LEUR NOMBRE ET LEUR SIÈGE
chez d'autres, au coutraire, il s'en trouvera si peu, qu'il faudra de l'attention et des recherches minutieuses pour en découvrir quelques-unes.
Les cellules migratrices peuvent siéger dans le centre delà cornée aussi bien que sur ses bords, dans ses couches profondes aussi bien que dans les superficielles ; en m mot, elles se rencontrent dans toutes les régions du stroma de la membrane. Toutefois,, elles sont toujours plus abondantes à la périphérie ; elles s'y montrent dans toutes les couches, les profondes, les moyennes et les superficielles, en nombre à peu près égal. Dans les parties centrales, au contraire, sur les cornées qui n'en sont pas très richement pourvues, il est rare d'en observer dans les couches profondes; elles sont presque toutes au voisinage de Tépithélium antérieur. D'habitude même, on remarque qu'à une faible distance du bord, elles ont quitté les couches profondes pour les moyennes, et, en examinant une cornée de la périphérie au centre, il faut, pour en rencontrer, pénétrer de plus en plus profondément avec l'objectif dans Tintérieur de la préparation.
Malgré leure variétés infinies de forme, les cellules migratrices peuvent être rangées en deux groupes appartenant à des types bien différents l'un de l'autre, et que Ton reconnaît d'emblée lorsqu'on en a un certain nombre sous les yeux. Cette différence tient au siège qu'elles oc^ eupent. Quand elles sont situées entre les lames cornéennes, elles ont des formes analogues à celles des cellules lymphatiques de la lymphe ou du sang observées entre des lames de verre. Plus ou moins aplaties, munies
!27^ CliLLULES MIGRATRICES DE LA CORMiE.
de prolongements variés, elles possèdent généraleraeirt une partie globuleuse, plus épaisse et plus réfringente, ou bien elles sont étalées complètement comme un voile mince, et Ton n'en saisit les contours que grâce à un bon éclairage. C'est la forme que nous appellerons interlamellaire.
Mais, lorsqu'elles ont pénétré dans les lames ellesmômes et qu'elles se trouvent seiTées entre les faisceaux parallèles qui les constituent, elles présentent un aspect tout différent. Elles sont alors très allongées, en forme d'épieux ou de fuseaux. Quelquefois un fuseau plus épais est accompagné sur ses deux bords de fuseaux plus courts et plus minces, qui font partie de la même cellule, mais dont l'union avec le fuseau principal est à peine visible à cause de sa minceur. Nous appellerons cette seconde forme, interfasciculaire ou intralamellaire.
Étudions maintenant plus attentivement ces deux ormes et les modifications qu'elles subissent, et commençons par les cellules migratrices interlamellaires.
A une première observation, ces cellules paraissent semblables, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, aux cellules lymphatiques de la lymphe ou du sang observées dans une chambre humide ordinaire (1). Si l'on en excepte quelques différences sur lesquelles je reviendrai tout à l'heure, elles ont à peu près les mêmes formes, (voy. fig. 30). Dans l'une des plus communes, la cellule se montre comme un corps globuleux, réfringent, de l'un des points duquel partent en
(1) Voy. Traité technique d^hisloloyiet p. -ii.
CELLULKS INTEflLABliLLAIRES. 273
divei^eaotdas proloiijçements pins ou moins nuiiibreux. L'ensemble rappelle à peu près une grenade.
Quelquerois il part de deux points opposés de la cellule des prolongements antiboïdes ramifiés, le corps cellulaire restant au milieu comme une masse réfringente.
D'autres fuis, du corps cellulaire plus ou moins allongé, souvent renflé à l'une de ses extrémités, se dégagent des bras terminés par des prolongements digitiformes, de longueur, d'épaisseur et de direciiou variées.
Assez souvent, le corps de la cellule eil douue naissance à des expansions mraa ou moins étendues. ' -' '.
RANVIER — Adiil. gciiérale.
