DIXIÈME LEÇON
SomMAIRE. — 54. La religion naturelle ne suffit pas. — 55. Définition de la Révélation. — 56. Objet de la Révélation. — 57. Possibilité de la Révélation.
54. La religion naturelle ne suffit pas. — L’obligation pour l’homme de professer la religion naturelle découle de sa nature et de celle de Dieu. Mais on ne trouve nulle part cette religion à l’état de culte social. Ici et là existe un grand nombre de sectes religieuses qui toutes se prétendent instituées par une révélation positive de Dieu et capables de conduire l’humanité à une fin supérieure à celle qu’entrevoit et réclame notre raison, c’est-à-dire, à une fin surnaturelle. Tout nous porte donc à croire qu’à part ces relations qui résultent de l’acte de la création, relations appelées religion naturelle, il y en a d’autres voulues librement par Dieu, lesquelles, parce qu’au-dessus de notre raison, ont dû être manifestées directement par Lui et constituent la religion révélée ou surnaturelle. ;
55. Définition de la Révélation. — La Révélation est l’acte par lequel Dieu manifeste surnaturellement aux hommes, soit par lui-même, soit par un intermédiaire dûment autorisé, ses enseignements et ses volontés.
La Révélation est surnaturelle parce qu’elle est un moyen de connaître tout à fait extraordinaire, dérogeant au procédé habituel de la raison. En effet, ce que l’on
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découvre par soi-même, ce que l’on apprend par un maître, n’est pas révélé. Aussi bien ne peut s'appeler
. Révélation la connaissance que Dieu nous donne de quelques-uns de ses attributs par les œuvres de la création.
La Révélation se distingue encore de l’Inspiration, laquelle consiste dans une motion à écrire, privilège des écrivains sacrés, et de la simple assistance divine ou inerrance qui est une garantie efficace contre l'erreur. Elle est immédiate où médiate selon qu’elle est faite par Dieu en personne ou par un intermédiaire autorisé.
56. Objet de la Révélation. — Comme l'indique la définition, les enseignements et les volontés de Dieu constituent l’objet de la Révélation ; leur easemble s’appelle aussi Révélation, ainsi nous diso1s la Révelation mosaïque, la Révélation chrétienne. Par enseignements il faut entendre les vérités, et par volontés, les préceptes.
Il y a des vérités et des préceptes qui ne dépassent pas l’ordre naturel, tel le Décalogue promulgué par Moïse sur le Mont Sinaï au nom et par la puissance de Dieu. Leur révélation, qui a pour but de les faire connaître plus clairement et plus sûrement, est seulement surnaturelle dans son mode, c’est-à-dire dans la manière dont elle a été faite : c’est ce que les théologiens appellent surnaturel modal. Certaines vérités, certains préceptes, sont tellement parfaits, tellement élevés, que la raison humaine ne peut ni les comprendre, ni même en soupçonner l'existence, tel l’ensemble des dogmes et des préceptes de la religion chrétienne. La révélation de ces vérités et de ces préceptes est dite surnaturelle dans sa substance : c’est le surnaturel substantiel.
57. Possibilité de la Révélation. — Comme argugument général en faveur de la possibilité de la Révélation, nous pouvons apporter le consentement universel des peuples. En effet, à toutes les époques, les hommes ont toujours cru à l'existence d’une religion révélée. Or, d’après l’adage philosophique, ab esse ad posse valet illatio, de l'existence d’une chose il est légitime de déduire sa possibilité. Si donc l'humanité a cru à l’emistence de vérités révélées, logiquement aussi elle a cru à la possibilité de leur révélation.
Mais d’une façon p':3 spéciale on peut envisager la possibilité de la Révélation du côté de Dieu, du côté de l’homme et du côté d:: vérités révélées.
A. Possimiré Le LA RÉVÉLATION pu côTÉ pe Dieu. — 1) Dieu est la science et la puissance mêmes. Done il peut révéler. En effet, l'impossibilité de communiquer des vérités à l’homme proviendrait ou de ce que Dieu ne les connait pas, ou de ce que, les connaissant, il ne pourrait pas les enseigner.
2) L'homme, être imparfait, peut révéler, communiquer à ses semblables ce qu'il sait. A plus forte raison, Dieu, la perfection même, auteur de tout ce que l’homme possède, est capable d’en faire autant, et beaucoup mieux.
3) Dans sa bonté Dieu est tout naturellement enclin à nous communiquer les vérités dont la connaissance nous est très salutaire.
4) La sagesse de Dieu, comme tous les autres attributs, est indépendante des créatures. Et si, de toule éternité, elle a choisi les moyens les plus aptes à conduire l’humanité à la fin surnaturelle à laquelle daignerait l'appeler le Créateur, qui lui cuntesterait le pouvoir de manifester ces mêmes :1nyens en temps voulu ?
