‹ Leçons d'histoire ecclésiastiqueChapitre 5 sur 47 · DE L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE

Avant d'entrer dans les récits de Thistoire , deux études préliminaires s'imposent à nous, deux questions sollicitent notre attentive recherche : La première : Qu'est en ellemême Tétude de l'histoire? Quelle est sa nécessité et son importance? Quels biens procure- t-elle à celui qui s'y livre? De quelles inépuisables richesses intellectuelles et morales devient-elle la source, Mais aussi à quelles conditions y peut-on réussir, et quelles règles sont imposées à quiconque veut en poursuivre puissamment et fructueusement le cours ? — La seconde, qui se restreint à ce premier vnlnmp at n'embrasse que les commencements de cette vas Quelle idée nous devons nous faire des premiers l'Eglise? Quels événements remplissent le début

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tianisme? Et dans ces évéDemeats eux-mêmes quel ordre mettre, quelles divisions imposer?

Excellence de l'étude de Thistoire ecclésiastique.

Pour apprécier toulè l'excelleace de Tétude de Thistoire Bèdéèiisii^iie^xoûcèvoos : 1° ce résultats'qîl^elle pnxJuil ; 5^ les qi 4° les sources où elle doit puiser.

-eèdéèiisii^iie^xoûcèvoos : 1° ce qu'est cette étude; 2® les résultats'qîi^elle pnxJuil ; 5^ les qualités qu'elle doit revêtir ;

I. Grandeur et élévation. L'étude de l'histoire ecclésiastique est l'étude d'un fait prodigieux. Dans les histoires humaines tout obéit aux règles et aux conditions rationnelles, tout est à la taille et selon les données humaines : ici les événements suivent un cours nouveau , violent les règles ordinaires, dérouTfent les calculs humains. — C'est l'étude d'un fait qui domine et régit Vhistoire entière du monde. — C'est en troisième lieu l'étude d'un fait par lequel seul l'histoire entière est comprise et expliquée.

1 . Après le récit de la création , ou plutôt mieux et plus excellemment qu'elle, l'histoire de l'établissement, de ta diffusion, du règne, des luttes, des triomphes, des bienfaits de l'Eglise catholique est l'histoire la plus merveilleuse et la plus grandiose qui puisse s'offrir à l'étude humaine. L'histoire de l'Eglise est l'histoire d'un fait prodi- ^eux, d'une création divine dont la sagesse transporte, la puissance émeut , les œuvres jettent l'âme dans une stupé-

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DE l'HISTOIBR EGCLéSIASTIQUR. 11

faction et une admiration profondes : A Domino factum est istud et est mirabile in oculis nostîis.

Or ce fait est prodi^ieiyc à un triple point de vue : 4âA9 son origine et son point de départ : d ans ses moyen s : dans jes irésultats . Au début, les yeux n'aperçoivent qu'un fiomme^hélî'l' et pauvre, parcourant silencieusement et sous le voile du dénûment les étroites régions d*un pays petit et méprisé du reste du monde. Trente ans durant il est ouvrier, trois ans il parle, mais surtout il souffre, il est contredit , il est nié , il est honni , on le conspue et on le bafoue , et la haine s'aliiant au mépris , on le traîne à un tribunal , où on le condamne comme perturbateur et criminel public , à un calvaire où on le crucifie. Au cri qu'il pousse avant d*expirer, le monde se partage en deux familles, distinctes désormais pour toute la durée des temps : ceux qui le confessent et Tadorent, ceux qui le blasphèment et le renient. Or pour les uns comme pour les autres rétablissement et le régne du christianisme, qui se rattachent intimement à la scèoe du calvaire et la suivent comme Teffet suit la cause, sont ensemble un fait également Inexplicable et prodigieux. Pour le croyant, qui, à toutes les preuves multipliées à sa foi , sous les dehors sinistres de l'expiation reconnaît son Dieu , il est prodigieux que ce Dieu ait voulu visiter ainsi la terre de l'homme , condescendre à son exil , se pencher avec tant d'amour vers sa petitesse, baiser ses plaies, supporter ses crimes, expier ses prévarications, et relever, par ses souffrances et ses mérites personnels une race coupable, déchue, remplie d^ignominies et de vices, digne seulement du mépris de la terre et de Tabandon des cieux. Pour qui croit , ce n'est pas la triomphale histoire d'une Église, inaugurée d'une façon si tragique, si faiblement établie, puis conquérant le monde et dominant dix-huit siècles, qui constitue le fait prodigieux, — « la faiblesse, quand elle est devenue celle

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12 DB l'hISTOIRIE BGCLâSIASTlOUB.

d*un Dieu, n'est-elle pas toujours plus forte que toute force humaine? » — mais lejjrodijje c'est qu'un Dieujs oit v ena en personne fonder cette Église catholique^ ~qu'il l'ait aimée plus que soi-même et sa propre vie, et que, pour la vivifler, la purifier, l'ennoblir, « il se soit livré pour elle » et l'ait achetée de tout §on sang. La merveille , cjesl q^u 'il y résid e, qu'il s'en soit enveloppé comme d^un vêtement , et que par elle, invisible et tout-puissant, il régisse le monde, dispose des événements, déroule le cours des révolutions des peuples , et fasse tout concourir à la vie et au règne de cette société divino-humaine qu'il a fondée et dont il est le chef pour toute la durée des siècles. Voilà le prodige pour le croyant.

