LA CONSERVATION DU CHRISTIANISME
SOMMAIRE. — 113. Le témoignage de l'histoire. — 114, Les nombreux et puissants obstacles à la conservation du christianisme dans le monde.
113. Le témoignage de l’histoire. — L'histoire impartiale, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours, enseigne que toutes les religions, le christianisme excepté, ont subi la loi générale, la loi de la caducité et de la mort. En effet, le sabéisme ou le culte des astres chez les Chaldéens, la religion de Zoroastre chez les Persans, le Paganisme des Grecs et des Romains ont disparu. Le judaïsme est en décadence, le mahométisme ne vit plus comme religion. Ce phénomène n’a pas d’autre cause que la loi commune, d’après laquelle tout ce qui est humain change, s’use et s'éteint.
Or, après deux mille ans, le christianisme reste debout. Sa survivance ne peut pas s’expliquer naturellement: pour s’en convaincre il suffit de faire l’énumération des multiples et puissants obstacles dont il a triomphé au cours des siècles. Aussi bien, devrons-nous conclure, avoir vaincu toutes ces difficultés est sans conteste une dérogation au cours ordinaire des choses humaines et constitue un miracle de l’ordre moral, preuve nouvelle en faveur de la divinité du christianisme. Car les difficultés, d’où qu'elles vinssent, ou de la religion chrétienne elle-même, ou de l'extérieur, étaient plus que
suffisantes pour amener la décadence du nouveau culte ; et donc seule l'intervention spéciale de Dieu nous donne le pourquoi de sa conservation dans le monde.
114. Les nombreux et puissants obstacles à la conservation du christianisme dans le monde.
— Ces obstacles viennent du christianisme lui-même ou de l'extérieur.
A. OBSTACLES DU CÔTÉ DU CHRISTIANISME. 1) La doctrine chrétienne, avec ses dogmes et ses préceptes immuables, était une première difficulté à sa conservation. L'homme aime le changement. Imposer à son intelligence et à sa volonté des vérités et des lois qu’il ne peut modifier à sa guise, c’est se buter à un obstacle quasi infranchissable. De plus, l’homme aime à tout comprendre, et il n’accepte de bonne grâce que ce qui flatte son orgueil. Or le christianisme est le contrepied de l’orgueil ; sa moraie, loin de flatter les passions, leur fait la guerre et les contrarie.
2) La diffusion du christianisme dans le monde s’opposait aussi à sa conservation. Il est d’expérience en effet que les doctrines subissent les influences des différents milieux où elles se trouvent. Aussi, après nombre d'années, cessent-elles d’être ce qu’elles étaient à leur début ; à preuve, le protestantisme aux États Unis. Si le christianisme était une doctrine humaine, il aurait certainement subi le même sort que les autres religions. Or l’histoire prouve qu'il s’est conservé identiquement le même à travers les siècles ; malgré la diversité des climats, des mœurs et des institutions avec lesquels il est venu en contact, il « gardé son individualité, et loin de subir des changements, il a au contraire transformé tout ce qu’il a touché.
3) Les fautes des chrétiens de tout âge, de tout sexe,
de tout rang, scnt loin d’avoir favorisé la conservation du christianisme dans le monde. Ilne faut pas confondre, il est vrai, une doctrine avec ceux qui la professent : mais lorsque ceux qui se disent chrétiens n’ont pas une conduite conforme à leurs croyances, ils ne témoignent pas en faveur de la religion dont ils se réclament. Et si, à certaines époques, le christianisme n’eût eu que les vertus de plusieurs de ses adeptes pour le soutenir, il y a longtemps qu’il aurait disparu de la face de la terre, Avoir résisté, c’est une preuve de plus qu’il possède une vie divine.
B. Ogsraczes EXTÉRIEURS. 1) Les sophistes des Premiers siècles. Celse, au Ile siècle, Porphyre, au IILe, lancèrent contre le christianisme naissant les flèches empoisonnées de leurs sophismes et de leurs sar-
casmes. À la fin du IVe siècle, Julién l’Apostat, se fiant aux ressources de son génie, voulut anéantir l’œuvre du Christ. Mais il se vit forcé d’avouer que le Galiléen avait vaincu.
2) Les hérésies, du IVe au Ville siècle, viennent successivement battre en brèche le christianisme. ouvre la lutte (319) en niant la
torianisme qui admet
Christ et refuse à la sainte
de Dieu. tandis que l’Euty-
us-Christ, les deux natures,
Au VIIIe et au IXe siècles on voit
naître l’hérésie des Tconoclastes, ou briseurs d'images, qui s’attaquent aux statues des saints, aux images et à
tous les emblèmes du culte. Mais le christianisme résiste à toutes ces erreurs, et il affirme sa vie et sa victoire dans les différents conciles où ces hérésies sont s0lennellement condamnées : à Nicée (325), condamnation de l’Arianisme ; à Constantinople (381), condamnation du Nestorianisme ; à Chalcédoine (451), condamnation de l’Eutychianisme ; au 2e Concile de Nicée (789), condamnation des Iconoclastes.
3) Les invasions des barbares. Attila, appelé le fléau de Dieu, se jette sur les Gaules, avec ses Huns, détruisant tout sur son passage. Arrêté dans les plaines de Châlons, il fond sur l'Italie, menaçant Rome et l'Empire. Grâce à saint Léon, pape, l’Europe est sauvée. Genséric et ses Vandales font encore plus de dégâts : et après avoir ravagé toute l'Italie, il fonde un puissant empire en Afrique. Chose étonnante, le christianisme a survécu, et transformant les barbares par la grâce divine, il en fait ses fidèles enfants.
