SEPTIÈME LEÇON
Sommaire. — Etude de la substance musculaire. — Striatiou des faisceaux musculaires primitifs chez le lapin. — Muscle tendu. — Muscle revenu sur lui-même. — Muscle en rigidité cadavérique.— Détails de technique. — Striatiou des faisceaux primitifs des muscles moteurs de l’aile des insectes. — Objet d’études : Hydrophile, Xylocope, fibrilles de l’aile des insectes ; elles se divisent en fibrilles secondaires. — Divers aspects de la striation transversale sur les muscles frais de l’aile des insectes. — Ces divers aspects peuvent être ramenés à des types uniques, ils dépendent absolument du degré de tension. — Explication des divers aspects de la striation musculaire dans les muscles moteurs de l’aile de l’hydrophile.
Messieurs,
Nous venons de passer en revue les diverses théories que l’on a proposées pour expliquer la contraction musculaire. Vous les avez vues se succéder, et varier à mesure que les progrès de Thistologie révélaient des détails nouveaux dans la structure intime de la substance propre des muscles, c’est-à-dire dans l’organe même de leur contraction. Mais vous avez déjà sans doute remarqué que ces théories, imaginées toutes dans le but de faire cadrer les phénomènes physiologiques connus avec des dispositions anatomiques également connues, ne s’appliquent en fin de compte qu’aux muscles striés, et ne prétendent expliquer qu’un cas tout-à-fait particulier, le mode brusque, de la contraction. La substance contractile du corps des amibes, du protoplasma des cellules lymphatiques, et des fibres musculaires lisses, échappent absolument aux théories précitées. Un premier point acquis est donc que ces dernières
ne sauraient être admises dans leur généralité puisqu’elles ne sont pas applicables à l’ensemble des faits connus.
Il serait, en effet, presque puéril d’insister sur ce fait que la théorie de Krause, par exemple, est absolument renversée par cette simple notion, que la fibre musculaire lisse est contractile. Si des éléments anatomiques dans lesquels la case musculaire n’existe pas sont aptes à se contracter, c’est évidemment que cette case elle-même n’est point l’organe essentiel de la contraction. Chemin faisant, et en poursuivant l’analyse que nous avons commencée, nous trouverons, en dehors de ces faits fondamentaux, des faits de détail qui renverseront les théories ; nous les discuterons avec soin, et ils nous serviront plus tard à édifier sur des bases solides une théorie nouvelle de la contraction musculaire.
Pour étudier la substance contractile des muscles striés des animaux supérieurs, il convient de suivre certains procédés techniques qui favorisent l’observation en la rendant plus rigoureuse ou plus facile. En premier lieu le muscle doit être étudié vivant, et observé dans son propre plasma. Les muscles blancs du lapin, et notamment le bord interne du grand adducteur de la cuisse, constituent l’un des objets d’étude les plus favorables. À ce niveau les faisceaux primitifs forment un plan musculaire très-mince en restant tous parallèles entre eux. On peut donc facilement les étudier ; (A) à l’état de tension parfaite ; (B) à l’état de relâchement ; (G) lorsqu’ils ont été envahis par la rigidité cadavérique.
A. Etude de la sudstance musculaire des faisceaux primitifs en état de tension. Sur un lapin vivant ou que l’on vient de sacrifier par la section du bulbe, on enlève sur une certaine longueur, et à l’aide d’une pince et de ciseaux, quelques faisceaux primitifs pris sur le bord interne de l’adducteur, puis on les porte sur la lame de verre. Rapidement tendus avec des aiguilles, de façon à ce que leur tension soit un peu supérieure à celle qu’ils auraient dans
le muscle entier à l’état complet de relâchement, ils sont ensuite recouverts d’une lamelle de verre, sans addition d'aucun liquide, et la préparation est enfin bordée avec de la parafine pour éviter l’évaporation.
Messieurs, de pareils faisceaux musculaires primitifs sont parfaitement vivants, et leur constitution histologique ne saurait notablement différer de celle que possèdent les faisceaux musculaires restés adhérents au corps du muscle. Ils sont simplement séparés et refroidis. Si, en effet, nous enlevions la lamelle de verre qui les couvre et si nous les ramenions artificiellement à la température du corps de l’animal, ils redeviendraient contractiles, Il suit de là que les résultats de notre observation seront applicables aux muscles striés du lapin, vivants, et considérés dans un état de moyenne extension-
Examinons maintenant, à l’aide d’un objectif à grand
Fiq. 10.
