‹ Leçons d'anatomie générale v. 2 |Annee 1878/79, 1881Chapitre 48 sur 71 · ORIGINE DE CES CELLULES · texte numérisé non relu

ORIGINE DE CES CELLULES

cause, je crois la trouver dans la texture de lacharpente connective elle-même. Vous savez en effet que les lames de la cornée, outre leur direction générale, ont encore une orientation spéciale dans la région antérieure de la membrane. Elles se dirigent obliquement vers sa surface pour aller s'y terminer. En s'enchevôlrant, ces lames obliques formeraient une sorte de nasse dans aquelle les cellules lymphatiques se trouveraient prises de telle sorte qu'elles ne reviendraient que difficilement en] arrière, tandis que, en avant, le chemin étant ouvert, elles arriveraient sans difficulté jusqu'au voisinage de Tépithélium antérieur.

La migration des cellules lymphatiques vers la surface antérieure de la cornée explique pourquoi les abcès interstitiels de cette membrane s'ouvrent presque tous à sa face antérieure. Je ne veux pas dire que le pus en masse suive la direction donnée par les lames de la cornée; mais l'ouverture d'un abcès est précédée d'un travail inflammatoire dans lequel la migration joue un grand rôle, et dès lors il est naturel que l'ouverture de l'abcès se fasse suivant la direction de la migration.

Mais revenons à notre sujet et occupons-nous de l'origine des cellules migratrices de la cornée. Il en vient certainement du sang, ainsi que Cohnheim Va démontré par une expérience devenue classique: On introduit dans le sac lymphatique dorsal d'une grenouille du bleu d'aniline insoluble dans l'eau et en poudre très fine. Pour cela, on dissout le bleu d'aniline dans une petite quantité d'alcool et on y ajoute une quantité d'eau

cinq à six fois aussi grande. Lorsque l'on a injecté dans le sac dorsal un à deux centimètres cubes de ce liquide tenant le bleu en suspension, les cellules lyni< phatiques s'en emparent et le transportent avec elles.

Pour être plus assuré qu'un grand nombre de cellules lymphatiques se chargent de granulations bleues, on répète pendant plusieurs jours de suite la môme opération, puis on détermine chez la grenouille une kératite en cautérisant la cornée dans un point limité avec lo crayon de nitrale d'argent. Parmi les cellules migratrices qui pénètrent alors dans cette membrane, un certain nombre présentent des granulations bleues dans leur intérieur (1).

Celte expérience prouve qu'en effet il vient des cellules migratrices du sang ; mais elle ne démontre pas que toutes les cellules migratrices aient cette origine. Certaines pourraient provenir d'une transformation des cellules fixes. Il n'y a pas entre ces deux espèces de cellules une différence telle que cela soit impossible. Cependant, personne, que je sache, n'a fait à ce sujet une observation directe ; personne n'a vu une cellule fixe se transformer en une cellule mobile. Nous devons donc rester sur la réserve et nous contenter de poser la question.

La question inverse doit également être posée. Les cellules migratrices peuvent-elles devenir des cellule fixes? Je serais plus disposé à admettre cette transformation que la précédente. Les cellules lymphatiques,

(I)V()y. Cuhnhcim, Veher Enluindung ttnd Eiterung (Arch. de Virchow t. LX,p. 21).

en effet, ne diffèrent pas absolument des cellules embryonnaires, qui sont l'origine de tous les tissus. D'autre part, nous avons vu des cellules migratrices s'étaler en membranes tellement minces qu'elles disparaissaient à nos regards et devenaient aussi invisibles que les cellules fixes le sont au début de l'observation de la cornée vivante dans la chambre humide. On conçoit donc fort bien que les cellules migratrices puissent s'étendre entre deux lames cornéennes et s'y fixer d'une manière définitive.

Restent les noyaux. Les noyaux des cellules lymphatiques diffèrent de ceux des cellules fixes. Mais, si nous considérons qu'ils sont constitués par une substance essentiellement ductile et que leur forme dépend, jusqu'à un certain point, des pressions exercées sur eux par le protoplasma qui les entoure, nous comprendrons facilement que, si ce protoplasma perd son activité première, les noyaux puissent s'aplatir et devenir semblables à ceux des cellules fixes. Je n'irai pas plus loin dans cette hypothèse; l'observation directe seule pourrait en démontrer l'exactitude.