Enfin, une dernière forme, la plus difficile à reconnailre, est celle dans laquelle la cellule s'est étalée jusqu'à n'être plus qu'une plaque mince découpée ou frangée sur ses bords, ressemblant à un continent dans une carte de géographie. Ces plaques sont si minces qu'il faut pour les découvrir, outre une excellente lumière et un bon objectif, une très grande attention.
Les cellules ainsi aplaties sont les seules dans lesquelles on distingue le noyau à l'état vivant. Ce noyau est lobule et quelquefois contourné, comme dans la plupart des cellules lymphatiques.
Ces diverses formes peuvent être reconnues dans les cellules lymphatiques nageant librement dans leur propre plasma entre deux lames de verre. La dernière même s'observe lorsqu'une cellule, s'élant attachée à la lamelle de verre, s'y étale peu à peu: elle devient alors tellement mince qu'il serait inîpossibic de la distinguer si on ne l'avait pas suivie des yeux dans toutes les phases de sa transformation.
Si, après avoir renouvelé coiuiaissance avec les cellules lymphatiques observées dans la chambre humide, on étudie avec soin les cellules migratrices de la cornée, on arrive à y reconnaître certains détails qui avaient échappé à la première observation et qui sont en rapport avec la situation qu'occupent ces cellules*
Nous savons que les lames de la cornée ne sont pas homogènes comme des lanielles de verre, mais qu'elles sont consjiituées par des faisceaux parallèles qui laissent entre eux des interstices dont les cellules fixes preii'* nent Tempreinte. Dès lors nous devions nous douiatider
CELLULES INTEttLAMKLLAlKliS. 275
si les cellules migralrices ne présenteraient pas, elks aussi, une disposition qui rappellerait plus ou moios les crêtes d'empreinte des cellules fixes.
Il en est réellement ainsi : en effet, si vous examinez avec soin une cellule migralrice à prolongements digiliformes, vous remarquerez que ses prolongements ont une direction parallèle à ceux des cellules fixes.
Fie. 31. — Trtuat
Souvent vous en observerez deux ou trois parallèles Centre eux, présentant des prolongements secondaires perpendiculaires à leur direclion, et ceux-ci portant quelquefois des prolongements tertiaires parallèles aux premiers. En un mot, vous reconnaîtrez, facilement que les prolongements des cellules migratrices s'insinuent et se cramponnent dans les iulersticcs des faisceaux des deux lames coroéenneseulre lesquelles elles sont situées (voy. a Ilg. 31),
Avant d'étudier les translbniiutimis suca;ssive.sdBiaii éléments et leur migration proprcnionL dite, c*c4-4^ dire leur mouvement de translation dan» 1^ la cornée, Je veux vous indiquer une n
de laquelle on peut les fixer instanfanément : On a dans la chambre humide une cornée dans laquelle on a observé un certain nombre de cellules migralrices présentant des formes intéressantes. Pour les conserver, il suffît de détacher la lamelle de verre avec la cornée qui y reste adhérente et de l'exposer aux vapeurs d'acide osmique pendant dix minutes à un quart d'heure; la fixation est alors complète. Puis on porte la cornée dans l'eau distillée, on racle à l'aide d'un scalpel Tépithélium antérieur et l'épithélium postérieur qui gêneraient l'observation, et on monte la préparation dans l'eau phéniquée. Il est nécessaire d'employer l'eau phéniquée (solution d'acide phénique à 1 pour 100) et non la glycérine; autrement les détails les plus fins des cellules migratrices, ceux qu'il importe le plus d'observer, deviendraient invisibles par suite de l'indice de réfraction élevé du milieu.
Vous avez examiné, à la fin de la dernière leçon, une préparation ainsi faite, et ceux d'entre vous qui ont déjà rétudié la migration ont dû être frappés de l'illusion qui se produit : Les cellules sont si bien conservées dans leur forme amiboïde que l'on s'attend à les voir se transformer et que l'on est tout surpris, avec cette apparence de vie, de les voir rester immobiles. Cette illusion suffit à montrer la perfection de la méthode au moyen de laquelle elles ont été fixées.