Pour le rationaliste et l'incrédule qui en Jésus-Christ refusent de voir un Dieu et dans le christianisme et l'Église s'obstinent à ne trouver qu'un fait purement humain, ils se condamnent non plus à accepter une merveille , mais à dévorer des absurdités. Tout pour eux devient dans l'histoire humaine incohérence , ténèbres et chaos. Ils marchent à travers des effets sans cause, des œuvres sans fondement ni soutien, des événements sans suite, sans enchaînement, sans raison d'être. Depuis dix-huit siècles l'histoire humaine n'offre plus que des problèmes sans solution. Un antique monde, fondé sur les siècles, constitué sur la puissance des âges s'écroule subitement; un monde nouveau surgit, on ne sait comment et on ne sait d'où; il remplace l'autre, il transforme, il transûgure l'humaaité ; tout y est neuf, inattendu , inouï. Une race d'hommes se montre, s'étend, domine , laquelle n'a son précédent nulle part, qui naît sans ancêtres, règne sans moyens, bâtit un monde sans instrument. Et désormais les choses humaines passent en ces mains étranges , les sociétés sont à eux , ils envahissent les trônes, ils fondent les empires, et, sans ces chrétiens qu'il est impossible d'analyser et de com-

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prendre, riea dans Thisloire ne se peut plus accomplir. Bien plus! si l'histoire de nos dix-huit siècles chrétiens est à rincrédule une obscure énigme, celle qui précède Jésus-Christ reste, elle aussi , sans Jésus-Christ, pleine de difficultés et d'embarras. L'œil aperçoit des révolutioos successives d'empires; ces empires, après s'être dévorés les uns les autres, remplissant le monde du tumulte de leurs ambitions, finissent par former de leurs débris une vaste et universelle domination; la terre connue obéit à un seul sceptre, une unité toute- puissante fait de tous les peuples une seule famille; et il se trouve que depuis les siècles reculés de l'histoire le monde entier a préparé , facilité, annoncé l'œuvre de Jésus-Christ. Etrange et inexplicable accord si Jésus- Christ n'est qu'un homme et l'Église une fondation d'ici-bas l Le Rationalisme a senti la difficulté et parfaitement connu la position critique où le place cette marche toute prodigieuse de l'histoire; aussi n'est-il pas d'efforts qu'il ne tente pour atténuer la merveille du Christianisme , diminuer ses proportions gigantesques , et expliquer humainement son établissement, son règne et ses conquêtes. Autant ces efforts sont opiniâtres et désespérés, autant le rôle de l'historien catholique, qui est de conserver à l'histoire de l'Église son caractère surnaturel et divin , reste sacré. Et ce fut une tentative aussi fausse que déplorable de quelques écrivains catholiques d'amoindrir la merveille de l'établissement et de l'œuvre du Christianisme pour n'en plus faire qu'une sorte de développement et d'apogée du Paganisme purifié et fécondé. Non! la parole du Prophète domine toi^te notre histoire ecclésiastique : A Domino factum est istud et lest mirabile in oculis nostris. Et telle est l'absolue volonté de Dieu de conserver à son Église son caractère prodigieux qu'en même temps qu'il la faisait sugir de rien, il lui enlevait tous les secours ordinaires, tous les auxiliaires humains. Les empires orien-

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14 DE L*UIST01EB EGGLi&USTlQUS.

taux se fondent dans la puissance et dans la gloire; Raoul' dépense de- longs siècles et déploie d'incalculables resaoofM ces à soumettre le monde à sa seule extérieure et matéri^l^ domination ; Mahomet ne doit ses conquêtes qu*à rexaltatkMt du fanatisme, aux fureurs du glaive et aux fureurs pl^ impétueuses encore de la volupté : Jésus-Christ , dans W fondation d*un empire, le plus intime puisqu*il a son poiot d'appui et son centre dans les âmes, le plus universel puisqu'il s'étend à tous les peuples et pousse ses conquêtes où les étendards romains ne réussirent jamais à pénétrer,! le plus durable puisque les siècles loin de l'entamer le con-^' solident, Jésus-Christ répudie absolument tou s les moy eni' hug|ips , il s'entoure de toutes les faiblesses, il réunit tou9 lesnSanls , et, comme le disait saint Paul dès le début de' l'Église , « avec ce rien Jésus-Christ détruit ce qui est » et construit ce qui n'était pas, ce qui ne s'était vu jamais nulle part , ce que l'ambition humaine n'avait pas même rêvé : un empire des âmes embrassant tous les peuples de la terre et bravant toutes les puissances du temps. Quand se fonde^ cet empire, après avoir contemplé le fondateur expirant sur une croix nous voyons douze pauvres se répandre dans le monde , se le partager, se le conquérir, le façonner à leur gré , le découper à leur volonté souveraine , et , plus dominateurs que jamais Rome ne le fut dans l'apogée de sa force et de sa gloire, imposer aux nations soumises leurs plus absolues volontés. Si l'origine est prodigieuse , si les moyens sont absolument en dehors et au dessus de la marche ordinaire , les résultats ne le cèdent^as en merveill g. Ces résultats sont tels^qu'ils^DTeûssënt jamais pu trouver créance s'ils ne s'imposaient absolument et invinciblement aux yeux. Mais ils sont là, debout, immenses, inébranlables. Impossible de nier que subitement, à l'improviste, sans cause naturelle connue, tout un monde a été jeté bas et détruit de fond en comble : tout un autre monde, entièrement

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Dft l'HISTOIRB EGCLÉSlilSnQUS. 1^

iiTéreot d'idées, de volootés , de mœurs , de coutumes , de- ^gislaiion» d'iastituiions , a pris sa place, et s*est, avec ne force et une durée inébraulables, établi sur ses ruines, ^a pourra discuter, ou pourra contester les détails : quant Tensemble de ce fait prodigieux , il sera à jamais imposible de le nier.

2. Cette première idée que nous donnons de l'Eglise ious mène à cette nouvelle considération qu'étudier TË- ^lise catholique, c'est étudier un fait qui domine et régit 'histoire entière du monde. L'Eglise tient le milieu des emps. Elle fait la seule grandeur des siècles qui précèdent ésus- Christ, et la vie complète, absolue, des âges qui le mivent.

