LE CULTE
SOMMAIRE. — 49. Définition et divisions du culte. — 50. Nécessité du culte intérieur et du culte extérieur pour l’homme privé. — 51. Nécessité du culte public. — 52. Objections. — 53. Indifférence en matière de religion.
49. Définition et divisions du culte. — Le culte est l’ensemble des actes par lesquels l’homme rend à. Dieu les hommages qui lui sont dus. Il est intérieur ou extérieur selon que ces actes restent cachés dans l’intime de l’âme, ou se manifestent au dehors par quelques signes sensibles. Les principaux actes du culte intérieur sont l’adoration, l’action de grâces, la prière mentale, l'humilité, la foi, l'espérance et la crt6. Ceux du culte extérieur sont très nombreux, aussi leur complète énumération est-elle impossible à faire. Ils se ramènent surtout à la prière vocale et au sacrifice. Le culte est encore privé ou publie, selon qu’il s’adresse à l’homme seul ou à ia société.
50. Nécessité du culte intérieur et du culte extérieur pour l’homme privé. — I. Que le culte, en général, ou intérieur ou extérieur, soit obligatoire pour l’homme privé, la nécessité de la religion démontrée plus haut (46) le prouve on ne peut mieux. Car le culte n’est autre chose que la reconnaissance actuelle des multiples devoirs qui relient l’homme à Dieu. Sa nécessité, comme celle de la religion, vient donc de la totale dépendance de l’homme vis-à-vis de Dieu.
IT. La nécessité du culte intérieur en particulier se déduit de ce que l’homme, obligé de faire à Dieu hommage de tout son être, se distingue surtout des autres
ont le devoir de lui exprimer cette soumission.
III. Quant au culte extérieur, il s'impose aussi parce que le corps de l’homme, comme l'intelligence et la volonté, a Dieu pour auteur. De plus, le culte extérieur convient parfaitement à notre nature. N’est-il pas vrai que les sentiments les plus intimes cherchent toujours à se manifester au dehors? On peut ajouter qu’il facilite et développe le culte intérieur. Un chant bien exécuté, de la musique appropriée (culte extérieur), nous porte davantage à Dieu et augmente notre amour pour lui (culte intérieur).
51. Nécessité du culte public. — I. Comme l’individu, la société est l’œuvre de Dieu, comme lui aussi, elle doit l’adorer, le remercier, lui obéir, bref, elle doit lui rendre les hommages qui lui sont dus.
IT. Le culte social contribue efficacement à développer le sentiment religieux chez l'individu. Celui-ci, en effet, essentiellement sociable, porté à imiter les autres et souvent témoin des solennités publiques où il coudoie riches et pauvres, supérieurs et inférieurs, ne peut manquer de retirer de ce contact une grande leçon de piété, et d’y puiser de puissants moyens d’augmenter son zèle pour l’accomplissement de ses propres devoirs religieux. Le culte public est donc une sauvegarde et un stimulant du culte privé, soit intérieur, soit extérieur. Comme ce culte exige des réunions, il a aussi besoin d’édifices pour les contenir et de ministres pour les présider et accom plir certains actes.
Au commencement, la société ne dépassant pas les limites de la famille, les exercices du culte public se faisaient à la maison même, ou dans quelques endroits spécialement choisis. Ils étaient présidés par le chef de la famille. Plus tard, les familles s’agrandissant formèrent les nations. Alors il fallut élever des édifices pour les réunions et désigner des ministres appelés à les diriger et chargés d'accomplir les divers actes du culte public. Ajoutons que c’est une obligation pour la société de construire et d’entretenir de tels édifices et de pourvoir à la formation ainsi qu’à l’entretien convenable des ministres du culte.
52. Objections. — I. Dieu n’a pas besoin de nos hommages ; de plus, il ne saurait s’y complaire parce qu’ils sont imparfaits.
RÉPONSE. — Nous devons rendre un culte à Dieu, non pas parce qu’il en a besoin, mais parce qu’il lui est dû. C'est le droit de Dieu d’exiger nos hommages. Le millionnaire qui m'a prêté quelques piastres a le droit de les exiger, il n’en a certes pas besoin. Le culte envers Dieu est donc un devoir de justice. Ces hommages, tout imparfaits qu’ils sont, concourent à la manifestation de la gloire de Dieu. Sans doute, en luimême, le maître créateur reste ce qu’il est, que nous l’adorions ou non. Mais notre culte contribue à micux faire connaître ses perfections à l’extérieur. C’est pourquoi il s’y complait.
II. On lit dans saint Jean (1v, 24) que “ Dieu est esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit eten vérité.” Le culte extérieur est donc inutle.
Réponse. — De ce texte on ne peut pas conclure à l’inutilité du culte extérieur, mais à son insuffisance.