A}. Disque mince, a Bande claire. r
B‘. Disque épais, a’ Bande claire.
A?. Disque mince, a” Bande claire.
B®. Disque épais, a’” Bande claire.
A®. Disque mince, etc.
angle d’ouverture, un faisceau primitif pris sur le bord de la préparation, c’est-à-dire isolé sur l’une de ses faces, nous verrons la striation transversale d’une manière extrêmement nette, et la succession des disques obscurs et des bandes claires se fera dans l’ordre suivant ;
Sur une pareille préparation les détails de la striation musculaire sont d’une observation facile. Les disques épais notamment se distinguenttrès-nettement des disques minces par leur réfringence spéciale et leurs dimensions plus grandes.
B. Etude de la suTjsiame museulaire des faisceaux primitifs à Vétat. de relâchement. Mais si nous laissons maintenant les faisceaux musculaires primitifs tendus re^ venir sur eux-mêmes, et si nous les observons dans l’état de relâchement, nous ne verrons plus ces détails. Toute distinction entre les disques épais et les disques minces sera devenue impossible, et le faisceau musculaire primitif paraîtra simplement strié en travers par des bandes alterrnativement obscures et claires, très-rapprochées les unes des autres et ressemblant à de fines hachures serrées et parallèles. Une pareille image répond à la striation élémenrtaire du muscle telle qu’elle était connue des Anciens, avant les travaux d’Amiei et de Krause. On peut également constater que, comparé à celui de la fibre, tendue,, le diamètre transversal de la fibre relâchée s’est légèrement agrandi, en même temps que la longueur totale du faisceau s’est amoindrie.
Il ne s’agit ici, vous le concevez, nullement d’un phénomène comparable au phénomène actif de la contraction, mais bien d’un relâchement passif du faisceau musculaire, qui revient sur lui-même comme le ferait toute substance élastique préalablement tendue, et qu’on laisserait ensuite obéir à son élasticité naturelle.
Je dois maintenant vous indiquer. Messieurs, avant d’aller plus loin, quelques précautions nécessaires à prendre en observant les muscles vivants dans leur propre plasma. Les faisceaux primitifs affectent en effet la forme de prismes allongés dont la section présente un diamètre qui varie entre 60 et 80 milüèmes de naiilimètre de diamètre. D’un autre côté, la striation transversale du muscle se poursuit dans toute
son épaisseur. 11 résulte de là qu’en élevant ou en abaissant l’objectif à l’aide duquel on observe, on obtient des images nettes successives ou superposées répondant chacune à un point particulier de l’épaisseur du faisceau. Chacune de ces images représente ce que l’on appelle la coupe optique de l’objet pour une position déterminée de l’objectif ; et, si l’on met ce dernier au point dans l’épaisseur du muscle, l’image que l’on obtient est trompeuse, car elle est compliquée par les images diffuses des portions de la substance musculaire voisines qui ne sont pas placées exactement au point.
Seule, la coupe optique de la surface du faisceau donne une image nette, mais cette image serait naturellement très-étroite et même linéaire, si la lamelle à recouvrir ne déprimait par son poids le faisceau primitif, et ne transformait sa surface courbe en une surface plane, présentant une aire suffisante pour les besoins de l’observation. On devra donc mettre toujours l’objectif au point à la surface du faisceau en l’abaissant graduellement, et avec précaution, car, pour l’étude de la substance musculaire, il est nécessaire d’employer des objectifs à grand angle d’ouverture, dont le foyer est conséquemment assez court. L’image nette obtenue montre les détails de la striation. Si l’on éloigne ensuite la lentille, les disques épais et les disques minces deviennent brillants, les bandes claires obscures. Un phénomène inverse se produit quand on la rapproche ; les disques épais et minces redeviennent obscurs et les bandes qui les séparent redeviennent claires. De là nécessité, dans la description, de supposer toujours la striation musculaire observée à l’aide de lentilles mises au point à la surface même du faisceau, si l’on veut bien s’entendre, et éviter les confusions qu’entraînerait inévitablement le mépris de cette règle.
C. Les muscles examinés pendant la rigidité cadavérique ne diffèrent pas sensiblement, au point de vue de
leur striation, des muscles observés à l’état de moyenne extension ; c’est-à-dire qu’on y observe successivement le disque épais, une bande claire traversée en son milieu par ie disque mince, un second disque épais, une bande claire, etc.
