PRECEDENTE
DE l'HERMAPHRODITISME DES POISSONS, OU DE LA REUNION DANS LE MEME INDIVIDU DES ORGANES PRÉPARATEURS DES OVULES ET DU SPERME.
[Un des caractères généraux des animaux vertébrés est d'avoir les organes sexuels séparés, chez des individus différents.
« Cependant, suivant M. Ccwier^ on trouverait de » temps à autre , parmi les poissons ordinaires , des
(1) M. Rathke o, c, § 5g, p. 201, et Pi. V, fig. 10. (3) Suivant, M. Krause, mém. cité.
J90 XXXIIIe LEÇON. APPENDICE.
» individus qui ont d'un côté un ovaire, et de l'autre » un testicule ; mais il paraît que certaines espèces » réunissent naturellement et constamment les organes » des deux sexes. Gavoiini l'assure du serran , ou » perche demer^etsir Everard Home de Y anguille et de » la lamproie; pour ce dernier genre, MM. Magendie » et Desmoulins pensent qu'il y a des mâles.
».... Quant au serran, nous avons vérifié, ajoute » M. Guvier, que les ovaires ont leur partie postérieure » d'un tissu différent du reste de leur masse , et fort » semblable à celui d'une laitance. Il reste à savoir si » cette partie en fait réellement les fonctions (i). »
Nous avons rapporté ce texte afin de faire mieux comprendre les progrès que la science a faits à cet égard, depuis 189.8, époque de la publication du volume dont il est extrait.
LThermaphroditisme accidentel peut avoir lieu, si l'on en croit plusieurs auteurs recommandables, qui en citent des exemples, entre autres Leeuwenhoeek, pour la merluche. Il serait à désirer cependant que ces exemples eussent été conservés dans les collections , pour être contrôlés par l'examen sévère de la science d'aujourd'hui. Jusque là nous devons suspendre notre jugement, malgré les autorités respectables qui regardent ce fait comme certain.
Quant aux espèces qui seraient constamment hermaphrodites , l'erreur de sir Everard Home , pour Y anguille et la lamproie , est généralement reconnue. Le savant anatomiste avait pris les reins de la lamproie
(1) Hist. nat. des poissons, t. I, p. 534 et 535.
marine (1) pour ses laites, et n'avait pas su distinguer l'organe femelle de l'organe mâle de ces deux genres , parce que la forme générale de ces deux sortes d'organes est la même , et que le sperme se trouve réuni dans de nombreuses et petites poches rondes, qui ont beaucoup de ressemblance avec des œufs.
Cependant MM. Magendie et Desmoulins annonçaient à l'Académie des sciences, en 1822 (2), avoir distingué la laite dans un individu, et l'ovaire dans plusieurs autres, et l'existence d'un grand nombre d'individus femelles et d'un petit nombre de mâles. Mais l'emploi qu'ils ont été obligés de faire du microscope pour distinguer, dans les feuillets de l'ovaire, des globules semblables à ceux que contiennent les ovaires de l'esturgeon dans un état flétri, démontrent au moins que l'individu présumé mâle qu'ils ont observé n'était pas en rut.
Nous avons nous-même constaté, dès 1829, sur plusieurs individus mâles, l'existence des testicules, et celle des ovaires chez plusieurs femelles. Ces individus avaient été pris dans le Rhin, aux mois de mai et de juin, époque à laquelle ils remontent ce fleuve pour frayer. On a pu voir, dans la description que nous avons donnée de ces organes, articles II et V, que les petites capsules qui se montrent de toutes parts à l'œil, à travers les parois du falbala très plissé que forme le testicule, sont plus nombreuses, plus petites et moins unies que les ovules, qui sont plus gros, moins nombreux et parfaitement sphériques.
(1) Trans. philos., pour i8i5, P. II, p. 257-271. (2) Journal de physiologie, t. II, p. 224.