‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 47 sur 71 · TRANSPLANTATION DANS LE SAC LYMPHATIQUE · texte numérisé non relu

TRANSPLANTATION DANS LE SAC LYMPHATIQUE

Vest fait une migration très abondante de cellules lymphatiques dans son intérieur. Cette migration est d'autant plus marquée que, toutes choses égales d'ailleurs, la cornée a séjourné plus longtemps dans le sac lymphatique.

Ces expériences ont été faites d'abord par Recklinghausen et consignées dans son remarquable travail « sur les corpuscules du tissu conjonclif et du pus » , dont j'ai déjà eu Toccasion de vous parler (voy. p. 61).

Dans le but de démontrer d'une façon complète que les cellules migratrices de la cornée provenaient bien de lu lymphe et non de la transformation d€s cellules fixes, Recklinghausen a varié ses expériences. Il a placé dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille des cornées fraîches, des cornées macérées dans l'eau, des cornées dont les cellules avaient été tuées par des réactifs, des cornées putréfiées, et dans toutes ces conditions, dont la plupart excluaient toute participation des cellules fixes, il a pu observer la présence dans la cornée de nombreuses cellules migratrices. Enfin, pour être absolument certain que c'étaient des cellules de la lymphe qui pénétraient ainsi dans la cornée, il introduisit à la fois dans le sac dorsal une cornée de grenouille et une certaine quantité de vermillon réduit en poudre fine. Les cellules lymphatiques qu'il trouva dans la cornée quelques jours après cette opération étaient chargées de granulations de vermillon. Il n'y avait donc plus de doute : les cellules migratrices, vaguant dans le sac lymphatique, s'étaient emparées du vermillon et avaient pénétré, ainsi lestées, dans l'intérieur delà membrane.

290 CKLLUl.KS MIGBATRICES DK LA CORNÉK.

J'ai répété la plupart de ces expériences et j'en ai reconnu Texactitude. Du reste, si je les ai reprises, c'était plutôt pour m'instruire que pour vérifier les résultats annoncés par Reckliughausen, Je connais trop bien cet observateur, je sais trop le soin, la précision, la défiance de soi-même qu'il apporte dans ses expériences, pour avoir le moindre doute sur la réalité de« faits qu'il dit avoir constatés.

J'ai remarqué de plus certains détails que Recklingbausen n'a pas consignés dans son mémoire :

Après avoir séjourné buit jours dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille, les cellules fixes de la cornée vivent encore, ce que l'on reconnaît à ce qu'elles sont parfaitement nettes et à ce qu'il n'y a pas de noyaux visibles dans leur intérieur. Dans la plupart d'entre elles, même avant d'avoir employé aucun réactif, on peut distinguer des granulations graisseuses.

Il ressort de cette observation que, dans des conditions qui ne sont pas physiologiques, qui ne sont pas favorables aux cellules, il se produit, même dans les cellules fixes, une transformation graisseuse.

Un autre point m'a frappé dans ces expériences. Ayant séparé la cornée de manière à conserver tout autour d'elle un anneau de la sclérotique, j'y avais pratiqué, avant de l'introduire dans le sac dorsal, une incision à peu près suivant un de ses diamètres. Cette cornée présentait donc un bord adhérent à la sclérotique, ou, pour parler plus exactement, à l'anneau fibreux qui l'unit a la sclérotique cartilagineuse, et une surface do seclion. Au niveau de celle-ci, les cellules nngratrices

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étaient très abondantes, tandis que leur nombre était très restreint au voisinage de la sclérotique.

Examinant alors plus attentivement cette cornée avec un objectif à grand angle d'ouverlure, après Tavoir disposée dans la chambre humide la face postérieure en haut, j'ai recherché dans quelle couche se trouvaient les cellules migratrices. Au voisinage immédiat de la section, j'ai constaté qu'il y en avait en grand nombre à toutes les hauteurs, c'est-à-dire dans toutes les couches de la membrane. A mesure que Ton portait l'observation sur un point qui en élait plus éloigné, elles étaient moins nombreuses et eu même temps plus profondes dans la préparation; puis on les voyait devenir très rares dans les couches superficielles, et pour en retrouver en quantité notable, il fallait aller jusqu'au voisinage de Tépilhélium antérieur.

Vous avez déjà observé un fait analogue sur une cornée vivante examinée immédiatement dans l'humeur aqueuse. Son bord contenaitdes cellules migratrices dans, toute son épaisseur, tandis que vers son centre il ne s'en rencontrait que dans ses couches antérieures (voy. p. 271). Je ne vous ai pas donné alors l'explication de ce fait, parce que je ne possédais pas tous les éléments nécessaires. En effet, chez l'animal vivant, les deux faces de la cornée ne sont pas dans les mêmes conditions ; la face postérieure baignant dans l'humeur aqueuse, l'antérieure étant en rapport avec l'air, on pouvait supposer que les cellules lymphatiques émigraient vers la partie antérieure, parce qu'elles avaient une tendance à aller du côté de l'air.

Cette tendance des cellules lymphatiques à se rapprocher des régions où elles trouveront de l'oxygène eB plus grande abondance peut être démontrée par une expérience fort simple. On dispose sur le disque d'une chambre humide ordinaire une goutte de lymphe; on s'assure par une observation faite avec un faible grossissement que les cellules sont réparties à peu près également sur tous les points du disque; puis on abandonne la préparation à elle-même. Le lendemain, on reconnaît que la plupart des cellules lymphatiques se trouvent sur les bords du disque, au voisinage immédiat de la rigole circulaire qui contient de l''air. Ou dirait qu'elles ont une sensibilité spéciale pour l'oxygène, et qu'elles tendent à pousser des prolongements et par conséquent à s avancer du côté où il s'en trouve. Je n'insiste pas sur ces faits, qui sont suffisamment connus (1) ; je vous les rappelle simplement pour vous montrer que cette aflSnité pour Tair pouvait être une cause de la progression des cellules migratrices vers la face antérieure de la cornée.

Pour s'assurer s'il en était réellement ainsi, il fallait une expérience de contrôle. Cette expérience, nous l'avons aujourd'hui dans la transplantation de la cornée. Il est évident, en effet, que, dans le sac lymphatique, la cornée a ses deux faces dans le même milieu ; si donc les cellules migratrices vont encore vers les couches superficielles, on ne peut plus l'attribuer à leur affinité pour l'air, et il faut invoquer une autre cause. Cette

(l)Voy. Traité technique dlmtoîogie, p. 1G3.

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