Messieurs, les préparations faites à l’aide de muscles vivants, conservés dans leur propre plasma, ne tardent pas à s’altérer et à se détruire. Pour obtenir des préparations persistantes montrant la striation des muscles volontaires, il est nécessaire d’avoir recours aux méthodes microcMmiques. Dans le cas particulier qui nous occupe, ces méthodes ont un double objet : 1“ Fixer la substance contractile dans sa forme ; 2° conserver le muscle ainsi fixé.
Les réactifs qui conviennent le mieux pour fixer dans sa forme la substance musculaire des muscles du lapin sont l’alcool fort, à 36° de Cartier par exemple, ou l’acide osmique à 1 p. 100. Un fragment de muscle étant enlevé avec la pince, sur le bord interne de l’adducteur ou sur tout autre point où les faisceaux sont parallèles, on le tend sur une allumette et l’on y fixe ses deux chefs au moyen de deux ligatures circulaires. Il est ensuite plongé dans l’un ou l’autre réactif. Au bout de 24 heures, ce même fragment est enlevé, lavé, dissocié avec des aiguilles, puis monté dans la glycérine ou dans le baume du Canada. Si le muscle a été recueilli sur un animal mort et en rigidité cadavérique, ou si l’on veut l’examiner à l’état de rétraction, il est inutile de le tendre, et dans ce cas, on l’immerge simplement dans le réactif coagulant.
De pareilles préparations ont l’avantage de se conserver indéfiniment, et, quand on a fixé le muscle dans sa forme par l’acide osmique, on obtient d’excellentes images de la striation musculaire. Mais en ce qui regarde les détails très-délicats de cette dernière, ils fournissent de médiocres objets d’étude. Les faisceaux musculaires du lapin et des
autres vertébrés supérieurs sont en effet très-épais, ïa lumière, en les traversant,produit des phénomènes de diffraction préjudiciables à la netteté des images; enfin^ chez le lapin en particulier, les stries transversales sont tellement rapprochées qu’il est nécessaire de les observer à l’aide des plus puissants objectifs à immersion, en perdant beaucoup de lumière ; c’est pourquoi les histologistes ont presque^ tous choisi comme objet d’étude les muscles des ar^ ticulés, et spécialement les muscles moteurs des ailes des insectes, qui présentent des dispositions tout particulièrement favorables à l’étude de la substance contractile striée.
Les muscles des crustacés, de l’écrevisse fluviatile, des homards et des langoustes sont des objets très-favorables^ Il est néanmoins préférable d’employer ceux d’un insecte fort commun, que l’on peut conserver en toute saison dans les laboratoires, et qui présenté cet avantage que la plupart des anatomistes s’en sont servis pour leurs recherches. Je veux parler de l’hydrophile [hydrophilus piceus). Dans des questions controversées^ il est en effet avantageux ' d’étudier un même tissu chez un même animal; sous peine de n’avoir point d’observations comparables.
Les muscles striés de l’hydrophile sont de deux ordres. Les uns,- formant la masse musculaire principale du thorax,- sont les moteurs des ailes et se reconnaissent facilement à leur couleur d’un gris-jaunâtre, et à leur manque de transparence. Ces muscles forment deux masses symétriques de fibres opaques, comme infiltrées de graissej qui s’insèrent d’une part à la carapace, de l’autre à l’aile membraneuse, par des tendons très-courts. Leur nature musculaire a même été discutée, car ils répondent difficilement aux excitatione électriques fournies par les courants interrompus. J’ai cependant réussi, pour ma part, à les faire contracter par des courants un peu forts, et j’ai produit de la sorte des mouvements évidents de l’aile membraneuse à
laquelle ils sont insérés. Gette contraction se produit du reste spontanément, et sous le microscope, dans les muscles analogues du thorax de la mouche domestique. Il est donc hors de doute, en l’état actuel delà science, qu’ils'jouissent du principal attribut de la substance musculaire, c’est-àdire de la contractilité.'
Les muscles des membres de tous les insectes, c'est-àdire cittt dèi pattes, ont un tout autre aspect que les muscles prëéités Ils sont translucides d aspect sarcoraâteux, humidês et gélatineux quand on les extrait de leur enveloppe chitineusOi
Si Ton cherche à les dissocier âtec des aiguilles, ils se divisent en filaments épais qui sont des fâiscêàüx primitifs, et différent gi^âttdëment en cela des milSdîes moteurs des ailes.
