‹ Leçons d'apologétique [microforme] (volume 2)Chapitre 74 sur 211 · VALvEKENS, ouv. cit., p · texte numérisé non relu

VALvEKENS, ouv. cit., p

il y avait des gens du peuple, des ignorants, mais aussi des hommes instruits comme Nicodème, Jaïre, le centurion, les sanhédrites.

4) Par les ennemis de J ésus-Christ, princes des prêtres, scribes, pharisiens, qui, contrairement à leurs propres intérêts, n’ont jamais révoqué en doute la réalité de ces faits prodigieux. ‘“ Que faisons-nous, disent-ils? Cet homme fait beaucoup de miracles ! Si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui.” (JEAN, xt, 47). Celse lui-même ne nie pas la réalité historique des prodiges attribués au Sauveur. On peut en dire autant des principaux représentants de la critique moderne : ceux-ci, comme le philosophe païen, interprètent les miracles du Christ d’une façon naturaliste.

94. Les prodiges cxérés par Jésus-Christ sont de vrais miracles. — La vérité philosophique (66) des prodiges opérés par le Sauveur doit être admise si la définition du miracle (62) s’applique en tout point à ces mêmes prodiges : la vérité Philosophique d’un fait, ne loublions pas, concerne sa nature et non son existence. Or il en est ainsi,

1) Le miracle est un fait sensible, extraordinaire. Les prodiges opérés par Jésus-Christ sont aussi des faits sensibles et extraordinaires : faits sensibles, puisqu'ils sont produits au vu et au su de nombreuses multitudes (93) ; faits extraordinaires : la résurrection des morts, les guérisons instantanées sortent certainement de l’ordinaire.

2) Le miracle déroge aux lois de la nature. Les prodiges racontés dans les Évangiles dérogent aussi aux lois de la nature. En effet, que les sourds entendent, que les boîteux marchent instantanément, etc. ; voilà certaine-

ment des phénomènes qui ne sont pas conformes à l’ordre communément observé dans le monde.

3) Le miracle a Dieu pour cause unique ou principale. Les prodiges opérés par le Sauveur doivent être aussi attribués à Dieu seul. Étant des dérogations aux lois de la nature, ces prodiges ne peuvent pas avoir une autre cause que celui qui est l’auteur de ces mêmes lois, qui est au-dessus d’elles, c’est-à-dire Dieu, la toute-puissance infinie.

95. Objections. — I. Les prodiges opérés par dJésus-Christ ont pour cause soit les forces inconnues de la nature, soit les démons.

Réponse. — 1) Pour ce qui est des forces inconnues de la nature, on sait déjà ce qu’il faut en penser (66). Ajoutons encore qu’il n’est pas nécessaire de connaître toutes les forces de toute la nature créée pour constater le miracle. Il suffit de savoir quelles sont les forces intéressées dans tel cas. Or, dans le cas de la résurrection des morts, par exemple, nous savons fort bien que la nature ne peut pas produire ce. phénomène, puisqu'il lui est impossible de donner la vie à un cadavre.

2) Quant aux démons, ils ont un pouvoir limité, supérieur il est vrai à celui de l’homme, mais ils ne peuvent s’en servir qu'avec la permission de Dieu (66). Au reste, seraient-ils les auteurs des prodiges racontés dans les Évangiles, qu’ils auraient agi contre eux-mêmes puisque les faits miraculeux dont parlent les livres saints servent à prouver la divinité de Jésus-Christ !

IL. Les prétendus miracles de Jésus-Christ peuvent être assimilés aux guérisons extraordinaires obtenus par Charcot, célèbre médecin français, dans un hôpital de Paris, la Salpétrière. Orilne vient à l'esprit de

personne de décerner le titre de thaumaturge à l’illustre practicien.

RÉPONSE. — C'est ici plus que jamais le cas de dire : toute comparaison cloche. Entre la manière de Charcot et celle de Jésus-Christ il y a des différences qui sautent aux yeux de tout homme que n’aveugle pas le préjugé. Les voici :

1) Charcot ne peut obtenir une guérison immédiate. Il est obligé de se plier à certains procédés successifs, d’opérer graduellement sur ses malades. Jésus-Christ guérit immédiatement. D'un mot, d’un geste, brusquement, sans passes magnétiques, il met ses malades sur vieds.

2) Charcot choisit ses malades. Il lui faut des sujets affaiblis, nerveux, neurasthéniques, des ratés, des gens extraordinaires. Jésus ne fait pas de choix. Sur son passage, sans préférence, tous sont guéris : les boîteux marchent, les sourds entendent, les aveugles voient.

