L'ÉGLISE ET LA CRÉMATION
267. Ce que l’on entend par crémation, — La Crémation ou l’ incinération est un rite funéraire qui consiste à réduire le cadavre en cendres au moyen du feu.
On l’oppose à l'inhumation, qui confie la dépouille hu- ” maine à la terre ou à une chambre sépulcrale pour l'y abandonner à l'action des causes naturelles.
Le rite de l'inhumation n'est certainement pas im- Posé par un de ces commandements que l'Église a reçu de Dieu. Il appartient au droit ecclésiastique proprement dit, et, comme tel, dépend du pape et du concile général. i
Pour n’être commandé ni par le droit naturel, ni par le droit positif divin, l’inhumation n'est pas pour cela une simple mesure d'administration, variable avec les circonstances ; elle est un rite liturgique traditionnel, qui a ses raisons intimes dans des convenances dogmatiques, et à ce titre met la vie religieuse des chrétiens €n communication avec les sources mêmes de la foi.
268. Attitude de l’Église à l'égard de la crémation. — Loin de favoriser la crémation, l’Église s’y op-
pose formellement ; car cette coutume est d'origine païenne. En 1886, le Saint-Office a condamné la pra: tique de la crémation. : La même année, un nouveau décret de la même Congrégation ordonnait de priver de la sépulture ecclésiastique le cadavre des fidèles qui par leur propre volonté auraient fait choix de la crémation, et, de notoriété certaine, auraient persévéré jusqu’à la mort dans cette résolution. Un troisième décret, en 1892, interdisait la célébration publique de la messe pour le repos de leur âme, tout en la permettant en forme privée. Il déclarait en outre indignes des derniers sacrements, non seulement les personnes qui ordonneraient la crémation de leur cadavre par motif d’irréligion, mais celles aussi qui le feraient pour des raisons d’un autre ordre, excepté le cas de bonne foi démontrée.
Ce que l’Église défend, c’est la crémation pratiquée comme rite normal des funérailles. Elle admet des exceptions, comme en temps de guerre, d’épidémie..…. De plus, elle ne frappe queceux qui s’en rendent volontairement coupables, et excuse les fidèles qui la subissent involontairement par contrainte physique ou morale.
‘269. Pourquoi l'Église s'oppose à la crémation. — L'Église est pleinement justifiable de défendre la crémation. Voici les raisons qui nous montrent toute la sagesse de son attitude 1.
JT ANCIENNETÉ DE L'INHUMATION DANS LE CHRISTIANISME. a) Au témoignage des Actes des Ap6tres (v. 9, 10), de la première Epitre aux Corinthiens (xvr), et de l’Epitre aux Thessaloniciens (iv), l'Église, dès l’origine, a pratiqué l’inhumation à l’exclusion de tout autre rite. Nulle part dans les catacombes romai-
1. Cf. Dict. Apol. de la Foi cath., fase. VIIL, col. 628-640 ; Fasc. IX, col. 641-644. ;
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de l'incinération.
b) La pratique universelle de l’inhumati
on dès lecommencement de l’Église n’était Pas un usage libre parini les chrétiens, e formelle, un de ces pré-
452 LEÇONS D’APOLOGÉTIQUE auxquels, suivant l'expression de saint Paul (I Cor., xv, 42), l’Église confie une semence mortelle qui doit germer à l’immortalité : seminatur in corruptione, surget in incorruptione.
b) L’ Église enseigne l’union mystique du chrétien et de Jésus-Christ. En effet, d’aprè: doctrine de saint Paul, les chrétiens sont incorporés mystérieusement à celui qui “ a goûté la mort ”, à Jésus-Christ; il convient donc qu’ils lui soient assimilés ; ensevelis comme lui, ils ressusciteront à leur tour (Rom., v-vu : I Cor., xv :; Coloss., 1 ; 1 Thessal., 11). Or l’inhumation est une vivante image de cette identification morale du Christ et des fidèles. Si l’Église ne peut écarter les restes mortels de la corruption, du moins elle les confie à une terre bénite, consacrée, où ils attendent le jour de la résurrection, comme autrefois Notre-Seigneur dans le tombeau.