LA PROPAGATION DU CHRISTIANISME
SOMMAIRE, — 110. La diffusion rapide du christianisme est un fait indéniable, — 111. La diffusion rapide du christianisme dans le monde ne s'explique pas sans l'intervention spéciale de Dieu. 112. Objections.
110. La diffusion rapide du christianisme est un fait indéniable. — Nous en avons pour preuves : 1) Le témoignage des écrivains sacrés. a) Au jour de la Pentecôte, il y a des auditeurs de tous Pays ; venus pour entendre les apôtres remplis de l'Esprit-Saint, beaucoup se convertissent (ACTES, 11, 5-11), b) Après le martyre du diacre Étienne, vers l'an 34, “* une grande persécution s'éleva contre l'Église qui résidait à Jérusalem. Tous, à l’exception des Apôtres, f::rent dispersés dans les localités de la Judée et de la Samarie (Acres, vin, 1). Cette dispersion n'aboutit qu'à étendre la foi, parce que “ ceux qui avaient été dispersés s'en allaient de côté et d'autre annonçant la parole de Dieu” (AcTEs, vin, 4). c) Saint Pivrre, invité par une vision, et mandé par le centurion Corneille, vient de Joppé à Césarée, et commence à prêcher la foi aux païens : “ La grâce du Saint-Esprit se répand sur les Gentils... et ils sont baptisés ‘ (AcTEs, x). d) Saint Paul, l'ancien persécuteur, converti et instruit par Jésus-Christ lui-même, commence ses missions vers le milieu du premier siècle : “ Grands voya-
ges apostoliques qui lui font courir, en quinze ans, tuut le versant occidental de l’Asie-Mineure, Cilicie, Lycaonie, Pisidie, Isaurie, Phrygie Mésie, Asie proconsulaire, les tles de Chypre, de Salamine et de Paplios, la Macédoine, l’Achaïe, peut-être l'Illyrie :.” En un mot, trente ans à peine après la mort de Jésus-Christ, vers l'an 64, à l’époque où Néron va persécuter ouvertement les chrétiens, l'Évangile a été prêché dans presque tout l'Empire.
2) Le témoignage des auteurs ecclési.stiques. a) Selon saint Clément (91-100), un des successeurs de saint Pierre, q"elques années après la mort du chef des Apôtres, le nombre des chrétiens surpassait celui des Juifs. b) Dans son Dialogue avec Tryphon, saint ustin, au 2e siècle, déclare “ qu’il n’y a aucune sorte d'hommes, Grecs ou barbares, et de quelques noms qu'ils soient appelés, parmi lesque!3 il ne soit offert des prières, et des actions de grâces à Dieu le Père, au nom de Jésus-Christ crucifié” c) Vers l’an 208, Tertullien écrivait dans son Apologétique : “ Nous ne sommes que d’hier, etn remplissons tout, vos villes, vos îles, vos châteaux, vos bourgades, vos conseils, vos camps, vos tribus, vos décuries, le palais, le sénat, la place publique ; nous ne laissons que vos temples... Si nous nous séparions de vous, vous frénuriez dans votre solitude.” d) Au 3e siècle Arnobe prouvait déjà la divinité du christianisme par la rapide diffusion de l” Évangile (Livre II Contre les Gentils,n.5). e) Les cinquante conciles qui furent tenus dans les différentes parties du monde avant la conversion de Constantin sont encore une preuve irrécusable de la propagation rapide du christianisme pendant les trois premiers siècles ?.