Pour observer les mouvements des cellules et ledû'É gration, il faut examiner la cornée vivante ^ meur aqueuse. On peut constater alors on
CELLULES INTERLAMELLAIRES. 277
formes que je viens de décrire passent facilement les unes dans les autres (voy. fig. 31). Les prolongements déjà émis rentrent dans le corps de la cellule; il en naît de nouveaux en d'autres points; en un mot, les cellules migratrices sont de véritables prêtées, comme les cellules lymphatiques du sang.
Il arrive souvent que, se fixant entre deux lames cornéennes, une cellule envoie une expansion amiboïde aplatie, qui s'étend de plus en plus ; le corps de la cellule diminue à mesure, jusqu'à n'être plus qu'un grain sur un des bords de la lame protoplasmique qui atteint les dimensions d'une cellule fixe. Ce grain disparaît à son tour, et la cellule tout entière est tel^pment amincie qu'elle n'est reconnaissable que pour celui qui a assisté à ses diverses transformations.
Le corps cellulaire contient généralement un noyau, invisible tant que la cellule est globuleuse, mais apparent lorsqu'elle est devenue membraniforme. Ainsi, dans l'exemple dont je viens de parler, lorsque le corps cellulaire est réduit à un grain, on yoit le noyau sortir de ce grain comme s'il en était exprimé, et dessiner son contour irrégulier sur la partie de l'expansion la*^ plus voisine.
Arrivons à la migration proprement dite.
Le trajet que suivent les cellules migratrices est très
variable. Quelquefois elles passent à travers tout le
^hamp du microscope en ligne droite, comme elles
iwnt le faire en cheminant librement dans le
^•Toutefois, il est loin d'en elre
toujours ainsi, et généralement leur parcours est très irrégulier. Souvent on les voit s'arrêter longtemps dans un point, puis continuer leur trajet primitif, ou bien en dévier à droite ou à gauche, ou enfin revenir sur ellesmêmes, comme si quelque obstacle les avait déterminées à changer de route.
Recklinghausen, qui a le premier observé ces faits, pensait que les cellules migratrices cheminaient dans les canaux du suc, c'est-à-dire dans les espaces oij seraient logées les cellules fixes. Il est vrai que très souvent on observe les cellules migratrices sur un prolongement ou sur le corps d'une cellule fixe, et quelquefois les^eux cellules sont en contact. tellement immédiat que leur contour est net pour le même point de l'objectif, môme quand il est à grand angle d'ouverture. Mais il ne ressort pas de là que les cellules migratrices cheminent dans des canaux préformés. Elles voyagent indifféremment dans toutes les directions et dans toutes les couches de la cornée, comme l'a fait très.justement observer Engelmann (i). Emporté par la critique , d'ailleurs excellente , qu'il fait de la manière de voir de Recklinghausen, cet auteur est allé jusqu'à soutenir que les lames de la cornée sont constituées par des fibrilles d'une extrême minceur disposées parallèlement et séparées par des interstices remplis de liquide, mais sans aucune substance unissante. Ces fibrilles pourraient être séfMtréMif* , écartées les unes des autres sans difficulté • aiiaM||É^
Cl) Kngolmann, Ueber die Hnrnhaul des AuyeSy Lcipxfg^
CKLLULES INTKRFASCICULAIRES. ^79
dès lors, les cellules migratrices y chemineraient dans louto direction, perpendiculair^iment au plan des lames ou des fibres, ou dans le sens de ces fibres, sans que la charpente de la cornée ^fmât en rien leur trajet.
Cette manière de comprendre la migration tient à ce qu'Ëngelmann a méconnu la différence fondamentale qui existe dans la forme des cellules migratrices suivant qu'elles sont situées entre tes lames ou entre les faisceaux. II convient même d'ajouter que ce nesontpasles Sbrilles qu'elles écartent, mais les petits faisceaux que forment ces fibrilles dans l'épaisseur de la membrane.
