‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 35 sur 71 · II · texte numérisé non relu

II

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Le type membraniforme est très accusé chez le rat, moins marqué chez le lapin, chez le chien et chez rhomme.

La grenouille occupe dans celte classification une position intermédiaire; les cellules y sont assez aplaties pour être appelées membraniformes, et cependant leurs prolongements sont si minces et si ramifiés qu'ils les rapprochent du type corpusculaire.

Étudions un peu plus en détail la disposition des cellules connectives chez le rat (fig. 22).

Aplaties et membraneuses, ces cellules sont unies les unes aux autres par des prolongements rubanés presque aussi larges qu'elles-mêmes, de sorte qu'elles ne laissent entre elles que des mailles assez petites et généralement arrondies. Elles possèdent des noyaux, qui sont incolores ou fortement colorés suivant le procédé qu'on a mis en usage, mais qui se détachent toujours assez nettement sur le fond violacé du corps cellulaire. En certains points, les rubans membraneux qui réunissent les cellules sont percés de trous simples ou réticulés.

Quelquefois on voit naître d'un point du réseau cellulaire un prolongement protoplasmique mince qui va rejoindre un autre point du même réseau, faisant ainsi exception à la forme membraneuse des prolongements en général.

Chez le lapin (fig. 23), le type membraniforme des cellules est moins prononcé que chez le rat. A côté des prolongements aplatis et rubanés, on en observe un certain nombre qui sont minces et grêles. Ces prolongements, comme les cellules elles-mêmes, portent sur

CELLULES COXNECTlVtS DE LA COBN^E. 105

leurs deux faces des crêtes d'empreinte ou du moins des stries plus foncées que nous avons regardées jusqu'ici sans hésitation comme des crêtes d'empreinte.

Il serait cependant possible, à la rigueur, que l'épaisseur plus grande de la cellule au niveau de ces stries fût due à un pli, ou même que ces stries n'appartinssent pas du tout à la cellule et provinssent, par exemple, de fibres qui leur seraient superposées. Dans des faits de ce genre, on ne saurait prendre trop de précautions pour se mettre à Tabri des erreurs, et, pour s'assurer de leur véritable signification, il est indispensable de faire varier autant que possible les conditions dans lesquelles on les examine.

Si les lignes foncées observées de face correspondent réellement à des crêtes saillantes qui s'élèvent du corps de la cellule, nous devons les retrouver sur des coupes perpendiculaires à la surface. Faisons Texp^Tience : traitons une cornée par la méthode de l'or, de manière à en bien colorer les cellules; puis détachons- en des coupes minces perpendiculaires h sa surface et monlons-lcs dans la glycérine.

Au premier abord, ces préparations (fig. 24) présentent une grande analogie avec les coupes faites après dessiccation et colorées au picrocarminate d'ammoniaque. On y reconnaît également les différentes lames superposées, séparées par des lits de cellules. Mais, en examinant plus attentivement, on remarque que de chaque cellule fortement colorée en violet se dégagent, perpendiculairement à sa surface et s'enfonçanl dans la substance incolore des lames, un certain nombre do

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piquants également violets (|ui semblent implantés dans la cellule comme les poils d'une brosse. Celle comparaison est d'autant plus juste que la plupart des cellules ne préseotent de ces piquants que d'un côté. Toutes celles qui font partie d'une mAme série ont leurs piquants du même côlé, du côté superficiel par exemple, tandis que celles de la série suivante les ont du côlé profond. Enfin, certaines cellules en présentent des deux côtés.

A un fort grossissement, on reconnaît, eu abaissant cl en élevant successivement l'objectif, que ces piquants otrrespondent à des saillies qui se continuent dans l'épaisseur de la préparation. Ce ne sont donc pas des filaments, mais des lames, perpeiidicnlaires à la surfat»; de. la coupe.

Dès lors on comprend aisément pourquoi ces saillies ne s'observent généralement que sur un des côtés des cellules. L'examen de la cornée à plat nous a appris que

les crêtes d'empreinte de Tune des faces sont à peu près perpendiculaires à celles de l'autre. Si donc la coupe a atteint les crêtes d'empreinte de la face supérieure, par exemple, perpendiculairement à leur direction, leur section se montrera comme un piquant, tandis que celles de la face inférieure, étant parallèles à la direction de la coupe, apparaîtront seulement lorsque Ton abaissera l'objectif à leur niveau^ et cela sous la forme de petits prolongements membraneux.

Une cellule se montre cependant avec des saillies ou des crêtes d'empreinte sur ses deux faces, lorsque la coupe a été faite obliquement aux fibres des deux lames entre lesquelles elle est comprise.

Je dois revenir maintenant sur un point de technique que je n'ai fait qu'effleurer. Je vous ai dit que si la cornée séjourne trop longtemps dans le chlorure d'or les cellules ne se colorent pas. Je vais vous en donner la preuve, au moins d'une façon indirecte.

J'ai pris une cornée de cheval dont j'ai découpé un segment comprenant toute l'épaisseur de la membrane et ayant 1 centimètre 1/2 de largeur. Je l'ai plongé dansle jus de citron pendant cinq minutes, puis dans le chlorure d'or pendant deux heures.

Ensuite je l'ai lavé dans l'eau distillée, et la réduction a été obtenue dans l'eau acétifiée, sous l'influence de la lumière du jour. Après vingt-quatre heures elle était complète. J'ai dissocié la cornée en lames, que j'ai examinées successivement, on m'attachaut surtout à l'observation de celles de la couche moyenne. J'ai disposé sous un microscope siniple une de ces dernières, afin

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que vous puissiez vous rendre compte de la manière dont l'or a agi.