1. AzLARD, Dix leçons sur le Martyre, pp. 11-12. 2. GourAUD, ouv. cit., pp. 234-235
3) Le témoignage des auteurs profanes. a) Au dire d: Tacite (Annales, xv, 44), sous Néron (54-68) il y eut à Rome une grande multitude de chrétiens qui furent livrés aux supplices ; il compare leur “ exécrable superstition ”” à “ un torrent qui a rompu ses digues.” b) La Lettre de Pline-le-Jeune à Trajan (Lettre x, 97) surtout est des plus si,aificatives, Envoyé \ers l’an 112 comme légat impérial en Bithynie, Pline est surpris d’y rencontrer un si grand nombre de chrétiens. Il fait part de ses impressions à Trajan, dans les termes suivants : “ La chose m’a paru mériter une consultation, à cause surtout du nombre des accusés. Car beaucoup de personnes de tout âge, de tout rang, de tout sexe même sont accusés et le seront à l'avenir. Et ce n’est pas les villes seulement, mais encore les bourgs et les campagnes que cette superstition contagieuse a envahis 1,”
111. La diffusion rapide du christianisme dans le monde ne s'explique pas sans l'intervention spécisie de Dieu, — Cette diffusion présentait des obstacles humainement insurmontables : obstacles du côté de ii doctrine, obstacles du côté de ceux à qui elle était prêchée, obstacles du côté de ceux qui avaient mission de l'enseigner.
À. OBSTACLES DU CÔTÉ DE LA DOCTRINE. a) Tout sublime qu'il est, le christianisme n’avait rien pour séduire des peuples aussi corrompus que les peuples paiens. Ses dogmes immuables, difficiies à comprendre, ou même au-dessus de la portée des intelligences, n'étaient pas de nature à le faire arréer facilement par un monde où “tous les sens, tours les passions, tous les intérêts combattaient pour l’idolâtrie ”, où ‘les divertissements,
1. Cf. HerriNcer, ouv. cit., pp. 572, suiv. Lonrez, Nos raisons ire, pp. 141-151.
Den ne ER ru
les spectacles, et enfin la licence même, y faisaient partie du culte païen ‘.”
b) La morale sévère du christianisme qui demande à la volonté de se renoncer sans cesse et de faire taire toutes les pessions se heurte de front à la corruption du paganisme. ‘ Voyez, dit saint Jean Chrysostôme, combien difficile était le changement (demandé par les apôtres) : ils venaient appeler les hommes des plaisirs voluptueux à la chasteté ; de l'ivresse à la tempérance : de l'avarice au détachement des biens de la terre ; d’une sécurité tranquille aux dangers de la persécution. Ils venaient interdire jusqu'aux paroles et jusqu'aux désirs déshonnêtes. Et c'était à des hommes plongés dans tous les vices qu'ils venaient proposer ces austères préceptes, à des hommes accouvtumés dès leur enfance à se livrer à tous les instincts de leurs brutales passions *."”
B. OBSTACLES DU CÔTÉ DE CEUX A QUI ELLE ÉTAIT PRÊCHÉE. Les Juifs comme les païens n'étaient pas prêts à accepter d'emblée la nouvelle religion.
u) Les Juifs. Après tout, les Juifs avaient une religion dont la divinité était dér n° ‘e par plusieurs miracles et prophéties dûment constatés. Aussi bien s'explique-t-on pourquoi ils montraient un si vif attachement à leur culte. De plus, ils attendaient un Messie puissant et glorieux, et celui qu'on leur propose comme tel, est un homme pauvre, crucifié, condamné par le conseil suprême de leurs prêtres et de leurs docteurs. Ajoutons qu'en faisant acte de foi en Jésus-Christ, ils s'avouaient par le fait même coupables de déicide, puisque le Sauveur était vraiment Dieu.
b) Les Païens. {ls ** s'étaient fait une longue habi-
1. Bossuer, Discours sur l'histoire universelle, Ile Partie. 2. 7e Hom., I, Ep., aux Cor., No 3.
tude d'une religi.n facile, où les dieux mêmes s'accommodaient à leurs Passions ; c'était la religion de leurs pères, de leur patrie, de l'autorité pui lique et du monde civilisé, et voilà que des Juifs méprisés viennent abolir leur culte, leurs fêtes, pour leur Proposer une religion toute spirituelle, des vérités d'ficiles ou terribles, pour leur faire adorer un Personnage mis à mort dans la Judée, condamné Par un magistrat romain : quoi de plus révoltant à leurs Yeux 1?”