B. Possimiciré DE LA RÉVÉLATION pu côré DE L'HOMME. La Révélation serait impossible du côté de l’homme si celui-ci est incapable de savoir ou n’a pas les moyens de discerner les vérités vraiment révélées de celles qui ne le sont Pas. Or, l'homme est un être susceptible d'enseignement dans l'ordre religieux comme dans l'ordre scientifique. De plus, il lui est toujours facile de reconnaître la Provenance divine des vérités qu’il croit révélées, car il ÿ a des signes certains, — nous le verrons plus loin, —— qui lui bérmettent de discerner le vrai du faux, à condition toutefois qu'il fasse bon usage de sa raison. Au reste, Dieu, infiniment sage et infiniment puissant, peut toujours intervenir d’une façon conforme aux aptitudes de l'intelligence humaine.
C. PossiBitiTé DE LA Révérarion pu côré brs VÉRITÉS QUI PEUVENT EN ETRE L'OBJET, Parmi les dogmes et les préceptes qui sont l'objet de la Révélation, il y en a qui ne sont Pas au-dessus de l’intelligence humaine, d’autres la dépassent complètement. Les dogmes que la raison de l’homme, laissée à ses seules forces, ne peut pas attendre, s’appellent mystères.
1) Les dogmes ou les vérités que l’homme peut comprendre, leur révélation est certainement possible puisque la vérité, comme telle, peu importe sa provenance, est l’objet propre de l'intelligence, ct divine, et angélique, et humaine.
2) Quant aux mystères, leur révélation re répuügne pas davantage. Cette répugnance proviendrait ou du fait qu’ils n'existent pas, ou s’ils'existent, de ce que Dieu ne peut pas les révéler, ou encore, de ce qu’il ne convient pas à l’homme d’adhérer à des dogmes qu’il ne comprend pas. Or les mystères existent, Dieu Peut les révéler et il
n'est pas indigne de l'homme de les admettre. Leur révélation est donc possible,
a) Les mystères existent. L'intelligence humaine est essentiellement distincte de l'intelligence divine. Or il faudrait nier cette différence si les mystères n'existent pas. Ceux-ci, en effet, sont les vérités que seule l’intelligence de Dieu peut atteindre, précisément parce qu’elle est infiniment au-dessus de la raison humaine, — D'ailleurs, dans l’ordre naturel il existe bien des choses qui surpassent notre raison. A plus forte raison dans l'ordre surnaturel,
b) Dieu peut révéler les mystères. Pour Dieu, les mystères sont des vérités comme les autres. Et donc, ayant la science et la puissance, ou mieux, étant la science et la puissance mêmes, il a tous les moyens de nous communiquer, sinon la complète intelligence, du moins la connaissance de quelques-uns de ses augustes secrets.
c) Il n'est pas indigne de l'homme d’adhérer aux mystères. Il n’est pas indigne de l’homme d’admettre, sur l'autorité infaillible de Dieu, des dogmes qui dépassent la capacité de son intelligence, puisque cette autorité a autant de valeur que celle des hommes de science dont on admet souvent les conclusions sans les comprendre du tout. L'autorité, en effet, est le résultat de la science et de la véracité de celui qui parle ou écrit. Et Dieu, nous le savons, est la science et la véracité mêmes.
Les préceptes sont aussi de deux sortes. a) Les uns, imposés par la loi naturelle, comme le précepte d’adorer Dieu, d’honorer ses parents, de respecter le bien d’autrui, résultent de la nature de Dieu qui a un droit essentiel à nos hommages, et de la nature de l’homme qui a une obligation non moins essentielle de rendre à son
Créateur et Bienfaiteur an culte convenable (50), Ces préceptes, ne dépendant pas d'une volonté libre, sont connus par la seule raison, Rien n'empêche cependant que Dieu puisse les révéler, car cette révélation aura pour avantage d'en rendre la Contiaissance plus facile et moins sujette à l'erreur.
b) Les préceptes positifs sont le développement, la détermination et l'application des préceptes de la loi naturelle. Ils dépendent de la volonté libre de Dieu. Que leur révélation soit possible, rien ne s'y oppose, En effet, le Maitre Créateur a le droit d'imposer aux hommes les obligations qu’il juge opportunes. Il n'est pas plus limité en cela que dans son souverain domaine, Un prince peut bien régler le cérémonial à suivre dans les honneurs qu’on lui doit rendre, à plus forte raison
le Roi des rois at-il le droit d'expliquer, de présiser la loi naturelle. Cette explication, cette précision, on la nomme précepte positif.
LECTURES
La caricature de la Révélation, EUGÈNE PorraLié, Le Dogme et l'Histoire, Bulletin de Littérature ecclésiastique de Toulouse, déc.
Etudes philosophiques sur le christianisme, Auc. Nicozas, t. I, livre ler ch. v vi.
Le Temple, Lacorpatre, Conf. N.-D. 1849, 54e conf.
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANS! and ISO TEST CHART No. 2)
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