. Dans la société qui précède son parfait épanouissement (lie règne déjà par de toute puissantes influences ; déposiaire de la vérité et de la grâce avec charge de les commuliquer au monde, elle est dans ces temps primitifs qui mivent la chute et inaugurent la triste apostasie de l'hunanité , elle est dans le monde l'étroite portion de levain ^aché dans la pâte, la petite et imperceptible graine de jénevé destinée à devenir un grand arbre, elle éclaire et vivifie le monde à l'insu même du monde. Elle conserve ses vérités et ses sacrements dans la société patriarchale contemporaine de la naissance du monde. Elle emporte son trésor divin dans la dispersion des peuples, et le dispense, quoiqu'en portion inégale, dans les deux familles qui se partagent désormais le monde, dans le peuple de Dieu qu'elle forme , régit et illumine , dans la Gentilité où elle garde inviolables , au milieu même des plus affreuses corruptions, les vérités primitives et les dogmes fondamentaux.

Etudier l'Eglise dans l'autre partie des temps , dans \e^ siècles où elle s'est constituée et où elle règne , c'est étu- ; dier d'un coup toute l'histoire , toutes les sciences , toute la t

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vie inlellectuelle , morale, politique de rhumanité. Non seulement TEglise est mêlée à tout, mais TËglise crée, façoDoe, coQStitue tout; le monde nouveau qui surgit à son souffle reçoit d'elle, avec la vie, le bienfait complet de Téducation. Elle règne su r les idé es et leur fait prendre un tout nouveau cours; elle puriûe èl divinise les instincts de rhumanité. Avant toutes choses elle tient d'une main toutepuissante le sceptre des idées. Dans Tordre intellectuel soo action est merveilleuse; non-seulement elle détruit les erreurs des sages, les inanités de la philosophie païenne mais elle élève Tintelligence à des hauteurs inconnues el inouïes. Sous sa domination la raison humaine prend ud essor que les Socrate et les Platon ne connurent pas. Aidée des lumières gardées sous la tutelle protectrice de TEglise la philosophie scrute tous les problèmes , dissipe toutes le^ ombres, pénètre dans les abîmes dont les sages de r^nti* quité ne soupçonnaient pas même les profondeurs. A partii de Jésus-Christ et de TEglise, il ne faut plus chercher II philosophie que dans les intelligences chrétiennes; TEcok chrétienne d'Alexandrie , les Pères apostoliques , les Apologistes , les grands Docteurs du quatrième et du cinquième siècles, nos sublimes théologiens du moyen-âge, un Anselme, un Albert le Grand, un Thomas d'Aquin portent l'espril humain aussi haut qu'il lui est donné de s'élever. Nous pouvons le dire avec un légitime orgueil , tout ce que les intelligences ont de vérité leur vient de l'Eglise, cette Eglise universelle dans sa durée, qui inspirait aux sages du Paganisme leurs quelques vérités, restes purs el sublimes du grand naufrage et de la grande apostasie ; cette Eglise qui, à l'heure qu'il est, retient encore jusque dans les esprits les plus rebelles et les sciences les plus ennemies ce qu'ils renferment de solide, de droit et de vrai. Si nous suivons le vaste mouvement intellectuel qui s'est déroulé durant les dix-huit siècles qui nous séparent de la naissance du

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DB l'histoire ecclésiastique. 17

christianisme, nous retrouverons l'Eglise mêlée à chacune de ses phases et de ses progrès. Théologie, philosophie, histoire, littérature, l'Eglise inspire tout et domine tout, et en elle seule nous pouvons scruter nos gloires du passé comme en elle seule aussi nous devons découvrir nos résurrections et nos gloires de l'avenir. — Ce que nous disons des idées nons le devons dire aussi des mœurs. L*Eglise seule par de longs et opiniâtres efforts, souvent ensanglantés, toujours pleins d'angoisses et de larmes, a foi'mé les mœurs de l'humanité nouvelle, détruit la sauvage civilisation de Tantiquité païenne, lavé ses immondices et balayé ses souillures. Le Paganisme avait amoncelé sur le monde des fanges innommées, TEglise refit au prix de mille luttes une humanité chaste , clémente et douce. Elle créa les mœurs de l'indiyidu et de Is^f arniHe ; puis, étendant son action, elle Introduisit des mœurs publ iques honnêtes et probes. Et telle fut la puissance de cette action de l'Eglise sur les mœurs publiques, telle est la distance qui sépare nos sociétés modernes des sociétés antiques, que nous ne comprenons plus même ces civilisations disparues; elles nous semblent monstrueuses tant elles renversent nos idées et choquent nos instincts. — Avec les mœurs individuelles, domestiques et publiques durent chang er les légis lations. Ici encore Taction de l'Eglise fut prépondérante, etTEritoire des législations de TEurope chrétienne ne peut se faire qu'en suivant pas à pas les péripéties des luttes de TEglise et ses triomphes sur la cruelle et inique civilisation du monde romain et la rudesse des Barbares. Dans ses sanglants débuts l'Eglise prépare les lois nouvelles , dans sa victoire elle les dicte et les impose. Ces lois, elle en tire Tesprit de son propre fond, elle en emprunte souvent la forme au droit romain, mais modifié et harmonisé avec les mœurs et les idées nouvelles , et aussi aux coutumes et aux institutions germaniques. La législation de l'Europe est un produit des dispositions du

