‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 36 sur 71 · EXAMINÉES A L*ÉTAT VIVANT · texte numérisé non relu

EXAMINÉES A L*ÉTAT VIVANT

la porte sur une lame de verre. On l'arrose avec une partie de Thumeur aqueuse recueillie dans la pipette, et, au moyen du pinceau trempé dans ce liquide, on la balaye de manière à la débarrasser d'abord de Viris ou des parties de Tiris qui y restent adhérentes, ensuite des grains de pigment et des autres impuretés qui peuvent s'y trouver. Le pinceau doit être très petit, afin de ne pas trop absorber d'humeur aqueuse.

Lorsque les deux faces de la cornée sont bien nettovées, la membrane est entaillée sur ses bords et transportée délicatement, au moyen du pinceau, sur une lamelle de verre bien propre, sur laquelle on l'applique par sa face postérieure en l'y étendant régulièrement. 11 faut avoir soin pendant toutes ces opérations qu'elle soit toujours baignée dans l'humeur aqueuse et qu'il en reste une quantité suffisante pour qu'elle ne se dessèche pas. La lamelle est alors retournée et placée sur le disque du porte-objet, de manière que la cornée soit située au niveau de l'espace circulaire ménagé dans ce disque, et on achève la préparation en bordant à la paraffine.

La cornée se trouve ainsi à l'abri de la dessiccation, dans un milieu contenant une certaine quantité d'oxygène, et il est possible de l'observer à un fort grossissement, puisqu'elle n'est séparée de l'objectif que par la lamelle, qu'il faut avoir soin de prendre assez mince.

Examinons maintenant cette cornée avec un objectif à grand angle d'ouverture et donnant un grossissement de 500 à 600 diamètres.

L'image que nous observerons len

dans les diverses préparations que nous ferons, malgré que les conditions dans lesquelles nous opérons nous paraissent exactement semblables. Dans la plupart des cas, lorsque Ion examine une cornée immédiatement après qu'elle vient d'èlre disposée dans la chambre humide, on dislingue fort peu de chose. Tout à fait à la superficie, on aperçoit des grains de pigment restés malgré le balayage au pinceau, et qui sont animés du mouvement brownien. Si Ton abaisse Tobjectif, on reconnaît le réseau polygonal formé par les cellules de Tépithélium antérieur. Si on le met au point pour la substance propre de la cornée, on distingue plus ou moins nettement les nerfs, puis quelques corpuscules irréguliers, à contours vagues et comme effacés, et de forme mal définie; ces corpuscules sont peu nombreux. A côlé d'eux, on voit quelques cellule;; migratrices, que Ton reconnaît à leur réfringence, à leur aspect granuleux et à leur contour bien limité. Elles paraissent d'autant plus nettes et plus claires que les autres éléments sont moins visibles.

Dans d'autres préparations, faites exactement par le même procédé, Timage pourra être toute diff'érente. Les cellules connectives s'y verront nettement. On distinguera leurs corps, leurs prolongements, leurs anastomoses ; leurs contours seront délicats , mais bien accusés. Sur quelques-unes d'entre elles on pourra mênqe, en se servant d'un bon objectif à grand angle d'ouverture, apercevoir des crêtes d'empreinte. Ori remarquera de plus que ces cellules sont plus réfringentes que le milieu dans le(iuel elles sont situées, car

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elles deviennent brillantes lorsqu'on éloigne Tobjeclit au delà du point de la vision distincte.

Au bout de quelques heures (deux à cinq heures par exemple) on reprend Texamen des premières préparations, on est surpris de voir qu'elles se sont notablemeut améliorées. On y distingue un grand nombre de cellules connecllves, disposées sur plusieurs plans et présentant des contours bien dessinés et même des crêtes d'empreinte. Je dois ajouter de suite que cette amélioralion ue se produit pas d'une façon constante. Assez fréquemment, au contraire, des préparations qui n'ont montré au début aucune cellule nette ne se modifient pas avec le temps, et au bout de six, huit ou douze heures, les cellules s'y montrent aussi rares, leurs contours aussi vagues qu'au début. Il y en a même qui, au lieu de s'améliorer ou de conserver l'aspect qu'elles avaient d'abord, deviennent de moins en moins nettes.