Si l’on enlève à l’aide de ciseaux les ëlytres de l’hydrophile, et si l’on ouvre la carapace qui forme l’enveloppe de son thorax, on tombe sur la masse opaque et jaunâtre des muscles moteurs des ailes. Si maintenant on excise un fragment de cette masse, et si on l’agite dans une goutte d’eau, il se divise avec la plus grande facilité en une foule de filaments.
Avec un grossissement de 100 diamètres,, on reconnaît que chacun d’eux répond à un faisceau de fibrilles très-ténues, réunies entre elles par les ramifications d’une trachée qui se divise et se subdivise autour du faisceau lui-même en l’enserrant dans une sorte de réseau formé par les divisions dichotomiques du tube aérien.
Lorsqu’à l’aide d’un grossissement de 150 à 200 diaruètres, on observe la striation musculaire d’un pareil faisceau primitif, on remarque que la striation longitudinale est apparente, mais que la striation transversale est au contraire obscurcie par une quantité considérable de granulations réfringentes qui présentent la plupart des caractères optiques des granulations graisseuses. La striation transversale
n’est donc nullement évidente sur le faisceau primitif des muscles moteurs de l’aile de l’hydrophile ; pour l’étudier avec fruit il convient de dissocier le faisceau. Cette opération qui serait très-lahorieuse sur les muscles du lapin ou même sur les muscles des pattes des insectes, s’effectue ici avec une extrême facilité. Le faisceau dans son entier n’est en
Fig. 11. — Faisceau primitif des muscles moteurs de l’aile de l’hydrophile entouré par les trachées.
effet formé que par la juxtaposition de filaments très-fins de substance musculaire, plongés dans une masse de granulations réfringentes comblant les interstices qu’ils laissent entre eux. Ces filaments ne sont en outre maintenus unis que par les trachées, qui les rassemblent comme des liens circulaires réunissent en un faisceau unique les fils juxtaposés d’un écheveau.
On dissocie les filaments précités très-facilement, à l’aide des aiguilles, soit dans l’eau, soit dans le picro-carminate, et l’on isole ainsi ce que la plupart des histologistes nomment les fibrilles élémentaires des muscles moteurs das ailes. On est même parti du fait de cette divisibilité du faisceau en fibrilles pour conclure à l’existence de ces dernières dans le faisceau primitif des muscles des animaux supérieurs. H est cependant facile de reconnaître que les fibrilles de l’hydrophile et des autres insectes ne sont pas chez ces animaux le dernier terme de la division de la substance musculaire, qu’elles sont elles-mêmes composées, et ne représentent partant point de véritables unités histologiques.
Pour le démontrer, après avoir enlevé l’élytre, récliné l’aile membraneuse, etinciséla carapace à l’aide de ciseaux, il suffit de plonger l’animal entier ou son thorax dans quelques centimètres cubes d’alcool dilué au tiers. Au bout de
Fig. 12, — Division des fibrilles des muscles moteurs de l’aile du xylocope.
24 heures on détache un fragment du muscle, on le dissocie dans une goutte de picro-carminate et on l’examine ensuite dans la glycérine. Les fibrilles présentent alors une striation transversale simple. (Résultat dû à la méthode employée, et que nous expliquerons plus loin). Chaque fibrille offre un diamètre transversal uniforme, mais sur certains points l’on voit s’en détacher une fibrille beaucoup plus mince triée régulièrement comme celle qui lui a donné naissance, et qui va rejoindre une fibrille voisine à laquelle elle s’accole, et avec laquelle elle se confond ensuite. Ces fibrilles secondaires, d’une finesse extrême, ont un diamètre souvent dix fois moindre que les fibrilles ordinaires, qu’elles réunissent parfois deux à deux ou trois à trois en formant une sorte de réseau. M. J. Renaut a démontré que cette disposition est surtoutmanifestechez le xylocope, hyménoptère commun dans les jardins et qui constitue à ce sujet le meilleur objet d’étude.
Cette division de la fibrille constitue, on le comprend facilement, une objection capitale contre la théorie de Krause.
Raktier. 7
Qae devient en effet la notion de la case musculaire du moment où il est évident que, dans une même fibrille, cette case peut et doit se décomposer en une série d’autres plus petites, dont les dimensions atteignent à peine 1/5 de millième de millimètre ?
Il faudrait, en effet, pour maintenir la théorie, reculer sans cesse, et admettre que la case musculaire n’existe que dans la flbrîcule, c’est-à-dire peut devenir plus petite que toute quantité donnée, car nous ignorons en réalité le point ou la substance contractile cesse d’étre divisible ou clivable dans le sens longitudinal.