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droit germanique et du droit romain fondues ensemble dans le creuset de TEglise et empreintes de sa justice et de sa charité. <c Si TEglise chrétienne n*eûl pas existé, le monde entier eût été livré à la pure force matérielle. L'Eglise seule exerçait un pouvoir moral. Elle faisait plus, elle entretenait, elle répandait Tidée d'une règle, d'une loi supérieure à toutes " les lois humaines, elle professait cette croyance , fondamentale pour le salut de Thumanité, qu'il y a au-dessus de toutes les lois humaines une loi appelée, selon le temps et les mœurs, tantôt la raison, tantôt le droit divin, mais qui partout est la même loi sous des noms divers (1). » — Ce n'est non plus que dans l'histoire de l'Eglise que nous pouvons étudier l'histoire des différents peuples européens. Si l'Eglise travailla à la législation de chaque peuple, combien plus et plus puissamment créa-t-elle c e^dr qi^t socjal qui unit et fusionne les nations, pour n'en plus faire qu'une seule / famille? « L'Europe occidentale est dans son essence intime .une création de l'Eglise latine, du Saint-Siège, du pontificat romain. La papauté a transformé spirituellement tous lés peuples sur lesquels elle a régné, elle les a formés en un tout désormais indissoluble. Grégoire VII et Innocent III étaient de plus grands conquérants que Charlemagne et Napoléon. Seule. la Rome chrétienne a réalisé la monardùg universelle ^ans l'entière acception du terme (!2). » « Le Christianisme ne sTmpose pas seulement à nous^comme la règle de notre vie, nous devons avouer encore qu'il a changé la face du monde de sorte qu'il domine et pénètre toutes nos pensées et nos sentiments, quelque hostilité que nous puissions faire paraître contre lui (3). » Dans les relations de peuple à peuple , l'Eglise , sans obtenir sans doute

(1) Guizot, Uisl. de la civilis., 2^ leçon.

(2) Fallemerayer, Œuvres, II, p. 202.

(3)SavigDy, Seplem., î, 55.

DE l' HISTOIRE BCCLÉSI ASTIQUE. 19

l'impossible bien de la cessation des guerres , adoucit néanoaoiûs leurs horreurs, atténua leurs ravages, et paralysa, autant qu'il lui fut donné de le faire, leurs terribles effets. Grâce à sa suzeraineté bienfaisante , le fort n'écrasa plus le faible impunément , les ambitions césariennes se brisèrent aux résistances de TEglise, et c'est d'autre part l'Eglise encore qui, devant un péril suprême, l'envahissement de rislamisme, poussait en Orient toute la famille chrétienne réunie. — Ces vastes résultats, le spectacle de cette Europe si prodigieusement différente du monde romain nous forcent à reculer en arrière, et à nous poser cette question : De quelle manière et par quels moyens l'Eglise était-elle parvenue à créer des nations si ouvertes aux grandes et nobles choses, si aptes aux dévouements et aux héroïsmes du bien? L 'Eglise créa l'Europe chrét ienne, comme Dieu créa l'homme : de la boue du Paganisme elle forma un corps, elle créa la famille, le sacerdoce, le monachisme. Ce magniûque corps créé, elle y mit son souffle, elle y ût entrer ses vertus, humilité , chasteté, charité. Ces vertus pénétrèrent peu à peu dans le sang des générations , la société s'en imprégna tout entière, l'œuvre était faite, et le monde nouveau surgissait. A la famille ancienne perdue de vices, sans force, sans direction et sans vie, parce que la tradition du devoir y était morte, l'Eglise substitua la famille chrétienne, fondée sur l'inébranlable base de l'indissolubilité, cimentée par la charité mutuelle, garantie par la pratique du devoir. Plus haut elle créa un jacerdoce vierge, apte à tous les sacrifices, ardent à tous les apostolats , toujours prêt à tous les martyres. A côté, comme auxiliaire, elle fit surgir la vie religieuse, le moin^ qu'elle employa tour à tour à toutes les œuvresdu zèle, qu'elle montrait aux âmes neuves et ignorantes comme le type achevé, le miroir rayonnant de la perfection évangélique. Ces trois éléments : famille, sacerdoce, monachisme, prirent incontinent une place vie-

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torieuse dans la société qu'il s'agissait de transfigurer, apportèrent et y firent régner les vertus divines don monde chrétien est né : l'humilité, la chasteté, la chai L'orgueil avait introduit dans le corps social les plus telles divisions , dans la société antique une minorité lente en était venue à traiter l'immense multitude des p^ et des esclaves non plus en être humain, mais en L'esclave pour le patricien ne valait pas sa murène ou j cheval. A un orgueil sans borne correspondait une lui effrénée, le monde grec et romain, littéralement, péri^ de ses débauches quand l'Eglise de Jésus-Christ vint le de cet ignominieux sépulcre, pour le rendre à l'honnei aux énergies de la chasteté. Enfin la cruauté païenne, qu'elle paraît dans les institutions et les mœurs et se dans les lois, n'avait plus laissé place à aucun bon sentir du cœur, écrasait les faibles , torturait les vaincus, dévoiî des victimes par milliers à toutes les inhumanités de Tesl vage, ravageait même le foyer domestique, et donnait] droit international pour premier caractère, l'atrocité. Oe rappelle que parmi les traits dont saint Paul peignait Paganisme, le sans pitié iïeal un des premiers rangs. Qjj est beau de suivre, depuis l'Eglise du cénacle jusqu'aux ] constantiniennes et théodosiennes ce travail de transforq tion opéré dans le monde païen sous le rapport de lachari[| Assurément la triple voix de l'Evangile, du miracle, martyre, était la suprême puissance qui réveillait le mon et ressuscitait les âmes, n'ayant garde toutefois de méc4 naître le rôle de la charité dans l'établissement et le triomp du Christianisme. L'Eglise vainquit le monde^ fo< d'amour. — Voilà comment l'histoire ecclésiastique point mêlée aux faits de l'histoire générale qu'il eslj ment impossible de dérouler les annales des peuples euii péens sans raconter du même coup les œuvres de l'Eglà catholique. Sous des rapports secondaires mais précieil|