4) Le Mahométisme apparaît en Orient au VITe siècle. Mahomet, son fondateur, soutenu par la force et le plus ardent fanatisme, veut à tout prix anéantir les chiens de chrétiens. Mais Charles Martel arrête à Poitiers (752) la marche triomphante de l'Islam ; les croisades sauvent la chrétienté, le croissant recule devant la croix, et l'Évangile triomphe du Coran.
5) Les schismes et les luites intestines de toutes sortes mirent souvent le christianisme à deux doigts de sa perte. Le schisme grec, commencé par Photius (831) et consommé par Michel Cérulaire (1043), sépara toute la chrétienté d'Orient de l’Église Romaine. Au VIIIe siècle commence la lutte du sacerdoce et de l'Empire. Rome avait été d’abord affranchie de l’empereur de Constantinople par Grégoire II ; Pépin le Bref, en 755,
et Charlemagne, en 774, avaient définitivement fondé la souveraineté temporelle des papes, gardienne de leur indépendance spirituelle. A la paix qui suivit naturellement les grandes largesses des rois de France, succédèrent de nouvelles luttes suscitées par Henri IV d’AIlemagne (1075) contre Grégoire VII et la papauté, et continuées par Frédéric Barberousse, Frédéric II et Louis de Bavière, etc. Au milieu de cette guerre sans cesse renaissante, les antipapes se succèdent C'est le désarroi général ! Le grand schisme d'Occident (1378- 1419), une des plus redoutables épreuves qu’eut à subir le christianisme, suivit le séjour de soixante-dix années des papes à Avignon ; et, durant toute cette période, ie christianisme fut tour à tour battu en brèche par les Albigeois, en Frauce ; par Arnould de Brescia et Marcile de Padoue, en Italie ; par Wiclef, en Angleterre ; par Jean Hus, en Bohème.
6) La Réforme, commencée en Allemagne avec Luther, fut introduite dans le nord de l’Europe par Gustave Wasa ; en Suisse, par Zwingle et Calvin ; en Écosse, par Hamilton, Buchanan et Jean Knox ; en Angleterre, par Henri VIII. La Réforme, qui sapait le christianisme par ses bases mêmes, donna naissance aux guerres de religion qui mirent à feu et à sang la moitié de l'Europe. Le christianisme sortit encore victorieusement de l'épreuve. Un concile réuni à Trente (1545) condamna solennellement toutes ces erreurs et fit voir une fois de plus aux ennemis de Jésus-Christ que jamais les portes de l'enfer ne prévaudront contre sa doctrine.
7) Le philosophisme du XVIIIe siècle rejetait en bloc le christianisme. Le mensonge et la raillerie, appuyées sur une fausse science, telles étaient ses armes favorites. Avec des parrains comme Voltaire, Jean-Jacques Rous-
seau, Diderot et d’Alembert, avec un appui aussi puissant que celui de Frédéric II de Prusse et de Joseph II d'Autriche, l’incrédulité pouvait se vanter d’enterrer à jamais le christianisme. Quoiqu’elle ait triomphé un moment, elle n’en fut pas moins définitivement vaincue, et le christianisme est de plus en plus vivant :.
8) La Franc-Maconnerie, au XIXe siècle, poursuit son œuvre de déchristianisation. Elle n’a pas encore réussi à tuer l’infâme (le christianisme), selon l’expression de Voltaire. Malgré ses attaques nombreuses, savantes, la religion chrétienne lui résiste noblement comme elle a résisté à tous les autres assauts.
Toujours combattu, le christianisme reste toujours debout, triomphant, au milieu de la fragilité des institutions humaines.
Ce phénomène reste inexplicable sans l'intervention spéciale de Dieu.
Les siècles “ sont venus, ils sont venus tour à tour à la porte du Vatican ; ils ont frappé du cothurne ou de la botte ; la doctrine est sortie sous la forme frêle et usée de quelque septuagénaire, elle a dit : “ Que voulez-vous ? — Du changement. — Je ne change pas. -— Mais tout est changé dans le monde, l’astronomie a changé, la chimie a changé, la philosophie a changé ; pourquoi êtes-vous toujours le même ? — Parce que je viens de Dieu, et que Dieu est toujours le même. — Mais sachez que nous sommes les maîtres, nous avons un million d'hommes sous les armes, nous tirerons l’épée ; l’épée qui brise les trônes pourra bien couper la tête d’un vieillard et déchirer les feuillets d’un livre ! — Faites ! le sang est l’arôme où je me suis toujours rajeunie. — Eh bien ! voici la moitié de ma pourpre,
1. Cf. Mgr Caux, Recherche de la vraie religion, pp. 217-224.
accorde un sacrifice à la paix et partageons. — Garde ta pourpre, Ô César ! demain on t'enterrera dedans, et nous chanterons sur toi l’.{{leluia et le De profundis qui ne changent jamais
LECTURES
L'œuvre de libération, Louis ARNOULD, Ames en Prison, pp. x1t, XIII, XIV.
Charité, Mar Baunann, Un siècle de l'Église de France, p. 282. Vocations, MonTaLemBger, Moines d'Occident, t. V, conclusion.
1. Laconparre, 29e Conf. N.-D., Abbé BROUSSOLLE, ouv. cit. pp. 194-201. Loprec, ouv. cit., p. 244.