EXISTENCE DE L'ÉGLISE
SOMMAIRE.—142. Définition de l'Église.— 143. Jésus-Christ a véritablement fondé une société religieuse appelée Église.
142. Définition de l’Église.— Le mot Église vient du grec ey\mota et signifie : assemblée par convocation. Dans le Nouveau Testament il désigne la société des fidèles, c’est-à-dire de ceux qui croient en Dieu et en Jésus-Christ, ou même le lieu de leu- réunion (Gal., 1,18 ; I Cor., x, 22).
a société des fidèles peut avoir une double signification : ou bien elle comprend/#ous les fidèles, qu’ils soient au ciel, dans le purgatoire et sur la terre, ou bien elle comprend seulemenÿ les fidè i e.
La société des élus s’appelle Église triomphante ; celle des âmes du purgatoire, Église souffrante ; celle des
fidèles de ce monde, Église militante.
CE militante se dit, ou bien des fidèles de l’Ancign Teslament qui ont attendu la venue du Messie et ont vécu de cette espérance, et de ceux du Noueauu Testament qui, nés depuis, ont professé ou professeront sa doctrine jusqu’à la fin des temps, ou encore, des seuls fidèles du Nouveau Testament, c’est-à-dire de ceux qui
appartiennent à Ta Sogiété instituée par Jésus-Christ.
C’est l’Église militante prise en ce dernier sens qui
nous occupe ici. Comme toute société, elle a des chefs et des sujets. Les chefs constituent l’Église ensgigngnie, et Les sujets, l’Église enseignée. Avec Bellarmin, on
eut la définir : « La société des yiyants qui professent 4 fr même foi chrétienne, participent aux mêmes sacre-
ments et sont gouvernés par des l’autori an. »
143. Jésus-Christ a véritablement fondé une société religieuse appelée Église.— Jésus-Christ a
groupé ses disciples en vue de leur faire poursuivre une| es 9. fre soute sous Ja direction dune Qurte Eine par] rer lui : voilà ce que nous voulons dire quand nous affir/ #2 mons qu'il a fondé une sgciété religieuse.
Les rationalistes, rejetant toute révélation, n’admet-
tent pas l'existence de l’Église : ou, du moins, dans ce
groupement religieux, ils ne voient rien de surnaturel, ls. 4 et, pour expliquer son origine, sa longue durée, ils font Lals appel à des causes natyrelles, telles les lois générales de
l’histoire. Contre leurs arguties nous soutenons que l'existenge de l'Église est un fait "punuturel, que cette
société a été diminement instituée.
Jésus-Christ a certainement fondé une société reli-
gieuse, car il l’a déclaré formellement dans lesÉvangiles et les Actes des Apôtres ; de plus, c'estÂenseignement de saint Paul ; enfin, c'était le Froyen de conserver intacte
Jasteurs légitimes sous
sa doctrine et dé ondre aux exigences de la nature hu- > . LT NT £ ———— «4 maine.
APÂTRES. 1) Jésus-Christ a-promts-de fonder une Égli- breyrlee se, dont Pierre-doit être la pierre fondamentale : (Tu 75-1448 es Pierre et, sur cette pierre, je bâtirai mon Église
et les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux
et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans
É RE er RE ES nn mere mes les cieux ; et tout ce que tudélie erre sera
aussi délié dans les cieux » (MarTrTa., Xvi. 18, 19, 20).
1. Cf. Mouarr et VINCENT, ouv. cit., pp. 246-247 ; VALVEkENS, ouv. cit., p. 458.
DRR rie
pttiucefl} Jésus-Christ a rempli sa promesse. a) IL choisit lui-même doux apôtres : {Ces moi qui vous ai choisis,
| et vousai établis » (JEAN, xv, 16). b) IL leur donne <
| autorité pour gouverner les fidèles, les envoyant comme
| son Pére l'a envoyé : «La paix soit avec vous. Com-
. me mon Père m'a envoyé TRE même » ]
(JLAN, xx, 21). ©) Cest lui qui établit Pierre chef gu-
prême des fidèles et des apôtres : « Pais mes agneaux, \pais mes brebis » JEAN, xx1, 16,17)1.
ns. es
3) À l’origine les fidèles forment une socitéé ou Église Al constituée com C Au
le jour de
la Pentecôte il y eut (environ trois mille person ui gs . .
tres », C'était d'abord la négessité de bapiême, instituée par Jésus-Christ, pour entrer dans glis: : CEn vé-
rité, en vérité, je is, si quelqu'un ne renaît de
oauet de lEsnriteaint il uepeut entrer dansferoyoume, de Dieu »(JEAN, nt, 5) ; c'était ensuite la soumis-
sion à l'autorité des chefs choisis (JEAN, xx1, 16,217). Les apâtres et Pierre étaient chargés par Jésus-Christ { d'enseigner, Me baptiser gt a es à garder © ême avait commandé (Marru.