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eacore le même enchaÎDeoieot et la même solidarité s'imposent également à rhisloriea. L'histo ire des sciences et des arts en Europe depuis dix-huit siècles est dominée presque lôutjntière pa r les influe nces catholiques. Durant de longs âges la^inture apparlieat en propre à l'Eglise; c'est par son ordre ,^sôïïs sa direction , au souffle de son inspiration, que les plus admirables artistes tiennent le pinceau. C'est de son génie encore , de sa foi et de sa charité ardentes que naît rarchitect ure religieuse, si gracieuse, si élevée, si aérienne , empreinte d'un mystère doux et chaste que l'antiquité païenne ne connut pas. Le sol européen se couvrit, alors de cette prodigieuse multitude d'abbayes et de cathédrales, de monuments religieux de toute sorte qui ont bravé la puissance des siècles sans lasser leur admiration. Longtemps lajmusique eut l'Eglise pour inspiratrice et pour reine, toujours encore elle reçoit d'elle sa majesté, sa gravité sereine, ses harmonies vastes et profondes, sa splendeur la plus pure et la plus élevée. Si des sublimités du génie nous descendons aux travaux plus modestes mais plus pratiques et plus indispensables des corporations ouvrières, ici encore c'est l'histoire de l'Eglise qu'il nous faut scruter, c'est son œuvre dont il nous faut suivre , à travers les siècles les développements successifs. C'est dans l'histoire de l'Eglise qu'il faut étudier celle des^cprporations de Jdétiers si nombreuses, si florissantes, si puissamment organisées du moyen-âge. C'est de l'Eglise que sortaient ces moines agricult eurs, qui seuls nous ont légué les richesses de notre sol, d'elle encore que naissent ces artistes dejgut genre et de tout nom, dont les chefs-d'œuvre n^ont pas été surpassés et dont les procédés sont inconnus même aux plus savants de nos chimistes et aux plus expérimentés de nos praticiens.

Résumons. L'Église catholique est l'universelle créatrice : voilà pourquoi étudier son histoire c'est étudier

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chaque branche des connaissances humaines et déroidi tous les événements de la vie des peuples , de TOrient Jôl qu'à l'Occident. On peut lui appliquer sans crainte d'eri gération ou d'irrévérence la parole sainte dite de Fondateur et de son Chef: Sans elle rien de ce qui aétéfà n*a été fait. Et telle est la vitalité des œuvres de l'Eglisi telle est la dureté de ce granit, que le Protestantisme K la Révolution n'ont pu encore en entamer l'ensemble en ébranler la masse. L'Europe entière reste catholicp dans ses mœurs , ses idées et ses instincts. « L'Eglise été en toute vérité la mère , la maîtresse et l'institutrice <fe peuples , les ayant tous régénérés en son sein et comblés; non-seulement des grâces du ciel, mais encore des béflé dictions et des prospérités temporelles. Le Germain et Normand, le fils de la Barbarie et l'héritier de l'antiqui civilisation, l'Eglise les a tous instruits et rassemblés,» vilisés et fondus ensemble dans un grand empire de Diea! sur la terre (1). »

3. Ce qui précède légitime déjà la troisième affirmation que nous voulions établir : Etudier rEglise^J^tabHssfîfflêSÎ sur la terre du Christianisme, c'est étu dier un fait iffl: mense et universel sans lequel rien dansJ'hisi^iïlÇ.^^^-ii^Qaiûfi ne se peut plus comprendre ni expliquer. Si la main de l'Eglise est partout, si à son souffle créditeur tout surgit si à sa sagesse et à sa direction tout se forme et se régente si elle crée à la fois le sacerdoce et l'empire, le pontife et le roi chrétien , si Constantin est son œuvre comme Chariemagne et saint Louis, si elle est mêlée intimement à la prodigieuse transformation du monde antique, si le Paganisme tressaille à sa voix , entre par elle dans les convulsions

(1) HeUinger, Apolog., V, 335.

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l'agonie , puis meurt enfin frappé de ses mystérieuses puissances; si elle seule réunit les lambeaux sanglants de l'empire , et arrache aux Barbares les reste demi-dévorés de ce qui fut Rome païenne , si ces peuples barbares eux-mêmes, vainqueurs de la domination romaine, ne sont que par elle vaincus et subjugués, si à sa voix ils dépouillent leur férocité et s'assouplissent à la vie et aux devoirs des peuples civilisés , si le pouvoir public la reconnaît pour institutrice , si ses conciles deviennent la première officine des lois , et ses évêques les vrais législateurs de nations neuves et ignorantes; si les grands événements ont l'Eglise pour mobile et pour règle, si c'est à sa voix, par exemple, que l'Occident se précipite sur l'Orient pour refouler les flots victorieux de rislamisme, si tout, en un mot, émane d'elle, vit par elle, tire d'elle la naissance, le développement, la perfection , la fécondité : — comment comprendre le moindre mot à l'histoire profane des peuples sans tenir compte avant tout de leur histoire religieuse? Telle sera donc l'auguste mission de l'histoire ecclésiastique. Elle sera le guide, le seul possible, le seul expérimenté à travers les annales des nations que l'Eglise a tour à tour vaincues, subjuguées et régies.

II. Importance et résultats. Ce trop rapide aperçu sur les grandeurs fécondes de cette étude nous en fait pressentir l'utilité et les multiples et précieux résultats. Ces résultats, parcourons-les un instant. 1** Les uns touchent la foi; i"* d'autres la vertu; 3® il en est qui, s'adressant à notre intelligence, la développent, la grandissent, l'élèveot magnifiquement; 40 d'autres enfin complètent les précédents et forment en nous les qualités si précieuses de la sagesse , de la prudence, du tact pratique, de la perspicacité politique , de la finesse et de la sûreté du jugement.

