PREFACE
J'ai eu Vhonneur de solliciter , dans les derniers mois de Vannée 1868, auprès de M. V. Duruy , alors Ministre de Plnstrtcction publique y la faveur d'exposer , à Paris, dans une série de Conférences, le résultat des découvertes assyriennes.
D'après les conseils de M. le Ministre, le plan très-superficiel que j'avais conçu s'est trouvé modifié et j'ai renoncé au projet d'entretenir le grand public des faits qui ne manqueront pas de lui parvenir, pour m'adresser à un auditoire restreint, et essayer de l'initier aux principes élémentaires que la science doit suivre pour arriver à comprendre les textes.
En acceptant cette tâche, je ne ms suis dissimulé aucune des difficultes que je devais rencontrer. J'étais alors magistrat au Tribunal civil du Havre; mon éloignement de Paris allait m' imposer des fatigues matérielles qui ne regardaient, sans doute, que mon appréciation personr nelle dans la mesure de m£s forces ; je devais toutefois en tenir compte.
Je savais, du reste, dans quelles discussions arides j'allais être engagé. Si on peut être séduit par l'idée de mettre en • lumière des faits encore ignorés, d'indiquer comment ils nous touehent, d'éveiller une
certaine curiosité et de laisser entrevoir les nouveaux horizons que les inscriptions assyriennes ouvrent dans Vhistoire du monde, l'exposé des procédés d^investigation ne présente pas le même attrait . Ce travail préliminaire n'est en réalité qiùe Vanalyse fatigante des essais que /e professeur a plus ou moins heureusement tentés; il est sans doute utile à cetcx qui veulent lire les textes à leur tour, il est souvent in-différent au plus grand nombre.
Les Etudes assyriennes sont toutes françaises, — par V origine des découvertes archéologiques, — par Vinitiative des premières interprétations, — par la haute sanction qt/ elles ont reçu de V Institut, fêtais flatté , sans doute ^ d'inaugurer l'enseignement dont elles allaient être l'objet; mais aussi je craignais d'en compromettre l'essor.
D'un autre côté, quelques savants, des plus autorisés à se prononcer dans ces questions, ne croyaient pas que la philologie assyrienne fût mûre pour un enseignement public. Je me suis vu un moment ébranlé par les observations des personnes dont j'ai toujours aimé à suivre les conseils et qui m'avaient jusqu'alors encouragé dans mes travaux . J'ai hésité, et ce n'est pas sans avoir éprouvé une émotion profonde que je me suis rendu dans la chaire qui m'avait été indiquée.
Malgré le nombre des auditeurs qui s'étaient donné rendez-^ous dans la salle de la Sorbonnepour assister à ma première leçon, j'ai conservé pendant quelque temps une inquiétude bien facile à comprendre sur le résultat définitif de mon cours. Il ne me suffisait pas d'avoir trouvé un public, d'avoir trouvé des auditeurs, il fallait retenir des disciples. Or, onparaissait surtout avide de connaître l'histoire de l'Assyrie, de pénétrer le sens des inscriptions, d'entendre le récit de ces rois qui avaient porté jadis les noms de Nabuchodonosor, de Sardanapale ou de Sennachérib. On s'attendait à les voir immédiatement renaître; et pou/rtant
vu
je ne devais pas répondre à ce désir qui m* aurait détourné du but que la science qui veut vivre doit d^ abord atteindre. Avant d^ arriver à Vinterprétation des textes, ne faut-il pas, en effet, apprendre à les lire? Or, cet apprentissage me paraissait assez long pour remplir les leçons de la première année, et fêtais résolu à ne plus reculer devant V aridité d'un pareil travail.
Tai vu diminuer y sans étonnement , dès mon second entretien, le nombre de mes auditeurs; il diminua encore au troisième; à chaque leçon le sujet devenait de plus en plus ingrat ; m^is à mesure que mes auditeurs disparaissaient, je distinguais plus nettement des disciples ou plutôt des collaborateurs . Dès la quatrième leçon, le nombre s'est trouvé fixé (de 15 à 20); il a peu varié dans la suite. Atissijj'ai marché chaque jour avec plus de confiance dans la voie que je m'étais tracée.
Une m' eût pas été possible d'analyser séparément les nombreux signes de l'écriture assyrienne. J'ai dû renvoyer souvent^ après avoir posé les principes y aux ouvrages spéciaux oil ces questions ont été longuement discutées.
Pour suppléer au temps qui m'était accordé et dont j'ai compris plus d'une fois la brièveté, j'avais l'habitude de distribuer j avant chaque leçon, une feuille de Notes qui présentait sommairement le sujet que je devais traiter et qui permettait de suivre mes démonstrations d'une manière plies complète et plus précise.
J'aurais été heureux de pouvoir continuer ces leçons, je devais surtout les rendre plus fréquentes et plus longues afin d'arriver promptement à la discussion des textes ; les événements sont venus les arrêter, ou au moins les suspendre.
En attendant, fai voulu publier mes Notes, malgré les exigences d'une autre nature auxquelles je devais satisfaire et que m'imposait la diversité des types et des caractères dont je désirais au moins donner une idée. Je les présente telles que je les ai arrêtées à cette époque. Elles paraîtront souvent trop concises^ puisqu'elles manquent des développements auxquels je me suis livré, mais elles seront suffisantes pour mes anciens auditeurs^ à qui je les adresse aujourd'hui; elles seront également suffisantes pour ceux qui voudront se livrer au^ mêmes travaux en s' entourant des documents et des dissertations que le progrès des études fait naître.
Enfin, si mon cours d'Epigraphie assyrienne doit être continué un jour, cette publication m'évitera peut-être de reprendre la science par ses origines,