XXŸII, 19, 20). Oril en est de même de nos jours. En ; les hommes rentrent dans l’Église par le baptênie
et Sur eux s’exerce l’autorité des évêques, successeurs
des apôtres, sous la suprême autorité du Pape, successeur de Pierre. ee
B. L'insrrrurron D’UNE SOCIÉTÉ RELIGIEUSE EST
AFFIRMÉE DANS LES ÉPITRES br SAINT PAU.
1. Agneaux signifient les fidèles ; brebis désignent les prêtres et les évêques. .
1. TÉMOIGNAGE DES ÉPITRES Er RALES. Ce sont l’épitre à Tite et les deux épitres àdimothée. Elles ont été écrites vers l’an 66, à la fin de la vie de saint Paul. 1) Les recommandations de saint Paul à Tite et à Timothéeé ne nous laissent aucun doute sûr l'existence d'une véritable Église à la fin du er siècle. Thimothèe et Tite sont eux-mêmes des sortes de vicaires apostolQues chargés, l’un à Éphèse, l’autre en Crète,
d’organiéer les RL de Crète et d'Asie Mineyre. (Au-dessous d'eux, is anciens qui président,
qui enseignent et a qui Timothée a imposé les mains.
Saint Paul leur recommande de garder pure dépôt ges saines instruc données sur la foi (I Tim. 1
VI, ; des’adjoindre des hommes sûrs, capables d’instruire le es de vérités (II Tim. 11, 2) ; | d'établir dans chaque ville des prêtres et des évêques, 4 doft une des qualités sera d’être fermement attachés
à la doctrine qu’il leur a inculquée, afin qu’ils puissent exhorter selon la saine docirine et réfuter ceux qui y contredisent (1 Tim., fr, Tir.I). Comme on le we}
dans ces premier is € ciété, sous une autori constituée en- bonne et due forme ; ils sont les sujets d’un gouvernement bien organisé. Nous sommes loins d'une Église invisible, — c’est ce que préfendent les protestants Îi Tibéraux. — dont les membres n’obéissent qu’à la seule inspiration privée.
2) La cenduite de saïnt Paul, à cette époque, proure = l'existence d'une Te glise. Saint Paul commandesæeces, en notre, etiTexhorté Tite et Thimothée d’en faire md aut&: Hyménée et Alexandre ne s’en sont pas tenus “4 aux en seignements de l’Apôtre. Celui-ci les livre à Satan, c'est-à-dire les excommunie, afin de leur apprendre à ne point blasphémer (1 Tim. 1, 20). D’autres font des schismes et sèment la division : saint Paul recom-
Dar ie NT
mande à Tite de les séperer de lui après un premier et un second avertissement (Tir. 1). Il y a donc à cette époque une autorité qui condamne l'hérésic, et rejette de son sein les schismatiques. Cette autorité, saint Paul l'exerce, Timothée et Tite l'exercent sur des sujets à eux soumis. N'avons-nous pas là la constitution d’une véritable société ?
IL Témorcxace 2S ÉPITRES ÉCRITES PENDANT
LA CAPTIVITÉ DE SAINT PAUL, DE 58 À 62. 1) Dans son épître aux Ephésiens, saint Paul dit que les chrétiens
sont une famille », la « famille de Dieu », un « peuple », le « peuple des saints » (11, 11, 22). Ces deux
métaphores nous font bien voir qu'à cette époque les fidèles formaient une! véritable société.
2) Dans la même épitre (rv, v), l’apôtre dit que l’Église est le € Corps » dont Jésus-Christ est la tête, le (corps du Christ », corps dont les fidèles sont les membres, les parties rattachées entre elles comme les diver- SCs parties du même Corps et rattachées au Christ comme les parties du corps le sont à latête. De Jésus-Christ la vie découle et se répand dans les membres, tandis aue ces membres sont solidaires entre eux, et que l’un d'eux ne saurait souffrir que les autresne s’en ressentent . Peut-on plus clairement prouver que les chréticns du milieu du Ier siècle constituaient une véritable société fondée par Jésus-Christ. ?
3) Dans d'autres épîtres, saint Paul mentionne l’Église de Laodicée (Cooss., 1r, 1). Il salue ceux qui gouvernent l’Église de Philippes (PHizrpp., 1. 1). Munautés auxquelles le grand apô des églises, c'est-à-dire des En verité, où trouver 1 purement spirituelle rêvée par saint Paul ?
Les comtre s'adresse sont donc sociétés formées et fermées.
a trace, en tout cela, d'une Église et invisible, d'une Église idéale,
re yr eee verre onrrampae. Me 1
LIL TÉMOIGNAGE DES É L'AN 5Ù A VAN 58. 1) Au témoignage de l’épître aux Romains gnag 1 Ho
et surtout de la première aux Corinthiens (x1v, 27-33), saint Paul est intervenu d'autorité, a édicté les règles à observer dans les assemblées chrétiennes où l'usage des charismes' pouvait donner lieu à certaines confusions. L’apôtre avait réglé, tout auparavant, l’ordre à obserÿer dans la célébration des agapes et de l'Euchäristie ; il avait m me ordonné que les femmes auraient, dans l'assemblée, la tête voilée, et qu'elles n'y prendraient point la le : et cela ne suffit pas à son esprit dede : 3e règlerai, conclut-il, les antres choses quand je serai arrivé chez vous » (1 Cor., x1, 34). Cette autorité, il l’exerce à Corinthe, comine à Éphèse et à Colosse. Les fidèles de Corinthe, comme ceux de Thessalonique, comme ceux de Galatie, forment donc une Église, non pas une Église en idée, mais une société concrète et visible, un corp moral d'où l'autorité n’est pas absente.