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24 DB L'HlSTOiaB BGCLÉSIA

1. L^étude de rhisloire ecclésia complémeot nécessaire, Tauxiliaire

science théologique. Kœthe formulé ^ . .> .. ^w.

déplorable que^ ceux-là même dont l'histoire ecclésiastique doit éclairer l'intelligence, dont les autres sciences ne sont rien sans celle-là, les théologiens, la méconnaissent encore, et n'en tirent, quand la nécessité les presse, que ce qu'une étude sans amour et sans zèle en peut obtenir (1). » Toutes nos vérités de foi ont leur reflet dans l'histoire, nos niystères y trouvent leur confirmation , nos dogmes révélés y ont leurs racines. Et pour définir clairement notre pensée , dans rhistoire de l'Eglise largement entendue et puissamment faite, les plus importantes, les plus fondamentales révélations chrétiennes viennent tour à tour se dérouler : la théologie catholique avec ses vérités de foi ; la Providence et l'action divine dans le monde avec leurs graves et souvent formidables enseignements; la^grandeJoLguifait le fond de l'histoire humaine : tout pour le Christ et sop Eglïsël

La théologie avec ses plus grands enseignem^ts. Voici par exemple la cbuicLil e l'humanijj . N'est-ce pas en parcourant les champs dévastés de l'histoire , en touchant des ruines, en consignant d'inouïs désastres, en prêtant perpétuellement l'oreille aux cris de détresse de l'humanité, en contemplant la vertu si constamment opprimée , le vice si souvent vainqueur et tyran, en trouvant partout le monde en proie à des douleurs poignantes comme à des vices hideux, n'est-ce pas alors que la chute de l'hunnanilé nous apparaît saisissante, et qu'aucun discours, aucun raisonnement n'a la puissance de ce muet spectacle? — Mais si l'histoire, en nous faisant partout heurter des ruines et toucher des blessures, nous force à contempler les vestiges de notre primitive déchéance, partout aussi elle nous dé-

(1) Kœthe, Œuvres.

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couvre les tra^es jro Fondes d*uii Rédempteur. Les 4000 ans qui précèdent Jésus-Christ ne sont que son annonce et sa préparation , les 2000 qui le suivent ne sont que le récit de ses œuvres, accomplies par lui-même en personne, puis par son Eglise et par les nations chrétiennes que cette Eglise a fondées. — Avec le Rédempteur, l'histoire ecclésiastique nous fait contempler la magnifique re stauration de l^hugojyulÊ.. Le théologien la discute, l'historien la montre. Sous son pinceau créateur une humanité nouvelle surgit, pleine des puissances et des beautés de l'Homme- Dieu. Elle se meut, elle agit, elle conquiert le monde, elle le remplit de vertus, elle y fonde les institutions séculaires, elle en transforme la surface, elle y règne sans que rien la puisse désormais ou détruire ou maculer. — Mais la condition du bien ici-bas c'est la lutte ; et comment et pourquoi la lutte , si ce n'est que l'homme est libre, et que Dieu Ta honoré assez pour lui laisser la gloire de ses actes et de sa responsabilité? C'est dans l'histoire encore que ce dogme fondamental dujibre^^rbitre trouve sa plus complète et sa plus continuelle démonstration. Comment ne serait-il pas libre cet homme que nous voyons agir si librement? — Mais si l'homme est libre de cette liberté physique qui le fait maître de la direction de sa vie , Dieu ne l'abandonne néanmoins jamais sans secours aux entraînements du mal et aux chutes de la faiblesse : ] a^grâ ce est largement dispensée au monde. Et où cette grâce se montre-t-elle jamais plus vivante que dans les tableaux de l'histoire. Quand passe sous notre regard cette race nouvelle et étrange des enfants de Dieu , quand les martyrs nous présentent leurs palmes , les confesseurs leurs vertus, quand les cloîtres s'ouvrent pour laisser voir des existences tout angéliques , quand la multitude des héros chrétiens nous exposent leurs magnifiques œuvres, quand d'autre part, nous voyons les siècles qui détruisent tout s'accumuler sur l'Eglise sans la surcharger, les

Leçons d'histoire. — Tome I. 2

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puissances du monde se ruer sur elle sans Tabatlre , comment nous refuser à voir dans ces héroïsmes et cette surhumaine force le secours d'en haut? Comment en face de telles œuvres nier la grâce? — Or la grâce qui soutient est celle aussi qui transfigure et qui déifie. L'humanité chrétienne c'est l'humanité dans laquelle coule à pleins bords la vie divine. Si le plus magnifique dogme après celui de l'Incarnation est le dogme de l'élévation de rhumanité à une grandeur surnaturelle et divine^ où cette grandeur se fStelle plus visible, plus palpable, est-elle plus vivement dramatisée que dans les récits de l'histoire ecclésiastique? Nous faisons plus là que l'analyser savamment, nous la montrons vivante, agissante, conquérante*. Et plus les ombres des vices s'épaississent autour d'elle, plus radieuse est sa lumière, plus invincible son éclat immaculé. — Dans ce glorieux inventaire, oublierions-nous le dogme, vital entre tous, d'une vraie, divine, impérissable Église? Ahl c'est elle surtout que l'histoire a mission de faire apparaître. Elle la montre dans son origine , ses développements, ses combats, ses victoires, ses œuvres, l'épanouissement divia des notes qui la sépareront à jamais des contrefaçons éphémères et stériles de l'hérésie.

Le plus grand spectacle de l'histoire est assurément celui d'un Dieu, d'une Providence, planant sur le monde el conduisant d'une main cachée mais invincible la marche des événements. Si l'inattention et l'égoïsme réussissent à méconnaître Dieu dans les détails de la vie , combien apparaîtil puissamment et s'impose-t-il dans les péripéties de l'hisioirel Combien là est-il impossible de nier son action, de rejeter ses sentences souveraines, de donner le change sur les interventions « de Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires (1). » Combien de fois le doigt

(1) Bossuet.