3) Charcot fait ses expériences des journées entières f c'est un travail pénible. Souvent déçu, il voit beaucoup de ses malades, prétendus guéris, retomber, plus névrosés qu'auparavant. Que de soins à prendre avant, pendant et après l'expérience ! C’est tout un apparat de nature à décourager les plus tenaces. Jésus-Christ agit beaucoup plus simplement. Et ce qui mieux est, ses guérisons, obtenues le plus facilement du monde, sont des miracles éblouissants dont les effets sont aussi durables que rapides.

4) Charcot réussit à guérir seulement certaines maladies nerveuses. La vertu de Jésus-Christ s'étend à toutes les souffrances. A la Salpêtrière, on n’a jamais ressuscité les morts, jamais rendu la vue aux aveugles-nés, etc. Tous ces miracles, Jésus les a accomplis.

5) Charcot n'a jamais opéré aucun miracle sur la nature physique, sur les êtres privés de raison. Sur eux la suggestion n’a pas de prise. Jésus a changé l’eau en vin, il a multiplié les pains, il a apaisé les flots, etc.

6) Charcot ne guérit pas à distance, jamais sur la prière d'autrui. Il a besoin d’avoir ses malades sous la main. Jésus guérit à distance, tel le fils du centurion (MarrniEu, vint, 5-13 ; JEAN, 1v, 52). Sur la prière d'autrui, il guérit le serviteur du centenier et la fille de la Chananéenne (MaATTHIEU, vint, 5, 13 ; xvi 22, 28).

III. Jésus-Christ exigeait un acte de foi de ceux qui voulaient être guéris. C’est donc à la confiance des malades eux-mêmes et non à une cause divine que doivent être attribuées leurs guérisons.

RÉPONSE. — 1) Sans doute, il est dit dans l'Évangile que la foi était la condition requise pour obtenir des guérisons, mais il ne s’ensuit pas qu’elle fût l’unique ou l'indispensable condition ; tout ce que l’on peut conclure, c’est que la foi ffit ordinairement l’une des conditions de la guérison.

2) Si la foi est exigée dans certains cas (MATTHIEU, vit, 5, 13 ; 1x, 22, 28 ; Marc, x, 52; Luc, vin, 50), souvent aussi Jésus guérit sans qu’il en soit question ; et dans d'autres occasions il exige un acte de foi non pas des malades eux-mêmes mais de ceux qui demandent la guérison pour leurs patients, tel le cas du serviteur du centenier, de la fille de la C'hananéenne (Mar- THIEU, VIN, 5, 13 ; XV, 22, 28). Jésus-Christ opère encore des miracles en faveur de ceux qui sont faibles dans la foi, tel le miracle de la tempête apaisée (MaTrrieu, vint, 26 ; JEAN, xi, 24 et suivants).

3): Que Jésus-Christ ait exigé la foi dans plusieurs circonstances, il n’y a pas là de quoi s'étonner. Ilavait

bien raison d'en agir ainsi puisqu'il voulait faire reconnaître sa divinité, Et, comme le témoignent les textes saints, la foi il ne la veut comme condition qu’ “ autant qu’il se propose une fin morale et religieuse, et qu'il ne veut pas faire servir sa vertu miraculeuse à donner un vain spectacle 1.”

4) Plus absurde encore est l'hypothèse de ceux qui recourent à la foi pour expliquer tous les miracles de l'Évangile. Les prodiges opérés sur les éléments, les morts ressuscités, pour ne nommer que ceux-là, n'ont certainement Pas pour cause cette prétendue foi qui guérit.

IV. Il semble plus conforme à la mentalité contem- Poraine de recourir à une explication naturelle des prodiges opérés par Jésus-Christ. De notre temps, en effet, c'est la science qui prévaut. Aussi bien, il est raisonnable d'admettre avec Paulus (1761-1851) que les miracles de Jésus-Christ se ramènent à des ‘ actes de Philanthropie ou d’habileté Médicale, aidés par le hasard et la bonne fortune *, — système naturaliste, — où bien, avec Strauss (1808-1874), que les récits miraculeux des éVangélistes sont seulement des “ symboles... des mythes où fables, fabriqués par l'imagination Populaire *”, — système mythique, — où encore avec Renan (1823-1892) que tous les miracles doivent être mis “sur le Compte de l'imposture et de l’exaltation des disciples 2.

RÉPONSE, — ]) Les systèmes de Paulus, de Strauss et de Renan fussent-ils conformes à la mentalité contemporaine, cela ne prouve pas leur vérité.

2) La mentalité contemporaine est faussée. La scien-

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