C. Onsraczes : CÔTÉ DE CEUX QUI AVAIENT MISSION DE L'ENSEIGNER, À l'époque où fut prêché le christianisme, ceux qui avaient reçu mission de l’enseigner devaient, Pour réussir, faire montre de qualités plus qu’ordinaires, I] n'appartenait pas à qui que ce soit de renverser l’omnipotence es Césars, de triompher de l'astuce des Juifs, de l'\ : gueil des païens et de la vanité des philosophes. Or les apôtres, obscurs de naissance, ignorants, méprisés, étaient loin d= réunir toutes les conditions exigées pour le succès d’- » semblable entreprise. Encore, si l'autorité civile :1r eût été favorable, comme elle le fut plus tard au mahométisme et au Protestantisme, on pourrait jusqu’à un certain point se rendre compte de la rapide diffusion de la doctrine chrétienne ; mais, on le sait, la lutte'a été terrible du côté des Pruvoirs publics. Les envoyés de Jésus-Christ ont cependant terrassé la Puissance des Césars, vaincu tous les obstacles et triomphé des passions. Le Crucifié du Golgotha, hier honni de tous, ils ont réussi à le faire adorer. Est-il possible d’expliquer humainement semblable phénomène ?
L'établissement du christianisme est certainement Opposé aux lois morales du monde, c’est-à-dire aux cours
y Loprez, ouùv. cit., p. 147.
ordinaire des choses humaines ; il est donc un miracle de l’ordre moral, et de ce chef, il prouve la divinité de la religion en faveur de laquelle il a été opéré.
112. Objections. — I. Cette expansion rapide du christianisme ne paraît pas si merveilleuse, quand on songe à l'extrême facilité des communications qu'offrait alors le vaste empire romain unifié sous les Césars.
Réponse. — L'unité romaine avait contribué à la préparation matérielle, voire providentielle, maïs nullement à la préparation morale, c’est-à-dire à l'acceptation et à la diffusion des doctrines chrétiennes. Rome n’a jamais aidé à cette diffusion des idées chrétiennes par un appui moral. Au contraire, loin de servir le christianisime, elle l’a toujours combattu avec acharnement. L’unité de l'empire romain explique donc bien que toutes les facilités aient été offertes aux évangélisateurs pour se répandre un peu partout, mais nullement que leurs idées aient pu se frayer un chemin vers les esprits et se faire universellement accepter !.
II. Le plus grand nombre des adhérents au christianisme lui vinrent du peuple (I Cor, 1, 26). La propagande chrétienne a donc eu pour cause un mouvement démocratique où 1Ls petits, fraternellement associés, finirent par triompher de la dure opposition des puissants.
Réponse. — L'histoire du christianisme prouve qu'il n’eut pas moins à souffrir de la résistance du peuple que de l'aristocratie, que la persécution populaire prévint la persécution légale. Saint Paul a connu l’hostilité brutale des foules idolâtres excitées par les émissaires juifs. C’est par le neuple qu’il fut chassé d’Antioche de Pisidie (Acres, x, 61), d’Iconium (xiv, 6), de Lystres
1. Annémar d'ALés, Lumen vitæ, pp, 334. P. Mesnages, Romanisation de l’Afrique.
(XIV, 19), de Philippes (xvi, 19-24), de Thessalonique (xvn, 13), d’Éphèse (x1x, 23, 24). Et quand Néron faisait inscrire dans la jurisprudence romaine la prohibition du christianisme comme “ religion illicite ”, il ne faisait en x désirs de l'opinion publique. e laissent facilement ur orgueil, leur cupi-
s, elles ont toujours
n enseignement qui,
me, leur recommande le sacrifice,
ont fait dispa-
di de la France, et les Mau-
L’oppression musulmane a ob-
te l'Afrique du Nord-Ouest et
de nombreuses populations orientales ; et on sait quels missions, les persécutions de la
XVIIIe et XIXe siècles. Pour
sance de la chrétienté à ses débuts ; comment expliquer autrement ses progrès ! ?”?
LECTURES
C'est un fait inezplicable naturellement, Huaueny, Critique et catholique, p. 122.
Un rrgument d'Origène, Mar FREPPE:, Origène, t. II, 36e Leçon. La durée de l'Église, Aspé ne Broauie, Les fondements intellectuels de la foi chrétienne, p. 135.
1. E. Huenewr, Critique et catholique, pp. 126-127 ; Abbé Brous- 80LLE, ouv. cit., pp. 190-194