Je ne pense pas, Messieurs, qu’il soit nécessaire de reporter si loin l’idée théorique de Krause ; et je puis vous annoncer que nous trouverons plus loin, en étudiant il structure intime du faisceau musculaire primitif, une explication beaucoup plus simple du rôle dévolu aux filaments improprement appelés fibrilles.
Quoi qu’il en soit, ce filament, ou cette fibrille, est constitué par un cylindre très-mince de substance musculaire, mesurant dans sa largeur de 1 à 2, 5 millièmes de millimètre, et présentant dans sa structure les particularités suivantes.
Prenons un faisceau primitif vivant, garni de ses trachées, et dissocions-le soit dans son propre plasma, qui s’écoule lors de l’ouverture du corps de l’animal, soit dans le blanc d’œuf, qui, comme l’a montré le premier Merkel, permet aux éléments musculaires délicats de continuer à vivre et à se contracter, soit enfin dans une goutte de picro-carminate d’ammoniaque qui colore activement les disques épais et les disques minces. Quel qu’ait été le mode de préparation, nous trouverons dans des fibrilles voisines, et parfois dans une même fibrille, les plus grandes différences quant au mode de striation. Les variétés sont même si nombreuses, qne l’on pourrait dire que la striation transversale ne suit aucune règle et que toutes les fibrilles sont dissemblables. U
est possible cependant de ramener, je croiSj ces variétés aux six formes principales suivantes :
Fig. 13. — Divers aspects fournis par la fibrille des muscles de l’aile de l’hydrophile à différents degrés de tension, mm, disques minces; ee, disques épais ; bc, bc, bandes claires ; hh, bandes claires de Hensen.
A. Bans une première forme et au premier abord, la substance musculaire semble homogène, mais quand on abaisse l’objectif on reconnaît qu’elle est striée transversalement par dès lignes noires équidistantes, que nous re-connaîtrons plus loin pour être les disques minces.
B. Dans une seconde, là striation est également simple, mais les stries sont plus ou moins inclinées sur l’axe de la fibrille.
C. Dans une troisième, un peu plus rare que les deux premières, la fibrille semble formée de grains séparés les uns des autres par des lignes droites, perpendiculaires à l’axe de ces fibrilles. Quand on éloigne l’objectif, ces grains deviennent brillants et les lignes qui les séparent prennent une teinte foncée intense. Les phénomènes inverses se produisent quand on rapproche la lentille.
D. La quatrième variété s’observe sur des fibrilles bien tendues : la striation est alors constituée par la succession régulière des disques épais et des espaces clairs traversés par des disques minces. Lorsque cette striation est formée par des lignes obliques par rapport à l’axe de la
fibrille, on obtient la cinquième variété (E), peu différente de la première.
F. Enfin, sur des fibrilles exactement tendues on voit une striation nette et régulière constituée par la succession, m. Du disque mince, b. c. D’une bande claire, e. Du demi-disque épais.
h. D’une bande claire occupant la place et formant en réalité la strie de Hensen.
e. D’un demi-disque épais, b. c. D’une bande claire, m. Du disque mince, etc.
Ce qui revient à dire qu’on observe sur ces fibrilles exactement tendues la striation complète et régulière de la substance contractile du muscle strié. Je dois vous faire remarquer ici, Messieurs, que sur de pareilles préparations la strie de Hensen, qui divise transversalement le disque épais, rèest rien qu'une lande claire, analogue à celle qui sépare deux disques épais successifs et qui est traversée par le disque mince. Gomme cette dernière, elle devient obscure quand on éloigne l’objectif, brillante quand on le met exactement au point à la surface de la fibrille. Elle ne peut donc en aucune façon être considérée comme une cloison, analogue au disque mince ainsi que l’avait pensé Merkel, et, morphologiquement, elle doit être considérée comme un espace clair qui divise le disque épais en deux parties symétriques.
Il semblerait au premier abord naturel de conclure de l’observation qui précède, que, dans un même faisceau musculaire de l’hydrophile, il existe des fibrilles de toute forme, présentant au point de vue de la striation en travers des variations innombrables, car nous avons négligé dans la description les variétés intermédiaires. Une pareille manière de voir serait cependant erronée, car il est facile de montrer que les différents aspects que nous venons
de décrire se sont produits sous l’influence de conditions toutes mécaniques et qu’ils résultent simplement du mode même de préparation.