Néanmoins, de ses observations comme des nôtres, que vous pourrez, du reste, reproduire vous-mêmes, il résulte à l'évidence que les cellules migratrices ue circulent pas dans des canaux, mais qu'elles cheminent librement dans la cornée. L'observation attentive de la migration va même absolument contre la théoiie que Recklinghausen avait fondée sur elle.
Maintenantque vous connaissez les cellules migratrices interlamellaires, il me sera facile de vous montrer en quoi diffèrent d'elles les cellules interfasciculaires. Mais auparavant je dois vous donner quelques renseignements sur la fréquence relative de cfâ deux espèces de cellules migratrices.
Nous avons divisé, vous vous en souvenez, les cornées
saivani retendue et la forme des cellules fixes qu'elles
contiennent, en corm-i-s ii cellules du type corpus-
culniro ol cornées à cellules du type membranifoiiiie.
tens les premières, nous avons injecté des tiihes de
Bowman, dans les secondes un réseau. Eh bien 1 dans les premières, celles où se produisent les tubes de Bowman, les cellules interfasciculaires sont les plus abondantes. Dans les cornées à cellules membraniformes, au contraire, les cellules migratrices interlamellaires sont les plus nombreuses. Mais, dans n'imporle quelle cornée, on rencontre les deux formes que nous avons distinguées.
Dans la cornée de la grenouille, qui, bien que tout à fait à la limite du type corpusculaire, s'y rattache néanmoins, les cellules interlamellaires sont généralement les plus nombreuses et les plus facilement reconnaissablés. Il y existe cependant aussi des cellules interfasciculaires, mais j'avoue que, si je les avais observées seulement chez la grenouille, j'aurais conservé des doutes sur leur véritable situation et sur leurs rapports.
, C'est surtout dans les cornées appartenant vraiment au type corpusculaire, celles du bœuf et du cheval, qu'il faut étudier les cellules migratrices intralamellaires.
Cette étude doit être commencée au moyeu de la méthode de l'or. En effet, comme les cellules lymphatiques fixent l'or d'une façon énergique, elles se colorent beaucoup plus fortement que les autres et peuvent en être distinguées facilement.
Une préparation dont je vous ai déjà parlé m'en fournira la preuve. Lorsque j*ai voulu vous montrer qu'un séjour trop long dans le sel d'or cmpôehe la coloration des cellules cornéeniics (vuy. p. 198;, j'ai fait passer
CELLULliS INTEBFASCICULAIRES. 281
SOUS VOS yeux un fragment de cornée de cheval dont le centre ni les bords n'étaient colorés ; seul, un anneau violet indiquait la zone de l'action favorable de l'or. Si, reprenant celte préparation, vous l'examinez dans la région où l'action de l'or est à peine marquée sur les cellules fixes, vous observerez à côté d'elles des cellules migratrices très fortement colorées en violet.
Ces cellules migi'airices ont môme des formes très singulières. Au lieu d'être composées, comme celles que nous avons étudiées jusqu'à présent, d'un corps globuleux avec des bras ou des appendices filiformes, elles ressemblent à un fiigot composé d'une série d'épieux placés les uns à côlé des aulres et réunis par des parties plus minces. En réalité, elles ne sont pas constituées par des épieux séparés, mais par des parties alternativement minces et épaisses suivant quelles sont déprimées par les faisceaux de la substance fondamentale ou qu'elles pénètrent dans leurs interstice. Mais, comme les parties épaisses sont d'un violet foncé, tandis que les autres, grâce à leur minceur, sont à peine teintées, les premières seules apparaissent d'abord et simulent ainsi des épieux juxtaposés.
