‹ Leçons d'apologétique [microforme] (volume 2)Chapitre 94 sur 211 · VINGT-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME LEÇON

LE TÉMOIGNAGE DES MARTYRS (suite)

118. Première objection : le petit nombre des martyrs. — Les ennemis du christianisme nient en bloc les persécutions antérieures à Dèce : c’est ce qui diminue considérablement le nombre des martyrs puisque cet empereur régna vers la deuxième moitié du troisième siècle. Ils rejettent les plus graves documents qui émanent d’une source chrétienne. ‘Quant aux témoignages païens, telles la lettre de Pline et la réponse de Trajan, ils les éliminent comme suspects. Ils vont même jusqu’à dire que les chrétiens ont interpolé le passage des Annales (xv, 44) où Tacite parle d’une grande multitude de chrétiens massacrés lors de la persécution de Néron.

RÉPONSE — 1) Les radicaux trouvent naturellement incommodes les textes nombreux et parfaitement authentiques qui attestent la mort de milliers de martyrs ; aussi, ils les suppriment d’un trait de plume. Ce procédé qui fait un peu songer au lit de Procuste n’a rien de bien scientifique. |

2) Mais pour renverser l'opinion traditionnelle d’après laquelle des millions de martyrs firent le sacrifice de leur vie en faveur de la doctrine chrétienne,nos adversaires se voient forcés d’entasser suppositions sur suppositions qui ne tiennent pas debout. Les voici :

a) Il faut supposer que les Pères de l'Église et les écrivains ecclésiastiques se sont donné le mot pour mentir effrontément.

b) Il faut supposer qu’ils ont pu fabriquer des documents et les faire passer pour authentiques.

c) Il faut supposer qu'ils ont pu glisser furtivement leurs inventions dans les ouvrages connus des historiens profanes.

d) Il faut supposer que cette longue conspiration du mensonge, dans une matière d’intérêt général, a si bien réussi, qu’elle n’a pas laissé la plus légère trace ni soulevé la moindre protestation.

Ne répugne-t-il pas plus d'accepter toutes ces hypothèses que d’admettre l'opinion traditionnelle ?

119. Deuxième objection : exagération des cruautés exercées envers les chrétiens. — Comment croire aux prétendues cruautés exercées envers les chrétiens, en pleine civilisation romaine, sous des princes débonnaires comme Trajan et Marc-Aurèle? Cela est impossible, ou du moins, invraisemblable.

Réponse. — 1) Un siècle à peine après la Révolution française, on se prend parfois à se demander si les massäcres de septembre et les infamies du tribunal révolutionnaire n’ont pas été exagérés. Ces abominations de la Terreur, dans cette France polie, malgré quatorze siècles de christianisme, sont pourtant bien une lamentable réalité. Plaçons maintenant les événements de la Révolution française à l’époque des persécutions, et

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admettons qu'après ce la, sions barbares, de documents s

cependant, tout ce que l’ 2) “ Loin des faits o "esprit hudistinctement, un vaste ensemble et de menus détails. On oublie que dans . tout homme la bête sommeille, et que, dans des circons- ‘ tances favorables, ses instincts sauvages, aiguillonnés par les passions, se réveillent avec des éclats terribles. Si ces contrastes pe t se rencontrer dans le même indivieu, à plus forte rAgon dans une société, surtout comrae relle de l'empire romain, où fourmillent toutes les races ; dans une ville qui est, comme Rome, au confluent de tous les vices Le 3) Il est vrai que quelques écrivains de ce temps-là assaisonnent leurs ouvrages de maximes vertueuses : Le malheureux est une chose sacrée, Res sacra miser écrit Sénèque, et l’on doit un grand respect à l'enfant, dit à son tour Juvénale, Mais ces enseignements, si beaux soientils, ne sont pratiqués que par un groupe bien restreint. Le divin Platon ne recommande-t-il pas dans sa république idéale, de laisser périr les individus mal conformés et d'abandonner les enfants mal faits? Et ces théories abominables, les esprits délicats les suivaient sans sourciller, eux qui se pâmainet d’admiration sur cette sentence de Térence : Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger, — Homo Sum ; humani nihil a mc alienum puto.

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