J’enlève l’élytre d’une hydrophile. Je rabats l’aile membraneuse comme je l’ai déjà dit plus haut. Puis, à l’aide de quatre coups de ciseaux je circonscris une portion de la carapace et je la soulève ensuite avec les pinces. Un certain nombre de faisceaux musculaires, insérés à cette pièce isolée du squelette, sont soulevés avec elle et conséquemment tendus. Je puis porter cette extension à un degré quelconque si l’hydrophile a été préalablement fixé avec des aiguillés sur une lame de liège. Si maintenant je laisse tomber sur les faisceaux tendus quelques gouttes d’acide osmique à deux pour cent, ils deviennent instantanément rigides et sont désormais fixés dans leur forme. Je puis ensuite les enlever avec le fragment auquel ils adhèrent sans crainte de les voir se rétracter. Ils se rompent au point où l’imprégnation par l’osmium a cessé d’agir, et, dissociés convenablement, ils montrent des fibrilles présentant toutes un mode de striation identique.
Les différences résultent simplement des différents degrés de tension exercée sur les faisceaux musculaires. — A une tension modérée répond le quatrième mode de striation, à une forte tension le sixième mode, caractérisé par la présence de la strie ou bande claire de Hensen au milieu du disque épais. Quant aux autres formes, elles s’expliquent plus ou moins facilement. La première (A) semble due à ce que, la fibrille étant revenue sur elle-même, les espaces clairs ont disparu, phénomène important qui peut, jusqu’à un certain point permettre, de prévoir le rôle qu’ils joueront dans la contraction. Quant à la strie transversale mince qui traverse la fibrille et qui devient brillante quand on éloigne l’objectif, elle n’est autre que le disque mince, qui constitue la partie la plus réfringente delà substance musculaire, et qui, dans cet état, se différencie complète-
ment du disque épais par ses caractères optiques. En effet, la bande claire qui sépare les deux disques dans la fibre tendue a disparu complètement, leurs deux substances sont juxtaposées, et l’on voit facilement alors par leur contraste immédiat à quel point elles sont différentes.
La troisième forme de striation (C), celle qui donne à la fibrille un aspect moniliforme, s’explique avec une égale facilité. Elle est produite par la rétraction complète de la substance musculaire ; les grains sont formés alors par les disques épais qui se sont pour ainsi dire tassés, et qui pa^ raissent brillants parce qu’en se tassant ils sont devenus convexes. On voit entre eux les disques minces, ainsi que l’avait dit déjà depuis longtemps Amici, comme au fond d’une cavité, car üs répondent aux portions étranglées de ■ la fibrille, qui se succèdent à intervalles égaux et que dépassent les saillies des disques épais.
Un fait qui prouve d’ailleurs que le mode de striation que nous venons de décrire est bien produit par la rétrac-r tion de la substance musculaire, c’est qu’on l’observe à l’extrémité de fibrilles tendues, qui sur un certain parcours sont régulièrement striées comme dans la figure F, puis
Fig. 14.
prennent à mesure que leur tension est moins parfaite lei aspects figurés en D, puis en A, puis en C, successivement et par degrés.
Quant aux divers modes de striation oblique figurés en B et en E, ils simulent parfois grossièrement une hélice et ont principalement servi à établir la théorie singulière
qui assimile la contraction musculaire à l’action d’un ressort à boudin. Ils résultent évidemment de ce que la fibrille, pendant la dissociation, a été tirée par les aiguilles agissant en sens inverse sur ses deux extrémités, la pointe étant placée sur les deux bords opposés. La figure suivante explique naturellement, par la direction même des flèches indiquant celles des tractions et le point d’application des forces, comment la striation, de transversale qu’elle était, est devenue oblique.
En aucun cas du reste la striation oblique ne présente l’aspect exact que prendrait l’image d’une hélice ; les objets observés au microscope, vous le savez, Messieurs, sont en effet vus en projection. Or, la projection d’une hélice ne saurait être que la figure suivante ;
Fig. 15.
Et jamais, dans la bande claire, la projection de la partie du fil spirale représentée par le pointillé (/“), n’a pu être reconnue, Tonne saurait arguer qu’elle est cachée par i’épaisseur de la substance musculaire, puisque nous savons que cette dernière est absolument transparente. Ici donc, comme dans la dernière leçon, je renonce à discuter davantage cette théorie à laquelle personne, à juste titre, ne croit plus, même et surtont en France où elle avait pris naissance.