A côté de ces cellules, vous en remarquerez d'autres un peu différentes; elles sont formées d'un seul épieu, présentant sur ses côtés des expansions, comme de petites ailettes membraneuses. Cette disposition se comprend facilement : la cellule migratrice étant logée entre lesfaisceaux qu'elle a écartés les uns des autres, une partie de sa substance, engagée dans les interstices (juiséparent ces faisceaux, s'y étend en lanic^
'282 CHLLUI.HS MIGRATRICES DE LA CORNÉE.
minces ; ce sont ces lames minces que fixe le chlorure d'or el qui se montrent comme des ailettes sur les côtés de l'épieu (voy. m' fig. 32),
Du reste, pour nous renseigner exactement sur la situation des cellules migratrices dans la cornée du cheval ou du bœur, nous possédons une méthode sûre. La voici :
Un fragment d'une cornée tout à fait fraîche est exposé aux vapeurs d'acide osmique pendant quelques
iierfucicolBire pHnmUnt
heures; le durcissement est complété par un séjour de vingt-quatre heures dans l'alcool ordinaire ; puis on pratique des coupes perpendiculaires à la surface de la membrane, on les colore par le picrocarminate et on les
CELLULES INTERFASCICULAIRES. 283
traite successivement par Tacide formique et la glycérine pour leur donner une transparence convenable.
Sur ces préparations, et vous en verrez une à la fin de la leçon qui provient de la cornée du bœuf (voy. flg. 33),
— — ^^^Bi^-'r^ I II -
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*c:i2ir:r:5i'\î2r^^î:''?«i:'»^^
PiG. 33. — Cornée du bœuf souiai^o ù l'aeliuii des vapeurs d*acide osinique ot traitée par l'nicool. Coupe perpendiculaire à la surface, colorie par le picrocnrmi^atc et conservée dans la glycérine additionnée d'acide formique. — m, cellule migratrice comprise dans une lame dont les fibres ont été coupées perpendiculairement à leur direction; m', cellule migratrice comprise dans une lame dont les fibres ont été coupées parallèlement à leur direction.
vous distinguerez les lames de la cornée incolores et séparées par des corpuscules rouges correspondant aux cellules fixes; les unes présentant une striation dans leur longueur, les autres Tindice do la section transversale de leurs faisceaux constitutifs. Après vousêtre ainsi orientés, vous remarquerez, dans l'épaisseur même des lames, les cellules migratrices colorées en rouge. Ces cellules ont un aspect différent suivant que les lames dans lesquelles elles se trouvent sont coupées perpendiculairement ou parallèlement à la direction de leurs fibres. Dans lespre-
284 CELLULLS MIGRATRICES DE LA COUNIiE.
niières, elles montrent sur tout leur pourtour des expansions rayonnantes plus ou moins régulières, qui leur donnent l'aspect d'une roue à palettes; ces palettes correspondent, de même que les ailettes que nous avons signalées dans les préparations à Tor, à l'empreinte des espaces intcrfasciculaires. Dans les secondes, les cellules, tout en présentant des prolongements ou des saillies, ont une forme ovoïde ou en fuseau.
Il résulte de là que ces cellules sont situées, non pas entre les lames de la cornée, mais dans leur épaisseur même, au milieu des faisceaux qui les constituent. La préparation est si démonstrative qu'il suffit de l'avoir examinée pour être convaincu que la migration peut se faire dans l'intérieur même des lames cornéennes.
La cornée du triton', bien qu'elle soit analogue par certains caractères à celle de la grenouille, doit être rangée parmi les cornées à cellules du type membraniforme. Les cellules fixes, qui y sont très grandes et très aplaties, laissent entre elles fort peu d'espace. Grâce à sa minceur cette cornée est très favorable pour l'étude des deux types de cellules migratrices. Elle doit être préparée par la méthode de l'or (jus de citron, chlorure d'or, eau légèrement acélifiée) et montée à plat dans la glycérine.
Les cellules migratrices s'y voient d'autant mieux qu'elles sont les seules à présenter une coloration un peu intense, les cellules fixes étant à peine teintées à cause de leur grande minceur. Vous en remarquerez qui piésentent la forme de fagots (voy. b Hg, o4) ; elles sont constituées, comme celles de la cornée du cheval, par
CELLULES INTERFASCICULAIRES. ^285
plusieurs épieux juxtaposés. Ces épienx sont ici beaucoup plus allongés et beaucoup plus effilés, et ilfaut une grande attenlion pour distinguer les parties minces qui les unissent les uns aux autres.