Vous y remarquerez au voisinage du centre un anneau coloré en violet, tandis que le centre lui-même et les parties périphériques sont restés incolores. Uii examen plus attentif vous montrera que cet anneau est formé de grains colorés ; ce sont les cellules fixes de la cornée, imprégnées seulement dans cette zone restreinte.

Or il est évident que le chlorure d'or a été plus longtemps en contact avec les parties périphériques qu'avec les centrales, ofi il n'est arrivé que plus tard. Au centre même il n'a pas pénétré du tout, et c'est pour cela que les éléments cellulaires n'y sont pas manifestés. Mais si, tout autour de l'anneau bien limité où la réduction s'est produite, les cellules sont restées incolores, cela ne peut être attribué qu'à l'action trop longtemps prolongée du seld^'or. Cette seule préparation suffit donc à vous démontrer que, passé certaines limites de la durée d'im mersion, l'or ne colore plus les éléments cellulaires.

TREIZIÈME LEÇON

(C février 1879) Cellules eonneelive« do la cornée.

Etude des cellules de la cornée à Vétat vivant. — Méthode à suivre pour examiner la cornée de la grenouille. — Aspccls différents que présentent les diverses préparations. Leur amélioration progressive. — Cellules dendrocloncs et orthoclones.

Le noyau des cellules n*est pas visible à l'état vivant. — Cellules cornéennes de l'axolotl et du triton crôté.

Recherche des conditions dans lesquelles les cellules de la cornée deviennent visibles. — Critique des expériences de Kuhne et de son hypothèse sur l'irritabilité et les changements de forme des cellules fixes. — Cause d'erreur inévitable dans ces expériences.

Impossibilité d'examiner les cellules de la cornée en place sur l'animal vivant. — Manière de suppléer à cette observation par leur fixation à l'aide de l'acide osmiquc. Preuve de la sûreté d'action de ce réactif.— Chez l'animal vivant, les cellules doivent être invisibles.

Le trouble léger de la cornée qui survient après la mort correspond à l'apparition des cellules.

Les cellules de la cornée apparaissent parce que, la charpente fibreuse s'imbibant d'eau, son indice de réfraction diminue et diffère dès lors de celui des cellules.

Messieurs,

Nous avons acquis maintenant les notions nécessaires pour aborder Tétude des cellules fixes de la cornée à l'état vivant.

Avant de Tentreprendre, je veux encore vous parler de deux modes de préparation des cellules fixes de la

CKLL[TLES DE LA COUNÉE A L ÉTAT VIVANT. 201

cornée de la grenouille récemment indiqués par Swaen (voy. p. 87).

Le premier consiste à plonger l'œil entier fraîchement enlevé dans une solution de bichromate d'ammoniaque à 2 pour 100. Il y est abandonné pendant deux jours, puis placé dans l'eau, dans laquelle on détache la cornée; on la débarrasse de son épithélium en la raclant avec un scalpel, puis elle est colorée par Thématoxyline et montée en préparation dans de la glycérine additionnée de 1 pour 100 d'acide formique.

Dans le second procédé, Tceil entier est plongé pendant quelques heures dans une solution de nitrate d'argent à 4 pour 100, ou bien on passe à la surface de la cornée le crayon de nitrate d'argent, à la manière de Coccius : ces opérations doivent être faites à l'abri de la lumière. Puis l'œil est placé dans l'eau distillée ou dans une solution de chlorure de sodium à 7,5 pour lOOO, pendant deux jours, également à l'abri de la lumière. La cornée est alors détachée, et, après que Tépithélium antérieur a été enlevé par le raclage, elle est colorée par l'hématoxyline et montée dans la glycérine additionnée d'acide formique.

Vous verrez sous ces microscopes des préparations faites au moyen de ces deux procédés. Elles sont bonnes et suffisamment démonstratives. Le corps des cellules et leurs ramifications, les noyaux et surtout les crêtes d'empreinte, s'y voient avec netteté. Toutefois elles sont inférieures à celles que l'on obtient au moyen de la méthode de l'or, ainsi qu'aux bonnes imprégnations positives par le nitrate d'argent. / . .

202 CELLULES CONNECTIVES DE LA CORNEE

Je passe à l'étude des cellules de la cornée examinée dans rhumeur aqueuse, sans addition d'aucun réactif.

Je dois vous dire exactement comment nous avons procédé. Nous avons employé une chambre humide analogue à celle d'Engelmann (voy. p. 78). Elle est composée, comme vous le voyez, d'une lame porte-objet ordinaire, sur laquelle est fixé un disque d'environ 2 millimètres d'épaisseur, percé à son centre d'un trou ayant à peu près 4 centimètre de diamètre. En recouvrant ce disque d'une lamelle mince, on constitue la chambre humide.

Il faut en outre se munir d'un tube de verre effilé, d'une lancette ou d'un couteau à cataracte, de ciseaux fins et d'un très petit pinceau en poils de martre. Tous ces instruments sont indispensables, comme vous allez le voir.

On prend une grenouille et on lui extirpe un œil, ou bien, ce qui vaut mieux, au moyen de ciseaux dont on introduit une des branches dans la bouche de l'animal jusqu'à l'angle de la mâchoire, on retranche la partie antérieure du crâne avec les deux yeux.

On pique alors dans la sclérotique avec l'extrémité effilée de la pipette, de manière à l'introduire dans la chambre antérieure de l'œil; l'humeur aqueuse y pénètre par capillarité. Quand on a recueilli une quantité suffisante de liquide, on retire la pipette que Ton a soin de conserver à portée de la main; puis on incise la cornée comme si l'on voulait faire l'opération de la cataracte et on la détache sur presque tout son pourtour. On achève de l'isoler avec les ciseaux et on

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