DÉGÉNÉRATI«V APRÈS LA SECTION
sans myéline. Il est donc d'un grand intérêt d'étudier les phénomènes qui se produisent dans ces fibres lorsqu'elles sont séparées de leur centre.
Un lapin, sur lequel j'avais fait la section des nerfs dans le tiers environ de la circonférence de la cornée, a été sacrifié sept jours après. On sait que ce temps suffit pour amener dans les nerfs à myéline une dégénération presque complète. Le moment était donc bien choisi pour étudier comparativement les altérations que devaient montrer les fibres sans myéline. Après avoir enlevé l'œil, j'ai détaché avec précaution la cornée et je l'ai traitée par le chlorure d'or ; puis j'en ai fait des coupes méridiennes, passant par l'axe du secteur insensible; j'en ai fait aussi des coupes parallèles à la surface et comprenant le secteur paralysé.
Les résultats que j'ai obtenus sont curieux et inattendus. Le plexus fondamental, les filets nerveux qui y arrivent et les branches qui en partent sont absolument conservés. J'ai disposé, sous un de ces microscopes, une coupe du secteur paralysé faite parallèlement à la surface; vous pourrez constaterque le plexus fondamental n'y diffère en rien de celui d'une cornée normale.
En revanche, toutes les fibres nerveuses qui sont en rapport avec l'épithélium antérieur ont absolument disparu ; il n'y a plus trace du plexus sous-épithélial ni du plexus intra-épithélial. Sur une coupe méridienne de la cornée, vous n'apercevrez pas une seule fibre nerveuse entre les cellules épithéliales, dans toute la portion qui correspond au secteur paralysé; mais, dès que, passant successivement en revue les diverses parties de lu coupe,
VOUS serez arrivés au centre de la cornée, vous retrouverez les fibres sous-épithéliales, les fibres intraépithéliales et leurs boutons terminaux.
En résumé, toutes les fibres nerveuses en rapport avec Tépithélium ont disparu sans laisser de traces; toutes les fibres en rapport avec le stroraa connectif sont conservées.
Ce fait, si singulier au premier abord, se comprend aisément si Ton admet la manière de voir que je vous ai exposée sur la nature de la dégénération des nerfs après leur section. D'après cette manière de voir, vous vous en souvenez, la destruction des cylindres axes dans le segment périphérique n'est pas à proprement parler une^égénération; elle est le résultat de l'activité exagérée des cellules qui entourent ces éléments et qui les dévorent parce qu'ils sont privés désormais de la protection des centres nerveux (1).
Ainsi compris, les faits observés sur les nerfs sectionnés devaient donc me porter à penser que toutes les fois qu'une fibre nerveuse sans myéline, séparée de son centre, serait entourée d'éléments cellulaires actifs, ces éléments la détruiraient. Or, comme le montrent son évolution constante et sa réparation rapide, l'épithélium de la cornée a une activité considérable. H n'y a donc pas lieu de s'étonner que les fibres nerveuses délicates qui y sont logées, privées de leur connexion avec leurs centres trophiques, aient disparu, étouffées et mangées parles cellules épilhéliales. Se son t-elles fon-
(1) Voy. Leçons sur Vhistologie du système nerveux, t. H, p. 23.