FlG. 3i. — Gcllulos iiii^i'utri.;es de la cornée du ti'ilon dans une prépara lion obtenue au moyen de la mélhodc de l'or. — 'aa, cellules inlcrlatnellaires; bb, cellules inlerfasciculaires.
11 s'agit évidemment là de cellules inlerfasciculaires; mais, tout à côté, vous pourrez observer d'autres cellules qui sont aplaties, à bords irréguliers, et qui contiennent, au sein de leur proloplasma forlement coloré, un noyau incolore replié sur lui-môme, mamelonné et tel qu'il se voit dans les cellules lymphatiques ordinaires. La surface du protoplasma porte çà et là l'empreinte des lames cornéennes; certains fragments colorés en violet ne sont reliés au corps cellulaire que par un mince prolongement. Ces cellules sont des cellules migratrices inlerlamellaires.
Revenons à Tobservalion de la cornée de la grenouille à Télal vivant. Étant donné ce que je viens de vous dire des deux types de cellules migratrices et de leurs caractères, il vous sera désormais facile de les reconnattro sur une cornée examinée dans la chambre humide. Je ne reviens pas sur les cellules interlamellaires, vous les connaissez. Quant aux interfasciculaires, elles se présentent sous la forme de longs filaments terminés eu pointe à leurs deux extrémités. Tantôt rectilignes, tantôt légèrement ondulés, suivant l'étal d'extension de la portion de la cornée dans laquelle on les observe, ces filaments sont généralement simples; quelquefois aussi, groupés deux à deux, trois à trois ou même en plus grand nombre , ils sont reliés les uns aux autres par des expansions latérales difficilement visibles, et que l'on ne distingue que lorsqu'on est averti de leur existence par l'analogie de ces épieux avec ceux qui se montrent dans la cornée du triton et du cheval.
Nous allons nous occuper maintenant des effets des décharges d'induction sur les cellules migratrices de la cornée de la grenouille.
A propos des cellules fixes de la cornée, je vous ai parlé (voy. p. *:210)de l'opinion de Kiihne, d'après laquelle ces cellules se contracteraient sous Tintluence des décharges électriques jusqu'à devenir fusiformes. J'avais pensé d'abord que cette observation erronée tenait à une confusion que l'on aurait faite des cellules fixes avec les migratrices. D'autre part, je savais, par les expériences de beaucoup d'auteurs et par celles que
ACTION DES COURANTS d'iNDUCTION, 287
j'avais faites moi-môme, que, si l'on soumet à raction lie décharges d'induction des cellules lymphatiques libres, elles reviennerït à la Forme sphérique pour reprendre, au bout d'un temps variable, leur activité prenniière. Kiîhne, me disais-je, aura ramené à la forme ronde des cellules misçratrices, et il aura attribué à toutes les cellules de la cornée les propriétés qu'il a cru reconnattre dans quelques-unes d'entre elles.
L'expérience m'a montré que cette interprétation doit être rejetée. L'effet que produisent les décharges d'induction sur les cellules migratrices dans la cornée n'est pas du tout le même que sur les cellules lymphatiques libres dans du plasma. Lorsque des cellules lymphatiques contenues dans une goutte de lymphe disposée dans une chambre humide sont soumises à l'action d'un courant faible, elles ne sont pas gênées dans leurs mouvements ; il semble même qu'une série de décharges d'induction de faible intensité les excite et augmente leur activité. Lorsque les décharges sont fortes, les cellules sont ramenées à la forme ronde; elles restent réfringentes, leur noyau n^apparatt pas, et quelque temps après elles poussent de nouveau des prolongements. Enfin^ lorsque le courant est très fort, les cellules lymphatiques, ramenées à la forme ronde, sont tuées, et le noyau. apparaît dans leur intérieur.
