XXXII* LEÇON. INTRODUCTION
Les polypiers , les actinies [ ont entre autres cette manière] d'engendrer. Quelques vers [intestinaux, certains animalcules homogènes] se multiplient en se partageant, et rentrent dans le même ordre. Cette génération ne suppose ni sexes, ni accouplement, ni même aucun organe particulier. Il y a des êtres qui n'en ont point d'autre ; il y en a qui lui joignent des modes plus compliqués.
Les autres modes de génération s'opèrent dans des organes particuliers ; les petits ou les germes n'apparaissent que dans un endroit fixe du corps , et il faut le concours de certaines opérations pour en déterminer le développement ultérieur.
Ces opérations constituent la fécondation, et supposent des organes sexuels qui, à leur tour, peuvent être réunis dans le même individu , ou séparés dans deux individus différents.
Le sexe fécondé ou fécondable, dans lequel le germe se manifeste , est le sexe femelle; et le sexe fécondant, dont le concours est nécessaire pour que le germe se développe complètement, est le sexe mâle,
Le concours du sexe mâle se fait par une liqueur qui se nomme fécondante ou séminale. La manière dont elle concourt au développement du germe est l'objet des disputes des physiologistes.
Plusieurs, ne jugeant que d'après l'homme et les mammifères , où les germes sont imperceptibles avant la fécondation, pensent que le germe se forme de toutes pièces du mélange de la liqueur mâle avec celle qu'ils admettent dans la femelle; ou que les germes préexistent dans la liqueur mâle, et que la femelle ne fait que leur donner l'hospitalité.
D'antres consultent l'analogie des autres classes d'animaux, ainsi que des plantes. Dans plusieurs de ces classes, notamment dans les grenouilles, le germe est clairement visible dans l'œuf de la femelle avant toute fécondation fi); dans toutes les autres, on peut conclure sa préexistence, de la manière dont il est organiquement uni à l'œuf, quand il commence à y devenir visible; et l'œuf existe, comme tout le monde en convient, dans la femelle avant toute fécondatiou, puisque les poules vierges en pondent : aussi ces physiologistes concluent de cette analogie que ce germe existe d'avance dans toutes les femelles, et que la liqueur fécondante n'est qu'un irritant qui lui donne une vie propre, en le réveillant, en quelque sorte, de l'espèce de léthargie dans laquelle il serait toujours resté sans elle.
Quant à l'origine même du germe, et à la manière dont il se place dans la femelle qui le porte; s'il s'en forme journellement de toutes pièces, et par Faction de la vie ; s'ils sont tous préexistants , emboîtés les uns dans les autres, ou bien s'ils sont disséminés, et ont besoin d'être conduits par les circonstances dans le lieu convenable à leur développement, ce sont des questions entièrement insolubles pour nous, dans l'état actuel de nos connaissances; et, quoiqu'elles aient longtemps agité les physiologistes , il semble que l'on soit aujourd'hui convenu d'en abandonner la discus sion.
(i) C'est une erreur de Spallanzani, qui avait confondu l'ovule avec !e germe. Celui-ci n'existe dans aucun animal vertébré, etc., sans féconda tion préalable. D.
(i \XXII« LEÇON. INTRODUCTION.
ïl y a de grandes variétés dans la combinaison des sexes et le mode de fécondation.
Dans certaines familles, les deux sortes d'organes sexuels sont réunis dans le même individu, et peuvent se féconder : tels sont les plantes hermaphrodites et monoïques, certains mollusques acéphales, [parmi les échinodermes, les holothuries.]
Dans d'autres, chaque individu a les deux sexes, mais il a besoin d'un individu pareil quil féconde, et dont il soit fécondé ; tels sont [plusieurs] mollusques gastéropodes et plusieurs vers [annélides].
Dans d'autres, il y a des individus distincts, mâles et femelles : tels sont les plantes dioïques, tous les animaux vertébrés, les mollusques céphalopodes, la plupart des gastéropodes , plusieurs acéphales bivalves, une partie des vers annélides ou intestinaux (les cavitaires), les crustacés, les insectes; c'est-à-dire, de beaucoup la plus grande partie des animaux.
Quant à la fécondation même, elle s'opère, dans les plantes, par une liqueur (fovilla) contenue dans de petites capsules fines comme de la poussière, le pollen, qui se portent sur les organes femelles, et y éclatent pour y répandre leur liqueur [dans laquelle nagent une infinité de granules. ]
Dans les animaux , la liqueur est toujours lancée à nu sur ou autour des germes. Il y en a beaucoup où elle ne se répand que sur des œufs déjà pondus : tels sont les poissons osseux et ovipares, les mollusques céphalopodes : les mâles et les femelles ne paraissent pas même se connaître dans la plupart des circonstances.
Quelquefois, comme dans les grenouilles, il faut des
embrassements et des caresses pour déterminer rémission des œufs et de la semence; mais la fécondation se fait cependant hors du corps.
