DES ORGANES D'ACCOUPLEMENT CHEZ LES MALES DES ANIMAUX
ARTICULÉS
[A. Dans la Classe des Insectes , les organes mâles d'accouplement sont constamment placés à l'extrémité postérieure de l'abdomen , sans en excepter la famille des Libellules , parmi les Nèvroptères, qui n'a que des organes de préhension ou d'excitation situés à la base de ce même abdomen. Us se composent :
i° D'une seule verge, tube membraneux, continuation au conduit éjaculateur, qui porte la liqueur fécondante, au moment de la copulation, dans le vagin de la femelle.
2° D'un fourreau plus consistant qui protège la verge et sert à son introduction. Au lieu d'être continu, il peut se composer de deux baguettes rapprochées.
3° D'une paire extérieure de pinces désignées sous le nom de forceps, que le mâle emploie pour saisir l'extrémité de l'abdomen de sa femelle.
4° D'une seconde paire de pinces (tenettes,volselles) plus rapprochées de la ligne moyenne, ordinairement plus petites que le forceps, propres au même usage et quelquefois à introduire la verge et son fourreau dans le vagin de la femelle.
5° D'une pièce impaire, médiane, inférieure, écail- 1 use, qui a probablement aussi ce dernier usage. Le forceps, la volselle sont articulés à une pièce basi-
laire qui donne attache aux muscles qui meuvent cet appareil et le fixent au dernier segment de l'abdomen.
Au reste, il y a des variétés infinies dans la forme et dans les proportions de ces différentes parties, même d'une espèce à l'autre , différences qui sont en rapport avec les organes femelles et rendent le mélange des individus de deux espèces différentes impossible , ou difficile, ou infécond.
Plusieurs de ces parties peuvent manquer, ou du moins être réduites à l'état rudimentaire.
Le conduit éjaculateur est pour ainsi dire aussi une partie de l'appareil d'accouplement. Ce conduit est l'intermédiaire entre la verge et le réservoir du sperme. Il reçoit ce liquide au moment de l'orgasme vénérien, et le transmet dans le tube de la verge. L'impulsion que le sperme reçoit du conduit éjaculateur le porte au-delà de la verge dans les voies génératrices de la femelle.
Nous nous bornerons à un petit nombre d'exemples, qui suffiront pour faire comprendre les principales différences de cet appareil, en les prenant dans les principaux ordres delà classe.]
i° Les Coléoptères.
[Les Coléoptères ont en général l'armure copulatrice de la verge peu compliquée , et essentiellement composée du fourreau de la verge, avec ou sans crochets accessoires tenant lieu de volselle.
Le Carabe doré a une verge filiforme , égalant le tiers de la longueur de son corps, d'un tissu élastique, et terminée par un gland bilobé. Elle est contenue dans un étui cylindrique , de consistance cornée dans lapins grande partie de son étendue , terminé par une pointe acérée.
Les Dytisques , parmi les Hydrocanthares , ont cette armure plus compliquée et plus conforme au plan général.]
Dans le bouclier (silpha atrata) la verge est aussi cylindrique, revêtue de pièces écailleuses, mais sans pinces [forceps]; à sa base interne est une vessie ovale dont j'ignore l'usage, mais qui ma frappé par sa ressemblance de position et de figure avec la vessie des mammifères (1).
Dans le scarabé nasicorne , le canal commun qui résulte de la réunion des vésicules séminales et des testicules [le conduit éjaculateur], grossit et devient nuisculeux, puis s'engage dans un étui de substance cornée, terminé par une espèce de pince, entre les lames de laquelle est placée la verge : celle-ci n'est qu'un petit tube cylindrique. Il paraît que les deux branches de la pince s'introduisent dans la vulve , et qu'elles s'écartent ensuite pour faciliter l'entrée de la verge. La figure de ces parties, donnée par Swammerdam, est très exacte.
2° Chez les Orthoptères.
[La verge est entourée et protégée par plusieurs pièces écailleuses dont l'ensemble forme ïarmure èopulatrice.
La mante religieuse a cette armure composée, contre l'ordinaire, de pièces impaires.
Il y a entre autres un long crochet corné, arqué, bifurqué , auquel semble opposée une lame écailleuse assez large, ayant son extrémité obtuse armée dune
(i) Cette vessie ovale est le conduit éjaculateur.
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petite dent; et une petite lame cornée, obtuse, située à la base de l'appareil (1).]
3° Les Hyménoptères.
[Sont ceux de tous les Insectes qui ont, en général, cet appareille plus complet et le plus compliqué : aussi est-ce en ayant particulièrement en vue leur appareil de copulation que nous avons fait la description générale qui commence cet article.