Pour étudier ce qui se passe dans les cellulas migratrices de la cornée sous les mêmes influences, il faut examiner une cornée de grenouille dans la chambre humide, y rechercher les régions qui contiennent des cellules migratrices bien vivantes, bien protéiformes,
^88 CELLULhS MÏGRATUICES DH L.\ CORNÉli:.
puis la disposer sur le porte-objel éleolrique de façon que CCS régions se trouvent sur ho passage du. courant. Après avoir choisi un point favorable pour Tobservation, on fait passer, tout en exaniinant atlentivement les cellules, quelques décharges rares et de faible intensité. Ni pendant le passage du courant, ni après, il ne se produit aucun changement, les cellules migratrices continuent leurs mouvements. Sous l'influence d'une série de décharges faibles ou moyennes, elles paraissent même avoir une activité plus considérable ; elles sont excitées, non paralysées.
Avec un courant relativement fort, les cellules migratrices sont immobilisées, mais elles ne deviennent pas globuleuses; elles gardent la forme qu'elles avaient et semblent simplement stupéfiées. Puis, après un quart de minute ou une demi-minute, elles reprennent leur activité première. Il y a ici, vous le voyez, une première différence avec les cellules de la lymphe. Les cellules migratrices de la cornée ne reviennent pas à la forme ronde; cela tient à ce que leur retrait ne peut s'effectuer fiicilement dans les espaces étroits qu'elles occupent.
Employons un courant plus fort, par exemple celui qui est nécessaire pour tuer les cellules fixes de la cornée. Les cellules migratrices ne reviennent pas sur elles-môuies ; leurs expansions restent étendues. Mais il se passe dans leur protoplasma, comme dans celui des cellules fixes, une série do modifications : il devient dilfluenl, dans son intérieur se montrent des granulations graisseuses, et le noyau apparaît.
DIX-IIUITIEME LEÇON
(â2 février 1870 Cellules mlsratriees «e la eoraée.
"""î^tiulations graisseuses que contiennent les cellules lymphatiques. Condi- ^^onsdans lesquelles les cellules subissent la transformation graisseuse. Expériences.
''^ tisplantation de la cornée dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille, ^^nûrmation des résultats obtenus par Recklinghausen : Les cellules migra- ^^ices ne proviennent pas des cellules fixes. Les cellules fixes sont encore 'Vivantes au bout de huit jours dans la cornée transplantée dans le sac ^ emphatique dorsal; elles se chargent de granulations graisseuses. Les ^^dlulcs immigrées se dirigent vers Tépithélium antérieur. Explication de ce phénomène.
^iginc des cellules migratrices. — Expérience de Cohnheiiu.
lèplthéliuiii antériear «e la cornée.
'^c trois couches : cellules à pied, cellules à fosscltes, cellules lamellaires. - — Discussion sur la nature du plateau des cellules à pied. — Théorie des cellules à pied. — Cellules à fossettes ; leurs formes variées. — Vacuoles qui se forment dans les cellules de l'cpithélium antérieur. — Ces cellules contiennent une substance analogue à la myéline.
Messieurs,
En vous parlant, à la fin de la dernière leçon, des ^ifels des décharges d'induction sur les cellules migra- ^ fices de la cornée, je vous ai dit que les courants forts, ^ui tuent ces cellules, y font apparaître, en môme temps ^ue le noyau, un certain nombre de granulations graisseuses.
KANYitK. — Anal, géu-'-raii'. 11. — lU
290 CELLULES MIGRATRICES DE LA COKNÉE.
Cette observation me conduit à vous parler des granulations graisseuses distinctes que Ton observe dans toutes les cellules lymphatiques à Vétat de migration dans la cornée, et dont le diamètre peut aller jusqu'à 1 ou 2 ^. L'histoire de ces granulations se rattache à la question des transformations graisseuses en général.