Nous allons chercher à déterminer les causes de ces différences d'aspect, afin de nous placer, si possible, dans les meilleures conditions pour observer les cellules fixes, et afin de savoir quelles sont les erreurs dont l'observation de la cornée vivante peut être enlachée.

Tout d'abord je dois vous donner quelques rensei- L"rcmeijts sur les formes de cellules que l'on observe dans les préparations bien réussies. On y reconnaît parfaitement les deux types distinguésparFuchs(voy. p. 87): des cellules dendroclones, portant des prolongements plus ou moins irrégulièrement ramifiés, à des branches d'arbre, et dés celli

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leurs prolongements à peu près perpendiculaires les uns aux autres.

Je crois que la différence entre .ces deux espèces de cellules est plus apparente que réelle. Elle tient simplement à ce qu'un plus ou moins grand nombre des prolongements sont nettement visibles. Lorsque l'on n'aperçoit que les prolongements les plus importants et les plus épais, la cellule parait irrégulière ou dendroclone; lorsque au contraire un certain nombre des prolongements les plus délicats sont indiqués, les angles réguliers qu'ils for* ment entre .eux donnent aux cellules l'aspect orlhoclone.

Du reste, ce qui prouve que nous ne faisons jamais sur une cornée examinée à l'état vivant qu'une observation impar faite, c'est que, ^d^!^^i^oui^]I;%ru"st\«mulferii^dîa!^i3i'^ même sur les cellules qui nous ^zraisseut les plus complètes, il manque toujours un certain nombre de prolongements, et que les crêtes d'fflnpreinle n'y sont presque jamais entièrement dessioées. Voici par exemple deux dessins que j'ai fait exéculer à la chambre claire d'après des cellules vivaDteai L^

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de ces dessins (fig. 55) montre un ensemble de deux cellules orthoclooes dont la plus grande partie se distinguait nettement. Les prolongements protoplasmiques y étaient bien accusés et certaines crêtes d'empreinte y étaient assez marquées pour que le dessinateur ait pu les voir et les reproduire. Le second dessin ffig. 26) est celui d'une cellule dendroclone. Elle possède, comme vous le voyez, un certain nombre de prolongements , mais on n'y remarque ni ramifications unes, ni crêtes d'empreinte.

La comparaison de ces deux formes de - - ---^— -- — ^ — cellules vous couvain- g,a, as. - couuic iiend,oci,„i„ a.: u mu..--^ cra qu'en réalité les ^°Ji' '''""™'"'' """"'• "^^"^•"^ ° cellules dendroclones

ne sont autre chose que des cellules moins complètement dessinées que les autres. Du reste, dans la cornée de la grenouille imprégnée par l'or, on ne voit pas de cellules dendroclones; elles sont toutes orthoclones.

Ce que je viens de vous dire suffit pour vous montrer que je ne partage pas au sujet des préparations de la cornée à l'état vivant l'opinion de W> -■»• nni les déclare de beaucoup préférables ; geot.Du reste, ledessin qu'il

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cette opinion, bien que les contours en soient beaucoup plus accusés qu'on ne peut les observer sur les meilleures préparations.

Je dois ajouter que pour Walcleyer (4) ces contours ne correspondent pas à la limite des cellules, mais à celle des canaux du suc dans lesquels elles sont corapiises. Ces cellules n'auraient pas de limites nettes et se reconnaîtraient seulement à leur aspect granuleux et à leurs noyaux.

L'existence des noyaux dans le dessin de Waldeyer suffit pour soulever des doutes ^ur l'exactitude de ce dessin. En effet, jamais les noyaux ne sont visibles dans les cellules de la cornée tant qu elles sont à l'état vivant.