Dans les bourdons [bombas lapldarius), la pièce basilaire forme une sorte de cupule qui recouvre en partie les autres pièces de l'appareil. Ce sont les deux branches du forceps ou de la pince intérieure, qui a pour usage de saisir l'abdomen de la femelle pour la copulation. Ces branches sont composées de trois pièces, dont labasiSaire est la principale pour les dimensions, et dont la seconde et la troisième sont très courtes; cette dernière se termine en fourche.
La volselle, composée des crochets internes, a ceuxci plus courts, grêles, droits et non arqués. Ils servent à introduire la verge dans le vagin de la femelle. Enfin il y a une pièce impaire, qui protège la verge en dessous; c'est Xhypotôme de M. L. Dufour (2).
L'appareil copulateur du psithyrus eampestris est encore-plus compliqué. H y a un forceps composé de
(1) Voir le Mémoire cité. PI. V, fi g. 41 ■> f.
h) Voir la pi. IX, fig. i, de la grande édition du Règne animal de Cuvier. Cette figure, dessinée par M. Audouin, est probablement extraite d'un mémoire inédit fait en commun par ce savant et par M. Lschnf, et lu à l'Académie des sciences en 1 82a, ayant pour titre : Observations sur quelques appendices çopulateurs mâles des infectes Voir la note 1 de la page 1 4 2 des Recherches de M. L. Dufour sur les orthoptères, les hyménoptères <ji les névj optèw&s-.
ART. V. ORGANES MALES D'ACCOUPLEMENT. 4l5
deux branches robustes, un peu arquées , tronquées à leur extrémité. Les branches de la volselle, moins solides, dépassent celles du forceps par leur article terminal , qui est en forme de truelle.
La verge a un fourreau composé de deux pièces latérales, grêles, courbées en S, avec un crochet en hameçon à leur extrémité , et d'une pièce médiane en fer de lance. Enfin ! 'hypotonie est formée par deux spatules ovales-oblongues (1).
Cette complication , ou ce haut degré de composition, ne se trouve plus daus Xdbeillè à miel, où plusieurs pièces de cet appareil sont devenues rudimentaires ou sont remplacées par d'autres.
Toutes les pièces qui existent, au nombre de cinq , sont contenues dans une sorte de gaine membraneuse. Celles qui répondent, aux branches du forceps sont faibles et effilées en arrière.
hsi vols elle se compose de deux lames courtes, triangulaires , avec un crocheta leur base.
Le fourreau est représenté par une pièce impaire , qui se voit près de la base supérieure de la verge.
La verge est un corps cylindrique musculo-membraneux, blanchâtre, et marqué de cinq anneaux hérissés de poils. Dans l'état où l'appareil génital est sorti , on voit de chaque côté de la verge deux vessies aériennes en forme de cornes, dont l'emploi est problématique (2).]
4° Chez les Névroptèrcs.
Suivant notre ancien texte, les demoiselles auraient
(1) M. c. , pi. VI, Ïiq. 58. On pourra consulter encore les ii^. 36, 6.j • 65 et ;3 de la même planche. (2) M. c, pi. VI, fig. 55.
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leur organe mâle à la base de l'abdomen , et non à la pointe. De là leur singulière position dans l'accouplement; il faut que îe mâle saisisse le cou de la femelle, avec des crochets qu'il porte à l'extrémité de l'abdomen, jusqu'à ce que la femelle se recourbe et rapproche l'extrémité de son propre abdomen de la base de celui du mâle. [Mais cette manœuvre n'est qu'un prélude au véritable accouplement; elle a pour but de mettre la vulve en rapport avec des organes excitateurs très compliqués qui se trouvent à la base de l'abdomen du mâle. M. L. Dufour les décrit comme trois paires d'apophyses (1).
Les deux premières paires occupent le second segment abdominal, et la troisième le segment suivant; on les voit de chaque côté dune fossette longitudinale que présente cette région (2).
La verge , tube membraneux très court , s'ouvre dans la ligne médiane de 1 avant-dernier segment abdominal. Son orifice est fermé par deux valves. C'est d'ailleurs à l'extrémité du dernier segment que se trouve l'armure copulatrice; elle se rapporte aux deux branches du forceps de cette armure chez les autres Insectes, et se compose de deux pièces écailleuses un peu pointues.]
5° Chez les Hémiptères*
[L'armure copulatrice est le plus souvent très simple, chez les Insectes de cet Ordre, et ne consiste guère que dans le fourreau de la verge, et la pièce basilaire de toute l'armure (3).
(1) Ibid , p. 3> »7 et 3o8. (2) V oir Rathke De libellarum partibusgenitalibus. Regiomonti , 1 83a ; et Burmeister, Handbuch der Entomologie , 1. 1 , ■) i52. (3) On pourra s'en convaincre en jetant un coup d'œilsur les figures