2) Dans l'épitre aux Galates (1, 1) saint Paul nc craint pas d'affirmer sa mission contre les prétentions de certains docteurs judaïsants et des ennemis personnels qui ont osé contester son titre d’apôtre et contredire son enseignement : « Pa des hommes ni par l’inte Christ et Dieu lepère: » C’est donc de Jésus-Christ qu'il a reçu ses pouvoirs : sa mission est avant tout de prêcher et d'enseigner l’Évangile, et non pas de démontrer, d'expliquer, de disserter scientifiquement sur les conditions du salut, mais d'enseigner et d’exhorter (I Cor., 1, 12-14 ;: xv, 35 : Rou., xv1, 17 : II Tnessar.,
1. En vertu des charisme ou dons du Saint-Esprit, il y avait des apôtres, des évangélistes, des docteurs, des prophètes, des interprètes, etc.
fl.
try
RAR LR Een EAN ALL De pese: Te r0PIE Os
240 LEÇONS D’APOLOGÉTIQLE 11, 14; Ga, 1, 8-9 ; 11 Con., x, 5 ; x111, 2-3). Il n'est donc pas un professeur qui cherche à convaincre, mais un apôtre qui parle d'autorité à des sujets formant un groupe vraiment social!.
Si les Églises auqvelles écrivait saint Paul sont de vraies sociétés religieuses, visibles, on peut en dire autant de l’Église toute primitive, qui n'existait que depuis une vingtaine d'années lorsque l'apôtre écrivait ses premières épîtres. C'est ce que nous enseignent d’ailleurs les Actes des Apôtres, comme nous l'avons vu plus haut.
C. L'INSTITUTION D’UNE SOCIÉTÉ RELIGIEUSE É- TAIT LE MOYFN DE CONSERVER L TION. Jésus-Christ pouvait bien se mettre en rapport immédiat avec un de nous et ne pas fonder d'Église, inais il ne l’a pas fait, car en agiss4ni.de cetie sorte il ût multiplié inutilement les miraclespfavorisé notre or-
gueil ctxposé ine à Il devait donc plutôt instituer utorité doctrinale,
seule gardienne de la foi et de la morale, à qui il confia la charge de sauvegarder la transmission de sa doctrine. à Un doute se présente-t-il, ce n’e pas aux individus qu'H abpartientfde le résoudre, ASS à cétle autarité qui a reçu la missiomd’interprét uxes où sont contenus en résumé la vie ct les enseignements du Sauveur. Auprès des fidèles, cette autorité fsera le docteur qui les éclaire et les défend contre les attaques des ennemisgle quide qui les dirige dans la voie du salut, le ministre qui leur assure tous les trésors de estinées, de par la PE LE do pire le bonheur et la vie éternelle.
ee —
1. Cf. Conférances Apologétiques données aux Facultés catholiques de Lyon, 1910, pp. 346-369.
ce
D. L'INSTITUTION D’UNE SOCIÉTÉ RELIGIEUSE RÉ- PONDAIT AUX EXIGENCES DE LA NATURE HUMAINE.
L'homme est un être sociable. Cet instinct de sociabilité qui est un destraits caractéristiques de sa nature, il en rencontre une première satisfaction dans la famille d’abord, et ensuite dans la société civile. Mais ces deux sociétés ne lui sont pas suffisantes. Car, à part les intérêts temporels que lui procurent la famille et la cité, il y a encore les intérêts spirituels, de beaucoup les plus impoitants. Et donc, pour répondre aux exigences de la neutre humaime toute entière, Jésus-Christ devait éta-
blir ici-bas une société non seulement des corps, mais
aussi des âmes, où les aspirations, s, les senliments, les pensées eussent le même objet, c'est-à-dire Dieu. S'il rt serait moqué des hommes, parce qu’après avoir déposé en eux le besoin impérieux de s’unjr, — besoin de plus en plus exploité dé nos jours par certains idéologues qui rêvent la fraternité universelle des peuples, — il les aurait mis dans l'imp sibilité de le satisfaire. Or l'union de tous, du moins dans Je monde des <orps, est une chimère. ‘Il reste donc la fratérnité LE âmes qui trouve sa parfaite
réalisation dans a sociét se.
Es =.iisniigsies
LECTURES Besson, L'Église, Ile etIlle Conf.
Jésus Christ F l'Église, Huauexy, Critique et Catholique, p.87. Mar Barriroz, L'Église naissante et le catholicisme, ch. 11, Ercursus A: l'Église dans l'Evangile, valeur de Matth., xvi, 18-19
-pp. 99-113 — Ch, 1 Ercursus B * Examen critique des théories proestante de la formation du catholicisme, pp. 172-193.