Ce fait n'est pas spécial à la cornée. Ainsi les cellules lymphatiques ne montrent jamais de noyau tant qu'elles sont vivantes, dans quelque point de l'organisme qu'on les observe, ni pendant qu'elles circulent dans le sang et dans la lymphe, ni lorsqu'elles migrent à travers les parois des vaisseaux ou dans l'intérieur des tissus, ni lorsqu'elles se déplacent entre les lames de la cornée.

Il y a cependant à cette règle une exception. J'ai remarqué que chez l'axolotl le noyau est visible dans les cellules lymphatiques vivantes et pendant qu'elles présentent les mouvements amiboïdes les plus vifs (2).

Dans les cellules lymphatiques du triton, crête, le noyau se inoutre aussi pendant qu'elles sont à l'état

(1) Waldeyer, Cornea (llanUbuck der gesammfen Aiiyenheilkunde," àc Graefeet Saemiscli, 1"' vol., p. 187}.

(2) Hecherches sur les éléments du sang {Archives de phtjsiolojiey 1875,

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vivant, maiscrune façon moins nette que chez Taxololl. Il faudrait poursuivre ces recherches sur les autres batraciens urodèles, afin de savoir si cette particularité appartient à toute la série de ces animaux.

Quoi qu'il en soit, puisque chez Taxolotl les cellules lymphatiques laissaient voir leur noyau, j'ai pensé qu'il en serait de même pour les cellules fixes de la cornée. J'ai fait deux préparations de cornée d'axolotl dans rhumeur aqueuse et je les ai observées dans la chambre humide, dans les mêmes conditions que les cornées de grenouille dont je vous ai parlé. Je n'ai pu y distinguer ni noyaux, ni cellules, et, même en prolongeant l'observation pendant plusieurs heures je n'ai pas vu la préparation s'améliorer.

Chez le triton crête, dont j'ai également examiné la cornée dans la chambre humide, aucune cellule fixe n'est visible ni immédiatement, ni au bout d'un temps plus ou moins long.

Si ces cellules se dérobent à l'observation, c'est parce que chez les urodèles elles sont très grandes et très aplaties, et qu'elles ne laissent entre elles que des espaces très restreints. Dès lors il n'est pas étonnant que la faible différence de leur indice de réfraction avec celui de la substance fibrillaire qui les entoure ne suffise pas pour permettre de les apercevoir.

Les cellules migratrices, qui sont du reste peu abondantes dans la cornée des urodèles, sont les seules que l'on y distingue, et leurs noyaux sont visibles dans leur intérieur comme le sont ceux des cellules lymphatiques du sang chez ces animaux.

RÀNYIER. — Anat. générale. ii. — 14

Revenons à Tobservation des cellules fixes de la cornée de la grenouille dans Thunieur aqueuse. Elle soulève deux questions importantes, surtout au point de vue auquel nous nous sommes placé :

1^ Pourquoi, sur une cornée fraîchement enlevée et observée dans la chambre humide, ne distingue-t-on d^ordinaire que peu de cellules et encore d'une manière vague, tandis qu'elles apparaissent nettement au bout de quelques heures?

2"* Pourquoi y a-t-il entre les cornées d'une même espèce de grenouilles, la Rana temporaria par exemple, des différences telles que les unes montrent leurs éléments cellulaires dès les premiers moments de Texamen, tandis que d'autres ne les laissent voir que plus tard?

En un mot, et pour réunir •ces deux questions en une seule, quelles sont les conditions qui font apparaître les cellules dans la cornée ?

C'est là un problème à peine posé et au sujet duquel je n'ai recueilli que des données bien insuffisantes.

Parmi les hypothèses que l'on pourrait proposer pour expliquer ces phénomènes, je dois vous parler en premier lieu de celle de Kiihne (voy. p. 65). D'après cette hypothèse, les cellules de la cornée seraient irritables, c'est-à-dire susceptibles de revenir sur ellesmêmes quand elles sont excitées. Lorsqu'une cornée est enlevée et placée dans une chambre humide, les manipulations auxquelles elle a été soumise auraient irrité ses cellules, qui seraient entièrement revenues sur elles-mêmes et qui dès lors se montreraient dépourvues

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