Les cellules lymphatiques de la cornée viennent du sang, comme nous le verrons. Or, dans le sang, elles sont loin de contenir toutes des granulations graisseuses. Si donc toutes celles qui se trouvent dans la cornée eu renferment, il faut admettre, ou bien que seules les cellules lymphatiques pourvues de granulations graisseuses pénètrent dans la cornée (et il n'y a guère de raison pour cela), ou bien que celles qui y sont entrées se chargent de granulations graisseuses pendant le séjour qu'elles y font.
Pour vous donner l'explication de ce phénomène curieux, Texistence constante de granulations graisseuses dans les cellules lymphatiques de la cornée, je commencerai par vous rappeler une expérience que j'ai faite il y a plus de dix ans. Cette expérience est simple, facile à reproduire, et elle donne des résultats constants et bien démonstratifs.
Dans un morceau de moelle de sureau macérée, c'est-à-dire provenant d'une branche morte sur l'arbre, on découpe un pelit fragment rectangulaire de 2 millimètres environ de côté et on l'introduit dans le sac lymphatique dorsal d'une grenouille ou dans la cavité péritonéale d'un lapin, d'un rat, d'un chien, etc., en
GRANULATIONS GRAISSEUSES Qu' ELLES CONTIENNENT. 291
uu mot, dans une cavité lymphatique. Le retirant au bout de deux ou trois jours, on constate que les cellules lymphatiques ont pénétré dans son intérieur, et cela d'autant plus abondamment que la. moelle de su* reau était mieux macérée.
Accumulées par Tirritation développée autour du corps étranger, elles ont cheminé de cellule végétale en cellule végétale à travers les canaux poreux de leurs cloisons pour atteindre rintèrieur de la troisième, même de la quatrième rangée de ces cellules à partir de la sar£ace.
L'existence des canaux poreux est une condition indispensal)le de cette pénétration ; ce qui le prouve, c'est que, si l'on prend au lieu de moelle de sureau un fragment de laminaria digitata, dont les cellules ne communiquent pas entre elles, on trouve des cellules lymphatiques accumulées dans les cellules végétales ouvertes sur les différentes faces du fragment, tandis qu'il n'y en a aucune dans la profondeur.
Les cellules lymphatiques qui ont pénétré dans Tintérieur de la moelle de sureau contiennent presque toutes un plus ou moins grand nombre de granulations graisseuses distinctes, indice d'une transformation graisseuse 4 son début. Cette transformation tient à ce que les cellules lymphatiques se trouvent là dans des conditions défavorables, les échanges nutritifs qui leur sont nécessaires s'opérant alors lentement et d'une façon incomplète.
D'autres observations analogues m'ont confirmé dans cette manière de voir : partout oix les échanges nu-
trilifs sont incomplets, soit parce que les sucs nourriciers n'arrivent qu'avec peine jusqu'aux éléments cellulaires, soit parce que ceux-ci sont en nombre trop considérable par rapport aux vaisseaux qui doivent subvenir à leur entretien, on voit se produire la dégénération graisseuse.
J'ai répété récemment cette expérience pour vous en montrer les résultats. Un petit fragment de moelle de sureau a été introduit sous la peau du dos d'une grenouille.' Après trois jours, il en a été relire et soumis pendant un quart d'heure à Taction des vapeurs d'acide osmique. J'ai disposé sous ces microscopes deux coupes faites sur ce fragment ainsi fixé; vous remarquerez que les cellules lymphatiques, très abondantes dans les régions superficielles, se montrent en nombre décroissant jusque dans la quatrième rangée des cellules delà moelle de sureau. Elles présentent des prolongements amiboïdes, ce qui prouve qu'elles ont été fixées instantanément par l'acide osmique; enfin, dans chacune d'elles, vous distinguerez un certain nombre de granulations graisseuses colorées en noir par l'osmium.
L'acide osmique n'est pas indispensable pour reconnaître ces granulations, mais il est intéressant d'employer ce réactif pour constater la netteté avec laquelle il fixe la forme des éléments délicats, et pour conserver un spécimen d'un fragment de moelle de sureau infiltré de cellules lymphatiques.
Je reviens aux cellules migratrices de la cornée. Il est clair que des cellules lymphatiques, enclavées entre