Nous avons terminé l'élude du stroma de la cornée ; avant d'entreprendre celle des nerfs de cette membrane, il est nécessaire d'acquérir une connaissance .aussi exacte que possible de son épithélium antérieur et de son épithélium postérieur.

Epithélium antérieur de la cornée.

Occupons-nous de l'épilhélium antérieur d'abord. L'épithélium antérieur de la cornée est formé de trois couches distinctes :

Une couche profonde, dont les cellules sont cylindriques, ou, pour ôlre plus exact, prismatiques allongées perpendiculairement à la surface de la cornée; une couche moyenne, où les cellules sont plus ou moins cubiques, et, enfin, une couche superficielle où les cellules sont aplaties parallèlement à la surface.

Ce qui caractérise les cellules de la couche profonde, c'est que toutes portent à leur base, qui peut être plus ou moins large, une bordure d^une épaisseur variable suivant les espèces animales. Cette bordure, claire et réfringente, permet de les reconnaître des autres, même dans une préparation où elles sont isolées par dissociation .

Les cellules de la couche moyenne de la cornée ont pour caractère spécial de présenter des dépressions en forme de godets ou de fossettes.

Enfin, dans la troisième couche , les cellules sont plates et rangées les unes au-dessus des autres comme les feuillets d'un livre.

Avant de poursuivre l'analyse des éléments qui composent Tépithélium antérieur de la cornée, il convient d'en étudier rensemble sur des coupes transversales. Pour cela, on place d'abord l'œil tout entier pendant plusieurs mois dans une solution de bichromate d'ammoniaque à 2 pour 100, puis on en détache la cornée, dont on complète le durcissement par l'action successive de la gomme et de l'alcool. La gomme doit être employée en solution très faible, moins que sirupeuse, pour qu'elle pénètre bien dans le tissu et n'en amène

DISPOSITION GËNÉBALE. 30o

pas le relrait. Un bon procédé consiste à placer la cornée dans un vase à Fond plat contenant une solution de gomme très diluée : abandonnée pendant un ou deux jours à l'évaporation, cette solution se concentre peu à peu, et la cornée contient alors une quanlilé suffisante de gomme pour acquérir une consistance convenable sous l'influence de l'alcool. Les coupes doivent être très minces et ae comprendre, si possible, qu'une seule épaisseur de cellules épithéliates, comme celle que j'ai

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disposée sous ce microscope (Qg. 35). Cette coupe a été colorée au picrocarmiimle d'ammoniaque et conservée dans la glycérine. Vous y reconnaîtrez les trois espèces de cellules de l'épithélium antérieur : les superficielles aplaties, les moyennes cubiques et les profondes cylindriques. Parmi les profondes, vous en remarquerez qui sont plus étroites, colorées en rouge plus foncé, et dont le noyau est plus allongé. Au-dessus de ces dernières se trouvent des cellules de la seconde rangée,

qui leur correspondeut si bien qu'elles semblent h peine en être séparées.

Après avoir examiné celle préparation d'ensemble, revenons aux cellules isolées. Elles ont des formes si caractéristiques que vous pourrez reconnaître sans peine la couche à laquelle elles doivent appartenir et pour ainsi dire les remettre en place.

Occupons-nous en premier lieu des cellules profondes, cellules à pied de Rollett. Pour les isoler, on peut avoir recours à n'importe lequel des liquides dissociateui's connus : le sérum iodé, les solutions faibles d'acide chromique et de bichromates, les solutions chromiques fortes avec action consécutive de Teau, elc. ; tous, jele répète, donnent de bons résultats. Cependant, il y en a deux à préférer. Le premier est la potasse à 40 pour 100; le second, Talcoolau tiers.

Avant tout, je dois vous rappeler les deux opinions qui ont cours dans la science au sujet de ces cellules. Rollett et Lott leur ont décrit (voy . p. 9;^) un bord homogène réfringent. D'autre part, Hcnlc d'abord et Langerhans ensuite ont soutenu que ces cellules s'appliquaient sur la membrane basale antérieure, non pas par un plateau lisse, mais par une surface dentelée.

Chez les mammifères, le plateau réfringent qui borde ces cellules est très mince et d'une observation difQcile. Pour en bien voir la disposition, il faut s'adresser aux urodèles ; aussi Langerhans avait-il choisi la Salamandre terrestre, qui est l'animal chez le([uel le plateau des cellules de la première rangée présente la plus grande épaisseur. On peut également l'étudier-chez le triton

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