‹ Leçons d'apologétique [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 211 · EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE DIEU

SOMMAIRE. — 6. La démonstration de l'existence de Dieu est possible. — 7. Première preuve de l'existence de Dieu : le mouvement. — 8. Objection à la preuve du mouvement. — 9. Deuxième preuve de l'existence + Dieu : les causes efficientes.

6. La démonstration de l'existence de Dieu est possible. — Certains philosophes refusent à la raison le pouvoir de démontrer avec certitude cette vérité primordiale. Les uns, comme les modernistes, voient

12 LEÇONS D’APOLOGÉTIQUE dans la croyance en Dieu une affaire de sentiment, un besoin de l’âme seulement. Les autres, tels les traditionalistes et les fidéistes, disent que cette croyance est un legs de la tradition, une vérité révélée plutôt qu’une conquête de l'intelligence, Pour les jansénistes, la raison ne peut prouver l'existence de Dieu sans le secours d’une grâce spéciale. Au dire des ontologistes, notre esprit a l’intuition de Dieu, et partant, son existence ne se démontre pas. Selon les partisans du criticisme kantien, de l’agnosticisme et du phénoménalisme, la raison, bornée à l’ordre des phénomènes, ne saurait atteindre la réalité divine.

Tous se trompent grossièrement, La raison a été donnée à l’homme comme moyen d'arriver à son maître créateur. Sans doute, elle ne lui permet pas d'en avoir une vision directe, ir-médiate, qui mettrait son intelligence en contact :. vec l'être divin, comme la vision sensible met notre œil en contact avec la lumière ; toutefois elle lui en Procure une connaissance véritable, quoique imparfaite, connaissance puisée dans les choses sensibles où l’on trouve un reflet de Dieu, puisque, comme l’enseigne l’apôtre saint Paul : “ Les réalités invisibles de Dieu nous apparaissent dans les choses qui ont été faites.” Or, “les choses qui ont été faites ” nous conduisent à leur auteur par de multiples voies que saint Thomas ramène à cinq principales. Ce sont les cinq preuves classiques de J’existence de Dieu. Et

” l’Église a condamné les erreurs énumérées plus haut en

lançant “ l’anathème à quiconque dirait que le Dieu unique et véritable, Créateur et Seigneur, ne peut être connu avec certitude par la raison humaine. :”

1. Conc. Vat. Revue Saint-Thoiaas d'Aquin, 10 mars 1914, p. 141.

7. Première preuve de l'existence de Dieu : le mouvement. — L'observation la plus vulgaire et l'expérience scientifique la plus rigoureuse proclament que les choses de cet univers sont en mouvement. Mais, ce mouvement, d'où vient-il? Appartient-il essentiellement aux êtres qui se meuvent? En d’autres termes, les choses de ce monde sont-elles elles-mêmes le principe du mouvement dont elles sont le sujet ? sont-elles à la fois le moteur d’où le mouvement procède, et le mobile qui le reçoit ? On ne saurait le soutenir sans contredire à la fois le bon sens et la raison.

Qu'est-ce que le mouvement ? Nous appelons de ce nom “toute mutation ou tout changement en vertu duquel une chose va d’un lieu à un autre, ou bien passe d’un état à un autre état pour acquérir ce qu’elle n’avait Pas pour devenir ce qu’elle n’était pas !”” Soit un bloc de marbre dont on fait une statue. Avant le changement, le bloc possède une aptitude réelle à devenir un objet d’art, après le changement, il est le chef-d’œuvre admiré de tous. Pendant le changement, il passe d’un état à un autre, de l’état de perfection possible et réalisable dont il était auparavant susceptible à l’état de perfection actuelle et réalisée que maintenant il possède de fait, de l’état d’être inachevé à l'état d’être achevé, il passe “ de la puissance à l’acte ?, pour parler le langage de la philosophie. Ce passage de la puissance à l’acte est le mouvement.

Mais est-il possible que le bloc de marbre informe passe de lui-même de la puissance à l’acte, ou mieux, se transforme en statue? Le bon sens et la raison répondent négativement, puisque aucun être ne peut

1. Revue Saint-Thomas d'Aquin, 10 mars 1914. Nous résumons ici le bel article du P. MoxTAGxE sur l'existence de Dieu.

se donner une réalité ou une perfection qu'il n’a pas. Le bloc de marbre, pour devenir œuvre d'art, doit subir l’action du ciseau, partant, du sculpteur, Il faut donc admettre que, pour passer d’un état à un autre, toute chose doit recourir à une cause extérieure, autrement dit : fout être en Mouvement est mû par un autre. D'autre part, on le constate facilement, le monde est composé d'êtres qui sont à la fois moteurs et mobiles, moteurs par rapport à un mobile qu’ils poussent, mobiles Par rapport à un moteur qui les pousse.

Cependant allons-nous remonter par la pensée de moteur en moteur, indéfiniment et sans nous arrêter jamais? “Ne devons-nous pas plutôt conclure qu'il doit exister nécessairement au-dessus de tous ces moteurs dont l’un pousse l'autre, un moteur premier, indépendant, qui les domine tous et qui imprime à tous et à chacun d'eux, par l'intermédiaire de certains autres, le mouvement que lui-même ne reçoit pas, parcequ'il n'a pas besoin de le recevoir, attendu qu'il en est la source inépuisable ? Sans lui le mouvement des autres est inexpliqué et inexplicable, Lorsqu'on voit, échelcnnés sur le flanc d’une colline, une série de réservoirs dont le supérieur alimente l’inférieur, on en conclut, sans qu'on ait besoin de le voir et sans crainte d’erreur cependant, qu’il y a quelque part là-haut, sur le sommet, un réscrvoir plus vaste, un réservoir-source dont les eaux jaillissantes se répandent sur les bassins inférieurs, de l’un à l’autre jusqu’au dernier. Supprimez cette source; tous les bassins qu’elle alimentait seront à sec. Ainsi en est-il de toute série de moteurs actuellement et essentiellement subordonnés. Supprimez le premier, les autres n’agissent plus : ils n'existent

plus, du moins comme moteurs "Or ce premier moteur, source de tout mouvement, nous l’appelons Dieu.

8. Objection à la preuve du mouvement. — Il n’est pas absolument vrai de dire que tout être en mouvement est mû par un autre. En effet, les êtres vivants sont en mouvement, et pourtant, ils ne sont pas mfs, mais ils se meuvent eux-mêmes puisque la caractéristique d’un être vivant, c’est de se mouvoir soi-même ?,

RÉPONSE. — Il est vrai que les êtres vivants se meuvent eux-mêmes ; “ mais cela doit être entendu en ce sens relatif que, dans l’organisme vivant formé de parties distinctes entre elles, l’une de ces parties fait mouvoir l’autre : le cerveau fait mouvoir Je nerf, qui à son tour fait mouvoir le muscle, lequel en même temps fait mouvoir le bras... Cela doit être entendu en cet autre sens que toutes ces parties, subordonnées entre elles, reçoivent l'impulsion d’un moteur intérieur commun, le principe vital ou l’âme, qui les domine toutes. Quant à l’âme elle-même, elle a besoin pour agir d’être mise en branle par des impulsions étrangères qui la font se mouvoir sans étouffer sa spontanéité ?,”

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