TRENTE-QUATRIÈME LEÇON
EXISTENCE DE L'ÉGLISE (suite)
SOMMAIRE. — 144, Jésus-Christ n’a fondé qu’une seule Église. — 145. Obligation de faire partie de l'Église instituée par Jésus- Christ. — 146. Comment il faut expliquer l’axiome : “ Hors de l’Église pas de salut.”
144. Jésus-Christ n’a fondé qu’une seule Église. — 1) C’est l’enseignement des Saintes Ecritures. a) En effet, Jésus-Christ exclut formellement l’idée de pluralité dans les termes mêmes dont il se sert pour annoncer son Église : “ Je bâtirai mon Église ”, dit-il; “il n’y aura qu’un seul bercail et qu’un seu] pasteur.” b) Il veut que l'Évangile soit prêché à toute créature, que toutes les nations soient enseignées. Et donc, pas de créatures, pas de nations qui reçoivent un enseignement autre que son Évangile, et conséquemment il n’y a pas d’autre Église que la sienne. c) Il désire aussi que les hommes ne forment qu’un corps bien uni : “ Je prie non seulement pour eux (les apôtres) mais encore Pour ceux qui par leur parole croiront en moi afin qu’ils soient toute une même chose, comme vous, mon Père, êtes un en moi et moi en vous ” (JEAN, xvur, 20-21-23). La prière de Notre Seigneur a dû être exaucée, Au reste, comment pourraient-ils être “ une même chose ” s'ils se partagent en plusieurs Églises opposées ? d) Les apôtres, bien au courant des intentions de leur Maitre, n’ont cessé de prêécher l'unité de l'Église :
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“ Qu'il n’y ait entre vous qu'un corps et qu’un esprit, comme vous êtes appelés à une seule et même espérance ”, écrivait saint Paul aux Éphésiens (1v, 4) ; et il ajoutait : “ Il n’y a qu’un Seigneur, qu’une foi, et qu’un baptême ”” (1v, 5).
2) La plupart des conciles qui se réunissaient dans les premiers temps du christianisme avaient pour but la défense de l’unité de l’Église.
3) La vérité demande une seule Église. La vérité est une, “‘ elle n’a qu’un visage et qu’une forme ”, écrivait Sénèque. On ne peut donc pas supposer que le Sauveur, la vérité même, ait fondé plusieurs Églises opposées. Au reste, il n’y a qu’un seul Jésus-Christ, il ne saurait y avoir aussi qu’une seule croyance. .
4) Notre nature exige une seule Eglise. Pour faire cesser nos inquiétudes intellectuelles, nos hésitations, il fallait une seule doctrine, une seule autorité. La multiplicité des Églises aurait donc été cause d’ennuis et de troubles de toutes sortes.
145. Obligation de faire partie de l'Église fondée par Jésus-Christ. —- 1) C’est l’enseignement des saintes Ecritures. Nous y trouvons des textes comme les suivants : “ Qui vous écoute m'’écoute et qui vous méprise me méprise ” (Luc, x, 6) ; “ Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ” (Marrs., xx, 30) ; “* Celui qui ne croira pas sera condamné ” (Marc, xvi, 16). Ces textes n’ont plus de sens si les hommes ne sont pas tenus de faire partie de l’Église instituée par Jésus- Christ.
2) Le moyen donné aux hommes pour faire leur salut est l’Église de Jésus-Christ. Ceux-ci sont donc obligés d’en devenir membres, puisqu'ils sont tenus de se sauver.
3) Il est injurieux à la sagesse du Sauveur de dire que les hommes ne sont Pas tenus d'entrer dans son Église. En effet, pourquoi avoir fondé une Église, l'avoir présentée aux hommes co ; s’il les voit d’ il indi, ndre ou ne prendre pas le chemin Dans ce cas, le Sauveur aurait agi en insensé.
4) C'est une impiété d'affirmer que Dieu se contente indifféremment de la vérité et de l'erreur. Si l’homme était libre de choisir entre les diverses Églises qui, en ce monde, sollicitent son adhésion, voilà ce qu’il faudrait admettre. Peut-on soutenir absurdité plus monstrueuse et plus blasphématoire ?
5) C'est une conséquence de la fausseté de l’indifférenceen matière de religion. Si l’homme ne peut pas rester indifférent à l'égard de la religion (53), il s'ensuit logiquement qu'il est obligé de faire partie de l’Église fondée par Jésus-Christ, et dont la mission est d’enseigner cette religion unique, la seule vraie, qu’il est tenu de pratiquer.
146. Comment il faut expliquer l’axiome : “Hors de l'Église pas de salut ”.— I. L’explication la plus communément acceptée est celle des théologiens qui, comparant l’Église à l’homme, distinguent en elle deux parties : l’âme et le corps. Le corps de l'Eglise, c’est la société visible, l'organisme hiérarchique établi par Jésus-Christ pour y incorporer la religion qu’il venait de fonder ; en d’autres termes le corps de l'Eglise, c’est la société des fidèles profesant la même foi, communiant aux mêmes sacrements, soumis aux mêmes pasteurs légitimes pour servir Dieu en employant tous les moyens prescrits par Notre Seigneur Jésus-Christ, le divin Fondateur de l’Église.
Par âme de l'Eglise, on entend la grâce sanctifiante, principe premier de vie surnaturelle dans les membres de ce grand corps social appelé Église.
Cette distinction faite, on applique l’axiome à l’âme de l'Église. En effet, pour être sauvé, il faut la grâce sanctifiante : celle-ci, Dieu la donne soit par les moyens ordinaires institués à cette fin, entre autres, les sacrements, soit par des moyens extraordinaires. Et “ hors de l’Église pas de salut” veut dire tout simplement que pour aller au ciel, il faut appartenir à l’âme et non au corps de l’Église.
II. D'autres théologiens, reprenant cette distinction entre l’âme et le corps de l'Église, la complètent par une deuxième. Ils distinguent entre nécessité de moyen et nécessité de précepte. La nécessité de moyen, on le sait, ne souffre pas d’exception : qui ne prend pas le moyen, que ce soit sa faute ou non, n’obtiendra pas la fin. Il en est autrement de la nécessité de précepte : celle-ci admet exception. Rappelons, en passant, que la différence entre ces deux nécessités vient de ce que dans la nécessité de moyen, le moyen a une influence positive, directe, sur l’obtention de la fin : ainsi la nourriture pour la conservation de la vie; dans la nécessité de précepte, l'acte commandé ou défendu peut être en lui-même un acte indifférent à la fin, ou du moins, sans rapport direct avec la fin. Or, disent-ils, appartenir à l'âme de l’Église est nécessaire de nécessité de moyen ; mais appartenir au corps de l’Église n’est nécessaire que d’une nécessité de précepte. Dès lors, nul n’est sauvé s'il n’appartient pas à l’âme de l’Église, mais on peut être sauvé sans appartenir au corps de l'Église :.”