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de Dieu est-il visible dans Tissue des événements? L*homme s'est agité, il a réuni des forces qu'il croyait imposantes, il s'est proposé un but, tracé un programme qu'il s'eflbrça de réaliser : or tout prend, sans cause connue, en dépit des plus fortes assurances, un cours différent : le travail fut de l'homme, l'issue est de Dieu. Nous aimons à transcrire ces belles paroles de Massillon qui s'appliquent si parfaitement à l'histoire ecclésiastique. « Dans l'histoire des livres saints, c'est Dieu seul qui fait tout, Dieu seul qui fait régner les rois, qui les place sur le trône ou qui les en précipite, Dieu seul qui combat les ennemis, qui renverse les villes, qui dispose des Etats et des Empires, qui donne la paix et qui suscite les guerres. Dieu seul paraît dans cette histoire divine; il en est, si j'ose ainsi dire, le seul héros. Les conquérants n'y paraissent que comme les ministres de ses volontés (1). » Nos vieux historiens français faisaient présider à leurs récits cette épigraphe sublime : Gesta Dei per Francos, L'idée d'une Providence tour à tour rémunératrice et vengeresse ressort, avec un éclat merveilleux, de l'étude de l'histoire. J aimais, l'inig^uité d'une nation ne passe inaperçue et impunie. La décadence suit la débauche d'un pas^apideT Caïn n*ëgorge pas sans châtiment son frère Abel; les ignominies d'un bas empire sont les représailles divines contre les hérésies tracassières de Byzance ; le Turc venge Dieu des apostasies de l'Orient, l'Église jamais n'est touchée en vain. Les puissances qui l'oppriment s'écroulent, les persécuteurs disparaissent, et, fût-on un Henri d'Allemagne ou un Napoléon, on est renversé du coup dont on veut frapper l'Église ; vient infailliblement l'heure , où, dit Bossuet, « Dieu tonne du haut des cieux. »

Enfin i mieux que toute autre révélation, l'histoire ecclésiastique nous manifeste la grande et souveraine loi qui

(1) Massillon, (Muxires , l. III, p. 752, édit. Paris, 1838.

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préside à la marche des événements et à la vie des peuples : totit se fait pour le Christ et son Église. Les nations naissent, grandissent, prospèrent pour remplir quelque mÎQQÎnn relative à TÉglise. Fidèle à cette mission elles li , traîtres à cette mission elles entrent dans des ns terribles et le plus mortel malaise. Si la trahiniâtre, Dieu abandonné abandonne, et TËglise se très ressources et voit surgir d'autres défenseurs « soutiens. Qui n'a pas ce fil conducteur de Thiseut plus rien s'èx{rfiquer des péripéties toujours si souvent si inattendues et si étranges qui forment s nations; l'histoire n'est plus qu'un chaos» une tumultes et de désordres ^ un je ne sais quoi qui aucune règle et ne répond à aucun plan. Noa-«eufoi sombre , mais la raison se déconcerte , Tiateliux prises avec l'incohérent et l'absurde, s^abîme cepticisroe, et se suicide dans le désespoir. Telle >oint de vue de la vérité , l'importance décisive de ecclésiastique.

itte importance n'est pas moindre par rapport à la L vertu ne cesse de faire le fond de Tbistoire ecclé- , C'est elle que l'historien poursuit dans chacune âges, elle dont il ne se lasse pas de révéler les Bs beautés. Elle apparaît dans les écrits que Thisésiastique analyse, et là quelle merveilleuse splenlelles plumes la décrivent I quels docteurs Ten- [ Quels maîtres nous y initient ! N'est-ce pas la vertu li ressort de ces tableaux si suaves et si émouvants se des premiers siècles nous est montrée dans sa re ferveur,, de ces autres où les institutions moî exposent aux regards , avec la perfection de leur perfection plus grande encore dans laquelle cette t gardée? L'histoire ecclésiastique déroule pour

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chaque époque de la vie de rÉglise l'organisation du culte , les règles de la discipline , les décisions des conciles , les persévérants efforts de TÉglise pour maintenir ou réveiller dans les âmes Tintégrité et la ferveur de la vertu. Quelle lumière et quelle excitation plus puissante à nous élever et à nous garder nous-mêmes dans la perfection?

Mais où l'histoire ecclésiastique devient victorieuse sous le rapport qui nous occupe , c'est à faire passer sous nos yeux ses grands exem filgs, ses monuments solennels ou du vice ou dé la vertu. Ces deux objets si divers se rejoignent au même but, et concourent à la même instruction. — L'histoire est pleine des plus magnifiques exemples de toutes les vertus chrétiennes , elle est pour nous l'arsenal , où nos armes de toute espèce sont rassemblées. Notre âme est-elle brûlée de feux impurs, et la volupté l'enlraîne-t-elle vers un ignominieux abîme? Voici se dresser devant nous les innombrables et immaculées phalanges desy ierges. L'orgueil nous a-t-il mordu? Quels exemples d'humïïîle*, quels héroïsmes d'humiliation et de dénûment volontaires nous sont montrés sous c ette bure qu 'ont revêtue les fils et les filles des rois ! L'avarice nous retient-elle dans ses chaînes de fer? L'histoire nous montre par centaines, par milliers, les o pulent s^de ce monde faits pauvres pour le Christ, partageant avec leurs frères pauvres leur rare et amer morceau de pain. Si la faiblesse et le respect humain ont détendu les ressorts de notre âme, l'armée desjnartyrs , le cri de leur intrépidité', la confession de leur foi ," le "'récit de leurs héroïques luttes, rappelleront notre courage en nous faisant rougir. Non, jamais enseignement n'égalera pour nous la puissance de ces spectacles.