Enfin, dans le plus grand nombre, le mâle introduit laliqueur dans l'intérieur du corps de la femelle, et va en féconder les œufs avant qu'ils soient pondus. C'est le cas des mammifères, des oiseaux, de la plupart des reptiles, de quelques poissons, des mollusques gastéropodes dioïques ou hermaphrodites , des crustacés et des insectes. Cette union des deux sexes est ce qu'on nomme accouplement.
Dans toutes ces familles il peut bien y avoir émission dœujs sans accouplement , comme dans celles de l'ordre précédent; mais alors il n'y a point de développement ultérieur , et il serait trop tard pour les féconder après qu'ils sont pondus.
L'effet d'un seul accouplement varie en intensité ; dans la plupart des cas, il ne féconde qu'une seule génération et une seule partie. Quelquefois, comme dans les oiseaux de basse-cour , il féconde plusieurs émissions d'œufs,mais pour une seule génération seulement.
Dans un petit nombre de cas, un seul et même accouplement féconde plusieurs générations, qui toutes peuvent ensuite reproduire sans mâle. Dans les pucerons, on a vu sept à huit générations s'en passer, et dans quelques monades, jusqu'à douze ou quinze.
Le germe, une fois détaché de l'ovaire , peut avoir des moyens d'existence plus ou moins complets.
Dans le plus grand nombre des animaux, il porte avec lui une masse organisée, à laquelle il tient [par des membranes en premier lieu, ensuite] par dés
g XXXII* LEÇON. INTRODUCTION.
vaisseaux , et dont l'absorption doit suffire pour le nourrir et le développer jusqu'au moment où il peut paraître au jour : il n'a donc besoin de rien pomper dans le corps de sa mère, et il en est séparé par des enveloppes plus ou moins nombreuses et plus ou moins solides ; l'ensemble du germe, de la masse qui doit le nourrir, et de ses enveloppes, se nomme l'œuf; et les animaux qui produisent ainsi se nomment ovipares.
Dans plusieurs d'entre eux, le germe contenu dans l'œuf ne se développe et n'éclôt qu'après que l'œuf est sorti du corps de la mère, ou a été pondu ; soit qu'il le faille encore féconder , comme dans beaucoup de poissons, ou qu'il faille simplement y appliquer une chaleur étrangère, le couver, comme dans les oiseaux; ou au'enfin la chaleur naturelle du climat suffise, comme dans les reptiles, les insectes etc. : ce sont les animaux ovipares proprement dits.
Dans quelques uns, l'oeuf, après avoir été fécondé, et s être détaché de l'ovaire, reste dans le corps de la mère jusqu'à ce que le petit se soit développé et éclos : c'est ce qu'on nomme animaux faussement vivipares ou ovovivipares : tels sont les vipères, plusieurs poissons, etc.
Les vrais vivipares sont seulement les mammifères (i); leur germe n'est pourvu d'aucune provision alimentaire; il faut qu'il pompe tout son accroissement
(i) llémissole lisse de J. Muller, parmi les poissons, dont l'œuf est pourvu d'un placenta vasculaire, qui s'attache aux parois de la matrice et ne diffère de celui des mammifères qu'en ce qu'il est vitellin, au lieu d'être allantoïdien, est aussi vivipare, sous ce rapport, qu'un mammifère monodelphe , et plus qu'un mammifère didelphe ou monotrème, dont l'œuf ne contracte aucune adhérence avec l'utérus. D.
dans les sucs de sa mère; pour cet effet, il s'attache à la face interne de la matrice, et quelquefois, par accident, à quelque autre parLie par une sorte de racine, par une ramification infinie de vaisseaux nommée placenta. 11 n'en est donc point entièrement séparé par ses enveloppes, et il ne vient au jour que tout vivant et lorsqu'il peut jouir dune existence organiquement indépendante. Il n'y a donc point d'oeuf dans le sens où nous avons pris ce mot tout-à-1'heure; [ mais il y en a un dans un sens plus large, ainsi que M. Guvier luimême s'est efforcé de le prouver, après M. Dutrochet, en démontrant l'analogie de composition de l'œuf des mammifères avec celui des oiseaux. ]
La génération se compose donc de quatre fonctions partielles, subordonnées en importance et en généralité :
La production du germe, qui a toujours lieu;
La fécondation, qui n'a lieu que dans les générations sexuelles;
L'accouplement, qui n'a guère lieu que dans les générations sexuelles où la fécondation se fait dans le corps;
Enfin , la grossesse ou gestation, qui n'a lieu que dans la génération vivipare.
Les organes se divisent naturellement d'après celles de ces fonctions partielles auxquelles ils sont affectés.
La simple production de germe ou génération gemmipare, pouvant se faire à tous les points du corps, n'a point d'organe qui lui soit propre.
La génération sexuelle exige un organe particulier pour la production des germes [des ovules], et un autre pour celle de la liqueur fécondante.
L'accouplement suppose des moyens d'union.
Enfin, la gestation a besoin d'un réceptacle convenable au séjour des fœtus.
Il y a donc des organes producteurs et conservateurs, des organes d'accouplement et des organes éducateurs.
Les deux premières classes se divisent en organes mâles et femelles ; la troisième n'appartient qu'aux femelles (1).