EXPÉRIENCES SUR LA SENSIBILITÉ
l'excitation est faible, tandis que lorsqu'elle est forte ils sont irrésistibles.
Le clignement n'est pas le seul mouvement réflexe qui se produise dans ces. expériences; il s'en manifeste un autre dans les glandes lacrymales. Lorsque la cornée a été touchée plusieurs fois, l'œil est couvert de larmes. Nous ne sommes absolument pas maîtres d'arrêter cette sécrétion, pas plus, du reste, que nous ne le sommes des autres mouvements glandulaires.
Je dois vous faire remarquer encore que, dans ces excitations de la cornée, la sensation tactile, lorsqu'elle existe, est obscure et accessoire ; c'est la sensation douloureuse qui domine. Or, on sait qu'un excitant d'une intensité donnée communique la même sensation de douleur lorsqu'il est appliqué à l'extrémité d'un nerf sensitif ou sur un point quelconque de son trajet. Les expériences que nous venons de faire ne nous fournissent donc aucune indication pour décider si la terminaison des nerfs dans la cornée se fait par des extrémités libres ou par des anses. Il y a plus : un nerf de la sensibilité qui passerait simplement au-devant de la cornée, qui s'y étalerait de manière à en couvrir les différentes parties et qui irait se terminer plus loin, rendrait pour la protection de cette membrane les mêmes services que l'appareil nerveux compliqué dont elle est munie.
Nos recherches anatomiques nous ont montré que les terminaisons libres en boutons, indiquées par Cohnheim, existent bien réellement, mais elles ne nous ont mà^ seignéssur la nature de ces boutons. Pev la vraie terminaison des fibres nerveu
part on pourrait très bien admettre sans invraisemblance que les fibrilles terminales, simples en apparence, sont en réalité doubles et repliées en anse à leur extrémité, de manière à simuler des boutons. Cette hypothèse ne s'appuie sur aucune observation, mais elle est parfaitement permise, et ainsi, malgré la réelle existence des boutons terminaux, la question des anses ou des terminaisons libres, au lieu d'être résolue, se trouve simplement reculée d'un pas.
Maintenant que ces premières expériences nous ont donné quelques renseignements sur la sensibilité de la cornée et que nous en avons tiré les conclusions dont elles étaient susceptibles, revenonsau lapin. Le meilleur instrument pour explorer délicatementlasensibilitéde la cornée est un poil tactile, à bulbe creux, arraché à Tanimal luimême. L'extrémité bulbaire de ce poil, qui est molle, souple, humide, convient tout spécialement pour explorer la sensibilité des couches les plus superficielles.
Voici un poil que je viens d'extraire. Je promène délicatement son bulbe à la surface de la cornée dans les directions les plus variées, et vous voyez qu'il ne se produit pas d'occlusion réflexe des paupières. C'est là un premier fait dont nous allons immédiatement tirer lacon clusion. Si, comme Ta soutenu Cohnheim, il existait à la surface même de la cornée des terminaisons nerveuses flottant dans le liquide des larmes, le corps explorateur que nous promenons les rencontrerait , provoquera^ une sensation douloureuse et , par suite, l'occlusiofS ' aupières. Du moment que cette manœuvre |i'