Et si la vertu nons enflamme à l'imiter, le vice ne nous pousse pas moins efQcacement à le fuir. L'histoire déroule Parallèle ment deux scè nes : l'une où les plus admirables vertus multiplient leurs exploits, l'autre où les vices étalent

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leur ignommieuse laideur. Noas bous détournoDS faDge qu'on nous rérèle : nous sommes plus éloignés mal dont on nous a fait connaître les désastreuses îssfiM|i l'orgueil d'un Arius ou d'un Loither nous eSraie, qonii nous sondons Tabfme où ces malheureux aboutirent.

3. Un point de Ttie important ne doit pas nous écbap* per : il n'est pas assez signalé peur les historiens. Auc^ai étude n'est aussi propre à grandir no s &mes . L'kistokw. ecclésiastique ne vit que dans les vastes seènes , ne se nonih rit que des narrations grandioses. La vulgarité des choseï terrestres , des mesquins détails , des objets étroits lui tsH totalement inconnue. Chez elle tout prend les majestueuses proportions du surnaturel et du divia : ses récits embrassent les plus vastes événements , sea discussions ne s'engagent que sur les doctrines les plus divines , sei exemples revêtent les plus magniQques splendeurs. L'histoire vit ai sein des révolutions et des péripéties gigantesques; les trônes s'élèvent, les dynasties s'étendent, puis une main mystérieuse les brise et les disperse-, un peuple naît, m autre s'efface : l'Orient se dessèche et meurt, l'Oeciéent qoi lui succède dans la vie subit les vastes commotions, les saillies désordonnées delà jeunesse avant de produire les grandes œuvres de son ige mûr. Chaqœe création dont l'histoire ecclésiastique raconte l'origine, les développements et le» œuvres , est importante et étendue. C'est la vie de toot un monde qui passe devant nous et nous révèle ses seerets. Comment au contact de ces grandes et vastes choses notre intelligence ne se sentirait-elle pas grandir?

4. Et l'homme, par cette étude , fait encore mieux quegrandir, il se forme, il se développe, iLse^inûritii^it-fifltier. Son jugement est la première de ses facultés à s'affermir et ff^e sbîîdiûer. L'histoire est un tribunal où com-

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paraissent perpétuellement hommes et choses, pour recevoir leur juste et impartiale sentence. A suivre ces calmes et équitables procédures» à assister à ces procès pleins de force et de maturité, notre jugement s*empreint infailliblement des qualités les plus précieuses : il devient sûr de lui-même, résiste aux entraînements dé la légèreté, et s*ha- I>itue à ne donner de chaque chose que des appréciations mûrement réfléchies. — A celte fermeté de jugement s'ajoute le Jtact pratique, Texpér ience des choses. L'histoire est la plus féconde école d'expérience que nous puissions fréquenter. « Une considération qui suffirait à elle seule pour accréditer Tétude de l'histoire ecclésiastique c*esl qn'oA y trouve, avec le sens et le tact des choses pratiques, une ample moisson d'expérience, que Texistence individuelle, si compliquée qu'oâ la suppose, ne saurait fournir. Combien de faits , d'expériences, de notions, combien de vicissitudes et de personnages divers ne voyons-nous point passer sous nos yeux en parcourant Thistoire de rÉglise! U est impossible que tout cela reste pour nous sans résultats (1). » — Ce sens pratique des choses peut , par une étude approfondie de l'histoire ecclésiastique , s'élever jusqu'à la hauteur de la science po litique la, plus consommée. Et ici cette étude n'a pas de rivale possible, elle seule nous munit d'une vue assez perçante, d'une sorte d'esprit pro^ phétique assez s4p et assez infaillible pour nous permettre des affirmations que l'aveair se chargera de justifier. L'hisk toire obéit à des lois certaines , ses saillies les plus capricieuses en apparence sont, par une marche providentielle, ramenées à des règles fixes et à des solutions immuables. Joseph de Maistre prédisait hardiment l'efl'rondement da premier empire; nous avons fait de même pour le second, nous nous tenons encore assurés de catastrophes prochaines

(1) ftkellrar.

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quoDs-le^ il ne sufGt pas de croire au côté divin de FÉglise, il importe grandemenl aussi de recoDuaîlre sou élément humain f de voir en elle une société à la fois humaine et divine, un tout divino-humain. Celte notion omise, les abus déconcertent, les scandales et les crimes, que TEglise subit dans son sein, sans en être souillée, ébranlent la croyance et ravagent les convictions. A celui-là seul qui a de TEglise une connaissance ferme et complète de parcourir sans obstacle et dans une marche puissante les phases diverses de son histoire , de s'expliquer à la fois ses splendeurs et ses obscurcissements, ses apogées et ses décadences, le merveilleux de ses œuvres, la faiblesse et le néant de ses moyens, souvent même l'ignominie que les vices de ses enfants déversent sur elle, et les hontes dont ils couvrent son front. — A la foi^ l'historien de l'Eglise doit joindre la vénératio n et l'amour. C'est avec le cœur autant qu'avec rintelligence^qulTTaut étudier l'histoire ecclésiastique. Les divers devoirs de la piété filiale étant tour à tour à acquitter, Tamour de Dieu pour les hommes et des hommes pour Dieu faisant le fond de l'histoire humaine, comment étudier TEglise le cœur sec et le sentiment muet? L'Eglise a transfiguré et vivifié le monde , elle a été et elle demeure pour les individus, les familles, les sociétés, la source des plus ineffables biens; que faire au sein de ces inépuisables bienfaits, quand le cœur est insensible et que les tendresses divines ne sont ni comprises ni appréciées? L'Église traverse des temps d'angoisse et de détresse, comment s'y intéresser quand on n'a pour elle aucun amour? Elle est parfois dépouillée de ses dehors , elle n'expose plus aux regards qu'une nudité honteuse : que sera l'historien qui n*aura pas pour elle le respect de sa sainteté séculaire et de ses séi^ulaires bienfaits?

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