Il faut y joindre le culte intérieur qui en est l’âme et le fondement.
III. Pourquoi Dieu exige-t-il un culte extérieur, n'est-ce pas parce qu’il ignore nos dispositions intérieures ?
Réponse. — Dieu scrute “ les reins et les cœurs ”. Et donc, les hommages extérieurs, il les commande non pas parce qu’il ignore nos dispositions intérieures, mais parce que c’est son droit, et pour nous, un moyen de confesser notre entière dépendance à son égard, comme nous l’avons démontré plus haut (50).
IV. La prière de demande, une des formes du culte extérieur, est injurieuse à Dieu puisqu'elle suppose qu’il ne connaît pas nos besoins ou qu’il n’y a pas pourvu ; elle est encore inefficace, parce que les décrets de Dieu sont immuables, et partant, il nous est impossible de les changer par nos supplications.
RÉPONSE. — a) Il serait impie et blasphématoire de dire que Dieu ne connaît pas nos besoinset qu’il n’y apas pourvu. Nous sommes des indigents, et pour que nous ne fussions pas exposés à oublier notre état, Dieu, dans sa sagesse, a subordonné certaines faveurs à la demande expresse de ses créatures raisonnables. En étant obligés de recourir à sa libéralité par nos prières, nous ne pouvons pas perdre de vue notre infériorité.
b) Est-il plus indigne de l’homme de demander à Dieu que de solliciter les faveurs des prissants de ce monde ? Au reste, “la prière, par sa propre vertu, relève, épure, soulage, console, fortifie, transforme l’4me humaine. N'est-ce pas déjà un assez beau résultat ?” (MonsaBré).
c) Les décrets de Dieu, ils sont sans doute immuables. Et nos prières, si ferventes soient-elles, ne les change-
ront jamais. Mais, comme le dit à propos saint Thomas, nous prions pour obtenir ce dont l’accomplissement, dans le plan divin, a été subordonné à la prière. Ainsi de toute éternité Dieu savait que dans telle occasion nous ferions telle ou telle prière ; il en a tenu compte dans le plan qu’il a tracé au monde. Par exemple il a décrété qu’une guérison serait obtenue parce qu’on la demanderait, et lorsque la grâce est accordée, Dieu ne fait que réaliser son plan, il n’y déroge nullement.
53. L'indifférence en matière de religion. — L’indifférence en matière religieuse est de deux sortes : absolue et relative. L’indifférence absolue consiste à écarter systématiquement toute question religieuse L’indifférence relative, tout en admettant la nécessité de la religion, proclame que toutes les religions sont bonnes.
A. L’INDIFFÉRENCE ABSOLUE. — 1) Cette indifférence est une folie. La question religieuse s’impose à l’attention de tout esprit tant soit peu soucieux de son propre bonheur et de celui de la société. C’est donc faire preuve d’une intelligence déséquilibrée que de s’enfermer dans une indifférence de mauvais aloi à son égard.
2) Elle est aussi dangereuse parce qu’elle expose l’homme à de terribles châtiments. N'est-ce pas risquer son avenir éternel que de laisser complètement de côté la question si importante du ciel, de l’enfer, dont l’existence ne fait pas doute ?
3) De plus il est extrêmement injurieux à Dieu que ses créatures raisonnables ne se soucient pas de le servir par un culte convenable.
B. L’INDIFFÉRENCE RELATIVE. Elle est une impiété, une injustice et une absurdité.
1) Une impiété. Il est impie de prétendre que Dieu a laissé à notre libre choix la manière dont nous devons l’adorer. Si toutes les religions sont bonnes, Dieu a commandé aux hommes les cultes les plus ridicules et les plus contradictoires. Cela répugne à sa sainteté.
2) Une injustice. En admettant l'indifférence relative, il faudrait mettre au même rang Jésus-Christ et Mahomet, le Coran et l'Évangile. N ’y a-t-il rien de plus injurieux pour N, otre-Seigneur ?
3) Une absurdité. Dans les différentes religions qui se partagent le monde, on rencontre les dogmes les plus contradictoires. Ainsi pour le polythéisme, il y a plusieurs dieux, pour le monothéisme, il ny en a qu’un seul. Il est évident que ces deux affirmations ne peuvent être vraies.
L'homme est donc obligé de servir Dieu, et de la façon voulue par Dieu. Or, parmi toutes les religions existantes, une seule est la véritable. Laquelle ? Nous le démontrerons dans la suite de cet ouvrage.
LECTURES
L'immutabilité divine et la prière, G. Sorrais, La Providence-et le Miracle p. 76. =
La prière du corps, Mer D'Huisr, Conf. N.-D. 1893 p. 27. “ Je prie le bon Dieu chez moi ”, Mer Gisrer, Objections, t. I, p.254.