l'ordinaire, dans le bulbe de l'urètre.
Leur structure est la même dans les autres Pxuminants qui en sont pourvus. Elles y sont constamment enveloppées par un muscle épais.
Tous les Marsupiaux ont des glandes de Cowper. Celles de Didelphes sont remarquables par leur nom-
bre; on en compte six dans le cayopolin , les phalangers , 3e phascolome, le kanguroo-géant ; et quatre seulement clans la sarigue et le kangaroo-rat. Deux d'entre elles sont placées, dans le kanguroo-géant, à côté l'une de l'autre sur l'urètre, et immédiatement derrière les branches du corps caverneux; les deux autres , de chaque côté, sont en arrière de ces branches \ et plus grosses que les premières. Toutes ont une enveloppe musculeuse et aponévrotique. Elles sont évidemment composées, dans ces animaux, d'un tissu de canaux dirigés suivant la longueur, et dont on aperçoit les nombreux orifices, lorsque l'on coupe leur substance en travers.
[Ainsi, leur structure est analogue à celle de la prostate. Elle se compose de tubes ramifiés, qui commencent à la surface de la glande par de petits cœcums, et se terminent dans une cavité centrale qui a son issue dans le canal excréteur de la glande.]
Dans Xéchidnè et Xornithorhynque , ou chez les Monotrèmes , on trouve une glande de Cowper de chaque côté du cloaque, peu volumineuse, de forme ovale, ayant dans son milieu une cavité étroite aboutissant dans un canal excréteur, qui pénètre à travers le constricteur du cloaque , et va se joindre au petit conduit [séminal qui se détache de l'urètre près de sa terminaison , dans le cloaque, et se continue jusqu'au gland.] Cette glande est enveloppée par un muscle très fort, dont Faction devenait nécessaire pour lancer l'humeur qu'elle sépare, à travers le long canal excréteur dont elle est pourvue.
188 XXXIIIe LEÇON. ORGANES MODIFICATEURS, ETC., MALES.
G. Dans la classe des Oiseaux,
[Aucune trace de glande , analogue aux glandes de Cowper des mammifères, n'a été signalée jusqu'à présent dans cette classe, ainsi que nous lavons dit des prostates.]
D. Dans la classe des Reptiles* s
[Les Reptiles propres n'ont rien de semblable. Ils ont, sous ce rapport, une organisation conforme aux oiseaux.
Les Reptiles amphibies urodèles sont, au contraire, pourvus d'un appareil glanduleux , qui entoure leur vestibule génito-urinaire, appareil que nous avons fait connaître dans l'article précédent, mais qui ne manque pas de rapports avec les glandes de Cowper.]
E. Dans la classe des Poissons.
[Le sperme très épais des Poissons ovipares destiné à féconder les œufs dans l'eau a une composition analogue à ce moyen de fécondation; et aucun organe accessoire ne sécrète , chez ces animaux , une liqueur propre à délayer le sperme qui sort de la glande qui l'a préparé.
Cependant on a décrit, dans le Gobius niger, un appareil glanduleux composé de deux vésicules ovales assez grandes, situéessur le col de la glande spermagène.
Il y a même une petite glande impaire attachée au col des vésicules paires. Elles sont composées de cellules anguleuses que l'on trouve remplies d'une humeur semblable au sperme. On dirait des vésicules
séminales qui sécréteraient une matière liquide propre à délayer le sperme du testicule (i).
Les canaux de ces trois petites glandes aboutissent à une papille creuse, où se rend aussi le canal éjaculateur.
Nous ferons connaître dans la leçon suivante, à la suite des organes d'accouplement , une glande dont l'usage est encore problématique ; elle existe dans l'appendice extérieur génital qui caractérise les mâles des Sélaciens et des Chimères.]